La peur ne glorifie pas l’homme, c’est sûr, et pourtant, comme la raison, elle est l’une des choses les mieux partagées du monde. Celui qui prétend n’avoir jamais eu peur, ment et tel a peur des mouches, tandis que tel autre a peur de sa femme, alors que telle autre a peur de certaines souris qui traînent autour de son mari et telle autre a peur elle-aussi des souris, mais surtout en l’absence de son mari. A chacune et à chacun ses peurs, ses effrois, ses cauchemars et ses craintes.

La frayeur elle, est ’’une peur très vive, accompagnée d’agitation, que fait naître, à tort ou à raison, une sensation de danger.’’ C’est la définition qu’en donne l’excellent Dictionnaire Quillet.

Edvard Munch, l’auteur du tableau ci-dessous intitulé Le Cri – qui est l’une des œuvres artistiques les plus chères du monde- parle ainsi de la genèse de son inspiration :

’’J’étais en train de marcher le long de la route avec deux amis – le soleil se couchait – soudain le ciel devint rouge sang – j’ai fait une pause, me sentant épuisé, et me suis appuyé contre la grille – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville – mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d’anxiété – et j’ai entendu un cri infini déchirer la Nature’’.

On explique l’extrême sensibilité et le profond pessimisme du peintre par sa fragilité physique et son environnement familial qui ne fut que mort, maladie et troubles psychiques.

Celle de son  »Cri » est la peur ’’noble’’, si toutefois cette émotion peut l’être. C’est celle qui néanmoins conduisit au suicide tant de philosophes immenses, de créateurs de génie et d’hommes d’honneur qui ont préféré mourir plutôt que de trahir leurs idéaux, par exemple.

Mais la forme  »bon enfant » de la peur, est physique, c’est  notre peur familière, la trouille, dont le nom vient du vieux verbe ’’trouiller’’ signifiant en divers patois ’’avoir besoin de libérer des vents’’. C’est un état de stress provoqué par des situations de menaces ou de danger physique ou psychologique nous mettant dans un état émotionnel spécifique, souvent accompagné de réactions physiologiques comme des tremblements, la sudation, les maux de ventre ou d’estomac, l’accélération du pouls. Dans notre jeunesse et dans notre argot, le peureux était le  »péteux ». Les psychologues disent que cet état est normal et même positif, puisqu’il nous conduit à réagir en luttant contre, par le contournement notamment. Même s’il n’est guère agréable à vivre …

Il avait belle allure Xabier, mon ami basque! Bien de sa personne, toujours habillé avec recherche et goût, un sourire éternel un rien ironique accroché au visage, il était d’une épouvantable fierté mais aussi d’une infinie gentillesse, attentionné avec ses amis, féroce avec ses ennemis. Il importait en Espagne une part de ma production de fruits de mer qu’il prenait en charge à  partir de mes viviers de Mohamedia, au moyen de ses camions-viviers énormes et ultrasophistiqués. Il travaillait aussi beaucoup avec le Portugal, la France, l’Angleterre et d’autres pays européens. C’était un commerçant très prospère et nous nous entendions à merveille. Sa splendide épouse et leur petite fille avaient également de la sympathie pour moi et les présents s’échangeaient en tous sens, tout au long de l’année. Oui, mais Xabier était Basque, se revendiquait comme Basque, se fâchait tout rouge lorsqu’on lui disait qu’il était Espagnol, et en homme logique, ne respectait pas – disons scrupuleusement – les lois tatillonnes et compliquées à l’extrême mise en place par le pouvoir madrilène pour lutter contre cette manie qu’avaient les Basques de mépriser les barrières douanières ! Disons plus clairement que Xabier pratiquait l’art de la contrebande avec autant de naturel que moi celui des mots-croisés, c’est-à-dire, sans état d’âme aucun… Oh, n’allez pas croire qu’il passait en cachette des choses illicites, c’est bien trop vulgaire. Par contre il importait 5 tonnes d’un produit lourdement taxé et en déclarait 5 kilogrammes, réalisant ainsi d’entrée de jeu un profit énorme. J’ai appris, longtemps après, qu’il ne dédaignait pas non plus, grâce aux camions frigorifiques – assez peu contrôlés car sensés transporter du périssable – quelques cartouches de cigarettes détaxées… Bon, mais s’agissait-il réellement de sa volonté ou d’un complément de salaire pour les chauffeurs, je n’en sais rien. Ce qui est certain c’est qu’il eut finalement d’énormes ennuis financiers qui ébranlèrent sérieusement l’équilibre de ses affaires. Certainement n’a-t-il pas su arrêter à temps ses  »pieds de nez » à l’administration officielle de l’Espagne…

