gayté et séduction

Petit glossaire préalable :

  • Appétence n.f. : Désir, envie
  • Croustille n.f. : Néologisme traduisant ce qui accroche par son caractère grivois et amusant.
  • Fadasson n.m. : Néologisme désignant un homme au physique inintéressant, sans caractère.
  • Gayté n.f. : Néologisme désignant l’homosexualité masculine
  • Molly taupe n.m. : Poecilia mexicana, petit poisson d’eau douce d’Amérique centrale
  • Séduction n.f. : Capacité à attirer de façon irrésistible

  La lecture de la presse scientifique offre parfois de bien étranges ‘’croustilles’’ :

Sur ce blog, je m’étais moqué, dans un vieux ‘’post’’ intitulé ‘’A qui les p’tites anglaises’’, des résultats d’une étude ubuesque, menée par des scientifiques des Universités de Durham et St Andrews en Grande Bretagne sur les goûts des demoiselles anglaises en matière de séduction masculine. http://wp.me/p62Hi-F1.

Il ressortait de cette étude que contrairement à leurs congénères des autres contrées de la planète Terre, les petites anglaises avaient un goût prononcé pour les poupons tout roses, parfumés à l’ ‘’english lavender’’ et vêtu comme des collégiens d’Eton. L’appétence de ces demoiselles pour les fadassons a une explication très claire : Beaucoup de ces jeunes filles sont effrayées –physiquement effrayées, par un corps humain très différent du leur, alors elles se sentent moins coupables en rêvant de garçons aussi imberbes, poupins et roses qu’elles-mêmes.

Toujours dans ce blog, à plusieurs reprises, j’ai abordé la sexualité des animaux, souvent étrange et méconnue. J’ai noté que nombre de ces animaux sont réellement hermaphrodites et que d’autres changent même de sexe selon l’âge ou les saisons. L’escargot, l’ours, le poisson rouge et tant d’autres. Hasards de la génétique, contraintes de l’environnement, lutte des espèces, mystères de la vie à moins que ce ne soit un cocktail de tout cela ? Toujours est-il que nombre de créatures ne doivent leur survie et celle de leurs espèces qu’à cette gymnastique générique, qu’à ce va et vient d’un sexe à l’autre.

bonobo

Je sais bien, grâce aux films naturalistes du célèbre producteur de télévision, Patrick Bouchitey, que nos plus proches parents, les singes, sont assez souvent homosexuels, qu’ils ont réinventé et pratiquent toutes nos fantaisies libidineuses, comme pour faire mentir celui qui a dit  que l’érotisme était le domaine réservé de l’être humain.

Pour nous en persuader définitivement, il n’est de meilleur exemple que celui de l’étrange bonobo, pan paniscus, primate aux mœurs troublantes qui rendent caduques toutes nos connaissances en éthologie et défraient l’inébranlable foi en notre supériorité générique.

‘’ Chez les bonobos, les relations sexuelles, feintes ou réelles, sont plus souvent utilisées comme mode de résolution des conflits, à côté des mécanismes de domination. Les études suggèrent que les 3/4 des rapports sexuels entre bonobos n’ont pas des fins reproductives, mais sociales, et que presque tous les bonobos sont bisexuels. Des scientifiques ont appelé cette méthode d’accouplement le «sexe convivial».

Par exemple, il est courant qu’un membre du groupe pratique des actes sexuels dans le but de plaire à un autre membre ou pour réduire les tensions sociales … Mais si la fréquence des rapports est exceptionnelle dans le règne animal, et supérieure à celle de tous les primates, les accouplements sont rapides et furtifs, sans aucun geste préparatoire, et ne durent en moyenne qu’une quinzaine de secondes…

La sexualité du bonobo est totalement ouverte à toutes les relations, et n’est pas orientée vers un seul sexe, un seul genre. (Le) primatologue Frans de Waal préfère d’ailleurs parler de « pan sexualité » et non pas d’homosexualité ou de bisexualité…

Takayoshi Kano, de l’Institut de primatologie de Kyoto, a commencé, en 1973, à étudier les bonobos dans leur milieu. Dans son livre, The Last Ape (Le Dernier Grand Singe), il oppose sans cesse le chimpanzé brutal et jaloux au bonobo pacifique et libertin… De même, de Waal parle d’une espèce qui «fait l’amour, pas la guerre». http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonobo

Il est donc clair que certains de nos ‘’frères inférieurs’’ – selon l’expression consacrée, sont capables de feindre et de feinter. Du moins le bonobo est-il un primate, tellement ressemblant à l’homme. Alors l’affubler de nos manies, lubies et travers nous est aisé et ne nous étonne guère au-delà de la curiosité.

