Fortunes de Mer

mo’, exportateur de poissons frais installé à Casablanca, exerça donc son honorable et prosaïque activité durant une grosse décennie avant de se réorienter vers l’industrie, sous la pression conjuguée du changement de sa situation matrimoniale et de la raréfaction du poisson, elle, due aux coups de boutoirs conjugués des satrapes de l’Administration et du secteur privé…  

Quels profits aurai-je retiré de cette activité ?

Au plan pécuniaire, ce ne fut  pas toujours Byzance, mais j’y ai tout de même gagné beaucoup d’argent. Je travaillais sérieusement et bien, et mon obsession de la qualité fit de moi le fournisseur que l’on s’arrachait et qui « faisait le marché ». L’on me respectait et si j’ai toujours refusé de faire partie d’associations professionnelles diverses, je ne disais jamais non à qui me demandait une aide de quelque nature qu’elle fût.

camion vivier

Mon aura me dépassait réellement et j’en étais arrivé à jouer le rôle d’arbitre du marché. Un exemple parmi cent : lorsque les camions-viviers basques déferlèrent sur la côte marocaine et commencèrent à y acheter massivement tout ce qui sortait de la mer, j’étais le leader du marché des crustacés. A chacune de leurs arrivées, qui m’était signalée par mon transitaire de Tanger, bien évidemment les prix flambaient jusqu’à ce qu’ils fissent le plein. Lesdits  »Basques » demandèrent à me voir et après écouté leurs « cuentos chinos », leurs sornettes et leurs promesses, j’acceptai leur marché : je les laissai acheter tranquillement, le temps de charger leurs tanks et ils me versaient une dîme par kilo acheté sans ma concurrence. Oui, je sais, aux USA je serais tombé sous le coup de la loi sur les cartels … Nous nous rencontrions à leur remontée vers Tanger, à hauteur de Larache et là, ils me versaient le salaire de ma bienveillance… Je ne faisais absolument rien d’autre que de leur permettre d’acheter.

Mais je ne veux même pas retenir ces pratiques honteuses.

dorades royales

Par contre, je ne suis pas peu fier des résultats obtenus grâce à mon sérieux et mon expertise qui firent que je gagnais souvent, en une seule journée l’équivalent actualisé de plus de 5.000 €… Certes je travaillais comme un forçat, jours, nuits, fêtes, printemps étés automnes et hivers, mais j’en étais grassement payé.

Mis à part mon train-train quotidien déjà assez juteux, il y avait ces occasions exceptionnelles qui me permettaient de faire des coups d’éclat et qui me rapportaient en conséquence :

Par exemple, 2 fois l’an, en octobre et en mars, les dorades royales, sparus auratus,  envahissaient littéralement un petit port des environs de Mohammedia. Phénomène de fraie, influence des marées ? Je n’en sus jamais rien, mais installé sur place, j’en étais averti le premier et j’achetais toute cette pêche. Je montai alors une opération commando d’exportation vers l’un des pays ou ce poisson est le plus prisé, la Grèce ou on l’appelle « tsimmura ». Je me rappelle que cette pêche miraculeuse de mars correspondait souvent à la Pâque Orthodoxe Grecque, et mon gentil client hellène, Nikos, me prenait évidemment toute la production en faisant semblant de se plaindre qu’il y en eut trop. Il me disait alors en souriant de ses petits yeux malins : « mo’, zé vé que ti gagnes bien ta vie car moi zé té zir que zé vé mé régaler »… Alors, je n’y allais pas avec le dos de la cuiller et je pouvais réaliser sur cette pêche un profit dont le montant dépasserait aujourd’hui 20.000 €… pour 6 à 12 heures de vrai travail. Pour être sûr que je lui serai fidèle et ne me laisserai pas corrompre par les nombreuses sirènes qui gravitaient dans mes parages à ces moments-là, il me disait, sournois : « mo’, zé suis commerçant comme toi et zé sais cé qué c’est, alors si ti as bésoin d’un peu d’arzent, né té zêne pas, fils,  pour mé lé dire. Zé té donne tout cé qu’il té faut » Ce à quoi je répondais, moqueur : « Nikos, zé n’est pas bésoin dé ton arzent, ti lé sais, mais rassire-toi, zé souis un homme, çà aussi ti lé sais, vié pirate ! Ti es mon ami et zé né té sanzérais zamais pour dé l’arzent » Et c’était l’éclat de rire et le signal pour une « soirée humide » qui voulait dire pour moi ne pas dormir du tout puisqu’obligé de retourner au front à 03heures et demie comme tous les jours de l’année et encore ce matin, soit dit en passant … Cé qui expliquéra à certains les heures indues de mes réveils à cé zour !…

bigorneaux

Autre exemple d’opportunité en or, lorsque Don Javier, mon ami basque dont j’ai déjà parlé ici http://wp.me/p62Hi-1Vg me demanda de lui ramasser 20 tonnes de bigorneaux par semaine, de les mettre en sacs de jute sans aucune espèce de conditionnement et de les lui facturer à tel prix, je crus m’évanouir de joie. Je payais ces petits gastéropodes marins à 0,5 Dirham le kilogramme et les revendais 6 fois ce prix-là pour m’être donné la peine de les peser. Le camion du client venait les chercher dans mes magasins. Même le sac de jute – neuf, évidemment – était fourni par les coopératives de ramasseurs … Les opérations de transit étaient facturées en sus. L’affaire parfaite quoi. Assurément un beau profit.

