cartable

N’est-ce pas une bonne idée que de tenter de mesurer son progrès dans la vie en comparant l’état de ses connaissances au moment de l’arrivée dans la vie active, à celui atteint à l’heure de la dite mesure ? Et même si la curiosité intellectuelle a quelque peu diminué, l’on peut s’en amuser pour relativiser ses tares, voire les béances de son savoir, et se persuader d’être par la suite plus amène dans les jugements que l’on porte sur autrui.

Tout d’abord, je pense absolument nécessaire le rappel de deux définitions oubliées – à moins que jamais apprises, qui éclaireront le propos :

analphabétisme dans le monde

L’analphabétisme est le fait de ne savoir ni lire, ni écrire. Il est évident que ces deux facultés ne peuvent être devinées et doivent donc forcément être acquises. L’analphabète sait qu’il ne sait pas utiliser ces codes et leur substitue d’autres codes plus ou moins efficaces. La lutte contre l’analphabétisme figure toujours en bonne place dans tous les programmes de gouvernement, partout dans le monde.

Au Maroc, le budget le plus important va toujours à l’éducation nationale, et ce, sans discontinuer depuis l’indépendance. La modestie des résultats obtenus (voir la carte ci-dessus) traduit la difficulté de l’adaptation des méthodes et des contenus pédagogiques aux moyens et aux besoins.

taux d'illéttrisme

L’illettrisme, lui, désigne l’état d’une personne qui a bénéficié d’apprentissages, mais qui n’a pas acquis, ou a perdu, la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul. L’illettrisme est donc à distinguer de l’analphabétisme qui lui, résulte d’une absence d’apprentissage.

Au Maroc, pour autant que l’on puisse affirmer que le distinguo y soit fait entre analphabétisme et illettrisme, on peut trouver une statistique effarante qui prétend que l’illettrisme y était, en 2007, de plus de 38%. Mais ce chiffre est à considérer avec une grande circonspection. http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/newsbriefs/general/2007/04/20/newsbrief-04  

Cette calamité – qui est un véritable handicap pour tous les pays du monde et particulièrement pour ceux en voie de développement, produit d’insidieux effets comme le mandarinat des élites et l’inemployabilité des masses, sans parler de l’acculturation et de la perte de repères, lesquelles, à leur tour, font le lit de toutes les déraisons.

Le monde n’a et ne peut avoir de problème autre que provoqué par l’ignorance, l’analphabétisme et l’illettrisme. Tous les fléaux qui nuisent à l’humanité ont pour origine l’un de ces cavaliers de l’apocalypse. La modification des équilibres naturels, l’incapacité à se défendre contre les catastrophes naturelles, la guerre, la pollution, la surpopulation, la pandémisation des maladies, la promiscuité, la montée des égoïsmes et leur infamantes issues qui vont jusqu’à la perte du sens de la vie, tout cela provient bien desdits fléaux.

Hessel

Mais l’effet insidieux ici, c’est que les humains s’en accommodent, acceptant bien trop souvent l’inacceptable et le dégradant. Les philosophes les plus utiles et les plus clairvoyants de l’heure sont certainement ceux qui ont formulé et proposé un « devoir d’indignation » comme pour rappeler aux hommes qu’ils ont une intelligence et qu’il doivent s’en servir.

Mais bien sûr, le spectacle de la liberté débridée n’est guère plus réjouissant que celui de l’absence de liberté et là encore, pour que la vocifération imbécile n’appelle pas à étouffer l’expression, il faut que cette dernière soit nourrie de raison et émette des messages intelligibles, sinon intelligents et cela ne peut être obtenu que par un esprit sain et bien formé.

Bien des civilisations sont conscientes qu’elles sont à l’agonie et concentrent toutes leurs énergies à retarder l’issue fatale, au moyen d’une fuite en avant difficilement croyable. Cet « acharnement thérapeutique » est hélas préféré à la seule solution viable: la contribution à l’érection d’une civilisation planétaire, humaine, d’éducation et de morale. Dois-je une fois encore rappeler la phrase de Jules Michelet ? « Quelle est la première partie de la politique ? L’éducation. Et la seconde ? L’éducation. Et la troisième ? L’éducation. »

Je songe aussi à la merveilleuse remarque de Paul Valéry dans la « Première lettre » de « La Crise de l’Esprit », une réflexion sur l’horreur des guerres mondiales du XXème siècle, ou s’est illustrée ce que craignait plusieurs siècles auparavant certain Alcofribas Nasier, Alias François Rabelais :  »Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme. »

…«  Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sérieuses, adaptés à d’épouvantables desseins.

