Désert

Les exhortations raciales, ethniques, religieuses, patriotiques ou politiques qui font florès aux quatre coins de la planète et appellent à l’exclusion sous couvert de citoyenneté, sont-elles en réalité des preuves de la « montée des égoïsmes » ?

Les humains commencent certes à se presser les uns contre les autres car de plus en plus nombreux. Mais plus un seul d’entre eux n’accepte de se taire et subir comme avant les dictats des puissants, des « voix autorisées » et autres dispositions qu’ils considèrent comme une confiscation plus ou moins importante de leur liberté, au prétexte de la régulation du pouvoir dans la société.

La cause principale de cette révolte est en réalité la peur de toutes les incertitudes qui résultent des changements profonds qui sont en train de refondre notre société et qui dérangent souvent l’aspiration irréfragable de tous les êtres humains : celle de choisir la forme de bonheur et de vie qu’ils souhaitent pour eux-mêmes.

Ces incertitudes sont principalement au nombre de trois :

  1. La complexification d’un monde et d’une société qu’on ne peut plus penser selon les références d’hier,
  2. L’environnement économique dépressif
  3. L’impuissance de tous les discours politiques traditionnels.

La seule réaction individuelle spontanée est un repli sur soi, pratiquement impossible, ou la changement de la société des hommes, processus long, difficile et utopique.

Mille ouvrages très sérieux traitent de la chose actuellement, avec des bonheurs différents, et beaucoup parmi ces ouvrages dénoncent cette culture de l’égoïsme, en y voyant souvent l’effet pervers d’un système politique ou socio-économique dépassé.

J’ai bien aimé un travail   mené dans le cadre de l’INSA de Lyon, dû à Alexis DURAIS et intitulé  « Pourquoi la société moderne devient-elle plus individualiste ? ». En voici le sommaire :

Introduction
I. Constat de la croissance de l’individualisme
 
a) Culture de la réussite individuelle
  • L’école comme ascenseur social
  • Le dogme de la performance
b) Le bouleversement des modèles anciens
  • Le modèle familiale
  • La solitude de l’individu
 c) Les démocraties modernes en crises
  • Le désengagement de l’individu dans la vie publique
  • L’Etat Providence
 II. Explication de cette évolution
 
a) Le statut de l’individu  
 
b) Les transformations sociales au service de l’individu
 
c) Capitalisme et société libérale
  • Libéralisme et libertés individuelles
  • Capitalisme et systèmes concurrentiels
Conclusion

On peut le lire en suivant ce lien : http://sociologos.insa-lyon.fr/files/rte/file/SOCIOLOGOS/RESSOURCES/MANAGEMENT/PPH-individualisme.pdf   

A l’échelle individuelle justement, à qui se plaindre lorsqu’on a été obligé d’en venir aux mains pour empêcher un jeune con d’entrer dans l’ascenseur avec une cigarette au bec, que le vigile vient de vous informer que le véhicule de votre invité vient d’être salement embouti par un chauffard nocturne, que le crétin du rez-de-chaussée se permet de procéder à des travaux de démolition sans aucun respect des horaires et de la bienséance, que vous venez de compter que sur un trajet d’environ 3 kilomètres, 8 véhicules ont brûlé un feu-rouge, que vous êtes sorti de chez vous après avoir éteint la télévision ou vous avez suivi le drame de Boston, ville policée et civilisée s’il en est, tout cela sans même parler des calamités naturelles et des accidents industriels, le tout poché sur fond de crise de civilisation et d’impression que le monde entier fonce à tombeau ouvert vers un précipice ?

  • Qui donc accuser ? A qui en vouloir, à qui se plaindre ?
  • Bien évidemment à soi, et seulement à soi-même !

Ou l’on vieillit, ou l’on n’a pas compris les changements, ou l’on ne les a pas intégrés en tout cas, ou alors on vit en ours, on devient tout et n’importe quoi, de la matière à faits divers, mais on cesse surtout d’être « un animal politique » comme disait le sage Aristote.

  •       Que faire alors ?
  •      A chacun sa méthode !

Les uns sombreront dans la violence, d’autres dans l’une ou l’autre de toutes les formes d’exil, la folie, la misanthropie, le bannissement, la solitude, et d’autres enfin dans la tentation du suicide, même.

Seul le sage fera l’effort de l’adaptation, de l’acquisition des nouvelles donnes, de l’intégration des mises à jour, de l’actualisation de son système de pensée et au contraire de son implication plus grande dans la société des hommes. L’agression ressentie doit être reçue calmement et patiemment analysée.

Un éloignement temporaire de l’environnement habituel est alors souhaitable, car l’une des meilleures façons pour effacer son ardoise, c’est de se sortir de cet environnement un temps. La méthode est utilisée depuis des millénaires de façon empirique : c’est la retraite.

C’est à une retraite que je vous convie donc cette semaine en souhaitant toutefois qu’elle ne sera perturbée par aucune malveillance… Mais ou ?

« Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence. »

St Exupéry 

                                                                              Terre des Hommes

On entre

Il n’y a que le désert qui guérisse le désespoir: on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve. 

Ahmadou Kourouma 

irréelle beauté

« Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part. » 

Antoine de Saint-Exupéry

Le petit prince

menace d'orage

 » Dans le désert on vit au rythme du cosmos. On ne triche pas, on obéit. Le puits est ici et non pas là, et le suivant à 650km plus loin, pas un de moins. C’est à prendre ou à laisser, mon jeune ami. Si cela ne vous plaît, n’y allez pas, restez chez vous à regarder la télé. Mais si vous entrez au désert, jouez le jeu. C’est la patience, l’humilité, la soumission au réel. Bénéfiques exercices pour un orgueilleux primate trop tenté de se prendre pour le roi de la création. »

Théodore Monod

le miracle de l'eau

« A vivre dans le désert, on apprend à recevoir du même cœur le dénuement et la profusion. L’éternité du monde est fugitive, la fleur d’un seul jour justifie à certains instants toute l’histoire des hommes. »

Albert Camus

Fabergé

« Les secrets du désert, si tu les connaissais, tu serais de mon avis; mais tu les ignores, et l’ignorance engendre le mal. Si tu t’étais une fois éveillé au milieu du Sahara, si tu avais effleuré de tes pieds ce tapis de sable parsemé de fleurs semblables à des perles, tu aurais apprécié notre végétation, l’étrange variété de ses couleurs, sa grâce et son parfum; tu aurais respiré cette brise parfumée qui nous fait vivre deux fois, car ce souffle-là ne passe pas sur les villes impures. »

Abd el-Kader,

Les Chevaux du Sahara

Fleurs du désert

« Si tu chantes la beauté, même dans la solitude du désert, tu trouveras une oreille attentive »

Khalil Gibran 

fleur du désert

« J’espère en un nouvel homme, je ne dis pas un homme du futur. « Nouvel homme » implique pour moi une renaissance, un être affranchi de beaucoup d’inutilités. Nous compliquons trop nos existences. Mon père disait : « Nous sommes possédés par nos possessions ». Le désert nous apprend à nous soustraire des futilités et des inutilités »… 

Théodore Monod

le vent sculpteur

« On risque de pleurer un peu si l’on s’est laissé apprivoiser… »

St-Exupéry

Le petit prince

le fennec

« J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence. »

A. de St Exupéry

Le petit prince

cactopole

« Et te voilà en marche
Vers ta contrée lointaine
Qu’au-delà des sables bénissent les eaux,
Gravissant l’étendue d’un puits à l’autre puits,
Comme les marches d’un escalier,
Pris, puisqu’il est une danse à danser
Et un ennemi à vaincre,
Dans le cérémonial du désert.
Et en même temps que des muscles,
Je te bâtis une âme. »

St-Exupéry

Citadelle

Marabout

« Atteint de désert 

L’homme qui, du désert connaît le secret, ne peut vieillir.
La mort viendra, tournera autour de la dune puis repartira.
Le jour sera sévère, mais la nuit,
ne troublera point le regard profond de ce
visage qui bâtit des demeures pour la patience.
De ses mains il tiendra la vie en saison haute,
inaccessible au malheur.

L’homme qui, du désert ne saccage point la légende,
ne peut subir l’outrage.
Il sera dépositaire d’une mémoire obscure
tissée d’énigmes et de beauté.
Héritier du livre laissé par la nuit.
Les vents le maintiendront humble et fier
debout hors de toute défaite.

L’homme qui du désert sera le témoin,
maître d’un dessein délivré de la souffrance,
habitera une maison où la faim n’entre plus.
Il sera peut-être sans haine, éternel dans le courage,
enfant traversant le siècle avec un cerveau d’étoiles
dormant dans l’orgueil des ronces, sur
la ligne blanche, gardienne du ciel.

L’homme qui, du désert sera le récit,
livre de la passion et du pardon,
cœur ouvert, grand comme le pays et le temps,
cet homme ira comme un cheval libre hors l’aride
et impénétrable.
Il mêlera les mots du sable pour ouvrir les portes
des villes souterraines et
des nuits imprenables.
La liberté aura son visage, sa voix et sa folie. »

Tahar Ben Jelloun

Le désert

« L’homme ne s’incline que lorsqu’il rencontre ce qui le surpasse…et c’est bien ce qui lui arrive dans le Sahara. »

Ari Vatanen

Et qui dira la vivifiante arénothérapie d’un séjour dans le désert, cette immensité qui offre en de rares oasis des espaces de vie élémentaires dont Achille Tournier, 1802-1885, écrivain et conférencier français a dit peut-être la parole la plus sage :  

« Dans une oasis, on n’a rien, mais on ne manque de rien. »

mo’

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