Mais jamais jusqu’à présent, il ne m’avait été donné de savoir que d’autres animaux étaient capables de ‘’faire semblant’’ et par conséquent aussi de ‘’tromper’’ !

manchots

Or, l’homosexualité animale, par exemple, aurait été dûment constatée chez près de 450 espèces. Et cela va plus loin :

  • Tout récemment deux manchots homosexuels ont défrayé la chronique cybernétique en adoptant un œuf abandonné par la mère-pondeuse et ont libéré des dizaines de plumes inspirées à cette heure ou, un peu partout dans le monde, l’on débat du droit à l’adoption des couples homosexuels. Des défenseurs de la cause en ont déduit sans équivoque que décidément, nos ‘’frères inférieurs’’, et pas les plus réputés pour leur intelligence, nous étaient … ‘’supérieurs’’.

molly taupe

  • Encore plus récemment, un petit poisson tropical d’eau douce vivant en Amérique Centrale vient de livrer ses secrets propres à ringardiser les pourtant grosses techniques décrites à longueur de pages par le Marquis de Sade. Il s’agit du molly Taupe, Poecilia mexicana pour les scientifiques, qui utilise des techniques du second degré dans ses traques amoureuses. Il a choisi, pour faire ses révélations, une université allemande dont les travaux ont été exposés dans la revue Biology Letters de la Royal Academy britannique.

Ces petits poissons, malins mais vilains et pas sexy du tout feignent et feintent et arrivent à leur fin, à savoir se faire désirer par les femelles, copuler avec elles et se reproduire. Ce qu’ils font d’extraordinaire ? Ben ils feignent l’homosexualité ! C’est, dit-on une « tactique des mâles non dominants ».

En effet, l’attirance des femelles augmente après qu’elles aient mâté un mâle titiller les organes d’un autre individu, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une femelle ou d’un autre mâle. Et la femelle convoitée n’est, contrairement à ce qu’on pourrait penser, pas dupe du tout, elle a parfaitement conscience que le mâle prétendant en question  fricote éventuellement avec un autre mâle. Cela ne lui fait tout simplement ni chaud ni froid !…

Eh oui ! … Lorsqu’on est muet, pas beau et terne, ou l’on s’astreint à l’abstinence… ou alors … on se creuse les méninges et des fois, on trouve des astuces pour échapper à ce triste destin de frelon inutile et frustré.

Du moins les humains, eux, disposent-ils, dans ces cas-là, d’armes alternatives, telles que l’humour ou la violence, la règle et l’usance, la loi et la morale, l’argent et la magie … qui permettent à tous les vers de terre d’approcher des étoiles ou tout au moins de remplir leur devoir naturel qui est de restituer à la nature ce qu’elle nous a donné : une vie. Mais les animaux ? Les pauvres animaux à la réflexion primitive, à l’action instinctive ? Comment peuvent-ils feindre et feinter ?

Cette même nature a bien aidé un certain nombre d’entre eux, en faisant les mâles à l’atour attrayant. C’est le phénomène du dimorphisme sexuel. Mesdames les femelles sont très regardantes sur l’attrait de Messieurs les mâles et très investigatrices sur leurs capacités à ‘’performer’’ correctement, c’est-à-dire efficacement.

Reprenons pour clore ce chapitre, la boutade de Woody Allen qui a déclaré que « la bisexualité double instantanément les chances d’obtenir un rendez-vous le samedi soir ».

faisan

Lion

guêpe

Betta

araignée

Comme si cette découverte ne suffisait pas pour m’abasourdir, je découvre concomitamment qu’outre les animaux donc, les végétaux eux aussi tripatouillent allègrement dans ce piano des genres ! Non, mon crâne ne comporte aucune fêlure, je vous assure !

figuier

L’un des arbres les plus symboliques de notre civilisation méditerranéenne pratique ce bidouillage. C’est le vénérable figuier, Ficus carica pour les scientifiques !

Avant de vous inviter à aller lire dans l’étude originale de quoi il retourne, je vous dis très schématiquement de quoi il s’agit :

Il existe des figuiers mâles et des figuiers femelles. Tous deux produisent des fruits. Celles du mâle sont les figues de printemps, grosses, charnues, généralement délicieuses, mais éphémères et rares. Les figues d’été sont produites par les femelles, légèrement moins grosses, abondantes et moins fragiles.

Le principal agent de pollinisation des figuiers est une petite guêpe aux piqures extrêmement désagréables, dénommée blastophage, ou Blastophaga psenes si vous êtes scientifique. Cette pollinisation est bien sûr nécessaire pour que les fleurs deviennent fruits. Rien, là, que de très normal. Mais puisque les figuiers mâles  donnent eux-aussi des figues, qui donc a pollinisé leurs fleurs à eux ?

Tenez-vous bien : l’arbre mâle a dans sa mémoire génétique le parfum des fleurs des figuiers femelles, celui-là même qui attire les guêpes par milliers. Et le coquin le fabrique et s’en asperge sans vergogne ! Il voit alors déferler des vagues de guêpes tellement contentes d’ailleurs qu’elles organisent dans les fruits qu’elles ont aidé à produire, des bacchanales au cours desquelles elles copulent abondamment avant d’y déposer leurs œufs. Voilà, vous savez maintenant pourquoi les figues de printemps, dites aussi figues-fleurs, sont très souvent porteuses de ‘’vers’’.

La passionnante étude qui décrit ce phénomène de mimétisme chimique a été révélée elle aussi par la revue Ecology Letters, et elle a été mentionnée sur le site du Centre National (français) de la Recherche Scientifique, CNRS :

http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/bertrand_schatz.htm

Il existe bien évidemment des centaines d’autres exemples de confusion ou de collusion des genres, dans la nature ou l’on peut trouver science, conscience et étonnement …

mo’

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