trésors de mer

Et c’est un chant de mer comme il n’en fut jamais chanté, et c’est la
Mer en nous qui le chantera :
La Mer, en nous portée, jusqu’à la satiété du souffle et la péroraison du souffle,
La Mer, en nous, portant son bruit soyeux du large et toute sa grande fraîcheur d’aubaine par le monde.
Saint-John Perse, Amers

Lorsqu’après une course, les corsaires reviennent à leur port d’attache ou de cachette, ils procèdent immédiatement au partage des richesses acquises. Cette répartition, obéit à des règles rigoureuses et le principe prévaut également dans la piraterie et également dans l’activité de pêche. L’ensemble du butin s’appelle « la masse » et il est divisé au prorata du pourcentage convenu selon la tâche à bord du bateau.

Selon la formule consacrée, puisque nous avons le temps, apprenez à partager un butin lorsque selon les nobles lois de « la course » et selon le site http://fr.wikipedia.org/wiki/Corsaire :

En plus du navire, le butin de prise pouvait être très varié : fruits et légumes comme, sucre, poisson et viande (anchois, harengs, biscuits, bœuf,), cuirs, bois précieux, colorants (indigo), épices, café, chocolat ou, beaucoup plus rarement, sacs d’argent ou poudre d’or.

Le produit de la vente aux enchères des prises était alors partagé entre les personnes ayant collaboré à la capture de l’ennemi dans l’ordre des priorités :

  • L’État (Roi, République, Empereur) prenait entre 10 et 20 pour cent (c’est lui qui fournissait la lettre de marque, c’est-à-dire la « patente »).
  • Les frais (on payait la nourriture, la poudre, les munitions, ainsi que les réparations faites durant le voyage).
  • Les veuves et les blessés (les veuves prenaient deux fois la part de leurs défunts maris, et les blessés avaient une indemnité, fixée au départ en fonction de la partie du corps manquante, en plus de leur part).
  • L’armateur (ou le groupement d’armateurs lorsque les frais d’armement étaient importants) prenait ensuite 30 pour cent du reste.
  • Enfin, chaque homme avait sa part en fonction de sa place dans l’équipage (le capitaine=25 parts, le chirurgien=25 parts, le mousse, une demi-part etc…)

Quel romanesque ! Ben le partage des trésors de ma course à moi fut bien loin d’obéir à ces nobles règles ! Tout mon bon argent a été intégré dans l’œil d’une hydre tricéphale, bête, méchante et malhonnête.

Más todo pasa, todo pasará
y nada queda, nada quedará

http://www.youtube.com/watch?v=yYSTqgy-nvo

tempête en mer

To make it short, car cela n’a rien d’agréable pour moi et que je suppose que vous vous en moquez comme de colin-tampon, disons que sur une énorme vente, couverte par une lettre de crédit irrévocable, confirmée et payable à vue dans une banque du Maroc aux caisses de laquelle j’avais ouvert un compte pour faciliter les choses, la banque, qui était connue et se vantait même d’éviter comme la peste toutes les opérations concernant la mer, malgré la parfaite conformité de ma remise documentaire, refusa de me payer et me dit qu’elle préférait attendre le paiement de la banque étrangère, une banque espagnole, pour le faire. Je demandai un peu niais à quoi donc servait la lettre de crédit et l’on me signifia sans ambages qu’avec les banques espagnoles, il fallait se méfier !… Ahurissant ! De quoi s’accrocher aux murs et hurler à la mort, mais authentique. Comme je me mis justement à hurler comme un putois, un des « crânes d’œuf » de la banque fut désigné pour me déniaiser et il m’expliqua qu’en fait, tous ces outils bancaires étaient des attrape-nigauds et n’engageaient, en vérité, que ceux qui étaient assez bêtes pour y croire , c’est-à-dire les nigauds, ou assez puissants pour les faire respecter, c’est à dire « pas moi! ». J’ai écrit j’ai protesté partout, jusqu’au saint des saints de ce milieu de truands, ou j’appris, médusé et poussé à l’apoplexie, que le pays était en train de se doter d’un système bancaire indépendant et qu’il fallait comprendre qu’il pût y avoir des hiatus de la sorte. Le genre d’appel au sacrifice que je reçus lorsque, me révoltant dans une réunion professionnelle que je ne comprenais pas pourquoi le transport aérien, monopole de la compagnie nationale, était le plus cher au monde et valait 5 fois plus que dans des pays comparables au nôtre, on m’expliqua qu’il s’agissait de consentir des efforts pour doter la compagnie d’une stature internationale. Saint mo’, le sacrifice vous appelle ! Mais avec cela, même pas la moindre statue sur la place publique,fut-ce d’une bourgade de deux habitants, rien !

