Lettre à un jeune homme

J’allais en voiture à Casablanca, guilleret et chantant presque, lorsqu’au bord du chemin, souriant et visiblement honnête, tu m’apparus et me fis demande de te prendre à mon bord jusqu’à la grand’ ville. J’acceptai avec un certain plaisir car ta sympathie et ton ouverture d’esprit se lisaient sur ton visage.

L’autoroute – dotée depuis peu de trois voies – encombrée par la confusion de l’ignorance et le désordre de l’incivisme – est assez ennuyeuse pour qui ne veut pas céder au stress du gymkhana qu’est devenu le simple fait de conduire. Alors, acceptant de rouler en toute quiétude à l’allure d’un escargot et à l’abri des poids-lourds, je caracolai sagement sur la voie de droite.

Je ne le regrettai pas car cela me permit de te prêter toute mon attention lorsque tu te mis à développer, partant du constat de cette détestable et vaine compétition – la conduite automobile, ce que je perçus de suite comme une  bien sombre idée du monde, de la société des hommes, de ton mal-être parmi eux et partant, de la vie. J’essayais bien de t’inviter à plus d’objectivité, à ne pas accabler ton biotope et ton environnement personnels. Tu me répondis alors que cette conviction qu’ailleurs ce n’est guère mieux, aggravait ton désarroi et te poussait vers ce qu’il faut bien nommer un  »dé – espoir », une négation de l’espoir d’amélioration des choses.

Je t’ai bien écouté, jeune homme, et ce que je voudrais dire et que le temps trop court ne me permit pas alors de faire, est ce qui suit :

Je ne me permettrais pas, ni en cette matière ni en aucune autre, de pérorer et imposer mes vues, ni à toi, ni à personne au monde. Je ne vais pas tomber moi-même dans les erreurs que j’exècre et dénonce chez les autres. Mais comme à mon accoutumée, je vais te proposer – et peut-être accepteras-tu de prendre en compte – certaines considérations que mon âge m’a permis de déduire, lire, constater ou vérifier.

Oui, le monde n’est pas au mieux et il est même sujet de quelque inquiétude. Allons-nous pour autant y baisser les bras et saccager ce que d’autres ont mis des siècles innombrables à construire, peu à peu, pas à pas ?

Certes, nous n’avons pas demandé à y venir, certes le passage ici-bas n’a pour beaucoup rien de plaisant et certes, le seul bien que l’on emporte avec soi, au terme de notre instant terrestre, ce sont les deux mètres de tissu de notre linceul. Et encore, seulement si l’on n’est pas incinéré… Mais tout de même !

E.Reclus

Si tu veux trouver la sérénité qui fait tant défaut aujourd’hui, sois impitoyable, conscient et attentif dans ta relation au monde :

Comme on le dit partout sans pour autant y remédier, il ne t’aura pas échappé qu’actuellement règne sur ce monde, et ce, sans partage, l’argent. Pour beaucoup, et même pas des plus mauvais, c’est même une valeur suprême. Il faut absolument refuser cela en remisant l’argent à sa place normale, à savoir celle de moyen et non de fin. Il te faut refuser de devenir, comme on t’y pousse insidieusement, à l’école, au travail et presque partout dans la société des hommes, un élément de ce système malsain et corrompu ou tu seras traité comme un outil au service de cet argent, que ce soit par ton travail ou par tes désirs que l’on transformera en envies et en marchés. Alors confie la conduite de ta vie à ta conscience individuelle et recherche autour de toi, ceux qui, comme toi, en attendant que se réalise le rêve anarchiste d’Elisée Reclus, ne désirent pas sacrifier leurs vies à cette véritable maladie, à cette fausse valeur.

Connais-toi, toi-même

Qui donc a embourbé le monde dans cette voie sans issue ? L’homme bien sûr, les hommes, conjoints et solidaires, leur inextinguible soif de matérialité, de possession et d’inutile accumulation de ce qu’ils nomment richesses et qui ne sont qu’inutiles bagages qu’ils abandonneront sur le quai, de toute façon, au moment du grand départ. Oui, toi aussi tu es responsable,  car tu n’as pas su user sainement de ton cerveau et au lieu de t’en servir pour satisfaire tes vrais besoins, tu l’as dédié à dépasser les limites de la sagesse pour conjurer ta peur du manque. Bien pire, au lieu de chercher à partager, tu t’es mis sournoisement à craindre tout et tous ceux qui peuvent limiter cette inutile accumulation : l’autre, celui qui vient d’ailleurs, celui qui vit ailleurs, celui qui est différent, et même en fin de compte, tout ce qui est différent, alors que de la différence précisément nait l’étincelle de la véritable évolution. Il te faut inscrire en toi et de toute urgence l’acceptation de la différence sous toutes ses formes et faire une guerre sans merci à tout ce qui, en toi, est mécanisme frileux, sectaire et/ou différenciateur. Il te faut, oui, changer d’état d’esprit.