pouce-pied

Je peux également citer l’exportation massive de pieds-de-biche vers Madrid la veille des fêtes de fin d’année ? Je réussissais à réunir entre trois et cinq tonnes de ces crustacés que je revendais de 5 à 8 fois leur prix de revient… Assurément là encore, beaucoup d’argent.

Mais alors, me dira-t-on, ou sont vos palais orientaux, vos jarres d’or et vos coffres de perles ? Point de précipitation, vous le saurez si vous avez la patience d’attendre.

Mais il ne faut pas non plus croire que tout me réussissait aussi bien. Il y eut des couacs tout aussi douloureux, des occasions perdues, des absurdités, de très sévères déconvenues …

En voici les deux les plus significatives :

1°) Le Récit du Corail

corail

Un soir, très tard, par une nuit noire de pluie battante et de froid, l’on sonna à mon huis. J’ouvris la porte et me retrouvai nez à nez avec 4 armoires à glace, aux faces de rugbymen qui, dans un italien d’une extrême déférence me demandèrent si ma seigneurie était bien celle du citoyen mo’, ami de leur associé, Messire Giaccomo M. de Trapani, en Sicile. Je répondis par l’affirmative et les invitai à entrer bien vite. Je leur fis servir des boissons chaudes pendant qu’ils me transmettaient des nouvelles de cet émule de Capitaine Haddock, un vieux sicilien avec lequel je faisais des affaires de temps à autre et qui avait pour moi une véritable tendresse de grand frère. Après les salutations et l’évocation de quelques savoureux souvenirs, les « visiteurs du soir » me contèrent ce qui suit et que je certifie absolument authentique, même si l’on peut avoir l’impression que c’est emprunté à l’Ile Noire de Tintin !

plongeurs au corail

Ils n’étaient guère rugbymen, les angelots, mais plongeurs sous-marins, pêcheurs de corail plus exactement, corailleurs pour les puristes. Selon les indications d’un cousin de l’un d’eux, venu en vacances dans la région de Tanger, ils avaient appris qu’il existait à un certain endroit de la côte tangéroise, du corail rouge, et du meilleur. Ils en avaient parlé à mon ami Giacco, comme je le surnommais, sachant qu’il avait des accointances au Maroc. Mais il leur avait répondu qu’il ne me dérangerait que s’il avait la certitude de l’existence de ce corail et qu’après, me connaissant, il était certain qu’il serait alors possible de monter une belle affaire autour de cela, dans la transparence et la plus pure légalité. Il finança leur voyage au Maroc et ils étaient là depuis une semaine, recherchant l’emplacement indiqué par le cousin. Deux jours avant leur visite chez moi, ils ont enfin localisé le champ et en avaient « cueilli » quelques arborescences splendides qu’ils avaient dans leur véhicule devant chez moi. Je demandai à voir la marchandise et ils sortirent tous quatre pour revenir, portant de vieux sacs de jute avec d’infinies précautions. Ils posèrent les sacs à terre et les ouvrirent pour me laisser admirer leur « récolte ». 87 kilogrammes de corail encore humide, de ce rouge si particulier, mat mais profond et toujours bouleversant car réunissant étrangement les trois règnes de la création : minéral, végétal et animal… Ce corail rouge est magique et de plus en plus rare. Et là devant moi, en voici à profusion…

déco corail

La réminiscence de la visite des monuments religieux de Trapani qui en sont couverts, m’assaillit. J’y avais pour guide le Giacco plus haut cité… J’avais parfait ma modeste science corallienne avec la visite d’un atelier de tailleur de corail, admiration devant l’expertise de l’artisan dont le but est toujours d’opérer les tailles les plus respectueuses possibles de la morphologie de la branche … C’était magique…

