Gibran Khalil Gibran (جبران خليل جبران) figure en bonne place parmi les poètes et peintres issus du Moyen-Orient grâce notamment à son recueil : Le Prophète. Né au Liban (1883 – 1931), il a ensuite séjourné en Europe et surtout aux États-Unis où il a passé la majeure partie de sa vie. Chrétien catholique de rite maronite, son Église jugera hérétique son troisième livre, Esprits rebelles (l’appel du prophète), qui sera brûlé en place publique par le pouvoir ottoman en 1908. On l’a souvent comparé à William Blake, peintre et poète préromantique britannique des 18 ème – 19 ème siècles. Il a aussi été surnommé le ‘’Victor Hugo libanais’’.

Sa mystique a été forgée par diverses influences : le Christianisme, l’Islam, le Soufisme (le concept d’union avec Dieu et l’unicité de l’existence), les grandes religions de l’Inde et la théosophie…

Sa poésie est remarquable pour son langage qui exprime avec des termes spirituels les idées les plus simples de la vie humaine. Cette formulation particulière explique son immense succès aux USA.

L’ouvrage le plus connu de Gibran s’intitule Le Prophète. Il s’agit d’un livre composé de vingt-six textes poétiques. Le livre est devenu particulièrement populaire pendant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements ‘’New Age’’. Depuis qu’il a été publié pour la première fois en 1923, Le Prophète connaît un succès jamais démenti. Après avoir été traduit dans plus de vingt langues, il est devenu l’un des best-sellers des livres du XXe siècle aux États-Unis.

Écrit en anglais, le Prophète est une œuvre poétique faite d’aphorismes et de paraboles, livrés par un prophète en exil sur le point de partir. Aux grandes questions de la vie, celui-ci livre au peuple qui l’a accueilli pendant douze ans des réponses simples et pénétrantes. Des thèmes universels sont abordés, mais le fil conducteur reste l’amour. Ainsi est-il dit sur le mariage :

« Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe. »

C’est ainsi que Le Prophète est parfois lu à l’occasion de mariages, essentiellement aux Etats-Unis mais aussi ailleurs. À côté des grandes questions de la vie pratique, comme le mariage ou les enfants, on y découvre la connaissance de soi et la religion, d’autant plus séduisante que conçue ici comme universelle. C’est d’ailleurs cet universalisme qui fait le succès du Prophète et qui en a fait le livre de chevet de beaucoup, puisque tel un livre de prière, il traite en termes nobles et poétiques des grandes valeurs humaines comme la liberté, l’amour et le respect de l’autre. Voici le détail des thèmes évoqués dans le Prophète :

  • (01) Retour au Vaisseau
  • (02) Sur l’Amour
  • (03) Sur le Mariage
  • (04) Sur les Enfants
  • (05) Sur le Don
  • (06) Sur le Manger et le Boire
  • (07) Sur le Travail
  • (08) Sur la Joie et la Peine
  • (09) Sur les Maisons
  • (10) Sur les Vêtements
  • (11) Sur l’Achat et la Vente
  • (12) Sur le Crime et le Châtiment
  • (13) Sur les Lois
  • (14) Sur la Liberté
  • (15) Sur la Raison et la Passion
  • (16) Sur la Douleur
  • (17) Sur la Connaissance de Soi
  • (18) Sur l’Enseignement
  • (19) Sur l’Amitié
  • (20) Sur la Parole
  • (21) Sur le Temps
  • (22) Sur le Bien et le Mal
  • (23) Sur la Prière
  • (24) Sur le Plaisir
  • (25) Sur la Beauté
  • (26) Sur la Religion
  • (27) Sur la Mort
  • (28) Sermon d’Adieu

J’ai choisi de vous donner à lire, en continuation de mes dernières chroniques, fortement axées sur la vie publique, la démocratie, la citoyenneté et la politique, le texte N°13, ‘’Sur les Lois’’. Ainsi, avant de passer à autre chose, nous reprendrons de la hauteur par rapport à ces  préoccupations tout à fait nobles, mais néanmoins fortement prosaïques…
__________

CITATION :

Puis un avocat demanda :  » Qu’en est-il de nos Lois, maître ? « .

Et il répondit :

 » Vous vous réjouissez en établissant des lois,
Les violer n’est-il pas votre plus grande joie ?

Vous êtes comme ces enfants qui, jouant sur le rivage de l’océan, s’appliquent à bâtir des châteaux de sable et s’empressent de les détruire à grands coups d’éclats de rire.

Mais alors que vous érigez vos châteaux l’océan répand davantage de sable sur le rivage,

Et quand vous vous amusez à les démolir, l’océan rit avec votre rire.
En vérité l’océan rit toujours avec les innocents.

Mais qu’en est-il de ceux pour qui la vie n’est point un océan, mais un roc, et pour qui les lois humaines ne sont pas des châteaux de sable mais un burin ?

Chercheraient-ils à tailler le roc de leur vie avec le burin de leurs lois afin d’en créer une sculpture à leur propre image ?

Que dire de l’infirme qui hait les danseurs ?

Que dire du bœuf qui aime son joug estimant que daims et cerfs sont des bêtes à jamais égarées dans la forêt ?

Qu’en est-il du vieux serpent qui ne peut plus rejeter sa mue, et traite tous les autres qu’il voit nus d’impudiques ?

Et qu’en est-il de celui qui arrive trop tôt à la noce, et s’en va alourdi par sa bedaine rebondie en qualifiant tout festin de violation de la loi et tout convive de hors-la-loi ?

Que dirais-je de ceux-là, si ce n’est qu’ils se tiennent eux aussi dans la clarté du jour, mais le dos tourné au soleil ?

Ils ne voient que leurs ombres, et leurs ombres sont leurs lois.
Et qu’est-ce que le soleil pour eux, sinon un créateur d’ombres ?

Et qu’est-ce que reconnaître les lois, si ce n’est s’incliner jusqu’à terre pour y tracer le contour de leurs ombres ?

Mais vous qui marchez face au soleil, quelles silhouettes esquissées à même la terre pourraient vous arrêter ?

Vous qui voyagez avec le vent, quelle girouette saurait diriger votre trajet ?

Quelle loi faite par l’homme se permettrait de vous attacher les mains si vous vous libérez de votre propre joug, mais en évitant de le briser contre la porte de prison d’un homme ?

Quelles sont les lois qui pourraient vous effrayer, si vous libérez votre corps en dansant, là où vous le désirez, sans pour autant aller trébucher sur les chaînes de fer d’un homme ?

Et qui oserait porter plainte contre vous si vous vous libérez de vos habits, en prenant garde de ne pas les jeter sur le chemin d’un homme ?

Peuple d’Orphalèse (1), vous pouvez étouffer le son du tambour et couper les cordes de la lyre, mais qui pourrait interdire à l’alouette de chanter ? »

FIN DE CITATION.

…mo’

Sources :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gibran_Khalil_Gibran
http://meltingpot.fortunecity.com/upper/560/index.htm
http://cyberpoete.fr/blog/index.php?post/2011/06/05/Khalil-Gibran-Le-Plaisir
http://www.fraternet.com/magazine/etr_0504.htm

Nota :

(1) : Orphalese : Cité d’Orphée, personnage de la mythologie grecque lié à la religion des mystères ainsi qu’à une littérature sacrée.

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