En fait, elle avait raison ma gastro-entérologue lorsqu’elle m’a dit que les troubles de la digestion sont le reflet de l’âme ! Elle n’essayait pas par-là de faire un bon mot, elle avait scientifiquement raison, car notre appareil digestif héberge plus de 80% de nos cellules immunitaires, et c’est aussi la plus grande zone de contact de notre corps avec l’environnement. Bien plus que la peau ! Comment peut-on penser que cette interface si importante puisse ne pas être de première importance pour l’autre composante de l’être, son esprit ?

La preuve – indispensable en science exacte- vient d’être apportée par des chercheurs  de l’Inserm en France qui ont fait récemment une découverte spectaculaire concernant les liens, jusqu’ici inconnus, pouvant exister entre  notre système nerveux central et notre tube digestif.

Le côlon, partie terminale du tube digestif disposée en cadre dans la cavité abdominale, d’une longueur généralement comprise entre 1 et 1,5 mètre, et qui court du cæcum jusqu’au rectum a dans cet ensemble une importance immense pour l’équilibre physiologique.

Prendre conscience de cette vérité rapproche forcément de la sagesse du yoga, cette discipline qui libère le corps de toutes ses tensions par le mouvement et par la maîtrise de la respiration, et qui a pour but d’unir corps et esprit, de développer l’intelligence et toutes les perceptions utiles à l’épanouissement, à la sérénité et au bonheur. Les adeptes de cette sagesse le savent depuis d’innombrables siècles : le tube digestif est capital et de nombreux exercices y sont pratiqués à cette fin. A titre d’exemple, voici que dit un maître yogi confirmé sur http ://espaceyoga.blogspot.com/2009/02/avant-tout-nettoyer-le-colon_03.html :

’’Avant tout nettoyer le côlon
–        Vu la diminution de la mastication dans un monde toujours pressé,
–        Vu l’augmentation du grignotage qui favorise les fermentations,
–        Vu l’ignorance des règles de combinaisons alimentaires par le public, source de fermentation,
–        Vu la prise sans conscience d’aliments indigestes et collant à la paroi,
–        Vu l’ignorance de l’existence-même d’une physiologie du système digestif …

Tout nettoyage du côlon va apporter une amélioration drastique et immédiate des symptômes en soulageant le système immunitaire, libérant le pouvoir de guérison naturelle …’’

Mais toutes les civilisations humaines n’ont pas fait la même analyse de la problématique esprit-corps, ni dans son ensemble, ni dans ses détails. L’Occident, en particulier, semble avoir particulièrement déprécié le corps tout en essayant de sacraliser l’esprit.

Quels sont les points remarquables de la pensée humaine concernant l’acception de la relation corps-esprit ?

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Tchouang-tseu

’’ Yan Yuan interrogea Confucius. Un jour, lui dit-il, j’ai traversé le fleuve à Gobelet-Profond. Le passeur manœuvrait son bateau avec une divine assurance. Je lui ai demandé si, selon lui, d’autres pouvaient apprendre à naviguer comme lui. Oui, m’a-t-il répondu, un bon nageur y parviendrait tout de suite. Et s’il savait nager sous l’eau, il y parviendrait même sans jamais avoir vu de bateau de sa vie. Je lui ai demandé de plus amples explications, mais il n ‘a pas voulu m’en donner. Puis-je vous demander, maître, ce que le passeur a voulu dire ?

— Oui, dit Confucius : le bon nageur y parvient parce qu’il oublie l’eau.’’

’’Les Chinois ne croient pas que l’âme donne vie au corps ; ils croient plutôt, pourrait-on dire, que l’âme apparaît après un enrichissement de la vie corporelle’’. Marcel Granet, in  La pensée chinoise.

http ://www.afec-etudeschinoises.com/IMG/pdf/18-1-Billeter.pdf

Aucun passage biblique ne traite particulièrement de l’essence corporelle de l’homme par rapport à son esprit, exception faite du chapitre XII de l’Ecclésiaste qui introduisit la différenciation grecque entre le corps et l’âme : « …Car la poussière retournera sur la terre, où elle se trouvait, alors que l’esprit s’en retournera vers Dieu qui l’a donné »  Eccl. ChXII.

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_corps-esprit

Définition de la mort : « Est-ce autre chose que la séparation de l’âme d’avec le corps ? On est mort, quand le corps, séparé de l’âme, reste seul, à part, avec lui-même, et quand l’âme, séparée du corps, reste seule, à part, avec elle-même » …

« L’âme ne raisonne jamais mieux que quand rien ne la trouble, ni l’ouïe, ni la vue, ni la douleur, ni quelque plaisir, mais qu’au contraire elle s’isole le plus complètement en elle-même, en envoyant promener le corps et qu’elle rompt, autant qu’elle peut, tout commerce et tout contact avec lui pour essayer de saisir le réel »… Platon, in Phédon

En l’absence de position claire, des subjections contradictoires.