Nous stockâmes les sacs dans un petit débarras ou leur odeur très forte ne dérangerait pas. Nous revînmes au salon pour poursuivre notre discussion. Ce que me demandèrent les plongeurs ? Rien ! Ils avaient accompli leur mission. Il m’appartenait maintenant d’entrer en contact avec Giacco et de leur dire moi, ce qu’ils devaient faire. Comme il s’était permis de me faire déranger en pleine nuit, je ne fus pas fâché de lui rendre la politesse toute chaude. J’appelai mon opérateur préféré à la téléphonie internationale  et lui demandai de me mettre en contact avec Trapani en Italie… En pleine nuit, bien évidemment, ce fut très rapide puisque moins de … 20 minutes après, j’eus au bout du fil mon ami, la voix pâteuse et probablement l’œil hagard. Je le briffai sur la visite, sur l’existence effective de corail et sur la présence des quatre chérubins qu’il m’avait envoyés. Il me demanda de vérifier que le corail venait bien de l’endroit indiqué en les renvoyant là-bas mais accompagnés de quelqu’un de ma confiance et que « doppo, ci parliamo » ou « après, on se reparle ».

collier corail

J’appelai de suite la personne en laquelle j’avais le plus confiance au monde, hors de ma famille : Si Allal Rifi, le meilleur des hommes, cent fois évoqué ici. J’appelai, façon de parler. J’appelai plus précisément l’épicier chez qui il se ravitaillait, en lui demandant d’aller l’appeler pour être présent un quart d’heure plus tard, au moment où je rappellerais. Ainsi fut fait. J’avisai le cher homme qu’il devait le lendemain-même partir en mission spéciale à Tanger. Et de lui expliquer vaguement l’affaire, sans parler précisément de corail, dans laquelle il devait servir de chaperon et d’espion. Il se mit à rire en me lançant une de ses affectueuses vacheries : « Décidément rien ne t’échappe Riquet à la Huppe (Bouchaakouka en arabe), tu farfouilles à la recherche du corail, n’est-ce pas ? » Ce diable d’homme savait tout de la mer au Maroc et me connaissait comme personne … Il me promit d’être chez moi à 7 heures du matin. Je fis part de la chose aux plongeurs en leur disant que pour pouvoir me permettre d’obtenir les autorisations en règle, il me fallait un tas d’informations qu’eux-mêmes ne pouvaient me donner et que le lendemain ils devraient retourner sur le site avec une personne sure et discrète pour obtenir lesdites informations. Ils se regardèrent et après un léger nuage de doute, ils acquiescèrent à ma proposition en me servant généreusement du  « Si, Signore mo’, cosi faremo » à la truelle. Je leur fis prendre un hôtel tout proche de mon domicile et leur conseillai d’aller prendre quelque repos… Pour qu’ils soient bien à l’aise, je leur proposai de reprendre le lot de corail, ce qu’ils refusèrent en me disant qu’il n’en était pas question et qu’ils avaient reçu pour instruction de me faire une confiance aveugle !

clip corail

Le Rifain arriva comme à son habitude légèrement en avance, à l’instant précis ou les plongeurs arrivaient aussi. Je leur servis un solide petit déjeuner, j’expliquai l’opération à mon homme de confiance en lui recommandant de bien faire attention à tous les détails, les gestes, et les comportements des plongeurs. Après m’avoir assuré que j’étais cinglé et qu’il l’était deux fois plus que moi de me suivre de la sorte, ils partirent vers Tanger …

collier corail 2

Ils en revinrent 36 heures après et Si Allal me fit son rapport. Son intelligence fulgurante et sa malice lui permirent de comprendre, en faisant mine de rien, que les plongeurs étaient loin d’être aussi nickel-chrome que l’image qu’ils voulaient donner d’eux-mêmes. En fait, ils avaient « prélevé » infiniment plus que les 87 kilos de corail rapportés ! Ils avaient stocké cela dans une auberge misérable aux bons soins du fameux cousin qui avait découvert le site et qui en fait, les accompagnait … Comment avait-il pu comprendre cela ? Observation, déduction et causette avec les rares humains rencontrés !

Je fis semblant d’écouter religieusement ce qu’eux, me dirent et nous appelâmes l’ami Giaccomo à Trapani. Je ne lui révélais rien mais lui promis d’engager de suite les démarches et de le rappeler dès le lendemain. Je lui passai ensuite le chef des plongeurs, auquel il demanda de rentrer, leur mission étant réussie et terminée pour l’instant et que dorénavant, c’était à moi d’agir. Malgré leur insistance, je les obligeai à reprendre les 87 kilos de corail laissés chez moi et ils s’en retournèrent en Italie. Je ne devais plus jamais les revoir.

bague corail

L’auguste Rifain se moqua de moi à en pouffer de rire en me disant que j’avais le don d’attirer les gangsters comme une jeune fille attire les voyous ! En fait l’indélicatesse des plongeurs ne me fit ni chaud ni froid et je me promis de bien réfléchir à la question de savoir si je devais en faire part à Giacco ou non. Par contre, je pris rapidement conscience de l’importance de la découverte et pour ne pas risquer d’entrer malgré moi dans un jeu glauque et malhonnête, je m’en fus voir un de mes parrains dans la vie sociale, un Monsieur important en lequel j’avais une confiance totale et auquel je demandai de me mettre en contact avec le responsable en charge de cette « richesse nationale » de manière à me permettre de marquer clairement mon territoire en sollicitant une concession ou un droit d’exploitation, bref, d’officialiser mon intervention. L’entremise de mon parrain fut plus qu’efficace puisque dès le surlendemain je déjeunai avec lui et le haut fonctionnaire concerné. Ce dernier fut clair et m’informa que la pêche au corail était « en principe » interdite !

