“Dans le panorama littéraire et artistique de la première moitié du XXe siècle, Blaise Cendrars (1887-1961) a joué, de son vivant, un rôle dont la postérité, il n’y a pas longtemps encore, a eu tendance à méconnaître l’importance. Ce solitaire impénitent, qui esquiva jusqu’à la fin toute ‘normalisation’ et appartenance à une école ou à un courant, est bien le fils de son temps et l’égal de ces auteurs qui, tous diversement novateurs, ont marqué la création et les débats littéraires de l’époque.’’ Marie Thérèse  Russo, Blaise Cendrars et ses contemporains : entre texte(s) et contexte(s)

C’est bien vrai mais en ce qui me concerne, Cendrars fut l’un des formateurs de mon adolescence. Je me suis régalé de ’’Moravagine’’, de ’’L’or’’ et de ’’Bourlinguer’’. J’aime son langage vrai, sa verve, son appétit de vivre, son amour des gens et sa modestie… Hemingway, Dos Passos et autre Miller ne sont pas loin… A quelqu’un qui lui demandait s’il n’était pas trop pénible d’avoir perdu un bras (à la guerre de 14-18), il répondit magnifiquement ’’non’’ en ajoutant :

’’Le seul fait d’exister est un véritable bonheur.’’

Je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici cet hymne à la vie présenté sous forme d’exhortation à la jeunesse :

« Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la « politique », et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre ! »

J’en arrive au motif de l’évocation de Blaise Cendrars ici. On peut imaginer ce que cet homme pensait de l’idée de collectionner des œuvres d’art, lui qui haïssait les bibliothèques parce que les livres y meurent et prétendait que la plus belle de toutes était ’’les quais de la Seine’’. Dans ’’Bourlinguer’’, ensemble de 11 récits prétextes à évocations et réflexions situé chacun dans un port différent, on trouve cette violente diatribe contre les collectionneurs :

’’Les collectionneurs qui collectionnent pour collectionner, ces maniaques, et il n’en manque pas, qui dépensent une fortune pour ranger sous vitrine aussi bien des boutons de culotte que des livres rares, peu importe’’.

C’est dans cette brèche que je m’engouffre pour donner à ma manière mon point de vue sur la question de la morale pour le moins douteuse de la possession privée d’œuvres d’art…

Sans laïus et sur un ton badin, par la présentation des 12 œuvres suivantes, on comprendra sans peine ce que je veux dire …

« Je n’ai jamais été intéressé par la manière de faire une bonne peinture… mais par voir jusqu’où une seule peinture pourrait aller. »

Willem de Kooning, peintre d’origine néerlandaise, naturalisé américain, initiateur de l’expressionnisme abstrait spécialisé dans les figures et les portraits ; il utilise la gouache, l’aquarelle, le pastel, les techniques mixtes ; il est aussi sculpteur et dessinateur.

Ses tableaux se vendent entre le million de US $ et ce prix payé en 2007 par un collectionneur des Etats-Unis.

Maria H. est une artiste peintre de 9 ans … Elle dessine et peint par plaisir. Peu bavarde, elle se sert, pour s’exprimer, de deux armes redoutables : ses crayons de couleur et l’eau verte, infiniment pure et profonde, de ses immenses yeux de petite fille.

Elle refuse d’expliquer ses œuvres, de leur donner un sens, d’en parler même. Par contre elle les reconnaît entre mille, longtemps après les avoir créées.

–      A quoi ?

–      …sais pas … répond-elle avec un sourire à se mettre à genoux et bramer au clair de lune…

Le prix de ces œuvres est totalement subjectif… Ce n’est pas elle qui le fixe, c’est moi. Je n’étais pas peu fier lorsque le plus sérieusement du monde, elle annonça à ses parents qu’elle était bien avec moi car j’étais son ami…

Eh bien oui, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas sans fierté que j’annonce être l’ami de Maria H. !

’’Un critique a écrit que mes tableaux n’avaient ni commencement ni fin. Il ne l’entendait pas comme un compliment, or c’en était un. C’était même un beau compliment. Seulement il ne le savait pas.’’

Jackson Pollock, 1912 – 1956, est un peintre américain ayant atteint la notoriété mondiale et le succès de son vivant. Il fait partie de l’expressionnisme abstrait. Il a même eu une influence déterminante sur le cours de l’art contemporain, notamment à cause de la technique du dripping dont il fut un adepte et qui consiste à faire des superpositions de plusieurs couleurs d’un même spectre. Cela se fait sur des surfaces originales, mais aussi sur toile.

Jasper Johns, Jr., né en 1930 aux États-Unis, est peintre et dessinateur. Il est l’un des deux créateurs  du pop art. Il peint des séries entières représentant des drapeaux, des chiffres ou des cibles sur toile. Il prend aussi pour sujet des objets de la vie quotidienne, ustensiles, couverts ou boîtes de conserve, traités comme des pièces détachées qu’il intègre à ses travaux.