Le client, une société frigorifique catalane en situation financière délicate, sauta sur l’opportunité et … ne me paya point. Après un coup de sang auprès de l’ambassade et de l’attaché commercial, je compris que j’avais été « eu », purement et simplement, malgré toutes mes précautions et mes principes. Cela me donna à réfléchir, bien sûr !

Le prix du poisson montait chaque jour et ne sont pas rares les cas ou des gâte-sauces ayant investi ce pauvre secteur, se mirent à crever les plafonds du dumping et à payer les marchandises exactement aux prix auxquels ils les vendaient à l’autre bout du monde.

Ces nouveaux exportateurs, dont la plupart ne tenaient même pas une année avant de faire faillite, se mirent à vendre à n’importe quel prix et n’importe quelles conditions de paiement, ce qui perturba grandement le marché et suscita des vocations également dans les pays acheteurs. Je voyais mon trésor de guerre fondre comme neige au soleil et ma passion de l’exploit s’éteindre peu à peu.

Je me convoquai pour une réunion au sommet avec moi-même et me dis que franchement, d’accepter de jouer à ces jeux dangereux et malsains, je commençais à être douteux et, oh horreur, à me complaire dans les compromis, sinon les compromissions que normalement j’abhorrai. Mo’ me dis-je avec une gravité absolue, il te faut soit aller vers l’industrie, soit fuir ce métier qui n’en est plus un, sous peine de te perdre, corps et âme, alors SOS ! Une installation frigorifique, oui, pour mettre à profit ma parfaite connaissance du métier et surtout le contrôle des sources d’approvisionnement que je devais à mon sérieux et mon excellente réputation. Et puis, à côté du frigorifique, un saloir et aussi un fumoir et peut-être une petite conserverie de très haut luxe pour appertiser des sardines mêmes, mais des sardines de haut de gamme, garanties de moins de 6 heures de pêche, sous huile d’olive vierge extra etc… Oui, je pouvais rebondir vers autre chose et laisser l’exportation de poissons frais aux miséreux  et  autres aventuriers analphabètes et en mal d’imagination.

C’est exactement ce que je fis, en réussissant à sauver de justesse l’essentiel : mon indépendance, ma raison et … mon appétit de vivre !… Quant aux restes de ma fortune disloquée, ils servirent à me sortir d’affaire sans rien devoir à personne, tête haute !

Pour me moquer de moi-même, je me suis amusé à calculer les sommes incroyables, perdues à cause de mon sens tatillon de l’honneur, de la parole, de l’engagement. Bien avant l’horreur financière dans laquelle le monde actuel s’est laissé enfermer, j’ai compris qu’il fallait fuir les banques, car c’est la peste, et ne recourir à elles que comme magasins d’argent, jamais plus et en aucun cas comme des partenaires. Ces quelques leçons apprises, furent assez chères payées pour que je pusse m’offrir les meilleures études à Harvard, Princeton et Berkeley !…

Mais … le savoir n’a pas de prix, n’est-il pas ?

Il faut savoir,
Coûte que coûte,
Garder toute sa dignité,
Et malgré, ce qu’il en coûte,
S’en aller sans se retourner,

Hommes de mer

En vouloir à la mer ? Mais comment l’aurais-je pu ? Si cette grande essoreuse avait repris l’esquif, elle m’avait tant donné de bien plus important, notamment ce que les gens de mon peuple considèrent comme un « Kenz » ou « Trésor », la connaissance des hommes ! A titre d’exemple, laissez-moi vous présenter quelques vrais hommes,  burinés par les abattées et les aulofées, des hommes dis-je, oui, des vrais ! Puis je finirai mon récit par la présentation de quelques femmes vraies,  avant de me retirer en évoquant l’alpha et l’oméga de la pensée humaine : quelques vers de poésie !