Patatras ! Adieu corail, bijoux et richesses ! Mais, ajouta-t-il devant mon air dépité, je pouvais introduire une demande tournée comme une opportunité de promotion pour la Province concernée et qu’il l’appuierait. Je ne fus pas long à rédiger ladite demande, aussi convaincante qu’un discours de Fourrier ! Je m’empressai d’aller remettre la demande au secrétariat du responsable qui ne put me recevoir à cause d’un emploi du temps particulièrement copieux.

Giacco me tarabustait au téléphone quotidiennement et me poussait à aller aux nouvelles. Si Allal Rifi lui, comme à son habitude, se gondolait de rire et me jura que si j’obtenais cette autorisation, lui se couperait les deux mains sur la place publique, ce à quoi je répondais très fanfaron : « On verra bien, vieux chnoque grincheux  de mauvais augure et futur manchot ! »

Au bout d’un mois, je me décidai à retourner voir mon parrain pour l’informer que son ami m’avait complètement oublié et que je devais rendre une réponse à mes partenaires. Il l’appela devant moi et le responsable lui dit qu’il allait s’enquérir du sort de ma demande. Nouveau silence. Un soir, environ deux semaines après, je reçus un appel en PCV (abréviation de « à percevoir » c’est-à-dire : pour le compte du destinataire de l’appel) que je m’empressais d’accepter car il s’agissait du très précieux Si Allal… Dès que je l’eus au bout du fil, il éclata encore une fois de son rire moqueur et m’apprit qu’il était en visite chez sa famille, dans le Nord, et que par curiosité, il était retourné sur le site du corail. Je précise que je ne l’avais chargé de rien mais il le fit de sa propre initiative et pour me protéger. Il s’y était rendu et il m’annonça que le site était maintenant gardé, que des tentes et des véhicules tous terrains témoignaient d’une intense activité. Il s’était approché et avait réussi à savoir le pourquoi de cette agitation : la concession de la pêche au corail sur ce site venait d’être attribuée en exclusivité à un illustre inconnu qui n’avait aucun rapport avec le monde de la mer !… Et mon ami d’ajouter : « et il parait que toi, Riquet à la Huppe, tu vas être décoré de la médaille de la poire la plus juteuse du siècle (en dialecte populaire marocaine : nichane dial akbar kanbou) !… Et moi, Allal, poursuivit-il, je garde donc mes deux mains que j’avais promis de couper en cas de succès de ton entreprise ! Tu m’entends tête de mule ou tu pleures comme une gonzesse ? »

astérie corail

J’avais effectivement envie de pleurer non pas tant pour l’argent dont je ne manquais certes pas, mais pour la destruction d’un rêve que j’avais bichonné … J’avais déjà imaginé la création in situ d’une « Cité du Corail » avec un échange technologique entre artisans de Trapani et artisans marocains, bref un beau projet de développement durable avant l’heure !…

Vous aurez compris que dans le terrible dédale de l’Administration, mon projet, mes plans, mes cartes, mes estimations et mon lyrisme ont été interceptés et offerts aux amis des amis de nos amis…

Ça fait très mal mais après tout, « It was only a dream », pas grave !…

http://www.youtube.com/watch?v=dO1R9Xoz–c

2° Le Tano Argentin

Les clients italiens avaient une réputation détestable, mais leur marché était de loin le meilleur aussi. Alors il fallait faire très attention pour ne pas se laisser prendre dans les filets des mauvais payeurs. Il était hors de question de leur accorder la moindre confiance et toute vente devait se faire sous couvert d’une garantie bancaire en béton, comme une lettre de crédit irrévocable et confirmée ou une caution bancaire savamment rédigée. Prétextant mes énormes besoins de trésorerie, personnellement j’exigeai une lettre de crédit de tous mes clients, au grand dam de certains d’entre eux.  Mais, privilège de la notoriété, ce n’était pas négociable, et comme les clients étaient plus nombreux que les poissons eux-mêmes, mon exigence était parfaitement acceptée. Très rapidement, les redoutables finasseries de l’utilisation de ces crédits documentaires n’eurent plus de secret pour moi, très exactement depuis le jour ou un banquier quelque peu tatillon refusa de me payer parce que les termes dudit crédit exigeaient l’expédition des marchandises vers Paris/Orly et qu’un oubli du transitaire, réparé par la suite, fit que la lettre de transport attestait d’un transport vers Orly/Paris. Ce jour-là, je compris tout… et surtout que dans ce métier, si je devais me méfier de quelqu’un, c’était avant tout de la banque.

