Comme dirait certain éléphant, colonel de dessin animé tentant de se remémorer des souvenirs mités : ’’C’était, voyons voir …’’

Au temps où je fréquentais la côte saharienne, j’entretenais tout au long de cette côte une importante coopérative de pêche et de ramassage de divers produits du littoral. Parmi ces produits, les étranges crustacés dont photographie ci-dessus. Ils se nomment ‘’doigts de négresse’’ au Maroc, pouces-pieds en France, percebes en Espagne et au Portugal et Pollicipes Cornucopia à la Faculté. Leur prix plus qu’attractif sur les marchés ibériques fit qu’au Maroc, on en ‘’débarrassa’’ d’abord les côtes atlantiques Nord et Centre avant de nous rabattre sur les côtes sahariennes. Evidemment, leur qualité n’est pas comparable à celle de leurs congénères de la Cantabrie, de la Galicie et du Pays Basque, mais la demande du marché espagnol nous permettait de placer avantageusement les nôtres, plus bronzés mais plus grands, ensoleillement obligeant.

Ces crustacés, libres dans l’eau au stade juvénile, se fixent pour toujours à la roche au stade adulte. Pour les ramasser, il faut les séparer de leurs supports au moyen de couteaux racloirs, et ce n’est guère facile. De plus, ces animaux affectionnent les rochers battus par les paquets de mer très violents.

Les ‘’ramasseurs’’, après avoir repéré les colonies intéressantes, se mettent en bonne position à l’abri, et entre deux gifles de vagues, courent donner quelques coups de leurs couteaux-racloirs, souvent dans des positions relevant plus de l’exploit d’acrobates que de l’ergonomie. Les décès dans l’exercice de cette activité ne se comptent même pas et expliquent, tant ici qu’ailleurs, le prix astronomique de la denrée …

Sur ces côtes sahariennes, ces charmantes bestioles ont la fâcheuse manie de loger ‘’pied-dans-l’eau-vive’’ et d’être ainsi quasiment intouchables. Hélas pour elles, leur prix pousse les ramasseurs à prendre des risques fous pour aller les chercher.

Pour leur rendre visite au pied des falaises, il n’existe aucune autre voie que celle des airs. On descend du haut de la falaise à l’aide d’échelles de corde (nommées de leur nom espagnol ’’scallera’’ pour ’’escalera’’). Quelquefois sans lâcher ladite échelle, on arrive à l’endroit visé, donne quelques coups de couteau, ramasse vite les crustacés ainsi détachés et remonte vite avant l’arrivée des vagues suivantes. Les plus résistants parmi les ramasseurs s’agrippent et acceptent de prendre une généreuse saucée au risque d’être balancés comme un fétu de paille et rudement frottés contre la roche pour pouvoir ’’travailler plus pour gagner plus’’…

C’était la fin septembre, période de l’équinoxe d’automne. J’étais là pour une revue de mes troupes. Je devais les encourager, leur fournir tout ce qui leur manquait et les motiver pour s’apprêter à passer 3 longs mois sans rentrer chez eux. Tout cela pour faire la plus belle campagne de fin d’année possible, période ou les prix atteignaient des cimes. Dans ce milieu très viril, on se promettait d’être les meilleurs et de revenir chez soi avec une bonne liasse de billets de banque. Certains champions arrivaient effectivement à gagner jusqu’à 10 SMIG par mois… et je jure qu’ils les méritaient bien !

J’étais donc là, accompagné de mon ambassadeur plénipotentiaire, l’Excellent Si Allal Rifi, mon ami, mon professeur, la crème des hommes… Les discussions allaient bon train et le moral de ces troupes était au zénith. Je plaisantais même avec chacun de ces grognards qui se donnaient du courage à la veille d’affronter cette longue période de solitude, d’éloignement, coupés de leur famille et même du reste du monde. L’on chahutait les champions, charriait les débutants et distribuait des quolibets à qui mieux mieux… La langue dominante était le ’’tachelhit’’, leur langue maternelle, parlée au Maroc méridional sur une zone s’étendant des pentes nord du Haut Atlas aux pentes méridionales de l’Anti-Atlas, limitées à l’ouest par l’Océan Atlantique et à l’est par l’axe Demnate-Ouarzazate.