Caminante

Sois intraitable avec toi-même et commence par ne jamais te mentir, tout comme tu ne dois pas admettre qu’on te mente. Dis-toi toujours la vérité si ta prétention est de mieux vivre. Tu y parviendras si tu acceptes en préalable le monde tel qu’il est. Puis, ayant étudié le monde, choisis ton chemin et marche ! Le chemin se fait en marchant, il n’en existe pas de préétabli qui puisse te satisfaire puisque tu as rejeté ceux que l’on t’a proposés. N’aies pas peur, ouvre grands les yeux et ne ferme pas ton cœur ! Sache que ta motivation, à l’heure de l’inévitable contrariété, ne pourra venir que de ta ferveur, de ta capacité à t’émerveiller. Vis intensément tout ce qui peut t’arriver, mais sans te laisser emprisonner dans rien, ni les joies, ni les peines. J’insiste vraiment, fais tout pour ne jamais aigrir l’eau fraîche de ton regard d’enfant. Saches profiter de tout ce qu’on t’a donné et qui ne se vend ni ne s’achète. La rosée du matin, le chant de l’oiseau, le bruit de la mer et le jeu des étoiles. En eux est ta vraie richesse et en grande partie ta santé.

enthousiasme

Tu dois être le centre de tous tes états, de tous tes cercles et de toutes tes entreprises. Si l’on t’en confie les rennes, fais des vraies valeurs l’ossature de tes stratégies et après cela, décline-les en plans d’action. Sois aussi dur qu’humain dans tes ordres et dans ta direction, exige partout autour de toi la liberté bien comprise de chacun, le respect de tous pour chacun et développe le réflexe de solidarité pour que ton exemple serve et pour participer à la construction de réseaux du bien. Sans naïveté mais avec joie, fais confiance à celui qui est en face de toi et rien que par cela, tu le rendras bien meilleur, c’est le secret des grands pédagogues. Ce disant, tu as cent fois raisons. Le monde est beau, divers, riche et intéressant. Voyage, rencontre l’autre, ouvre-toi à lui et invite-le à en faire autant de son côté.

Enfin, n’oublie jamais que l’homme a été assez intelligent et fort pour s’arracher à ce qui le maintient sur cette terre, l’attraction terrestre, et aller dans le cosmos visiter d’autres étoiles. Il a été aussi assez démoniaque et fort pour découvrir ce qui peut éteindre sa race, la fission thermonucléaire. Alors comment ton esprit et celui de tes congénères, mis au service du bien, ne seraient-ils pas capables de reconnaître les erreurs du passé et de se mobiliser à la recherche de la paix, de la sérénité et du bonheur ? Je ne doute pas, quant à moi, de ta capacité  à oublier les mauvaises choses apprises, de rejeter les conventions qui les génèrent, à considérer le monde et avec un regard neuf, n’acceptant pas la vie telle que proposée par d’autres, et enfin de tout faire pour que la tienne et celles du plus grand nombre possible, soient plus belles, riches et intéressantes !

Oh, je sais bien que ce n’est pas dans ces trois petits paragraphes, si sincères et vrais soient-ils, que tu trouveras l’énergie nécessaire au rallumage de ton enthousiasme, mais ma prétention n’est autre que l’invitation à la réflexion.

Même si je n’ai pas réussi à infléchir ton terrible pessimisme, je voudrais te conseiller la lecture de deux ouvrages – très récents d’ailleurs, et c’est un signe :

1°  La guérison du monde
     Frédéric Lenoir
     Essai
     Paru le 24 octobre 2012
     Éditions Fayard
    Collection ’’Doc. Témoignage’’
La Guérison du monde

Présentation de l’ouvrage par l’auteur sur son site :