La mienne était prestigieuse et me traitait pourtant aux petits oignons … Malgré son très haut standing, elle aimait bien « son poissonnier », en l’occurrence votre serviteur, mo’, cela faisait folklorique, surtout un poissonnier qui déclamait Valery et Mallarmé à la jolie responsable du département « export » appuyée au comptoir, le sourire aux lèvres et les yeux énamourés !… Le jour où je me plaignis de leur cadeau de fin d’année, un porte-chéquier en cuir certes, mais en cuir rigide, très gênant dans une poche, le directeur me dit qu’habituellement, sa banque refusait les clients qui prennent leur chéquier dans leurs poches ! Et toc ! Mais ce même directeur, devant lequel rampaient les pontes de la cité, m’ouvrit un beau dimanche matin les coffres forts de son établissement et me permit de faire un retrait important devant me servir à effectuer un énorme paiement, capital pour mes affaires ! Parole d’honneur !

tino rossi

Il existe dans tous les ports de pêche, des espèces de rabatteurs qui abordent tous les visages inconnus avec lesquels ils lient connaissance et qui finissent par leur dire qu’ils cherchent des exportateurs marocains de produits de mer. La qualité de personnes pareilles, faisant leur sourcing de façons aussi primitive, est quasi toujours révélatrice de la nullité de leur intérêt. Un jour, un de ces intermédiaires, ancien garçon de café, qui parlait correctement le français et avait à ce titre gagné le surnom de « Parisien », demanda à me voir. Bof, écoutons-le, ne serait-ce que pour voir ce qui traîne sur nos criées ! Il me dit que contrairement à toutes les autres fois, là, il était sûr d’avoir ferré ce jour-là un gros client, capable d’acheter cash tout le poisson du Maroc et des états voisins etc. etc. J’éclatai de rire et lui demandai de se calmer, ce qui le vexa quelque peu. Je lui promis une « commission d’intervention » au cas où je retiendrais son prospect, et il partit pour revenir un petit quart d’heure plus tard, accompagné d’un petit bonhomme rondouillard et rigolard, cheveux brillantinés et coiffés en arrière, un vague air de Tino Rossi, qui se présenta sous le nom de Cataldo M. Il venait de la région de Naples, plus exactement de la très riche Commune de Sorrente, patrie, selon la légende, des sirènes qui tentèrent d’ensorceler Ulysse, de passage au large. Ô les malicieux clins d’œil du destin !…  

sorrento

Le visiteur éprouva le besoin de me raconter sa vie, probablement pour que je le crédite de l’importance que je ne devais pas sembler lui reconnaître. C’était un Portègne Tano, c’est-à-dire un habitant de Buenos Aires d’origine napolitaine. Portègne est le gentilé de la capitale argentine, c’est-à-dire, vous le savez certainement, la dénomination des habitants de cette capitale. Il était revenu d’Argentine dans son pays d’origine, quelques temps auparavant et voulait investir sa fortune dans la distribution alimentaire, plus particulièrement les produits de la mer. Je l’interrompis de suite pour lui demander s’il connaissait le domaine, ce à quoi il sourit avant de m’informer qu’en Argentine, il avait été à la tête de pêcheries énormes … Généralement, ce genre de « client bordé »vous arrive par le truchement des ambassades, ce qui ne garantit nullement leur intérêt, mais ouvre néanmoins une traçabilité pouvant être utile. Prudence, donc, mais écoutons-le, me dis-je, çà ne mange pas de pain ! Rien à dire, il connaissait le « produit-poisson » comme nombre de ses concitoyens et semblait vouer un véritable culte à la qualité, ce par quoi il ne pouvait que me séduire. Ressentant mon manque de béatitude à ses beaux discours et fin psychologue, il me dit assez rapidement que si j’acceptais de le servir, j’allais devoir lui communiquer rapidement mes coordonnées bancaires pour qu’il pût  me transférer les sommes nécessaires pour me payer les expéditions d’un mois environ, à raison d’une tonne par jour. Trente tonnes de poissons nobles équivalent en termes actualisés à environ 400.000 € … Je lui répondis que je ne voulais aucune avance sous quelque forme que ce fut, que j’exigeais seulement le paiement cash de mes expéditions et que par ailleurs,  je ne pouvais aucunement lui garantir la moindre quantité, qu’en guise de contrat il devrait se contenter de ma parole et qu’il ne serait jamais mon seul client ni dans son pays ni même dans sa région, enfin que la seule exclusivité que je pouvais lui réserver ne concernerait jamais que sa ville et aucune autre !… Il argua qu’il ne me comprenait pas, puisqu’il acceptait de « tout me prendre » et de me régler d’avance, avant même le départ des marchandises. Envahissant, ce Monsieur et étouffant me dis-je. Je l’invitais à ne pas insister et lui dis que c’était de ma part un choix stratégique non négociable. Il accepta en réaffirmant son étonnement.