Nador

Ou donc aurais-je pu rencontrer un Si Allal Rifi ? Personnage de légende, âme noble, intelligence fulgurante et Homme avec un immense « H » majuscule ? Il a été pour moi un mentor, un cicérone, un grand frère, un ami et tellement plus encore. Je crois avoir déjà dit que lorsque mon sort matériel se mit à décliner, il intervint dans une assemblée qui se gaussait de mes problèmes, fournit aux membres un chien de sa chienne, et remboursa celui d’entre eux auquel je devais quelque argent en lui interdisant de plus jamais s’autoriser à médire de moi ! Tout cela sans rien m’en dire. Son secret fut trahi par un tiers et lorsque je le confondis, sa seule réponse fut : tu vas la fermer,  Bouchakouka – (Riquet à la Huppe) ? Crois-tu que je sois homme à oublier l’aide que tu as spontanément apporté à ma famille lorsque je fus emprisonné suite à mon différend avec un haut fonctionnaire ? Tais-toi donc jeune blanc-bec et prends soin de toi !

Naples

Dans quel autre monde aurais- je pu rencontrer Gigino A. le gentleman, mafioso dix fois pur à la loupe qui jouait avec un pistolet comme on joue avec un cure-dents et qui me dit à l’issue du bref moment de vie que nous partageâmes, que j’avais l’heur de lui plaire sincèrement et que si un jour je souffrais d’une incorrection de la part de qui que ce fut, paiement, litige, zizanie ou tout autre, ou que ce fut et pour quoi que ce fut, je n’aurais eu qu’à le lui faire savoir et que lui ou ses amis m’auraient aidé à résoudre mon problème.

Bilbao

Et le superbe Basque de Bilbao, mon ami Javier, déja largement évoqué ici ? Gentilhomme flamboyant, tellement amical et attachant, personnage de roman, avec lequel j’ai eu une de ces mésaventures qui révèlent les tréfonds d’un individu : sur la route côtière reliant Rabat à Casablanca, nous étions à bord de mon véhicule, et comme peut-être 20 autres, disséminés dans les champs, j’avais glissé et dérapé dans un virage sur une flaque d’huile. Pendant que j’essayais de reprendre mes esprits au milieu des labours, essayant de comprendre ce qui s’était passé, lui avait compris et courut avertir du danger les automobilistes arrivant en amont … Ce faisant, il était d’ailleurs d’une grande drôlerie puisqu’il s’agitait comme un sémaphore au milieu de la chaussée, en hurlant en … Euskara, c’est-à-dire en langue basque !…

Boston

Et vous pensez que l’on rencontre le « roi » de quelque chose tous les jours en ce bas-monde ? Je l’ai dit, Sydney C. de Boston régnait sans partage sur le marché mondial de la crevette. Il a été reçu au Maroc comme un chef d’état mais la sympathie qu’il me témoigna fit qu’il délaissa souvent les cérémonies officielles pour venir avec son épouse Gwen plaisanter et parler « métier » avec moi et moi seul. Et lorsque nous devînmes vraiment décontractés dans nos relations, pour le provoquer, je lui dis que pour le roi de la crevette, il la fichait mal et aurait pu mettre au moins la photographie de crevettes fraîches sur sa super-luxueuse plaquette. Il jura comme un charretier et fit mine de se tirer une balle dans la tempe, disant  que personne au monde n’avait vu la supercherie et qu’il avait fallu qu’il vînt au Maroc pour tomber sur un zigoto qui s’en aperçoive. Il confirma qu’effectivement les magnifiques crevettes rouges qui illustraient la plaquette de présentation de son entreprise avaient été dégelées et huilée pour leur donner l’aspect du vivant, comme on huile les biscoteaux des culturistes avant un concours …  Vous, vous collectionnez peut-être les porte-clés, Syd, lui, collectionnait les « Rolls Royce » et s’en offrait une nouvelle chaque année.