Dans ses épîtres, Saint Paul déclare : «Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair. Il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voulez […]. Or on sait bien tout ce que produit la chair : fornication, impureté, débauche, idolâtrie… »…

En fait la perception du corps par le Christianisme n’est pas évidente et depuis l’accusation de diabolisation de ce corps, d’innombrables études ont tendu à montrer d’une part que cette attitude négative a été  comme le fait du Clergé et qu’elle a beaucoup varié au cours des siècles, et d’autre part qu’elle est impossible compte tenu de l’importance du phénomène d’ ’’Incarnation’’ révélé par la déclaration d’un autre Apôtre, Jean qui fait cette hallucinante proposition : ’’Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous’’ Jn,1,14.

http ://noesis.revues.org/index1293.html#ftn1  

Non séparation du corps et de l’esprit

Le Coran n’envisage pas, ni au titre de la nature de l’homme, ni en conséquence du péché, un antagonisme au sein de la personne entre le corps et l’esprit…  

Le Coran va même jusqu’à mettre en garde ceux qui seraient portés à jeter quelque suspicion et discrédit sur la création de Dieu et il invite l’homme à en profiter, à en jouir, selon la mesure inscrite ou prescrite par son Auteur, dans la reconnaissance de Son signe et en Lui rendant grâce. Le Coran préconise une forme d’ingénuité confiante de l’homme à l’égard de la nature.

«Vous qui croyez, ne déclarez pas illicites les excellentes choses que Dieu vous octroie […] mangez ce que Dieu vous attribue de licite et de bon […] » (C 5, 87-88.)

L’une des missions des envoyés successifs n’est d’ailleurs pas de décréter de nouveaux interdits, mais au contraire de supprimer ceux que l’homme aurait institué de sa propre initiative (voir C 3, 50 ; 7, 157).

À la différence notamment du christianisme, aucune ombre n’est portée sur la sexualité qui est bonne et encouragée. À propos des nuits du mois de ramadan, il est dit aux croyants : «Désirez (il s’agit du désir sexuel) à la mesure que Dieu vous assigne ; mangez et buvez jusqu’à l’aurore !» (C 2, 187.)

http ://www.lemondeduyoga.org/htm/lavie/article.php ?ID_ARTICLE=173

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Dualisme_(philosophie_de_l’esprit)

’’Seul le moi, puis Dieu, existe. Le moi est compris comme étant cette substance pensante dont toute la nature n’est que de penser, celle qui se saisit à travers l’expérience fondamentale du ’’cogito ergo sum’’. Le corps quant à lui est exclu de ce « moi », il est relégué parmi les autres choses extérieures au moi, et par conséquent n’a pas d’existence réelle. Le « je » de chaque humain se conçoit comme étant exclusivement une substance pensante, le corps n’est pas intégré dans cette saisie de la pensée par elle-même. L’homme est, de manière suffisante et nécessaire, une substance pensante.’’

http ://membres.multimania.fr/davidrouzeau/corps.html

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche 

’’ Il veut en découdre avec la philosophie antérieure qui (parmi les illusions de la tradition) a méprisé le corps au profit d’une âme illusoire : La première (hypothèse) qu’il avance est la croyance dans le corps qu’il estime supérieure à celle de l’âme, car elle est « est une représentation exacte de la nature de notre unité subjective, faite d’un groupe de dirigeants à la tête d’une collectivité… L’hypothèse du corps pose successivement deux idées fondamentales ; à savoir tout d’abord que l’être humain est composé d’une pluralité d’entités, que Nietzsche appelle diversement « volontés de puissance », être-vivants etc. ; et, ensuite, que cette « prodigieuse synthèse d’être-vivants et d’intellects qu’on appelle l’homme » présente une hiérarchie entre ses parties, les unes sont supérieures aux autres, ce qui donne lieu à d’incessants rapports de confrontation et de collaboration.’’

http ://membres.multimania.fr/davidrouzeau/corps.html

www.janegoodall.fr/

’’Nous sommes ce que nous mangeons’’ affirmait avec fracas un ouvrage de la primatologue (spécialiste de l’étude des primates) Jane Goodall paru chez Actes Sud en janvier 2008, plaidoyer pour une alimentation responsable, tant au niveau personnel qu’au niveau social. L’auteur prétend à juste titre énoncer là une vérité scientifique :

’’Le terme épigénétique définit les modifications transmissibles et réversibles de l’expression des gènes ne s’accompagnant pas de changements des séquences nucléotidiques…

L’épigénétique se propose d’étudier les effets qui sont hérités d’une cellule à sa descendante lors de l’embryogenèse, de la régénération ou du remplacement des cellules, des tumeurs, des cultures de cellules ou de la réplication d’organismes unicellulaires.