Bon, je pense qu’il serait plus amusant que je vous dise d’emblée et en parallèle, qui était réellement cet étrange personnage. Inconnu en Italie, et pour cause, il était carrément célèbre « en Arquentina » pour respecter la prononciation d’Argentina par les Tanos. Là-bas, il avait été une véritable vedette des années troubles qui ont succédé au péronisme, au début des années 60. C’était un parasite de la haute société, incapable de garder la nuit ce qu’il avait gagné le jour, turfiste invétéré, parieur compulsif et flambeur au casino. Avant de quitter l’Argentine, il avait monté une large arnaque consistant à s’approprier d’énormes sommes que lui avaient confiées de hauts gradés corrompus qui ne pouvaient le dénoncer … avant de disparaître avec son butin et d’aller chercher refuge au pied du Vésuve. Il « avait » donc bien quelqu’argent en attendant de s’en délester dans le premier casino rencontré.

Je commençai à expédier à son entreprise et il me payait rubis sur ongle à partir d’un compte que je lui fis ouvrir à Casablanca-même chez le correspondant direct de ses banquiers napolitano-argentins.

Casino

Il fut sérieux 6 mois environ, non sans faire de petites virées, de temps à autres, au casino de Mohammedia avant que je sache quoi que ce fut de son vice et où il prétendit avoir trouvé, parmi les croupiers, un « pays »…  Sinon, aucun ami, aucune relation personnelle, cet homme n’avait que moi comme interlocuteur dans la ville. Après chaque expédition, il appelait au téléphone l’Italie et parlait en napolitain, sans un sourire, comme on décline son identité dans une administration, d’une voix monocorde et signifiant son « au revoir » aussi sèchement. Au cours de la conversation, il donnait la composition de l’envoi, puis il demandait des orientations pour l’expédition suivante … Lorsqu’il me voyait expédier de la belle marchandise ailleurs en Italie, il adoptait cette mimique si particulière des chiens battus ou des jaloux privés du droit de se plaindre. Il me faisait de la peine, vraiment.

A quoi rimait en fait la vie de cet individu impénétrable ? Au début, compte tenu de sa morosité au cours de ses conversations téléphoniques, je croyais qu’il était un patron imbuvable du genre de ceux qui se croient déshonorés s’ils se laissent aller à être polis ou souriants avec leurs collaborateurs. Tu parles ! Les plus malins parmi vous ont sûrement subodoré la réponse : En fait, il avait contracté une énorme dette de jeu en Italie, équivalente ou dépassant les avoirs rapatriés d’Argentine. Son principal débiteur était un bijoutier de Sorrente, qui, par pitié concitoyenne et probablement par égard pour la famille de notre zèbre, étant impliqué dans un commerce de poisson,  lui avait donné ainsi l’opportunité de survivre en devenant « l’agréeur » de ce commerce, moyennant une commission par kilo expédié, et ce, tout en l’éloignant de ses lieux de tentation et de ses créanciers en colère. Un acheteur commissionné pour être tout à fait clair ! Mais je n’en savais rien, bien évidemment.

Un beau matin, il arriva à mon bureau l’air très soucieux et le montrant à l’envi. Je finis par lui demander l’objet de sa préoccupation et il finit par me dire que son bureau l’avait appelé pour lui faire part d’une proposition qui lui était faite par un gros négociant de poisson,  de s’associer à lui dans l’importation d’un plein bateau de merlus des Canaries pour la Côte Adriatique, mais que comme pour nos conventions, il se devait de rester à Casablanca, il ne pouvait trouver comme cela par téléphone l’argent nécessaire pour réaliser l’opération qui promettait d’être plus que juteuse. Obnubilé par mon exigence de ne jamais vendre une seule écaille de poisson à crédit, je l’éconduisis poliment en lui disant que j’en étais désolé mais que je n’y pouvais rien, qu’il pouvait y aller mais que je suspendais les fournitures jusqu’à son retour. Habile, il me proposa de me payer d’avance. Intransigeant je refusai. Il insista lourdement et finit par me proposer de m’établir des « chèques signés en blanc » pour payer mes factures le temps de son absence, c’est-à-dire une quinzaine de jours… Et jusqu’à aujourd’hui, je me demande pourquoi j’ai accepté, ignorant au demeurant que l’utilisation de chèques de garantie est totalement illégale.

grève

Je pris les chèques – qui à maturité revinrent tous « sans provisions », et il partit faire son opération d’importation de merlus canariens pour la Côte Adriatique. Il la fit réellement mais ne se représenta pas à la date fixée. Il m’appela pour me supplier de ne pas arrêter les fournitures, me rassurer au sujet du paiement de ces expéditions non couvertes par ses chèques, invoquant des désordres bancaires et me dire la vérité pour la seule fois de sa vie probablement : il y avait une grève dans le port de débarquement et le bateau ne pouvait être ni déchargé, ni autorisé à repartir nulle part. Il ajouta, très convaincant et très convaincu, qu’il avait bon espoir de débloquer la situation grâce à des « amis puissants ».  Une consultation avec mon associé chevillard finit de me persuader d’aller sur place, voir de quoi il retournait, et ce, sans avertir le zigoto.