Il devait être alors  15 heures et je commençais à songer à repartir pour pouvoir avaler les 800 à 1000 kilomètres qui me séparaient de mon domicile à Casablanca. Je demandais à tous de se mettre en cercle pour un dernier briefing comme le font les marins sur un bateau avant un départ en mer pour un long temps. Je commençais mon speech en y mettant une grande quantité d’encouragements, d’appels à l’exploit, d’invitations à se surpasser et gagner beaucoup d’argent. J’argumentai en disant que ce serait facile car j’avais accepté de financer tous les matériels qu’on m’avait demandés, puis je détaillai la liste de ces matériels et confirmai ma disposition à poursuivre l’effort d’équipement en cas de nécessité. Pour terminer sur une note de plaisanterie, j’osai dire :

–         Ainsi donc les gars, avec ces échelles et ces couteaux flambants neufs, il vous suffira d’ouvrir simplement les poches pour recevoir l’argent que vous allez gagner en grande quantité. C’est d’ailleurs devenu tellement facile que vous risquez de vous ennuyer.

L’unanimité des gars comprit bien évidemment que je plaisantais. Sauf un olibrius au visage faux et fuyant, qui, détournant et baissant la tête, dit à son voisin d’un air méchamment moqueur :

 –         Andalbe i woumlile ade isse izdare ade waki hatta s’nate ti’s’k’falle n’salloume.

 (Traduction :  »On demande à ce blanc-bec si lui, il peut descendre même deux marches de l’échelle ?  »)

Quelques rires désobligeants fusèrent.

Hélas, j’entendis la plaisanterie et me sentis absolument obligé de relever le défi… Je m’en fus vers ma voiture, ôtai mes affaires, restai torse et pieds nus et me dirigeai très tranquillement vers l’échelle qu’un vent soutenu balançait au dessus du vide. Mon ami Si Allal s’interposa et tenta l’impossible pour me dissuader de descendre la maudite échelle… Pour cela il me fit peur, m’assurant que je n’y parviendrais pas, que je n’en reviendrais pas. Il me traita de gamin. Il me menaça de cesser toute relation avec moi, de le dire à ma mère, à mes enfants, etc. Rien n’y fit. Puis, homme d’honneur s’il en fut jamais, il finit par me céder le passage malgré sa face cramoisie par la trouille, celle de me voir m’abattre 30 mètres plus bas, aplati comme une bouse de vache… En maugréant, Si Allal alla vite vérifier les fixations de l’échelle, la solidité des ancrages et même la solidité des cordes. Je puis deviner qu’il souhaitait les rompre même, pour m’empêcher de descendre mais comme lui l’aurait certainement fait, il ne pouvait me faire l’insulte de m’empêcher de le faire…

