les chants ... 4

Que sont devenus de nos jours le Fado, le Blues et le Flamenco ? Ils ont beaucoup changé bien sûr. Ils ont même probablement changé de sens. De chants du manque, ils sont devenus des genres musicaux à part entière, codifiés, décrits et enseignés. Ils ont quitté le statut d’expression populaire du manque de ‘’quelque chose’’  pour se hisser au niveau du bien immatériel … échappant à leurs peuples d’origine et ouverts à l’humanité entière… Les ethnies, les civilisations, les hommes se rient des frontières en la matière…

La splendide Fado a généré de splendides repousses en traversant les mers dans le sens opposé à celui qui l’avait créé…

Il est retourné en Afrique et a donné, au Cap Vert par exemple  …

Sodade

Cesaria Evora

Il a fait la traverse de l’Atlantique vers l’Amérique et a participé à la naissance de la bossa nova au Brésil … Est-ce un hasard si le morceau considéré comme l’acte de naissance de la bossa nova s’intitule … ’’Ras le bol de saudade’’

Chega de saudade

Antonio Carlos Tom Jobim

Au Portugal également, la règle se détend et les audaces se multiplient, parallèlement au Fado pur et dur, se développent de nouvelles expressions, infiniment plus douce et moins revendicatrices, moins ’’expressions de douleur’’

Nem as paredes confesso

Antonio Zambujo

Quant au Blues, il n’a guère été plus épargné, mais lui a eu une descendance bien plus prolifique. Certes, la forme ancienne continue d’être célébrée dans d’innombrables ’’cathédrales’’ qui lui sont dédiées. Mais les manques pleurés hier, la liberté, la nostalgie, la justice et la paix ayant été comblés, du moins sous leurs formes les plus voyantes, le Blues a muté et s’est décliné sous une infinie variété de genres, allant du Blues-rock au Rock, au R&B en passant par le Metal etc, autant dire l’écrasante majorité des musiques américaines actuelles :

Maybe

Janis Joplin

 

Blues before sunrise

John Lee Hooker

Sweet sixteen

BB King

 

I got the same old blues

Eric Clapton

A whiter shade of pale

Joe Cocker

A Memphis, capitale mondiale du Blues, une petite fille chante. C’est beau, c’est frais et ça fleure bon l’Afrique …

Workin’ woman Blues

Valerie June 

Et voici le feu d’artifice final du Blues américain, s’achevant sur un tambourin, quelque part en Afrique, sa terre d’origine …

Blues of people 

Alors, mort le Blues américain ? Certainement pas, il estime probablement qu’il n’a guère obtenu pleine satisfaction de ses demandes encore, alors, retourné sur sa terre natale, il va continuer longtemps encore à crier, avec  plus ou moins de hargne, les manques des hommes …

Derrière lui, sur cette terre du Nouveau Monde où il acquit la célébrité internationale, il laisse donc de nombreux enfants, légitimes ou naturels, colorés, multiformes qui ont tous conscience d’avoir à rappeler à l’homme que le rythme c’est la vie. Voici une immense leçon de musicologie …  :

FOLI

Thomas Roebers & Floris Leeuwenberg

Revenu en Afrique, le Blues a perdu dans la traversée sa dimension systématiquement tragique pour redevenir un chant d’espoir …

Soumah Felenko Yéfé

Momo Wandel

Un autre travail de recherche : Celui de cette éthiopienne installée aux USA et que l’on compare souvent à Aretha Franklin

 

 Y’shebellu

Aster Aweke

Une transition idéale pour ‘’jumper’’ vers le troisième « chant du manque » exposé ici-même, la semaine passée : le Flamenco…

 

Umri Ma Bansa

Abdel Gadir Salim

 

Nous revoilà plongés dans cet incroyable melting pot qu’est le Flamenco… pour essayer de savoir où il va…

Va-t-il continuer longtemps à rechercher son identité ?

Buleria con Ricardo

Anoushka Shankar et Ricardo Mino

Et si oui, laquelle de ses identités ?

Arabian flamenco

Tomatito et Cheikh Al Tuni

Devra-t-il se contenter de devenir matière à étude, confiné dans certaines Facultés et les cabarets folkloriques ?

Concierto de Antonio Reyes

Sergio Monroy

Le Flamenco a le succès que l’on sait, jamais démenti depuis sa résurrection dans la première moitié du XXème siècle car il a une fantastique assise civilisationnelle. Comme l’a dit très justement la journaliste  Sophie Galland

: « Il renferme … les trois mémoires de l’Andalousie, mêlées de façon inextricable : la musulmane, savante et raffinée ; la juive, pathétique et tendre ; la gitane enfin, rythmique et populaire ».

… Fado, Blues et Flamenco, des chants à suivre …

Bon, je refuse catégoriquement d’apporter une conclusion personnelle à ce travail collectif qui a eu un grand succès en termes de nombre de lectures. Que chacun donne un point de vue, c’est bien plus intéressant que de m’écouter pérorer ! …

mo’

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