vivre longtemps en pleine formemathusalem

Vivre 100 ans ? Mais ce n’est rien, voyons ! Mathusalem, fils d’Enoch, un des 3 Patriarches d’Israël et petit-fils de Caïn le frère d’Abel et le fils aîné d’Adam et Eve, a vécu, lui, 969 ans selon la Bible. Son nom est devenu synonyme de longévité avant d’être emprunté par la botanique pour désigner le plus vieil arbre du monde, un pin Bristlecone de Californie et par tous les vendeurs de boissons fermentées qui, aux dires de leurs fabricants, s’amélioreraient avec l’âge : whisky, vodka, bourbon, champagne …

Ruth aux pieds de Booz

Dans la Légende des Siècles, Victor Hugo a écrit un poème intitulé Booz endormi – certains disent pour anoblir son penchant personnel, à un âge respectable, pour les jeunes personnes.

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/booz_endormi.html

Il y fait l’éloge habile du vieillard en ces termes :   

…Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière…

Ces mots magnifiques pour justifier que Ruth, une jeune moabite se retrouva allongée au pied du patriarche dont « le chiffre des ans a dépassé quatre-vingt », avec la céleste mission de lui assurer une descendance généreuse et flamboyante.

Peng Zu

Peng Zu – Ancêtre Peng, est une figure légendaire symbolisant la longue vie en Chine. Il aurait vécu plus de 800 ans sous la dynastie Yin, sachant qu’alors, en Chine un an comptait 60 jours. Cela fait tout de même quelques 130 printemps !  Une belle légende dit qu’il avait été « oublié » dans la liste des morts par le ciel. Il est considéré comme un saint dans le taoïsme et sa doctrine de la recherche de  l’éternité a fortement attiré les adeptes de cette philosophie-religion.

Ce qui est intéressant est que lui au moins donna la recette pour atteindre un âge canonique en bonne santé : une alimentation très saine et une thérapie du sexe ! Ce fringant patriarche eut 49 épouses et 54 enfants. Tant les femmes que les enfants moururent tous de son vivant. Il conçut le dernier enfant alors qu’il était âgé de 800 ans, soit en « années occidentales » 130 ans, donc !

Pour celles et ceux qui veulent tomber des nues et apprendre pourquoi l’approche de l’art d’aimer ailleurs dans le monde est nulle et comment la « petite mort » peut devenir « la grande vie », voici un article clair, intelligent et très intéressant :

http://www.lemondedesreligions.fr/dossiers/sexe-religion/la-jouissance-taoiste-un-art-de-la-longevite-01-07-2009-1879_181.php

retraite

Le cours naturel de la vie est de naître, puis grandir, puis vieillir, puis mourir. L’espérance de vie, c’est la durée probable de cette vie. Dans les pays industrialisés, elle est en constante augmentation. Mais les humains y sont très rares à traverser la vieillesse en bonne santé. L’organisation de la société en « agrégat inconstitué d’égoïsmes désunis » a dicté la création de lieux d’isolement pour les personnes âgées, ruineux au plan économique mais donnant bonne conscience, ou les pensionnaires vont finir leurs jours, dans un semi-oubli et souvent une grande misère affective et même si je sais qu’il est un peu facile de juger ces choses-là hors contexte, ma culture en est tellement éloignée qu’elles me choquent.

Les dents du diable

Chez les Inuits, c’est la personne âgée qui choisit la date de sa mort. Elle exprime son désir de « partir » lorsqu’elle sent qu’elle devient une charge pour les autres et les conditions de vie sont tellement difficiles qu’elle décide de soulager le tracas des siens en « partant ». Dans le film ci-dessus, un des films-culte du début des sixties, l’aïeule demande un jour qu’on la conduise « là-bas ». Une fois bien éloignée de l’igloo familiale, elle s’installe face au désert blanc et demande qu’on la laisse. L’accompagnateur s’en va alors, la laissant là, attendant tranquillement la mort par le froid polaire qui l’engourdira peu à peu pour toujours, le regard perdu dans l’immensité glacée.

Funakoshi

Regagnons les lieux de haute civilisation.