Depuis quelque temps, on observe un intérêt croissant pour le fait que certains caractères épigénétiques hérités pouvaient être transmis lors de la réplication de cellules (méiose) voire subsister d’une génération à l’autre pour des organismes multicellulaires.

Les phénomènes épigénétiques constituent un programme qui déciderait quels gènes activer ou, a contrario, inhiber. L’environnement influence ces signaux épigénétiques qui peuvent ainsi subir de petits changements…

Pourquoi deux vrais jumeaux ne sont-ils pas sujets aux mêmes maladies ? Parce que, pensent aujourd’hui les chercheurs, de nombreux facteurs influent sur notre organisme. Et, en premier lieu, l’alimentation. Celle-ci aurait une influence directe sur nos gènes et ceux de nos descendants. On appelle cela l’épigénétique’’

En termes encore plus simples, votre alimentation modifie vos gènes par le phénomène d’épigénétique  et, bien évidemment, détermine en partie les gènes de votre descendance ! C’est tout simplement effrayant car la malbouffe  n’est pas comme on le pensait jusque-là, une affaire personnelle qui agresse, déforme et fragilise votre corps à vous, Madame ou Monsieur X, titulaire de la carte d’identité N° XY, mais également’’

http ://www.dailymotion.com/video/x97qsw_epigenetique-nous-sommes-ce-que-nou_webcam

http ://mo.michelonfray.fr/ 

Mes divergences avec Michel Onfray, philosophe anticonformiste et tonique, relèvent du ‘’domaine privé’’, mais nos convergences sont indéniables. Il est entré dans ma culture en 1989 lorsqu’il publia un livre qui me fit grosse impression : Le ventre des philosophes. Ce fut la première fois que quelqu’un prenait enfin au sérieux, tout comme moi, la nourriture et se donnait la peine d’explorer sa relation secrète à la pensée, ou, comme dit un critique quelque peu lacanien, la relation de la panse et de la pensée.

Extraits d’interviews de Michel Onfray : …

–              ’’Comment, selon vous, se définissent le corps et l’individu ?

–              Le corps, c’est ce qui reste quand toutes les idéologies ont disparu : idéologie chrétienne, marxiste, structuraliste… C’est l’irréductible, ce sur quoi on achoppe quand on a dénudé toutes les chimères sociales, politiques, culturelles. L’individu est, au sens étymologique, ce qui ne se morcelle pas ou plus quand on a tout morcelé. Il est donc ce sur quoi il faut bâtir une éthique, une esthétique, une bioéthique bien sûr, une politique, etc.’’…

–              ’’Comment éviter … la confusion de l’hédonisme et du consumérisme ?

–              … Les hédonismes sont au moins, pour aller vite, de deux types : hédonisme de l’être, hédonisme de l’avoir. Le premier est d’ailleurs le remède au second. “Hédonisme de l’avoir”, le plaisir qu’il y a à consommer, acheter, posséder, s’inscrire dans une logique d’accumulation d’objets, de “choses” pour le dire dans l’acception d’un Georges Perec ; “hédonisme de l’être”, le plaisir de penser, de se construire, de l’édification intellectuelle et personnelle, le plaisir existentiel de se créer une vie philosophique totalement et radicalement indépendante de l’avoir : on a, c’est bien, on n’a pas, c’est bien aussi, on avait et on n’a plus, c’est encore et toujours bien. Ne pas être l’esclave de l’avoir, de la propriété, des choses, des objets, de l’argent, du pouvoir, des honneurs et des puissances sociales, hochets de l’avoir. Les ennemis de l’hédonisme, et il y en a, feignent d’assimiler l’un à l’autre. Épicure, philosophe pourceau, c’est une caricature vieille comme le monde philosophique…’’

Nota : Définition de l’hédonisme :  »Système philosophique

qui fait du plaisir le souverain bien » (Quillet)

’’Quand les philosophes pensent, ils oublient, le plus souvent, de penser à leur corps et surtout à ce qu’ils y accumulent lorsqu’ils mangent. Pourtant, entre la pensée et la panse, il existe un réseau complexe d’affinités et d’aveux que la réflexion aurait tort de négliger…’’ (Extrait de la présentation de quatrième de couverture de l’ouvrage ’’Le ventre des philosophes, critique de la raison diététique’’)

… à suivre …

 

mo’

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