«L’homme est-il seulement un homo economicus ? Notre monde est malade, mais la crise économique actuelle, qui polarise toutes les attentions, n’est qu’un symptôme de déséquilibres beaucoup plus profonds. La crise que nous traversons est systémique : elle touche tous les secteurs de la vie humaine. Elle est liée à des bouleversements de nos modes de vie sans doute aussi importants que le tournant du néolithique, lorsque l’être humain a cessé d’être nomade pour devenir sédentaire. Il existe pourtant des voies de guérison. En m’appuyant sur des expériences concrètes, je montre l’existence d’une autre logique que celle, quantitative et mercantile, qui conduit notre monde à la catastrophe : une logique qualitative qui privilégie le respect de la Terre et des personnes au rendement ; la qualité d’être au « toujours plus ». Je plaide aussi pour une redécouverte éclairée des grandes valeurs universelles – la vérité, la justice, le respect, la liberté, l’amour, la beauté – afin d’éviter que l’homme moderne mû par l’ivresse de la démesure, mais aussi par la peur et la convoitise, ne signe sa propre fin».

http://www.fredericlenoir.com/actualites/derniere-parution

Prenez-moi tout mais laissez-moi l’extase
     Essai religieux
     Christiane Rancé
     Paru le 15 novembre 2012
     Éditions du Seuil

Prenez-moi tout

Résumé du livre par EVENE, Site spécialisé dans l’actualité de la culture, des spectacles et du savoir

’’Qu’est-ce que prier ? Pourquoi prier ? Une magnifique réflexion spirituelle sur cette attitude existentielle qui n’appartient à aucune religion. Radical, brillant, inspiré, ce livre explore la teneur et le sens de l’acte de prier, et ce à quoi il conduit : l’extase. Le paradoxe de la prière est sa caractéristique la plus significative. Besoin fondamental, elle est prise entre son urgence et son extrême difficulté.

Elle lie la plus grande individualité et le lien le plus puissant, le détachement et l’attachement, la soumission et la condamnation, l’acceptation d’une volonté divine et sa contestation. Mais elle permet, par là même, l’évasion mystique, l’élévation vers l’essence du monde, en étant à la fois en lui et hors de lui. En ce sens, elle pourrait bien être la solution du paradoxe premier de l’homme : accomplir une œuvre qui n’est pas de ce monde –, et sa voix la plus authentique.

Parole musicale par excellence, parole qui révèle, elle propose dialogue, changement, conversion. Difficile, impossible parfois, tant ce qu’elle met en jeu – le don, le pardon et l’abandon – est rare, elle dépend aussi de conditions – un lieu, une liturgie, un moment – que le livre explore. À travers l’évocation de textes religieux et profanes, des pères de l’Église à Angelus Silésius, de Rimbaud à Bonnefoy, ou encore d’Anna Akhmatova à Simone Weil, cet essai est un manifeste sensible et poétique sur le besoin de prier – fût-ce celui que Ionesco appelait le ’’Je ne sais Qui’’.

http://www.evene.fr/livres/livre/christiane-rance-prenez-moi-tout-mais-laissez-moi-l-extase-1261608.php

Si à l’issue de ces lectures tu te sens prêt pour changer les choses, par la réflexion et/ou par l’action, tu peux t’engager dans l’un de ces groupes nés tout récemment de gens qui ont éprouvé la même indignation et le même désenchantement que toi au constat de l’état désastreux de notre monde. Ils sont nombreux, les gens de bonne volonté, crois-moi. Mais certains osent franchir le pas, d’autres non, alors que d’autres encore font semblant de le franchir.

Je te recommande fort de ne prendre dans ces lectures, que ce que tu as envie d’y prendre, je te l’ai déjà dit.

Je voudrais également profiter de cette lettre pour te donner un exemple de partage, te laissant le soin, comme dit précédemment, de le suivre ou non. Mais l’action du groupe que j’évoque  ci-après me parait répondre à tes préoccupations et ne feront pas pour autant de toi un poseur d’affiches ou un porteur de banderoles, émouvant mais naïf, sachant que comme tu me l’as confié, tu as des responsabilités entrepreneuriales qui t’obligent à compter ton temps.

Le groupe s’appelle Avaaz.

Avaaz

Avaaz – qui signifie “voix” dans plusieurs langues d’Asie, du Moyen-Orient et de l’Europe de l’Est – a été lancé en janvier 2007 avec une mission démocratique simple: fédérer les citoyen(ne)s de toutes les nations pour réduire l’écart entre le monde que nous avons et le monde voulu par le plus grand nombre et partout.

Avaaz est un mouvement mondial en ligne qui donne aux citoyens les moyens de peser sur les prises de décisions partout dans le monde.

