–            T’as pas honte, mo’, à ton âge !

–            Qu’ai-je donc fait qui me vaille si moqueuse réprimande ?

–            Tu ne sais pas que certaine pudeur peut être un vilain défaut ?

–            Euh, assurément j’ignorais cela même si je suis prêt à avouer que par contre, je n’ai jamais été totalement inconscient du fait qu’il peut s’agir d’une coquetterie !

–            Et cela ne t’a jamais dérangé ? Cela ne t’a jamais invité à réfléchir davantage pour comprendre qu’elle peut mener au mal ?

–            Non… enfin si, mais en fait j’avais peur de devoir m’avouer qu’elle est timidité, voire peur…

Mais de quelle pudeur parle donc mon accusateur ? La pudeur désigne au moins deux choses différentes :

Pour Larousse :

  1. Disposition à éprouver de la gêne devant ce qui peut blesser la décence, devant l’évocation de choses très personnelles et, en particulier, l’évocation de choses sexuelles.
  2. Discrétion, retenue qui empêche de dire ou de faire quelque chose qui peut blesser la modestie, la délicatesse.

Pour Littré :

  1. Honte honnête causée par l’appréhension de ce qui peut blesser la décence.
  2. Sorte de discrétion, de retenue, de modestie qui empêche de dire, d’entendre ou de faire certaines choses sans embarras.

Pour Quillet :

  1. Honte instinctive due à l’appréhension de ce qui blesse la modestie, la chasteté.
  2. Retenue, modestie, timidité qui empêche de dire, d’entendre, de faire certaines choses.

Pour Reverso :

  1. Sentiment de gêne, de retenue à l’égard de ce qui se rapporte à la sexualité
  2. Réserve, délicatesse

Pour Wikipédia :

En Occident, la pudeur serait donc la volonté de soustraire à la vision d’autrui un certain nombre d’actes, de présentation de soi et éventuellement de pensées, en s’isolant de l’espace public, par des moyens variés et variant selon les époques, les lieux et les individus.

En conclusion, il est donc clair qu’il existe deux pudeurs :

1.   La pudeur physique

2.   La pudeur psychologique

PREMIÈRE PARTIE

(Affiche moderne)                             

1° La pudeur physique

Les ethnologues, les sociologues et les anthropologues nous ont enseigné, bien avant les psychanalystes, que la pudeur physique est née aux confins de la magie et de la peur panique qu’inspire le mystère féminin à l’homme. Oui, c’est l’homme qui a le premier, eu l’idée diabolique de cacher tout ou partie de son corps.

La femme, cet étrange être humain dont nous sommes issus, ne cesse pas de nous intriguer par sa physiologie tellement différente de la nôtre. Pour les besoins de la reproduction de notre espèce, un instinct magnétique nous pousse systématiquement vers elle, même lorsqu’elle n’est pas disposée ou en mesure de nous recevoir. En effet, alors que l’homme est, probablement avec le porc – sacré cousinage- l’animal le plus désordonné de la création au plan de la sexualité puisque lui ne connaît pas la saisonnalité du rut, la femme elle, connaît des périodes de refus du mâle et le manifeste clairement : par le sang ! A toutes les grandes occasions de sa vie de femme, elle saigne : Défloration, accouchement, et mensuellement, élimination des ovules non fécondés.

Or le sang c’est le véhicule de la vie, de l’âme. Le sang, c’est la vie. Toutes les croyances et toutes les religions – y compris les mosaïques- en conviennent. Alors, pour conjurer la puissance de ce sang féminin qui est un refus de l’homme, il faut le masquer et en écarter la manifestation de l’espace de l’échange. Innombrables sont les sociétés ou une femme qui saigne est écartée du groupe, éloignée des activités communautaires. Mais le plus étrange est que cela se fait alors même que ce sang, tant celui des ovules non fécondés, que celui de l’hymen rompu et celui de la parturiente, est souvent ’’utilisé’’ pour ses vertus curatives et/ou magiques…

Il semblerait que le sang, principe de vie par excellence, rende les femmes tabou, et qu’à partir de là, il faille en écarter absolument la source par un artifice quelconque : la pudeur est née.