Au Sud de l’Archipel du Japon, se trouve l’île d’Okinawa. Les habitants de cette île vivent exceptionnellement vieux et montrent donc comment parvenir à vieillir en bonne santé.

Depuis 1976, des chercheurs américains et japonais étudient les facteurs qui rendent la population de cette île, plus tonique et plus résistante que le reste de l’humanité. Nulle part ailleurs en effet on ne trouve autant de centenaires. Près de 600 des 1,3 millions d’habitants que compte Okinawa sont en vie depuis déjà plus d’un siècle. Proportionnellement, ils sont donc six fois plus nombreux qu’aux États-Unis, par exemple. Nombre d’entre eux sont encore très alertes et paraissent plus jeunes qu’ils ne sont en réalité. Les cas d’infarctus et de cancers du sein, de l’utérus et de la prostate enregistrés dans cette population ne représentent que le quart de ceux des autres pays industrialisés.

centenaire okinawaïenne

« Les chercheurs commencent à comprendre pourquoi. Respectant des traditions séculaires, les habitants d’Okinawa, les plus vieux notamment, vivent selon des principes reconnus aujourd’hui comme les meilleures recettes contre la sénilité et la confusion mentale, aussi bien par les chercheurs en médecine cellulaire que par les gérontologues, les généticiens et les psychologues, à savoir qu’ils se maintiennent en forme physique et mentale par un exercice régulier.

Taï Shi

Les habitants d’Okinawa sont passionnés de jardinage, aiment la marche à pied et pratiquent depuis l’enfance une danse religieuse qui s’apparente au Tai-Chi. Ils ont en outre une alimentation exemplaire, pauvre en graisse et en sel, riche en fruits et légumes dont la haute teneur en fibres et anti-oxydants protège du cancer, des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Et surtout, la plupart d’entre eux mettent en pratique une ancienne sagesse japonaise appelée « hara hachi bu ». Au lieu de manger à leur faim à chaque repas, les habitants d’Okinawa ne satisfont leur appétit qu’à 80 % environ. De la sorte, ils ne consomment pas plus de 1 800 calories par jour – soit environ le quart de la consommation moyenne d’un Allemand, par exemple. De fait, une stricte réduction calorique est à ce jour l’une des meilleures recettes pour vivre vieux. Des rongeurs à qui l’on ne donne que 60 à 75 % de la dose normale de nourriture voient ainsi leur espérance de vie augmenter de 30 à 50%. »

http://www.arte.tv/fr/l-le-des-centenaires/2367222,CmC=2383798.html

Pour ceux qui voudraient vivre en pleine forme jusqu’à 100 ans, voici le site ou sont dévoilés les secrets du régime d’Okinawa :

http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/Regimes/Fiche.aspx?doc=okinawa_regime

Nelson Mandela

En Afrique, « vivre vieux s’apprécie donc comme un don des dieux. On dit aussi qu’un vieillard doit sa longévité au fait qu’il a vécu conformément à la loi des ancêtres. Est-ce la raison pour laquelle les hommes et les femmes aiment se vieillir quand on les interroge sur leur âge ?

En effet, les vieillards africains occupent une place éminente dans la société où avancer en âge équivaut à gagner en dignité.

Les expressions par lesquelles on désigne le vieillard en Afrique noire s’avèrent significatives. On dit : « Le Vieux » ou « La Vieille » — termes jamais péjoratifs, bien au contraire ; « Homme très ancien » ou « Femme très ancienne » : « La Grande Personne » : « Celui (ou celle) qui sait ». « Celui ou celle, qui a la vision » : « Les Cheveux blancs » : ou tout simplement « Le Père ». « La Mère » car le vieillard devient le père ou la mère de tous ceux qui habitent la concession ou le quartier. Autant d’expressions qui trahissent le respect, cela va sans dire. Mieux, par un processus d’idéalisation les infirmités se muent en qualités. Le vieillard se trouve-t-il immobilisé ? On évoque de suite sa force passée, comme chez les Serer : « Père de Ilangel, à toi vont mes éloges. Tu as fait des prouesses aux champs. A quoi sert le corps ? C’est le sens de l’honneur qui fait l’Homme. » Courbe-t-il l’échine sous le poids des ans ? – Il est alors « le petit homme ancien » ou « la petite femme ancienne », le rapetissement évoquant la métamorphose, le procès de spiritualisation…, le summum de l’Être. Marche-t-il lentement ? C’est qu’il connaît le poids des choses. Comme le dit un proverbe…: « La monture du jeune homme est rapide. Mais il ne connaît pas le sentier. Celle de l’ancien est lente. Mais c’est elle qui a tracé le sentier. » Est-il sourd ou aveugle ? « C’est que devenu esprit, il est avec la pensée ». « II n’entend plus très bien — sa tête blanchit — comme le champ de foin : le temps de la moisson est proche. Il commence à voir le parc de Lakira – l’au-delà. Il commence à entendre les voix du Village -des ancêtres-  voilà pourquoi il ne nous entend pas clairement. » Enfin en vient-il à divaguer ? C’est que déjà près des dieux il parle un langage que nous ne pouvons pas comprendre. Il saisit même ce que disent les fous ou certains animaux. En tout cas « gâteux » n’existerait pas, paraît-il, dans les parlers africains.