Le processus d’intervention : Une équipe réduite de permanents scrute l’actualité et choisit les problèmes ou une action immédiate et ciblée peut faire changer les choses. Ses pétitions officielles ont le plus de chance de donner un résultat concret. Cette équipe formule la proposition d’action, élabore la demande ou la pétition et l’envoie aux 17 millions de membres dont chacun se fait le héraut auprès de son entourage. Il s’agit simplement de s’identifier et de signer. Lorsqu’on n’est pas d’accord avec une action, on ne signe pas et cela n’a aucune importance. On peut être un donateur, on peut se contenter de participer par sa signature.

Dans son dernier message aux membres, Avaaz,parlant de lui-même, déclare que quelque chose d’énorme est en train de se passer : ’’… nous prenons conscience de notre capacité à construire le monde dont nous rêvons.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour bâtir ce monde. Notre planète est menacée par plein de crises – crise climatique, crise alimentaire, crise financière, prolifération nucléaire… Ces crises pourraient nous diviser ou bien nous unir plus que jamais. C’est le défi de notre temps, et son dénouement nous dira si nos enfants vivront dans un monde plus sombre ou plus harmonieux.

… Fort de 17 millions de citoyens animés par l’espoir, Avaaz est le plus grand mouvement en ligne de l’Histoire. Il n’existe pas d’autre organisation citoyenne véritablement mondiale, high-tech, animée par ses membres, ni s’attaquant à autant d’enjeux — une organisation capable de coordonner une pression démocratique dans quasiment tous les pays en 24 heures. Notre potentiel est unique, notre responsabilité l’est tout autant.’’

Le journal allemand ’’Suddeutsche Zeitung’’, un des trois plus grands quotidiens allemands, de tendance libérale de gauche, connu pour son indépendance, sa tolérance et son ouverture sur le monde, parlant d’Avaaz, en a dit que l’organisation est :

’’Un mouvement supranational qui est plus démocratique, et qui pourrait être plus efficace que l’ONU.’’

Alors jeune-homme, si tu veux avoir la fierté d’être membre actif et utile d’une telle organisation, rends-toi à l’adresse ci-dessus et procède !

plateau tibétain

Je crois avoir assez pris de ton temps, mais je ne saurais te laisser sans t’inviter à rejoindre aussi souvent que possible, les éthers de la pensée morale dans lesquels tu sembles tant te plaire.

Montons pour cela sur le ‘’Toit du Monde’’, le Plateau Tibétain, source de nombre de sagesses. L’actuel chef spirituel du Tibet, le Dalaï-Lama, obligé de vivre en exil pour des raisons politiques, est un homme de paix et de réflexion. Il est vraiment le symbole et le héraut de son peuple. Il passe sa vie à voyager dans tous les pays pour sensibiliser le monde à la cause de ce peuple et il est connu pour sa sagesse et ses paroles d’apaisement dans les situations les plus conflictuelles.

Leonardo BOFF est un théologien brésilien de grand renom. Lorsqu’il a rencontré la première fois le Dalaï-Lama, en 2001, ils eurent tous deux une conversion à connaître absolument et que tu pourras trouver in extenso ici par exemple :

 http://lejournaldemagel.canalblog.com/archives/je_pense__donc_je_suis__/index.html .

Avant que tu n’y ailles, j’aimerais partager avec toi la teneur de ces quelques extraits :

  • Mon ami, je ne suis pas intéressé de savoir si tu es religieux ou pas… Pour moi, ce qui est important, c’est la façon dont tu agis avec les autres, ta famille, tes collègues de travail, ta communauté et devant tout le monde. Rappelle-toi que l’univers est l’écho de nos actions et de nos pensées.
  • La loi de l’action et réaction n’est pas exclusive à la physique. Il s’agit aussi de nos actions humaines. Si j’agis avec bonté, je recevrai de la bonté. Si j’agis avec méchanceté, je recevrai de la méchanceté. Tu recevras toujours ce que tu souhaites aux autres. Être heureux n’est pas une affaire de destin, c’est une affaire d’option et de choix.
  • Prends soin de tes pensées parce qu’elles deviendront des mots
    Prends soin de tes mots parce qu’ils deviendront des actions
    Prends soin de tes actions parce qu’elles deviendront des habitudes
    Prends soin de tes habitudes parce qu’elles formeront ton caractère
    Prends soin de ton caractère parce qu’il formera ton destin
    Et ton destin sera ta VIE.

Vents favorables

Publicités