A la fin d’une saison de travail intense ou j’avoue que nous nous étions rempli les poches, Xabier m’invita chez lui, à Bilbao… Mon séjour fut un pur bonheur car le Pays Basque est une splendeur, le Peuple basque et l’organisation disciplinaire de ce territoire, une véritable leçon de sociologie pour le reste du monde. Un peu ’’protectionniste’’ puisque, par exemple, dans le Club de football de l’Athletic de Bilbao, on ne recrute pas les non Basques, puisque les mauvais payeurs et les tricheurs voient leur identité affichée au grand public sur les lieux de leurs forfaits, puisque même en vous équipant d’une loupe, vous ne pouviez trouver un papier par terre dans la rue, puisque le chèque sans provision y était inconnu, puisque le respect de la nature et de l’environnement y était un impératif moral et non un slogan doucement  »écolo ».

Bilbao est une ville assurément cossue et mon ami habitait un splendide pavillon de banlieue, enserré dans un bouquet de verdure, au bord d’un canal … Il me réserva une chambre dans un hôtel à proximité et chaque soir, il devait expliquer à sa petite princesse pourquoi son ’’ami du Maroc très loin là-bas’’ ne pouvait pas dormir avec elle dans son lit, comme elle le souhaitait … Nous avons fait de splendides balades à travers la forêt en visitant toutes les installations de son importante affaire. Ici un  »vivero », vivier, ailleurs une ’’depuradora’’, c’est-à-dire une station de dépuration pour affiner les coquillages avant d’être autorisés à la vente, plus loin un ’’cocedero de mariscos’’, c’est-à-dire un lieu où l’on cuit et vend des crustacés à emporter, dans un autre village une ’’pescaderia’’ ou poissonnerie et encore ailleurs une ’’marisqueria’’ ou boutique de fruits de mer. Le tout de très haute qualité, excessivement cher et très élitiste ! J’étais béat d’admiration devant la perfection de l’organisation, l’hygiène, le respect des normes de qualité, la présentation et l’image de cet ensemble et chaque fois que ce taquin me surprenait à béer, il me disait en guise de gentillesse, de plaisanterie et de complicité entre nous : ’’Lo siento mucho, mo’, pero tampoco yo se hacer las cosas mal’’. (Désolé mo’, mais moi non plus, je ne sais pas faire les choses mal)

Un après-midi, il m’avertit que le Pays Basque allait m’éblouir davantage avec la balade que nous allions faire puisque nous allions aller à Santoña, à 75 kilomètres de Bilbao, la capitale espagnole de cet art raffiné et sophistiqué qu’est la salaison des anchois. Xabier y possédait un ’’saladero’’, entendez un atelier de salaison, et connaissant ou reconnaissant mes compétences en la matière, il voulait mon avis sur son travail.

Nous partîmes vers 15 heures et il s’engagea dans la montagne pour m’en faire admirer les grandioses paysages car je le suppliais, à chacun de nos déplacements, d’ignorer les sinistres autoroutes et d’emprunter autant que faire se pouvait, les chemins de traverse, là où l’on déguste la nature à pleine vue, à pleins poumons…

Pour que le plaisir fût total, il engagea dans son lecteur une cartouche de chants basques, dont je sais qu’ils sont très spéciaux comme les chants corses et autres chants montagnards, mais qui personnellement me bouleversent.

La majestueuse beauté des monts cantabriques était fort bien soulignée par cette musique et par le récit passionné de ce gentilhomme qui me contait l’âme basque, son farouche besoin de liberté et d’indépendance, sa spécificité, son insolubilité dans l’ensemble espagnol et sa détermination à ne jamais baisser pavillon dans la lutte pour son indépendance. Il était tellement sincère et docte que cela me permit de mieux comprendre, non, certainement pas d’admettre,  l’ETA, sa consistance et sa lutte… J’argumentai en demandant :

–      Mais pourquoi la violence aveugle, pourquoi ces bombes horribles déchiquetant des corps innocents, des femmes, des enfants ?

–      Mais avec qui veux-tu parler ? Avec des occupants qui eux ne savent que tuer ? Les Basques veulent leur prouver et y parviennent très bien, que leur univers d’ordre et de paix est illusoire sans liberté et qu’ils doivent négocier avec nous pour que nous sortions de l’Espagne avec laquelle nous ne nous sentons aucune affinité et dont nous n’avons nul besoin d’aucune sorte. L’Espagne nous prélève notre sang et notre argent car nous, nous réussissons ce que nous entreprenons et gagnons de l’argent… Je sais c’est horrible les bombes etc., mais c’est l’expression du désespoir, mo’ !