Plusieurs de ses œuvres dépassent le prix de 10 millions de US $, mais la plus chère est certainement celle-ci-dessus.

Mark Rothko, 1903 – 1970, est un peintre, classé parmi les représentants de l’expressionnisme abstrait américain. Homme de grande culture féru de philosophie, il admirait Nietzsche et la mythologie grecque.

Dans ses toiles, il s’est exprimé exclusivement par le moyen de la couleur qu’il pose sur la toile en aplats aux bords indécis, monochromes ou composées de bandes diversement colorées. Il aspirait ainsi atteindre une dimension spirituelle particulièrement sensible.

L’œuvre ci-dessus est particulièrement significative de l’ensemble de la production.

Chacun de ses tableaux se vend à plusieurs dizaines de millions de US $ …

Andy Warhol (1928-1987) est connu dans le monde entier par son travail d’avant-garde tant en peinture qu’en cinéma, et par ses liens avec tout ce qui a compté intellectuellement dans le monde. Si son travail est très controversé, il est néanmoins reconnu comme l’un des artistes majeurs du XXe siècle. Andy Warhol est considéré comme le  »Pape du Pop’art » par tous ses contemporains.

Ses sujets de prédilection sont les artistes les plus connus – Marilyn Monroe, Liz Taylor, etc.- et les marques commerciales comme la Soupe Campbell

Innombrables sont ses œuvres dont la valeur dépasse le million de US $, mais l’œuvre ci-dessus reste néanmoins la plus cotée.

Damien Hirst, ’’peintre-sculpteur’’ vivant, âgé de 47 ans, est un as du marketing. Il a su construire et faire flamber sa cote à partir de l’an 2000, avec la complicité d’une galerie d’art. Aujourd’hui, aux enchères, un « Spot Painting » tableau de points de couleur sur fond neutre, dont il avoue faire reproduire des copies par des tiers, vaut entre 100.000 et 1,8 million de dollars !

En 2008, l’artiste avait frappé les esprits en parvenant à vendre chez Sotheby’s, célèbre galerie londonienne,  plus de 220 œuvres pour un total de 200 millions de dollars alors que les banques américaines commençaient à faire faillite. Cependant, depuis, sa cote a faibli et il a été relégué à la 98ème place du classement des artistes mondiaux

« J’en ai peint sans doute cinq » avoue-t-il en parlant des innombrables exemplaires de ces « Spot Paintings » qu’il vend à la chaîne et sous toutes les formes… jusqu’aux T-shirts … Il précise, provocateur : « Dès que j’en ai vendu un, j’ai utilisé l’argent pour payer des gens pour faire les autres. Ils le faisaient mieux que moi. Cela m’ennuyait, je suis très impatient ». Mais si vous êtes l’heureux propriétaire d’une de merveilleuses toiles, rassurez-vous, le Michel-Ange des temps modernes certifie qu’ ’’Il n’y en a pas deux pareils, par le seul jeu aléatoire des combinaisons de 1000 couleurs.’’

Le talent de Damien Hirst est multiple, puisqu’il crée des œuvres d’art avec des têtes de veau en décomposition, des animaux naturalisés et des chairs en décomposition. Il sait aussi créer des sculptures entièrement en platine et diamants… Chaque œuvre se vendant à de nombreux millions de US$ …

Jean-Michel Basquiat est un peintre américain d’origine haïtienne et portoricaine qui devient très tôt un artiste d’avant-garde très populaire et pionnier de la mouvance « underground ». Il meurt en 1988 à 28 ans d’une overdose d’héroïne.

Il a laissé 800 tableaux et 1 500 dessins.

Chacun des tableaux vaut entre 500.000 et 15.000.000 Us $

Quant aux dessins, leur prix oscille entre 10.000 et 250.000 Us $ …

‘’Les artistes et les intellectuels avant-gardistes du vingtième siècle, y compris les plus marxistes, ont souvent dissimulé leurs liens étroits avec le marché capitaliste de l’art et de la littérature. En revanche, Salvador Dalí, – peintre surréaliste méticuleux et acharné, concevant longuement ses toiles et les réalisant avec un soin qu’il voulait proche de ses maîtres classiques, Raphaël ou Vermeer– qui adorait aller à contre-courant, a toujours fait étalage de sa passion pour l’argent. Et ainsi, lorsque André Breton – grand théoricien du surréalisme et communiste militant -, voulut le dénigrer en formant le sobriquet ‘’AVIDA DOLLARS’’ – anagramme de Salvador Dalí…, celui-ci prit à son compte ce surnom, dans le but de provoquer…’’

http://fr.wikipedia.org/wiki/Salvador_Dal%C3%AD

Que dirait aujourd’hui le Pape du surréalisme qui incendia le pur génie que fut Salvador Dali de … tout cela ?

mo’

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