Émile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie moderne, s’est beaucoup intéressé à la pudeur et, comme le dit Salomon Reinach, spécialiste des religions, son contemporain, en conclusion d’un article paru dans L’Anthropologie en 1899 :

’’Nous conclurons qu’il y a un tabou à l’origine du sentiment de la pudeur. La seule tradition très ancienne qui cherche à expliquer l’origine de ce sentiment, celle des livres mosaïques, lui attribue un caractère religieux. Même dans l’Antiquité païenne, les idées de pudeur et de religion sont très voisines. Quant à la nature du tabou d’où la pudeur dérive, je n’ose affirmer que M. Durkheim l’ait déterminée du premier coup en y reconnaissant un cas particulier du tabou du sang ; mais la justesse de son esprit lui a suggéré une solution qui est encore, à mon avis, la plus vraisemblable …’’

Soyons donc raisonnables et n’oublions jamais que nous sommes nés nus, que notre corps est dessiné pour répondre de façon optimale à ses différentes fonctions et que pour cela, le naturisme parait être – philosophiquement en tout cas –  probablement la plus sage des attitudes. Selon sa définition actuelle, le naturisme est :

’’Une manière de vivre en harmonie avec la nature, caractérisée par la pratique de la nudité en commun, ayant pour conséquence de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et de l’environnement.’’


Les différentes attitudes par rapport à la nudité dépendent du temps et de l’espace, comme toutes les choses humaines :

–          En forêt tropicale chaude et humide, vivre nu est une absolue nécessité pour réduire les mycoses systématiques que l’on contracte à cause du haut degré d’hygrométrie de l’air.

–          En Australie, dans de nombreuses tribus autochtones, les deux sexes vont complètement nus, les jeunes filles non mariées portent un tablier, qu’elles ôtent dès qu’elles ont trouvé un mari. Les femmes se montrent donc d’ordinaire toutes nues ; elles ne revêtent une ceinture de plumes, descendant jusqu’aux genoux, que pour danser et c’est cet apparat qui est considéré comme la limite de la décence, la bonne attitude étant la nudité …

–          En certaines régions de l’Inde, la nudité est la règle et il est même rare que l’on s’isole pour quelque action que ce soit, y compris la relation sexuelle.

–          Chez les anciens Égyptiens qui ont porté la civilisation au raffinement que l’on sait, les femmes allaient gorge nue, vêtues d’étoffes transparentes qui moulaient toutes leurs formes et en accusaient les moindres détails.

–          Dans l’Europe du Moyen Âge, on se baignait nu et sans complexes dans la mer ou les rivières, on couchait nu avec toute la maisonnée, et souvent dans un même lit, valets compris.

–          Le tsunami de la contestation du monde par la jeunesse à la fin des années 60 s’est souvent illustré par l’adoption de la nudité intégrale, en tant que refus de  »l’hypocrisie de l’ordre établi ».

Alors ? La pudeur physique ? Laquelle de ces définitions lui sied le mieux, à ce stade de la discussion ?

« La pudeur est la conception la plus raffinée du vice. Elle parachève l’hypocrisie des sentiments.  »

Maurice Dekobra

« La pudeur n’est qu’un artifice qui confère plus de valeur à l’abandon.  »

Henri de Régnier

’’La vraie pudeur est de cacher ce qui n’est pas beau à faire voir.’’

Georges Courteline

J’ai quant à moi un petit faible pour la troisième …  Je veux retenir simplement que la pratique de la nudité est un  »Moment » de l’histoire du costume…

Je me sens bien plus concerné par l’autre acception du vocable en question : la Pudeur psychologique. C’est ce dont nous parlerons la semaine prochaine.

mo’

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