–      Bon, je sais que la simplification rend la moitié des problèmes du monde insolubles et je comprends que le sujet soit douloureux mais moi, en tout cas, jamais rien ni personne ne me convaincra de tuer pour autre chose que pour essayer de ne pas me faire tuer en cas de  »légitime défense »… Ceci dit, le Peuple Basque est un beau peuple et j’ai tout le respect du monde pour lui…

Pendant que nous devisions dans ce décor wagnérien, les vallées luxuriantes succédaient aux escarpements rocheux et cette omniprésence de l’eau vive, des cascades et des rivières donnait à l’ensemble des allures de jardin d’Eden. C’est grandiose…

Nous nous tûmes et Xabier me regarda discrètement en oblique afin de vérifier que je n’étais pas fâché par son discours, puis voyant qu’il n’en était rien, il comprit que je dégustais réellement la magie de l’instant et décida de se taire lui aussi, de regarder et d’écouter jusqu’à notre arrivée à Santoña

Nous arrivâmes à son atelier de salaison et le visitâmes. Je demandai très prétentieusement à voir les salles de maturation. Vous rendez-vous compte ? Un petit Marocain qui prétend émettre un jugement sur le travail des meilleurs  »anchoiteurs » du Monde ? Et où ? Dans la capitale mondiale de l’anchois, Santoña, le saint des saints !… Là, je ne vais pas me faire que des amis avec ce classement qui ignore Collioure en France et Bagheria en Sicile (Bagheria = Bahria, ou ’’marins’’ en arabe). On me prêta des bottes pour épargner mes escarpins et nous y allâmes… Pour apprécier l’anchoitage, je ne me sers que de mon redoutable odorat… S’il est convaincu, je suis sûr que la couleur, la texture et le goût y seront. Je désigne le fût duquel je désire prélever un échantillon et demande qu’on me choisisse un anchois des 2O premiers centimètres supérieurs. On me tendit l’assiette blanche et plate ou a été allongé le poisson. Je m’écarte du groupe sous l’œil éternellement rieur de Don Xabier. Je renifle, je tourne l’assiette, je balade mon nez tout au long du corps de l’autopsié, j’insiste sur l’attache de la ’’la tête’’, sur la ’’cavité ventrale’’ vide bien évidemment et reste ainsi un instant avant de me décider à séparer les filets, dégager l’arrête centrale impeccablement propre et la mettre de côté. Je recommence à renifler comme un chien-truffier et me décide enfin à goûter… Je prélève un second morceau, je le lape et le fais fondre en le pressant entre la langue et le palais. Et là, je fais mon travail d’analyste… Je recommence une seconde puis une troisième fois. Je demande qu’on m’apporte un autre poisson, prélevé dans un autre fût mais faisant partie du même lot. Je répète l’opération et le maître de céans demande à ses collaborateurs qui trouvent le temps long de rester là car il me connaît et sait que j’aurais quelque chose d’intéressant à dire… Je goûte à nouveau. En second lieu, je m’intéresse aux autres caractères organoleptiques : la couleur est bien acajou, donc parfaite, la consistance est douce et elle aussi parfaite, charnue mais non grasse, aucune trace d’arête … Puis je range tout, demande à me laver les mains et nous sortons tous de la salle de maturation. C’est donc dans le couloir qui y donne accès que je rends mon verdict :

–      Messieurs, votre produit est une merveille absolue et vous ne déméritez pas de la merveilleuse réputation de Santoña… Si nous étions à l’école, et que j’étais votre professeur je n’hésiterais pas à vous attribuer un 19 sur 20 … De la belle ouvrage, bravo !

Congratulations, poignées de main et même ’’abrazo’’ (accolade) au chef de l’atelier. J’étais presque vexé qu’on ne me posât aucune question. C’est Xabier qui mit fin à ma gêne en me posant la question que j’attendais :

–      Et pourquoi pas 20 sur 20, puisque c’est parfait ?

