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31 décembre 2012, 05 heures AM …

Avec la satisfaction du devoir accompli, je lance un dernier regard sur la défunte année 2012 au cours de laquelle on nous avait promis la fin du monde, entre autres broutilles … Les doux amis de la Belle Province diraient qu’en fait, cette année n’a pas été « plus pire » que ses devancières et que les seules grandes douleurs que nous y ayons éprouvées sont l’éloignement de chers et de chères, application implacable des dispositions comminatoires d’un Grand Livre.

Ce soir, les agapes et le gui annonceront à certains d’entre l’an neuf, comme au soir de chaque 31 décembre de chaque année. Pour d’autres, c’est un soir banal, à rire ou à pleurer qui ressemblera à tous les autres soirs, un soir dénommé 31 décembre par le calendrier grégorien.

Celui-ci n’a rien de religieux puisque seuls moins d’une demi-douzaine de pays ne l’utilisent pas – du moins officiellement. Ce sont : L’Arabie Saoudite, l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan et l’Ethiopie, soit moins de 6 % de la population mondiale, soit encore environ 400 millions d’humains sur une population totale de 7 milliards… Alors n’ajoutons pas un nouveau point de discorde à la longue liste des sujets qui fâchent les hommes entre eux et considérons que le 31 décembre est le dernier jour de l’année, partout dans le monde.

Une année s’en va, une autre s’en vient et ce n’est pas plus mal que de choisir ce point généthliaque pour prononcer ses vœux, pour énoncer ses attentes et pour annoncer ses intentions.

ImageMais pourquoi situer à cette date précisément la fin de l’année et le début d’une nouvelle année ?

Au centre de la Méditerranée, le monde romain. La cosmogonie de ce monde est une représentation symbolique très précise de l’organisation de l’Univers, dérivée en partie de la grecque à laquelle s’ajoute certaines spécificités : le dieu des dieux « deus deorum », y est Janus, « dieu des commencements et des fins », à ne pas confondre avec le « roi des dieux et des hommes », Jupiter. Janus est celui par qui tout commence et tout finit, il est le « temps qui passe », il a donc forcément 2 visages, l’un passant et s’assombrissant pendant que l’autre arrive en s’éclairant. C’est le mois de « janvier » qui marque l’ouverture de l’année, et aussi, Ô incorrigibles humains, de la saison de la guerre, sachant que les portes de son temple étaient fermées quand Rome était en paix. C’est le point de redémarrage de la vie, après la mort hivernale, c’est le renouveau.

ImageDans le but d’unifier les croyances de toutes les provinces de l’Empire Romain, l’empereur Aurélien décida d’instaurer un culte pouvant être accepté par tous autour de cette idée de renouveau, de temps qui passe : il établit le culte du soleil, principe supérieur à tous les autres, qui s’impose à toute chose vivante. Le Soleil Invaincu est ainsi né. « Sol Invictus », a l’avantage d’être vénéré dans toutes les croyances tant gréco-romaines qu’hindoues et perses. Son culte devint pour ce fait la religion de l’Empire Romain, en tant que religion de l’Etat et non pas de religion d’état, une sorte de dénominateur commun. On lui consacre des édifices et l’on en instaure le jour officiel : 25 décembre, le lendemain du solstice d’hiver.

Après l’apparition dans cette région du Christianisme, l’Eglise ne parvint jamais à abroger cette institution païenne de culte solaire. Alors Libère, Pape de 352 à 366, génie du marketing avant l’heure, récupère la fête du « Soleil Invaincu » et l’assimile à la naissance de Jésus. Ainsi naquit Noël, mot formé des mots gaulois d’ascendance scandinave contractés « noio hel », signifiant « nouveau soleil » alors qu’en fait, historiquement, on ne connait ni le jour, ni le mois ni l’année de naissance de Jésus. En résumé, ce sont des raisons tout à fait politiques qui ont poussé à la création de Noël en récupérant un rite solaire tout ce qu’il y a de païen.

Pourquoi cette profusion – relative, n’exagérons pas non plus – de détails sur ce point d’histoire ? Tout simplement pour restituer à l’ensemble de l’humanité la célébration du nouvel an naturel, trop longtemps confisqué par le seul Christianisme.

En conclusion, ce que l’on fête avec l’arrivée de l’an neuf, c’est le retour du soleil qui débute par le solstice d’hiver (21-22 décembre) et apporte la lumière, la chaleur, la vie et le renouveau de la nature.

Mais rien n’est encore joué alors, les hommes ne savent pas si les nécessaires éléments que sont l’eau, la chaleur et la lumière seront suffisantes et modérées, si elles seront propices à la vie, à la fertilité de leur terre et à la satisfaction de leurs besoins, alors ils prient pour qu’il en soit ainsi.

Émettre un vœu, c’est exprimer un souhait à l’adresse de qui peut le réaliser, entité imaginée ou réelle, religieuse ou laïque. Par cela, on manifeste son désir d’accomplissement de quelque chose en faveur de soi-même, de quelqu’un d’autre ou d’un groupe dont on peut faire partie soi-même ou non. Le souhait peut être bénéfique et c’est un vœu, ou maléfique et c’est une imprécation.