… Je commençai ma descente… Les premiers degrés me procurèrent une ivresse délicieuse et je compris vite qu’il ne fallait surtout pas trop regarder en bas car dés que je n’ai plus été en mesure de voir la plate-forme de départ, je pendouillais comme une chose ridicule au bout de la maudite corde qui semblait me dire qu’elle se souciait comme de colin-tampon de mon sort et de celui de ma dynastie… Je crânais cependant un long moment, en me disant qu’il y avait quelque exagération dans la façon dont les ramasseurs parlaient de la ‘’scallera’’, comme les pestiférés du Moyen-âge parlaient de la faux ou les compagnons de Villon du gibet…  En fait oui, c’était assez ‘’virile’’ mais enfin, ce n’était pas le bout de l’enfer non plus. J’étais déjà à 40% de ma descente lorsqu’un paquet de vent me gifla contre la paroi. Rien de grave, plus de peur que de mal et ma nounou tout là-haut me demanda si tout allait bien. Je rassurai le brave homme et lui dit en plaisantant que c’était un jeu de fillette … à la limite de l’ennuyeux. Je descendais et remarquai tout à coup que ma respiration se faisait saccadée. Normal me dis-je ! Je me secouai même en me disant méchamment que ce n’était guère le moment de faire ma chochotte ! Nouveau coup de vent, nouvelle gifle mais cette fois-ci, éraflures diverses au torse. Mm… les chatouilles le l’eau salée sur les plaies vives ! … Le principal de mon effort consistait à essayer de ne pas penser. Non pas de penser à autre chose, mais de ne pas penser. C’est bien plus dur. Il ne restait que 7 à 8 mètres à descendre. Deux étages d’immeuble, quoi… Mes bras me demandaient de leur dire si j’allais me fiche d’eux encore longtemps. Je les rassurai et leur dis qu’il était tellement plus simple de ne pas penser… Le gauche, bien éraflé me répondit que j’en avais de bonnes. 3 mètres encore … Respirons un bon coup et pensons déjà à la remontée… Nouvelle gifle contre la paroi rocheuse et bain de pied dans une vague géante… Je fus étourdi par la violence de l’eau. Je secouai la tête pour me ranimer. Je fus calmé par l’idée que j’atteignais enfin le dernier degré. Là, la corde gitait drôlement et faisait de moi un ludion. Très stratégiquement, je commençais à remonter aussitôt pour éviter la véritable tentation de tout lâcher. Remonter ? Facile à dire, mais ou est le matériel pour ce faire ? Les bras veux-je dire ? Ils n’étaient plus que coton vaporeux, mes pauvres bras… Mes cuisses pourraient pousser ? Assurément mais … elles ne poussent pas, d’ailleurs, est-il sûr que j’aie encore des cuisses ? Rien de moins sûr. Elles sont parties en vacances mes pauvres bielles. Abandon de poste les coquines !

J’entendis vaguement que l’on me hélait de là-haut, mais j’eus beau prêter l’oreille, je n’entendais que le vacarme des flots rugissant s’engouffrant dans une caverne voisine et en ressortant, furieux, dans un bruit de forge infernale … Je fis signe que je n’entendais rien. Alors, avec moult mimiques, Si Allal me dit de passer les deux bras au travers de l’échelle, de faire reposer mes aisselles sur le barreau de bois en me penchant vers l’avant et de me maintenir dans cette position pour récupérer durant quelques instants. Je fis ce qu’il me dit et lui confirmai que c’était impeccable. Mais en soliloque, j’ajoutai qu’effectivement, c’était légèrement plus confortable qu’une esse de boucherie …

Incroyable mais vrai, cette posture me donna sommeil, un sommeil gênant, morbide et suicidaire qui me suggérait de passer de l’autre coté en lâchant tout… Je n’étais alors qu’à 3 mètres au dessus de l’eau et me dis une fois encore, que ci-dessous, il serait doux de dormir, bercé par les vagues … Puis je me rappelai mon défi, ma crête de petit coq et mon devoir de chef exemplaire…  En m’encourageant de jurons disgracieux de bûcherons furieux, je repris mon ascension. Quelques mètres, nouvelle pause. J’osai un regard là-haut et je vis que tout le groupe était au bord de la falaise, peut-être pariant sur mes chances de survie. Je vis surtout qu’on essayait d’installer une autre échelle, probablement pour venir me chercher. Alors, ranimant mon reliquat de force et y ajoutant toute ma rage, je hurlai d’indignation,  je leur dis qu’ils étaient fous et je les menaçai même. Je n’avais aucun problème, prétendis-je ! Que l’on me fichât la paix… J’arrivais, je courais, je me précipitais ! On retira la seconde échelle… Les commentaires que je ne percevais guère allaient bon train… Je voyais que certains applaudissaient même mon calvaire…

Allez, m’invitai-je, regarde ailleurs ! Je me tournai vers l’immensité océane et me mis, je le jure, à déclamer ’’Oceano Nox’’ d’Hugo

… ’’ O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !’’ …

‘’Non, c’est trop mélo’’, estimais-je … J’arrêtai ma récitation et cherchai un autre texte à la mesure de la théâtralité de mon effort. Me vint alors à l’esprit ’’Chant pour un Équinoxe’’ de ‘’mon’’ Saint John Perse :

’’  L’autre soir, il tonnait, et sur la terre aux tombes j’écoutais retentir
cette réponse à l’homme, qui fut brève, et ne fut que fracas.

Amie, l’averse du ciel fut avec nous, la nuit de Dieu fut notre intempérie,
et l’amour, en tous lieux, remontait vers ses sources.