–      Et bien parce que ce poisson a souffert d’une très légère, mais vraiment légère négligence au départ… Je peux te dire que selon moi, il est resté en attente de traitement dans un courant d’air pendant une paire d’heure, alors j’ai décelé dans le goût, un arrière, arrière, arrière goût de rance, infinitésimal mais désolé, je l’ai décelé…

Ils se regardèrent tous et se parlèrent en basque dont je ne connais pas un traitre mot mais je jurerai qu’ils se dirent que j’étais un peu barjot sur les bords… Alors je persistai :

–      Je suis désolé mais bien évidemment, je mets ma main au feu que j’ai raison… Je ne sais si vous avez le moyen de le savoir mais c’est ainsi…

Le chef d’atelier s’éclipsa pour revenir avec un grand registre noir à la main. Il alla directement vers Xabier et lui parla en basque en lui donnant à lire une page précise. Deux échanges et mon ami éclate d’un rire sonore énorme ! Et il annonce que mon observation est tout à fait plausible car cette marchandise provient d’un lot acheté en association avec un autre atelier et elle a reçu dans cet autre atelier la première salaison… Il se pouvait donc que là-bas il y ait eu cette négligence… car si c’était ici, cela apparaîtrait dans la fiche suiveuse? Nouvelle discussion très vive entre eux et Xabier me traduit : Ses collaborateurs sont en train de lui faire porter la responsabilité de la chose car c’est lui qui les oblige à travailler avec cet autre atelier alors qu’eux savent que son travail n’est pas aussi méticuleux que le leur ! Alors je ris bien franchement et leur dit que 19 sur 20 n’est quand même pas une note de cancre ! Nous nous en amusons et allons tous fêter le verdict de l’expert ’’Moro’’…

Nous faisons un tour au port ou Xabier s’avère être un guide intelligent et de grande culture… Je bois ses explications et m’émerveille de tout. Il est temps de repartir. Ses collaborateurs me saluent chaudement en me disant que je suis redoutable et cela s’exprime en faisait mine de se boucler le coin d’une imaginaire moustache. ’’Tu es un grand capable’’ me disent-ils. Je remercie et nous repartons vers Bilbao.

 Nous ne devions plus être bien loin de notre destination lorsque nous vîmes tout d’un coup une herse de police surgir au milieu de la route qu’elle barra. Pendant que Xabier stoppait le véhicule, à chacune des portières apparut un colosse en uniforme, terrifiant d’aspect, une carabine modèle méchant-méchant avec une baïonnette et tout se posa sur la vitre baissée de la fenêtre de ma portière pendant qu’une autre était appuyée sur la poitrine du conducteur. Une formule cabalistique nous intima l’ordre de ne pas faire un geste. Xabier, pas plus impressionné que çà osa même me dire, entre ses dents : ’’Surtout ne bouge pas d’un poil’’.  L’un des vilains pas beaux lui demanda ce qu’il m’avait dit, ce à quoi, il répondit qu’il m’avait traduit l’ordre car j’étais un fournisseur étranger de son négoce de produits de mer.

–      Ah ! Et d’où nous vient ’’este Caballero’’ (ce jeune-homme) ?

–      De Marruecos ! (du Maroc) répondis-je

–      … Capitan ! (Capitaine !) me demanda-t-il de préciser !

–      De Marruecos, Capitan ! (du Maroc Capitaine !)

–      Asi mejor, concéda-t-il ! Documentacion ! (C’est mieux ! Vos papiers)

Il prit mon passeport de Javanais originaire de Papouasie et vivant en Mongolie Extérieure – tout pour rassurer, et s’éloigna sans cesser de le lire comme s’il s’agissait des mensurations de Sarita Montiel… Je transpirais à grosses gouttes. Il revint un instant, me regarda bien avant de repartir vers un véhicule militaire dissimulé derrière un buisson en contre-haut. Pendant son absence d’autres Robocop nous surveillaient avec des mines aussi joyeuses et avenantes que des portes de prison. Mon ami me regardait et sembla me dire, sans desserrer les dents : ’’Tu vois ce que je te disais sur la conception de la liberté de ces gens-là ?’’, ce à quoi je répondis, tout aussi explicitement : ’’N’exagérons pas, ce n’est pas grave, cela pourrait arriver dans n’importe quelle autre partie du monde, c’est un simple contrôle d’identité’’… Nous n’avions pas le droit de parler entre nous et nos gardes nous rappelaient à l’ordre et au silence en tapotant le rebord de nos portières avec les canons de leurs armes, ce qui, croyez-moi, est très efficace pour se faire obéir. Personnellement, à ce moment-là j’étais  prêt à me couper la langue et la leur montrer pour prouver que je n’avais aucune intention de parler, mais mon bravache ami, lui par contre, n’en ratait pas une pour agacer nos cerbères vilains pas beaux. Il osa même leur parler d’insulte aux règles de l’hospitalité. Le vérificateur finit par revenir et je constatai avec angoisse qu’il n’avait pas en main mon document. Il marchait comme un héros de western, jambes écartées et bras ballants avec cet air superlativement crétin de ceux qui abusent de leur position de force … A hauteur de notre véhicule, il s’adressa à Don Xabier et lui dit :

–       A ver lo que hay la dentro ! (- Voyons voir ce qu’il y a là-dedans)

–      Là-dedans, répondit le rebelle basque, il y a deux citoyens qui sont en train de travailler honnêtement et ne comprennent pas pourquoi ils sont arrêtés et dérangés ! Moi vous me connaissez parfaitement et je le sais bien. Mais concernant ce Monsieur, il nous vient d’un pays voisin et ami et n’est qu’un commerçant honnête et tranquille.