A société prévenante, vieillard utile.

Le langage nous a révélé ceci. La société africaine, parce que plus riche en signes et en symboles qu’en techniques et en outils, ne s’attache pas à la rentabilité et à l’efficacité, donc ne surévalue pas le jeune qui produit et consomme. Au contraire, elle codifie avec minutie et constance le processus du vieillissement et octroie au vieillard une place dans la vie quotidienne. Ce qui explique peut-être pourquoi les détériorations séniles semblent moins fréquentes qu’en Europe.

Le vieillard, tout d’abord, n’est pas exclu du circuit de la production. Sans doute lui évite-t-on les travaux pénibles de la culture, de la pêche ou de la chasse. Mais en revanche, il sait se rendre utile et on lui confie volontiers des  tâches comme la vannerie, le tissage, le cordage, la poterie, la teinture, la surveillance de la cuisson. C’est encore au vieillard que revient très souvent la pratique de la pharmacopée car il a pris le temps de connaître le secret des plantes et d’apprécier leurs vertus curatives ; quant aux vieilles matrones, elles supervisent avec autorité tout ce qui concerne la fécondité et l’accouchement. »

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1983_num_37_1_1553

Daudet

Au plan affectif, peut-on parler de vieillesse sans évoquer Alphonse Daudet et ses Lettres de mon moulin ? Vous vous rappelez sûrement ce délicieux texte intitulé « Les vieux »… Vous pouvez en lire l’intégralité –  15 pages, à l’adresse suivante :

http://www.kufs.ac.jp/French/i_miyaza/publique/litterature/DAUDET__Les_Vieux.pdf

Daudet raconte qu’à la demande de son ami Maurice, il  rend visite aux grands-parents de celui-ci, deux vieillards très touchants… En voici quelques lignes :

« … Et, tout le temps que je parlais, c’étaient entre eux des hochements de tête, de petits rires fins, des clignements d’yeux, des airs entendus, ou bien encore le vieux qui se rapprochait pour me dire :

— Parlez plus fort… Elle a l’oreille un peu dure.

Et elle de son côté :

— Un peu plus haut, je vous prie !… Il n’entend pas très bien…

Alors j’élevais la voix ; et tous deux me remerciaient d’un sourire ; et dans ces sourires fanés qui se penchaient vers moi, cherchant jusqu’au fond de mes yeux l’image de leur Maurice, moi, j’étais tout ému de la retrouver cette image, vague, voilée, presque insaisissable, comme si je voyais mon ami me sourire, très loin, dans un brouillard. »

horloge

J’adhère sans réserve à toutes les sagesses et essaie – souvent seul contre tous et passant pour un atrabilaire, un misanthrope et en tout cas un original, de ne pas tomber dans le piège infernal de cette  civilisation qui réduit l’être humain à une panse molle et le corps à la partie encombrante de cet être. Je mange le plus sainement que me le permet un environnement franchement hostile, et je pratique au quotidien deux sports qui me permettent de me servir à peu près correctement pour l’instant de ma tête et de mes membres. Pas vieille cocotte pour un sou et n’envisageant nullement de lutter contre mon âge, j’essaie simplement de le vivre le plus paisiblement possible.