Je sais, j’ai vu, la vie remonte vers ses sources, la foudre ramasse ses outils dans les carrières désertées
le pollen jaune des pins s’assemble aux angles des terrasses,

et la semence de Dieu s’en va rejoindre en mer les nappes mauves du plancton.
Dieu l’épars nous rejoint dans la diversité.’’

Dieu, le bien que cela me fit de déclamer du Perse, suspendu à une échelle de corde dans le vide, face à l’océan agité ! Un mélange de Saint-Exupéry et de Wagner …  Et l’émotion ainsi procurée me fouetta les sangs. Je repris mon ascension et ne doutais pas que tout là haut, l’on devait se demander si cette expérience ne m’avait pas dérangé l’esprit… Baste ! Je n’en avais cure.

Voici la moitié de la remontée franchie. Logiquement c’est à ce moment-là que la difficulté devrait devenir énorme… Je chantonnai maintenant, comme un artisan devant son ouvrage. J’ espérai que l’on m’entendait de là-haut, car ainsi, même si je ne réussissais pas mon pari, l’on pourrait répéter à mes héritiers que j’avais été un homme courageux et brave  quoique poète, mais que malheureusement, si je n’avais laissé pas même une tombe, c’est parce que j’avais préféré me sublimer en plancton et … en embruns …

Les derniers 10 mètres ! Oh Dieu le supplice ! La douleur physique pure, la certitude que les bras allaient s’effriter, l’évidence que les cuisses allaient se pulvériser et que la vie ne serait bientôt plus qu’un vague souvenir, ni agréable ni important … Tout cela siérait parfaitement comme punition aux infanticides… ou à quelque autre monstre! Il n’y a rien à en dire, et rien à en penser. Se taire ou alors déclamer un texte sacré, à pleins poumons, quitte à n’émettre aucun son…

’’Seigneur, ne nous impose pas ce que nous ne pouvons supporter’’ (Le Coran 2.286).

Le paroxysme de l’épreuve fut atteint 4 mètres avant de toucher au but… Déjà le brouhaha et les bravos emplissaient l’air. Je voyais le pied de Si Allal bloquant l’attache de l’échelle, je voyais sa bonne bouille de père ’’intranquille’’ hésitant entre les pleurs et les rires, je voyais le visage goguenard de mon ’’défiant’’… J’étais un gladiateur, seul dans l’arène et pour lequel nul ne pouvait rien. Je revenais du danger absolu, de la peur, par ma seule volonté et ma force. Et le pouce du destin, ce jour là, était levé, indépendamment de quelque logique que ce fut.

Certes mes jeunes admirateurs montaient et descendaient cette échelle au quotidien, mais que je sache, aucun d’entre eux n’est descendu et remonté d’une traite ! La différence est énorme et faisait que ce jour là, ils étaient en admiration devant Oumlil

Trois mètres seulement me séparent du sommet. Nécessité d’un nouveau repos car les derniers sont des mètres géants, surdimensionnés, exagérés ! Je m’attendais, à chaque fraction de seconde, à entendre le craquement de mes os et ma chute aussi pitoyable que celle d’Icare.

La main de Si Allal se tendit vers moi et les travailleurs de la mer entamèrent les récitations laudatives de mon exploit. Je fis donc une dernière halte, non pas pour me reposer, mais pour calmer ma respiration car je comptais bien  »délivrer » quelque message à l’humanité, et je voulais le faire au mieux de ma forme.