Andalousie

Et Don Francisco de Huelva, ou aurais-je pu le rencontrer si ce n’est dans les affaires marines ? Cordialement détesté par tout le monde, il avait pour moi une amitié sincère et jamais démentie. Armateur, négociant, placier, banquier de temps à autre, il était l’un des rois de Las Palmas, du temps de la splendeur de la capitale des Canaries.  Il ourdissait depuis longtemps, futé comme un renard, le plan d’installer une base au Maroc, ayant compris avant tous les autres que c’était là que tout allait se jouer dans le domaine de l’industrie et du commerce halieutiques.  Lorsqu’il me rencontra, il commença par se débarrasser de toutes les arapèdes qui lui collaient aux basques et voulaient être rétribuées pour nous avoir présentés l’un à l’autre. Il leur dit que si, mettre les gens en relation deux personnes devait être rétribué, que devrait-il demander, lui, pour avoir mis en relation son ami intime, Fidel Castro, à tel qui en gagna l’exclusivité des crevettes de Cuba, d’une qualité fabuleuse ? Il balaya toutes ces demandes d’un revers de la main et invita les quémandeurs à lui intenter un procès ! Il fut princier avec moi, j’en ai déja parlé à propos de l’article sur le « duende ». Andalou plus vrai que nature, il semblait vraiment s’être échappé de l’œuvre de Llorca. Il avait pour amis les toréadors les plus prestigieux, les chanteurs de flamenco les plus célèbres et rien ne se faisait entre aristocrates andalous sans sa participation. Nous fûmes contraints de nous séparer lorsqu’une des personnes les plus proches de lui tomba … amoureuse de moi… Sans rien me reprocher, il en souffrit comme une bête et préféra s’éloigner sans mot dire… 

Cette liste d’hommes de mer – non exhaustive, certes, n’en est pas moins horriblement injuste, car j’ai passé à la trappe, H.C de Genève, la rectitude absolue, F.C.G de Barcelone, le seigneur de Catalogne, C.B de Marseille qui m’appelait carrément « mon fils »,  B.R. de Bari en Italie qui me connaissait tellement bien que pour me taquiner, en ouvrant mes colis à l’arrivée et parce qu’il avait assisté à une opération d’exportation de A à Z, me disait :  » Dimmi, mo’, hai festeggiato ieri sera, cagna! Ti sei svegliato tardi, mi dica la verità! Perché vedo che fino al numero 23, la merce è molto stanca. Ritengo che ti sei sveliato verso le 5, no e cosi ?  » (Dis-moi, mo‘,  tu as  fait la fête hier soir, canaillou ! Tu t’es réveillé en retard, dis moi la vérité, parce que je vois que jusqu’à la caisse 23, la marchandise est très fatiguée, j’en déduis donc que tu t’es réveillé à 5heures, pas vrai ? « etc…

… Il ne s’agit là que d’exemples particulièrement frappants d’hommes de qualité avec lesquels j’ai pris un plaisir fou à travailler et desquels j’ai beaucoup appris,  mais j’en ai connu tant d’autres, des humbles, des chefs, des charismatiques, des modestes ! …

Naïades

Il ne serait pas honnête – ni flatteur d’ailleurs, de me faire passer pour un petit soldat de la mer, travaillant plus que de raison, ne pensant qu’à bâtir je ne sais quelle cathédrale. De mes amours avec la mer et de notre idylle, j’ai joui, je me suis gâté, je ne me suis privé de rien, je n’ai jamais regardé à la dépense, oui je l’avoue, j’ai été très gourmand de la vie et la mienne, à ce moment-là fut celle d’un parfait patachon ! Comment aurais-je pu être raisonnable ?

Reine des Caraïbes

Comment aurais-je pu échapper à l’ensorceleuse Reine des Caraïbes, qui résidait à Porto Rico, qui était chargée d’ors et auréolée de mystères qui apparut dans ma vie et qui ourdit, j’en suis certain, un plan secret pour me prendre dans ses rets ? Comment aurais-je pu garder la tête froide alors qu’il me suffisait de l’appeler au téléphone pour qu’elle confiât son intérim et cinglât vers moi, toutes voiles dehors, ou me rejoignît à Paris dans notre nid douillet  du Quartier Latin ? Sa beauté hors normes et le doux venin de son regard insondable ne m’étaient guère médecines, assurément.