Tant d’horreurs n’auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualités morales. Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects ? »…

Malgré toutes mes gesticulations et mes beaux principes, malgré la rigueur souvent spartiate de ma moralité et ma haine de la compromission, je m’accuse souventefois de mollesse et de manque d’engagement. Je cherche alors en moi les failles de ma formation, ce qui m’empêche d’être plus actif, plus énergique, plus déterminé.

Dans cette recherche un peu puérile, je l’avoue, j’ai même été, très récemment, déterrer ce que je gardais à l’abri comme une relique précieuse dans la cave d’un musée : mon dernier cartable de lycée. En bon gros cuir véritable, qui coûtait à l’époque moins cher que le plastique et la toile… Je l’ai ouvert et y ai retrouvé avec émotion mes cahiers et mes livres de la classe de « philo »…

Quel fabuleux tremplin  pour mon imagination, ma mémoire et ma nostalgie ! … Là-dedans est une bonne partie de  l’explication de ce que je suis, de ce que je suis trop et de ce que je ne suis pas assez…

Je vous invite à ce très rapide « déballage »

livre de philo

La philosophie est la réflexion critique sur les problèmes de l’action et de la connaissance humaine; effort vers une synthèse totale de l’homme et du monde (CNRTL.fr).

En voici 3 définitions, dues à de grands philosophes, aussi justes que complémentaires :

–      C’est la philosophie qui nous apprend à connaître notre nature, et la pratique de ses leçons s’appelle la vertu (Pierre Leroux, 1797-1871).

–      La philosophie n’est pas seulement le retour de l’esprit à lui-même, la coïncidence de la conscience humaine avec le principe vivant d’où elle émane, une prise de contact avec l’effort créateur. Elle est l’approfondissement du devenir en général, l’évolutionnisme vrai, et par conséquent le vrai prolongement de la science, −pourvu qu’on entende par ce dernier mot un ensemble de vérités constatées et démontrées (Henri Bergson, 1859-1941).

–      La philosophie est une prise de position raisonnée par rapport à la totalité du réel. Le terme de «raisonné» oppose la philosophie aux prises de positions purement pratiques ou affectives ou encore aux croyances simplement admises sans élaboration réflexive : une pure morale, une foi (Jean Piaget, 1896-1980)

La philosophie est-elle pour autant utile à quelque chose ? Vaste débat ! Elle est en tout cas ; de par l’exigence de l’intelligence à mettre en œuvre pour sa pratique, elle est un luxe de l’esprit !

« Mais les fonctions sociales ne sont pas toutes utiles du point de vue de l’utilitaire. Nous pouvons survivre sans poésie, sans cinéma et sans musique. Nous pouvons survivre sans jeu et sans amour. Nous pouvons survivre sans philosophie. Mais survivre n’est pas vivre. La vie ne peut pas être rabattue sur l’utilitaire. On ne peut pas se définir simplement à partir de ses fonctions de base: manger, boire, dormir, gagner de l’argent et le dépenser! Si une vie se réduisait à ça, nous voyons qu’elle serait littéralement vide de sens. L’être humain ne peut pas être compris uniquement à partir de ses fonctions biologiques ou sociales. La vie humaine ne peut pas être réduite au seul commerce. Il y a donc des utilités non utilitaires: l’amour, l’art, le jeu et la philosophie en font partie. » Raymond-Robert Tremblay, professeur de philosophie à Montréal.

Moi, je l’avoue,  j’en eus le goût, jamais démenti depuis la délicieuse surprise de la meilleure note à la première dissertation, puisque j’en poursuivis l’étude dans mes études universitaires, avant de nuancer mon option et d’en suivre la déclinaison sociologique.

livre d'histoire

L’Histoire est l’étude des faits et évènements passés et leur ensemble. Elle sert à comprendre le présent… et particulièrement tous les groupes de savoirs couverts par les appellations génériques de  philosophie, politique et sociologie. De plus, comme d’ailleurs d’autres sciences humaines, l’Histoire peut répondre à toute question, si nous savons l’interroger. La rendre utile en la faisant contribuer au progrès de l’esprit est l’un des objectifs de l’enseignement depuis le siècle des Lumières. Tout savoir se doit d’être utile, voire utilitaire.