La main rugueuse – et privée d’auriculaire par un accident- de mon ami se saisit de la mienne et me souleva comme une plume. Et là, le magnifique fayot crâneur, le cabotin caricatural que je suis, feignant de sortir d’une pensée profonde, de déclarer : ‘’Tu sais, j’ai compris beaucoup de choses au cours de ce test, et je crois avoir trouvé le moyen d’améliorer la stabilité des échelles. » Je suis sûr que Si Allal, à ce moment précis, eut envie, malgré son affection sans borne pour moi, de me trucider purement et simplement. Lui qui ne donnait pas un kopeck de ma survie 3 secondes auparavant, devait endurer mon discours foireux sur les prétendues améliorations technologiques que je comptais apporter aux échelles de corde ! … N’en pouvant plus, il me saisit énergiquement par le bras et m’entraina à part pour me dire qu’après mûre réflexion, il avait décidé de cesser toute relation avec moi, que je n’étais qu’un gamin, inconscient et stupide ! Mais … j’avais l’habitude. Il me la ressortait de temps à autre, cette scène du départ ; en fait, chaque fois qu’excédé par le fait que je ne sois pas son fils mais seulement son ami, il préférait cesser de me voir que d’assister à ce qu’il considérait comme ma gaminerie, mon inconséquence, alors même qu’à ses yeux, j’avais des capacités illimitées.  J’éclatai de rire et l’entrainais vers les autres qui m’applaudissaient et y allaient chacun de sa louange, de son admiration…

Ménageant mes effets comme une cocotte en représentation, je m’approchais du voisin immédiat de mon défiant et lui dit en ‘’tachelhit’’ dans le texte :

Dis à ton voisin qu’ Oumlil l’a fait et sans aucune difficulté. Maintenant, ajoute qu’Oumlil le met au défi d’en faire autant, à savoir de descendre et remonter aussitôt !

Je me reculai un peu et afin que nul n’ignore, je prononçai l’expression consacrée de la prise de congé :

’’Assalam alaïkoum ya Bani Adam’’ !

(Traduction : ’’Le salut soit sur vous, O fils d’Adam.’’)

Je prie à mon tour Si Allal par le bras et m’en fus vers ma voiture. Pendant que je me rhabillais, j’eus à subir une nouvelle bordée d’imprécations ornithologiques, qui lui servirent à dire le fond de sa pensée … guère flatteuse pour moi… Gamin, inconscient, inconséquent et navrant ! Oui mon Général, assurément mon Général, parfaitement mon Général, opinais-je du chef.

Alors que je prenais congé de lui, son terrible sourire refleurit son visage. Il me dit alors : ’’Je te conseille de passer la nuit à mi-chemin, car tu vas avoir une surprise assez rapidement, alors ne crâne pas une nouvelle fois, tu en as assez fait pour ce jour ! Allez, déguerpis et que Dieu te protège, Riquet à la Huppe !’’ Nous nous donnâmes une bonne accolade et je partis.

Que voulait dire ce diable d’homme avec sa mise en garde sibylline et  son allusion à une surprise à venir ? Le problème est qu’il  avait toujours raison ! Bon, je me promis d’être vigilant et m’en fus dévorer mon millier de kilomètres avant de retrouver mon lit douillet …

J’installai mon auditorium portable – en fait une chaîne stéréo de voiture, mais améliorée et équipée comme pour une salle de concert… – et me mis à déguster Carmina Burana de Carl Orff, par l’orchestre de l’Université de Californie sous la direction de Jeffrey Thomas  http://www.youtube.com/watch?v=QEllLECo4OM … Cette œuvre était alors au faîte de son succès…

Je fis suivre par ces pots-pourris que je confectionne moi-même autour d’un thème donné : La femme, la mer, l’amitié, le danger etc. Ce jour là, ce fut ma célébrissime collection des plus belles interprétations de Summertime. Parmi les plus de 25 .000 interprétations, j’avais regroupé sur un même support, mes préférées, notamment celles de : Ella Fitzgerald http://www.youtube.com/watch?v=1j6avX7ebkM,

Janis Joplin http://www.youtube.com/watch?v=883HIebcXAo,
Nina Simone http://www.youtube.com/watch?v=SM4ZE2XXl0k&feature=related,
Billie Holiday http://www.youtube.com/watch?v=h5ddqniqxFM,
Miles Davis http://www.youtube.com/watch?v=13esKUJr1hM ,
Frank Sinatra http://www.youtube.com/watch?v=13esKUJr1hM   
et enfin, quelques interprétations plus jazzistiques, telles celles du
Modern Jazz Quartet http://www.youtube.com/watch?v=S_VRsGo-FAA&feature=related,
John Coltrane http://www.youtube.com/watch?v=BQtAWKQ_M7w ou de
Gene Harris http://www.youtube.com/watch?v=c_hWZp_BVAI&feature=related
 