Mon arrivée en Italie ne lui plut pas, c’est le moins qu’on puisse dire. Il me rendit visite à mon hôtel et de suite, il appela le bijoutier plus haut évoqué, son commanditaire et nous eûmes tous trois « una spiegazione franca » si ces mots ne sont pas farfelus en telle circonstance. Le bijoutier, antipathique, fermé et probablement atrabilaire m’avoua tout, tout, tout et même ce que je ne demandai pas, à savoir que Messire Cataldo avait été abandonné par sa femme et ses enfants, lassés par son vice. Eux, étaient restés en Argentine. Il s’arrogea bien sur un beau rôle en disant qu’en utilisant l’expertise du Tano en matière halieutique, il lui rendait grandement service et le protégeait des possibles vengeances de ses innombrables créanciers. Mais là où il me sidéra littéralement c’est qu’il me dit que le problème du jour n’était ni plus ni moins que le résultat de la dernière poussée de vice de notre ami qui avait monté cette opération pour essayer de récupérer toutes ses mises, se débarrasser de son associé, lui, et reprendre à son compte exclusif le juteux commerce avec le Maroc

vautours

Tel le vautour idiot du Livre de la Jungle, le bec en cœur, je demandai :

–      Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
–      Mais attendez Monsieur mo’,dit le bijoutier, ce n’est pas fini et c’est bien plus compliqué que cela !
–      Ah bon ? Alors je vous écoute !

Avec cette opération d’essai d’importation de merlus, notre ami a dérangé des intérêts … euh … pour le moins chatouilleux sur la notion d’ « intégrité territoriale » si vous voyez ce que je veux dire. Les seigneurs concernés avaient alors le choix entre le gommer de la surface de la terre, ce qui ne leur eut causé aucun état d’âme, ou empêcher tout simplement le débarquement des marchandises en Italie. Ils ont choisi la seconde solution, ils ont appelé le syndicat du port prévu pour le débarquement et ainsi mis des sortes de « scellés » inviolables sur les marchandises…

Et le bijoutier de poursuivre qu’à son opinion, la grève ne cesserait que sur ordre de ces Messieurs. Fanfaron au possible, j’osai demander s’il m’était possible de parler avec quelqu’un qui les représenterait. Cataldo sursauta et osa dire que j’étais fou. Je le priai de « fermer sa gueule ». Le bijoutier se mit à marmonner en napolitain et mimait clairement le début de grosses emmerdes. Moi, je n’avais d’autres choix que d’agir ainsi car je n’étais nullement disposé à tout perdre. Mon interlocuteur me dit qu’il ne les connaissait pas mais que, enfin, il allait voir ce qu’il pouvait faire etc. Tu parles ! Péremptoire, je répondis que Cataldo m’accompagnerait bien évidemment. Ce dernier prit le teint de l’aubergine et bredouilla que ce n’était pas une bonne idée. Je le fis taire avec la même aménité que précédemment. Nous prîmes rendez-vous pour l’après midi et je regagnai ma chambre après avoir décliné l’offre du cher ange au sens de l’humour surdimensionné, de me faire visiter sa ville… 

Je dormis. Enfin, je m’allongeai plus exactement, pour broyer du noir en paix jusqu’à ce que le bijoutier m’appelle de la réception. Il était flanqué du héros, aussi rayonnant qu’une poubelle mal entretenue. Ils m’informèrent que nous avions rendez-vous le lendemain matin à 7 heures, au café d’une délicieuse petite plage – déserte à cette époque de l’année, des environs de Sorrente.

Ainsi fut fait. Le lendemain, à l’heure dite, nous nous rendîmes sur la plage, mais là, personne ! Dans la brise légère, face à ce décor de toute beauté, quelques tables et chaises à la terrasse d’un café restaurant fermé. Sur l’une des tables, un paquet de cigarettes et un briquet-tempête, un journal et à côté, en toute bonhommie, un révolver ! Un petit révolver à canon court. Bonjour Monsieur Marcel Duchamp, ou est votre bidet ? Bonjour Monsieur le Comte de Lautréamont, j’ai trouvé votre parapluie et votre machine à coudre ! Les genoux de mon peu courageux compagnon se mirent à jouer des castagnettes et il allait me proposer de repartir lorsqu’une voix caverneuse, provenant de l’intérieur nous invita à nous installer et nous annonça qu’on arrivait.

