The Blues + grand

Youyou HE

L’auteur de l’article

… La nuit aurait dû être rose mais tricheur au jeu, le gris l’emporte … Le Blues au corps, orgueil du grand perdant, je n’ai plus qu’à  déguster,  comme ironisait un clown blanc,  la « présence de l’absence du personnage » …

Refusant de m’impatienter et de céder au rythme saccadé d’une respiration nerveuse et envahissante ,trahissant la lâche envie de nier l’évidence,  je vais d’instinct  consulter mes vieux sages qui, morts pour la plupart, ont tous démonté les carcans de leurs noires pensées, creusant au fond de leur âme pour dompter d’un souffle , d’un râle, ce cafard en faisant gémir et pleurer le timbre d’une voix, les dents inharmonieuses d’un vieil harmonica ou le cuivre d’un saxophone,   tous prodigieux prolongements  d’eux-mêmes …

J’ai d’abord  trouvé refuge contre la poitrine  généreuse d’une mère, qui bien que  dépouillée de toute autre richesse, avait gardé inviolé son coffre dont la puissance ébranle toute tentative d’intrusion dès qu’elle laisse chanter sa voix.  Ecoutez-la vous confier son mal au cœur…

Sensible au chagrin du jeune « blue », Big Mama, qui en avait connu  quelques-uns au rayon  « galères », me sommait de rester digne ,  et d’ écouter la parole d’un autre homme, dont la pudeur faisait que ses vrais sentiments , lui, il les canalisait à travers son instrument, qui en disait bien plus que sa puissante voix …Une respiration calme et profonde ,  presque mélodique, précédait chaque phrasé  qui, une fois lâché, attisait la même flamme , sans perdre son temps dans la recherche du brio… Il « disait » simplement … et pour être sûr que je le saisissais, il répétait  délicatement ce même phrasé, ci en ajoutant une nuance , là une puissance ou une profondeur.

Déconcerté, je me suis dès lors (pro)mis à l’harmonica, une arme face aux ennemis  et un ami face à ma solitude : Je m’étais fixé  pour but de le soumettre à l’expression de phrases justes, simples, agréables et sensées ainsi à ce qu’il exprime le souffle de ma voix, moi qui chante faux, sans casser les oreilles de Jandro, mon pote le gitan que j’aime comme un frère, guitariste inspiré et sagement résolu au mutisme de la voix, ayant trouvé la sienne dans le cante flamenco, voire jondo.

L’enfant de cœur  jurant qu’on ne l’y reprendrait plus, se réfugia dans les pleurs, affrontant désormais  les serveuses de  bars et se mit à commander au zinc  des biberons de lait, persuadé qu’il parviendrait à le faire prendre pour du « bourbon » et que sa naissante moustache baignant dans le lait  était, quoi qu’on en disait, un  signe de virilité…

Plus tard, un vieux new yorkais fit son entrée dans le cénacle, lui parlait et sa guitare, elle, chantait ; ce vieux gentleman rendait hommage à sa petite copine Lucille qui l’avait sorti des champs, et moi, le public, je ne me sentais plus de l’honneur qu’il me faisait en me permettant d’être le témoin de ce grand amour et de ce respect mutuel, comme pour me prouver que l’amour, l’amour vrai, simple et constructif existait bien…

Envouté par ses notes délicieuses, je ne pouvais cesser d’entendre à chaque fois que le King prononçait Lucille, un rapprochement avec  la première dame d’Afrique, Lucie, notre ancêtre à tous.  D’autant plus que plus tard  BB KING confia : « Être un bluesman, c’est être deux fois noir ».

Moi qui suis africain mais pas noir, avais-je le droit d’être au moins une fois et demi noir ? Je ne sais pas, mais ce que je sais par contre, c’est que de mes nombreuses visites en Afrique, je me suis grandi, réconforté, ému , car j’ai retrouvé les sons familiers qui me plaisaient tant, notamment dans la richesse de ce  chant de Boubacar Traoré , grand Monsieur  du Blues malien, qui  chante ici la mort d’une femme … C’est beau, simple et déconcertant… Pour la petite histoire, sa douleur le force à sortir de scène plus tard et à mettre en suspens sa vie de griot au profit de son ancienne vie de paysan.

Avant d’aller dormir , quelques mots de Bluesmen …

Le Blues, c’est la musique de l’âme, de larme, de l’arme, de lame… (Mike Lecuyer

Le Blues, c’est la réalité de la vie exprimée par les mots et la chanson, l’inspiration, les sentiments et l’entendement. Vous pouvez avoir le Blues un jour parce que votre femme est partie comme vous pouvez avoir le Blues le lendemain parce qu’elle est revenue… (Willie Dixon)

Le Blues, c’est quelqu’un qui raconte sa vie, son histoire, qui dit : tu m’écoutes, tu m’écoutes pas, c’est pareil… (Michel Jonasz)

Pour ceux qui seront restés jusqu’ici , je vous laisse entre les mains  d’un ami , quelque peu mélcancolique qui pour planter le décor a  confectionné sa première guitare avec une boîte de cigare et du grillage à poule pour les cordes…

Je reviendrai si le public le veut, mais si mes mots paraissent trop mélancoliques pour ces lundis de gens plus que distingués et sérieux, alors … so long …

Youyou

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