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Deux autres séries ayant pour thème les voix féminines d’une part et la mer d’autre part, me menèrent à bon port, 500 kilomètres plus au Nord, le Port d’Essaouira, en l’occurrence. Plus exactement à la table du dîner, dans un hôtel de légende très cher à mon cœur et ou j’avais mes habitudes, le vieil Hôtel des Iles d’Essaouira, lieu qui fleurait bon les années 50, avec ses couverts en argent, sa vaisselle de porcelaine et ses serveurs, émules de Mathusalem, version butlers, compétents, gentils mais quelque peu obséquieux.   Mon repas pris, pour la centième fois de la soirée, je me massais les bras et avant-bras, sérieusement ankylosés par les activités gymniques d’Oumlil… Sournoisement, l’ankylose commença à se muer en douleur ce qui me paniqua quelque peu. C’était donc cela la prédiction de Si Allal ? L’ankylose des membres !

Dîner seul est assez désagréable. Heureusement, cela ne m’arrivait pas souvent. Alors lorsque le directeur de l’hôtel me convia à sa  table pour un café, j’acceptais avec plaisir. Nous devisâmes gentiment et dans le cours de notre conversation, je lui fis part de mon problème d’ankylose qui m’inquiétait non pas en lui-même mais pour l’incapacité à conduire qu’il pouvait me causer… Bien me prit de partager avec lui car il appela aussitôt un employé de l’hôtel qu’il envoya je ne sais ou pour faire je ne sais quoi.

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L’employé revint assez rapidement et lui dit que tout était prêt. Le Directeur de l’hôtel m’expliqua alors que si je voulais éviter l’ankylose chronique et un séjour forcé à Essaouira, Cité des Alizées et du Festival des Gnawas, je devais immédiatement aller au bain maure et y subir le massage énergique et prolongé d’un bon kessal (masseur traditionnel du Maroc). Je répondis que je voulais bien et devant ma moue quelque peu dubitative, il s’empressa de préciser :

–         Bien évidemment, je vous garantis le sérieux et la parfaite sécurité de l’endroit ainsi que l’habileté du masseur.

J’acceptai et le remerciai en précisant que, ne supportant pas les espaces confinés et la chaleur humide, je ne serai probablement pas long à revenir. Je suivis mon très déférent guide, qui me mena au hammam en question, tout près de l’hôtel. On m’accueillit avec des égards inouïs et je fus de suite introduit dans une alcôve ou le kessal pressenti, un tas de viande en forme d’armoire normande, se mit aussitôt à mes petits soins. Qui n’a jamais ‘’subi’’ un massage de kessal marocain n’a pas complètement vécu, ni découvert les immenses capacités de souplesse de son corps… Entre les mains de ces diables de magiciens, quelque revêche que soit votre corps, il devient un bout de caoutchouc,  déformable et transformable à merci. Dans mon ‘’cas’’, le praticien m’étira les bras et les jambes pendant une bonne demie heure et je sentais, je n’ai pas honte de dire une telle bêtise, la douleur et l’ankylose sortir par les terminaisons de mes membres… Puis on me laissa me reposer 5 minutes avant de me libérer, agile et frétillant comme un gardon. On me recommanda de dormir en me couvrant les membres avec de la laine et m’assura que le lendemain, il n’y paraîtrait plus.

L’Hôtel des Iles, délicieusement vieillot, témoin privilégié de tout un pan de mon existence, lorsque jeune cabri bondissant je m’y retirais pour approfondir discrètement  »certains dossiers » … Jamais donc je ne m’y étais retrouvé seul. Mais là, la journée avait été tellement rude que le sommeil ne se fit guère prier pour m’envahir et me retenir jusqu’au lendemain…

A mon premier éveil, je tordis mes bras dans tous les sens et constatai avec soulagement que le massage de l’escogriffe du bain maure avait été efficace. Idem pour les jambes…

Quelques instants plus tard, alors que le soleil osait à peine ses premières lueurs tout là-bas, derrière la colline, j’étais fin prêt au volant de ma voiture, pour entamer l’écoute des 4 saisons de Vivaldi et aussi de quelques autres pots-pourris emplis des marottes de mon âme.

Oumlil, alias

mo’

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