Lee Van Cleef

Dans ces situations de trouille hors normes, la seule attitude à adopter est de mobiliser toute son énergie pour s’empêcher de penser. C’est ce que je fis. Et là, le sosie de Lee Van Cleef apparut, un visage en lame de couteau, des lèvres immobiles et un regard mitrailleur.

J’eus immédiatement l’absolue certitude que mes deux charmants compagnons se connaissaient déjà. Important à savoir… Le vilain pas beau qui s’appelait, çà ne s’invente pas, Gigino, se mit à parler napolitain, ce qui fit que Cataldo dut me traduire un instant ce qu’il disait. Il me demanda ce que je voulais. Je fus bref : j’avais tout à fait involontairement financé l’importation de marchandises qui visiblement dérangeaient des gens que je ne connaissais pas et ces marchandises étaient coincées au niveau du débarquement. Je ne voulais qu’une chose, résoudre le problème dans la mesure de mes moyens pour récupérer mon argent. Et là, j’avoue qu’en matière de Commedia dell’ Arte, je fus brillant : je lui demandai purement et simplement son aide, le bijoutier m’ayant soit-disant dit qu’il était un seigneur qui comptait dans ses relations de nombreuses personnes en mesure de résoudre les problèmes les plus délicats ! Alors, au titre de ma bonne foi et du respect dû à l’étranger dans les grandes civilisations comme la napolitaine et la mienne, je me permettais de lui demander son aide ! Il prit son hochet et le remit dans son holster machinalement, se redressa et me répondit avec un sourire d’ange qu’il connaissait le sens de l’honneur de ma race, qu’il me voulait tout le bien du monde et qu’il comprenait parfaitement la situation…! Alors, m’amusai-je à penser en aparté ? On abat ce connard de Cataldo et on va prendre un café ? Il me réaffirma ne me vouloir aucun mal mais vouloir corriger sévèrement l’énergumène.  Il le regarda comme il doit regarder les gens qu’il s’apprête à refroidir et me dit à moi : « tra di noi » entre nous, à combien te revient cette marchandise ? Je lui expliquai l’opération depuis le début car il n’avait pas l’air – ou faisait semblant- de ne pas l’avoir pas comprise. Au fur et à mesure que j’expliquais, je le voyais faire des mimiques qui durent provoquer de violentes diarrhées au coupable. Lorsqu’il eut tout compris, il fit mine de réfléchir et finit par décider : Bon, écoute, je crois que nous sommes coupables toi et moi, coupables d’avoir un ami aussi « stronzo » (con) qui est capable de faire du mal même en dormant, alors, payons-en ensemble les conséquences. Il se tourna vers Cataldo qui claquait littéralement des dents et lui dit qu’il allait convaincre ses amis de stopper la grève du port pour lundi mais que la marchandise devrait être vendue et immédiatement livrée à telle entreprise de Naples, à tel prix. Précision affolante : très exactement la moitié du prix … Et ce grand saigneur-seigneur lui précisa que s’il ne me payait pas le jour même avec le produit intégral de la vente, il ouvrit la bouche et fit mine d’y tirer une balle de révolver. Et le courageux pipeur de dés, soulagé quelque part que son exécution ait été repoussée de quelques jours, de se confondre en obséquiosités et en remerciements. Je commençais à lui trouver un air de « héros » de tragédie grecque. Marqué par la malédiction de l’addiction au jeu. Allons, j’ose : quoique pathétique, il était beau dans son insignifiance…

Il obéit à Gigino à la lettre.

Avant mon retour au Maroc, je faillis l’étrangler lorsqu’il tenta de me sonder à propos de ma disposition à repartir à l’aventure avec lui…

concrelat

De nombreuses années après, j’eus de ses nouvelles : il n’avait pas changé d’un iota, toujours aussi paumé, toujours aussi nul, à l’affût d’une magouille, petite ou grande, born to loose, pathétique…

Voilà, je pense avoir donné un aperçu de mes Fortunes de Mer.

Mais à propos, qu’est-ce donc qu’une fortune de mer ? A moins d’être vraiment cultivé ou assureur, comment pourrait-on le savoir  ? 

A l’origine du transport maritime de marchandises, la fortune de mer d’un transporteur était constituée du bien maritime concerné par le transport. L’armateur répondait des avaries subies pendant le transport par les marchandises transportées sur sa fortune de mer et jamais sur sa fortune de terre, car cela aurait condamné à jamais cette activité toujours téméraire et souvent périlleuse. Aujourd’hui, la fortune de mer se dit des accidents qui peuvent arriver à ceux qui naviguent sur mer.

Concernant mo’ … le bilan de ses activités de mer, vous ne l’aurez que la semaine prochaine, avant que pour finir son odyssée, il ne fasse digression vers quelques portraits de personnages fabuleux rencontrés dans l’exercice de cette activité atypique et romanesque.

mo’

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