L’année sera difficile, aux dires des experts, et malheur à ceux qui ont oublié de longue date la patience et la congruence. Le monde change et il leur faudra réapprendre la mesure et la justice, la pondération et le contentement. La jeunesse devra commencer par désapprendre une part de ce que ses pères lui ont appris et tous les humains devront enfin comprendre qu’en vertu de l’anatomie de notre monde, tout comme les virus, les maladies, les cataclysmes, les vents, les eaux et tous les éléments, les idées, les habitudes, bonnes et mauvaises, ne connaissent ni frontières ni abris. La volonté divine et l’esprit humain se rient des frontières et des puérils jeux de construction des politiques, des égoïsmes et des hommes. Il nous faut d’abord comprendre cela, l’admettre et seulement après voir le changement à souhaiter, le vœu à émettre…

Le temps, lui, passe … imperturbable, autoritaire, insensible et parfois cruel ! Mais avant que d’essayer – vainement – de le retenir, ne vaut-il pas mieux justement le comprendre ? Le temps est simple, les temps sont difficiles, alors je ne vois sincèrement rien de plus adapté, de plus convaincant et bien sûr de plus beau, que la poésie pour s’en rapprocher… En hommage à la difficulté, ne chipotons pas et sollicitons les plus grands des poètes. Au prix d’un hermétisme que nous essaierons de « crocheter » (ouvrir) comme Rabelais crochète les silènes, nous serons pareillement récompensés : …

« Les Silènes étaient jadis de petites boîtes comme on en voit à présent dans les boutiques des apothicaires et sur lesquelles étaient peintes des figures amusantes et frivoles et autres images semblables, pour inciter les gens à rire, à l’instar de Silène, maître du bon Bacchus. Mais à l’intérieur, on conservait de précieux ingrédients comme le baume, l’ambre gris, l’amome, le musc, la civette, les pierreries et d’autres choses de grande valeur … A votre avis, pourquoi ce coup d’envoi … C’est (parce) qu’il faut ouvrir ce livre et peser soigneusement ce qui y est exposé. Vous verrez alors que ce que ce que vous y découvrirez, est bien d’autre valeur que ne le promettait la boite … »

Extrait du Prologue de Gargantua.

Alors voici, je vous propose en toute simplicité, pour fêter l’an nouveau, deux poèmes. Le premier semble évident mais le second n’est pas tout à fait une comptine, je vous en avertis honnêtement …

ImageFrançois Coppée

Décembre

Le hibou parmi les décombres
Hurle, et Décembre va finir ;
Et le douloureux souvenir
Sur ton cœur jette encor ses ombres.

Le vol de ces jours que tu nombres,
L’aurais-tu voulu retenir ?
Combien seront, dans l’avenir,
Brillants et purs ; et combien, sombres ?

Laisse donc les ans s’épuiser.
Que de larmes pour un baiser,
Que d’épines pour une rose !

Le temps qui s’écoule fait bien ;
Et mourir ne doit être rien,
Puisque vivre est si peu de chose.

François Coppée, Les mois

François Coppée fut le poète populaire et sentimental de Paris et de ses faubourgs, des tableaux de rue intimistes du monde des humbles. Poète du souvenir, … de la nostalgie d’une autre existence … ou de la beauté du crépuscule …, il rencontra un grand succès populaire.

A l’opposé de ce rôle de poète populaire, son contemporain, Stéphane Mallarmé est lui, pour le moins élitiste. Mais de ce fait, il intrigue et devient rapidement un modèle pour les jeunes poètes qui voient clairement dans sa poésie un changement radical et un renouveau de l’art poétique. Réputé difficile, pour ne pas dire hermétique, il est l’un des maîtres des symbolistes et l’un des modèles de Paul Valéry. Il est évident que la réelle difficulté de l’accès à ses œuvres a beaucoup fait penser à lui pour expliquer la poésie de Saint-John Perse … c’est une preuve …

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Stéphane Mallarmé

Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et, dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…
– Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Une piste d’explication : La poésie de Mallarmé a pris une direction jusque-là inconnue puisqu’elle abandonne volontairement tout lien avec le vécu humain pour tenter de représenter une expérience nouvelle dans la littérature. L’auteur déroute le lecteur par l’incroyable complexité de ses constructions, la rareté de son vocabulaire souvent puisé dans les sens étymologiques et plus dans le sens commun de l’époque, comme pour égarer davantage, à moins que ce ne soit pour éclairer différemment quitte à créer, ce faisant, le mystère. La lecture et la recherche du sens revêtent alors une certaine sacralité. Ainsi, toute déclamation est une incantation formulée dans une langue nouvelle dont l’ésotérisme apparent disparait à la faveur de l’illumination de la recherche du sens.

Il s’agit de vœux de nouvel an ici. En fait, ces vœux sont une espèce de confirmation d’adhésion à la proposition d’éternité de plusieurs religions : naissance, mort et résurrection pour certaines, métempsychose pour d’autres, toutes cherchant à rassurer l’homme en le persuadant que la mort n’existe pas.

Alors, en toute simplicité, espérant que l’an neuf nous apportera les outils indispensables à la fabrication du bonheur humain et qui peuvent varier d’un être à l’autre, je vous présente mes meilleurs vœux pour 2013.

mo’

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