Me demandant à moi-même – et par jeu, de choisir un modèle pour déterminer la forme de mon ascension vers le siècle,  j’ai recherché un personnage qui a vécu débarrassé de la maladie, de l’isolement, de l’abandon des siens et qui compensa la perte du temps par cette arme que je chéris entre toutes, l’humour.

Je crois l’avoir trouvé !

Fontelle

L’écrivain français Bernard Le Bouyer de Fontenelle, né le 11 février 1657 est mort le 9 janvier 1757. II a conservé la justesse et la finesse de son esprit jusqu’au jour de sa mort, tout près de fêter ses cent ans.

Qu’on en juge :

Le matin même de sa mort, à 99 ans et onze mois, donc, son médecin lui demanda quel mal il ressentait. Il lui répondit :

– Aucun, si ce n’est celui d’exister. Je sens une grande difficulté d’être !

La veille, un de ses proches lui avait rendu visite  et lui avait demandé très simplement :

–      Comment ça va ?

–      Oh… ça ne va pas, répondit Fontenelle, ça s’en va…

Sur un chapitre moins tragique, à un âge très avancé, dans sa neuvième décennie, il courtisait une jeune et jolie dame. Il confessa alors publiquement ce regret :

–      Ah ! si je n’avais que quatre-vingts ans !

Mais si j’en parle, ce n’est pas pour alimenter la rubrique culturelle de l’écho de ma savane ! C’est pour rapporter qu’à 90 ans, toujours vert comme on dit pour qualifier un homme qui méconnait l’andropause, Fontenelle était en train de lutiner – taquiner de manière érotique,  une jeune servante dans un couloir. Celle-ci protesta :

– Arrêtez-vous  Monsieur. Sinon, je crie !

Et le vieux coquin de lui répondre :

– Oh oui ! Oh oui, criez ! Cela nous fera honneur à tous les deux.

Et voilà, quant à moi, résolument okinawaïen au plan de la discipline et franchement fontenellien au plan de l’humour, je me fiche comme de ‘’trois cumins’’ – comme disent les Espagnols, du nombre d’années que je vais vivre, dans la mesure où je partirais avec le sentiment d’avoir accompli l’essentiel de ma tâche. Et de plus, mes diverses boussoles m’enseignent que je suis absolument incompétent en matière d’Heure !

Mais je suis par contre assez sage pour me rappeler que les notions de quantité et de qualité sont distinctes et mes trois sous de culture m’ont appris qu’il a suffi à Alexandre le Grand de 14 années pour dominer le monde, de 19 ans à Jeanne d’Arc – d’Arc étant son nom de famille, pour infléchir le cours de l’Histoire de France, de 20 années à Raymond Radiguet pour écrire « Le diable au corps » et « Le Bal du comte d’Orgel », deux œuvres importantes de la littérature françaises du 20ème siècle, de 21 années à Evariste Galois dont le mémoire au Lycée Louis le Grand est considéré comme le déclencheur du point de vue structural et méthodologique des mathématiques modernes, de 24 ans à Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont pour laisser une très courte œuvre considérée pourtant comme parmi les plus fascinantes du XIXe siècle, de 26 ans à Aaron Swartz, hacker de génie pour révolutionner l’usage du WEB en créant le premier site de partage, de 28 années à Jean-Michel Basquiat pour devenir le peintre le plus « cher du monde », de 34 ans à Charlie Parker pour devenir l’un des plus grands jazzmen de tous les temps, de 35 ans à Mozart pour être Mozart et d’un âge à peu près équivalent à Jésus Christ pour créer le Christianisme

C’est assez, je pense, pour convaincre que peu importe le nombre des années et que tous les efforts doivent être portés pour vivre sa vie –quelle qu’en soit la durée, dans de bonnes conditions. Non, je ne fais preuve d’aucune originalité et ne fais que reprendre la prière de ma douce maman que j’ai entendue cent fois dire :

–      Dieu, lorsque tu me voudras, sache que je suis prête, mais je t’implore de ne pas me laisser souffrir et je t’implore d’empêcher que je fasse souffrir qui que ce soit…

Et Dieu écouta sa prière …

mo’

   

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