–       Y Usted ? (et vous ?) me demanda l’escogriffe en me regardant pendant que son acolyte armé me piquait du bout de sa baïonnette pour que je comprisse qu’il s’adressait à moi.

–       Je suis le fournisseur marocain de produits de mer de ce Monsieur et nous revenons de Santoña ou nous avons visité son atelier de salaison…

–       Esto, lo se muy bien, pero a parte de esto, quien es Usted ? (Tout ça, je le sais bien, mais à part cela, qui êtes-vous ?)

–      A parte de esto, de momento soy un chaval cagando de miedo y nada mas !… (A part ça, rien, je suis un gars en train de faire dans son froc de trouille !…)

Ah l’humour, ’’arme fatale contre la bêtise humaine’’, ’’pudeur de la vie’’, ’’politesse du désespoir’’ ! Combien tu as raison, ami Fellag, de dire que ’’L’humour est un art martial’’.

Toujours est-il que tous les pioupious et Xabier partirent d’un fou-rire à se rompre les côtes… Mais même si j’étais rassuré par le fait que généralement on ne tue pas les clowns, j’étais tout de même horriblement vexé que tout le monde se moquât ainsi de mon aveu de peur ! Ben oui, j’avais la trouille et alors ? Je voudrais vous y voir vous, recevant les chatouilles d’une baïonnette de fusil mitrailleur … moi qui refuse les caresses des femmes à la peau tant soit peu rugueuse, arrêté et réduit au silence pour avoir commis le crime d’être là en même temps que des pas-gentils du tout, moi, le pacifique dans toute sa splendeur, soupçonné de participation à une organisation terroriste dans un pays étranger ou ma mort ne serait peut-être même pas rapportée, excusez-moi, mais vous avouerez que comme situation, il en est de plus confortable et joyeuse !

L’atmosphère s’étant détendue, on demanda à mon ami d’ouvrir son coffre, ce qu’il fit, avant qu’un contrôleur ne fasse glisser une planche à roulette sous la voiture et ne s’y allonge pour inspecter le châssis et rechercher les éventuels objets illicites que nous pouvions y cacher. Enfin, on lui demanda de sortir du véhicule, de s’appuyer des deux mains contre le haut de la portière, jambes écartées, et on le fouilla. Puis on me fit descendre et me fouilla à mon tour… Sortit alors de derrière le bouquet un autre Robocop qui tendit mis documentos au Capitan en lui faisant signe que c’était bon, qu’Interpol et la Phalange ne me connaissaient pas ou alors qu’ils décidaient de me laisser en liberté pour que je les conduise involontairement à mes complices …

On nous relâcha et le Capitan ne put s’empêcher de me demander, en riant, pendant qu’il me restituait ma ’’documentacion’’ :

–       Entonces, como estamos de barriguita ? (Alors, comment allons-nous de la petite bedaine ?)

–      Pues bien, Capitan, le prometo de mandarle una postal de vuelta a Marruecos… para tranquilizarlo a proposito de mi barriguita… (Bien, Capitaine, je vous promets de vous envoyer une carte-postale de retour au Maroc pour vous tranquilliser à propos de ma petite bedaine)…

Nouvel éclat de rire général, vœux de bonne route et levée de la herse. Saluts et sourires et ’’Arriba la libertad !’’

Mon frimeur de copain me demanda comment j’allais et s’excusa de m’avoir imprudemment fait passer par ce chemin ou il savait qu’il y a toujours des contrôles de ce genre. J’en ris et pour le mettre en boite, je lui dis que je le remerciais au contraire de m’avoir fait connaître la sensualité de la baïonnette entre les côtes… Il tint néanmoins à me rassurer en me précisant qu’il jouait au bridge toutes les fins de semaine avec le ’’gran jefe’’ de la Guardia Civil  et qu’il aurait fort bien pu arrêter cette mascarade en citant seulement son nom. Bon …

mo’

Publicités