Comme toutes les autres sciences sociales, l’Histoire, comme le dit Julien Vincent, Historien, Enseignant Universitaire « ça sert d’abord à faire la guerre ; pas la guerre des armes sur le champ de bataille, mais la guerre économique, sanitaire, et idéologique. »

Quant à moi, je m’en suis repu puisque là encore, j’en ai poursuivi l’étude dans le cadre de mes études supérieures. Je n’en revins pas, alors, de me rassurer en constatant que cette discipline ne fût pas faite de litanies de chiffres, de dates et de noms, mais bien plus une approche holiste de la compréhension de notre monde.

livre de geo

La géographie est l’étude de notre planète, ses terres, ses caractéristiques, ses habitants, et ses phénomènes.

La géographie est un « pont entre les sciences humaines et physiques », selon le mot de la géographe Jacqueline Bonnamour. On la divise en  géographie physique et en géographie humaine mais si elle étudie la dérive des continents, l’orogenèse – étude de la formation des montagnes, les modifications des mers, des océans, des fleuves et des lacs, les changements climatiques et leur impact, la formation des vents, elle s’intéresse tout autant à la symbiose de ces réalités avec le vivant, la faune et la flore. Elle étudie les « traces » laissées par les groupements humains et leurs dynamiques. La géographie s’intéresse donc à la fois aux héritages physiques ou humains et aux dynamiques démographiques, socioéconomiques, culturelles, etc. présents dans les espaces. En fait, aucun champ n’échappe plus maintenant  à l’étude de la géographie. (inspiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie)

Comment résister au plaisir de partager ce petit paragraphe de la plus haut citée Jacqueline Bonnamour dans son merveilleux livre « Du bonheur d’être géographe » ENS-LSH Editions, 2002,) Sociétés, espaces, temps ?

« Le géographe est foncièrement un sensuel. La ville africaine est d’abord pour moi un complexe d’odeurs, de saveurs, de bruits que peu à peu j’ordonne. Et je ne fais là que revenir à mon intuition première, au refus du racisme, au souci de comprendre la différence en la mettant en place dans le système de l’humanité ? Les sens nous séparent ; c’est l’intelligence de nos sens qui peut nous réunir. »

Strabon, 64 A.C-25 P.C, Ibn Batouta, 1304-1377, Fernand Braudel, 1902-1985, Jean Le Coz, 1920-1991– qui fut mon prof à l’Institut de Sociologie, et Emmanuel Leroy Ladurie, né en 1929, se sont ligués pour me faire tomber amoureux de la géographie, au point que j’affirme aujourd’hui que contrairement à ce que l’on dit, et en accord avec Strabon, précedemment cité, la science des rois n’est pas l’histoire, mais la géographie !

Autres livres

On aura compris que mon intérêt était fortement dirigé vers les disciplines littéraires. Mis à part ces livres obligatoires, je trainais toujours, dans mon cartable 1 gros dictionnaire et deux fascicules qui lui donnaient cet air boursoufflé de cartable de clerc de notaire :

indispensables

Sinon, rien de bien original : Au fond de mon cartable, trainaient le compas cassé réglementaire et obligatoire dans tous les cartables du monde, quelques stylos hors d’usage pour une raison ou pour une autre, une cassette audio de Leny Escudéro ou  autre poète échevelé, à rendre à l’ami qui l’a prêtée, les deux ou trois livres de bibliothèque empruntés au Centre Culturel Français, notre nourrice spirituelle, quelques biscuits secs et le sacrosaint petit-carnet ou je consignais mes impressions, mes pensers follets et mes fulgurances poétiques.

Et voilà, c’est donc puissamment armé de ces quelques vieilleries, de quelques feuilles de papier et de quelques notions approximatives que je partis à la conquête du monde, à l’ascension de l’Everest, à la recherche du Saint Graal, à la visite de vingt mille lieux sous les mers et les océans et à la rencontre des hommes…

 mo’

Publicités