Fée Clochette

Aurait-il fallu que je fusse un mufle de la dernière espèce pour ne pas prendre dans mes bras la petite Fée Clochette, fille adorée d’un de mes clients de Toulon et qui n’en finissait pas de virevolter autour de moi, toute à ma dévotion, avant d’annoncer qu’elle me suivrait au bout du monde et accepterait le rôle peu enviable de femme de marin, au grand désarroi de ses parents … et du mien … Elle sacrifia à demie un don peu commun pour l’art de Terpsichore et commença à saccager ma vie, tout simplement en prenant tout mon temps, libre ou non, soit par sa présence, soit par ses appels téléphoniques pluriquotidiens et dont le moindre durait plus d’une heure… Ceci dit, elle était merveilleuse et même … un véritable fantasme !

condesa

Le commerce du poisson, si peu valorisé au Maroc est pourtant une activité aristocratique sous d’autres cieux. C’est à ce titre que j’ai rencontré, au cours d’une juerga gitana, une véritable comtesse à laquelle me lia une « affaire » brûlante. Elle me fut, comme toutes les femmes éprises, un guide aussi charmant que pédagogue, dans le dédale glauque du monde interlope de Madrid.  Elle faisait de fréquents séjours au Maroc pour retrouver « el brujito moro » dans des endroits improbables et merveilleux, ou elle lui donnait des leçons particulières en cette matière. Alors que nous explosions positivement de joie tous deux à chacune de nos retrouvailles, nous décidâmes d’un commun accord de cesser toute relation et nous promîmes de ne jamais essayer de nous revoir ! La raison ? – La raison, justement ! Nos vies ne pouvaient en aucune manière s’harmoniser ! Je n’ai jamais rencontré une femme avec une telle volonté et une telle emprise sur elle-même !…

duchesse

Et la splendide Duchesse qui régna si longtemps sur mon Ile de le Tortue, là où corsaires et pirates cachèrent si longtemps leurs trésors ! Elle m’apprit tant de choses, elle m’ensorcela véritablement et pour un long temps, elle, son charme, sa culture, sa finesse et  sa stature, avant que, lassée par mes agissements de gamin capricieux, elle armât sa caravelle et hissât sa grand-voile pour faire route vers des eaux plus calmes, emportant avec elle souvenirs et regrets aussi…

La corsaire

La chance de rencontrer l’héritière authentique des plus prestigieux conquistadors espagnols, en son palais de Barcelone me fut donnée et je l’ai saisie. Elle aussi me suivit. Cette femme « définitive » m’a donné tout ce qu’un homme normal peut espérer recevoir. Méditerranéenne dans l’âme, issue du mélange de toutes les cultures qui ont recuit dans ce creuset de fondeurs, elle s’accommoda en Atlantique tout comme ses ancêtres avaient dompté le Pacifique. Elle était belle comme un soleil et rayonnante pareillement. Elle renonça à son domaine pour moi et me suivit partout. Son incroyable dévouement et sa beauté rare en finirent avec ma raison et c’est constatant que je ne pouvais la faire mienne à tout jamais que je décidai d’entrer dans le rang et de renoncer à la course de cette nature !…

Dieu que je suis injuste là encore ! Est-il seulement décent d’évoquer cette période de ma vie sans parler de la fantasque brunette aux cils interminables que j’appelais  »Le Petit Chose », ou de cette merveille de la nature, la Slave magnifique et douce qui aimait que je l’appelle Dounia car ce mot signifie « monde » en arabe, et la petite Génoise toute timide qui me prouva son attachement sans limites à plus d’une reprise ? Mais … il suffit car je sais qu’aucune ne pense – et ne peut d’ailleurs penser, que j’aie pu ou que je puisse l’oublier jamais …  Femmes de Mer, belles et diverses …

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of ANNABEL LEE;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

Edgar Allan Poe, Annabel Lee

Mer verte

Dit-on « Adieu » à la mer alors que nous venons d’elle et qu’à elle nous retournerons, que nous le voulions ou non ?

Mieux est de poésie conclure, pour ce que la poésie dit mieux les choses :

 « Ô multiple et contraire ! Ô Mer plénière de l’alliance et de la mésentente! Toi la mesure et toi la démesure, toi la violence et toi la mansuétude ; la pureté dans l’impureté et dans l’obscénité – anarchique et légale, illicite et complice, démence !…et quelle et quelle, et quelle encore, imprévisible ? » St John Perse, Amers, Prologue

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