Mes vacances

Faut dire que celles de cette année ont été quelque peu perturbées par une météo cruelle, une conjoncture internationale assez inquiétante et un fond de l’air qui s’est surchauffé …  Mais bon, je ne pouvais pas non plus m’envoler pour La Barbade ou l’Ile Moustique pendant le Ramadan !…Quoique, quoique … n’eut-elle point été idéale et circonstancielle cette communication directe avec un ciel lavé des humaines miasmes et scories ? Mais laissons cela…

Caraïbes

Comme je le fais chaque année, je viens devant vous pour avouer mes vacances, en principe d’une folle originalité, loin des sentiers battus, de la foule et des abus de tous genres.

Cette année j’ai fait bien mieux encore, pulvérisant tous mes records précédents et ridiculisant même le concept usé de cette alternance reptilienne qui conduit l’homme du bord de la dépression, au bord de la mer…

Mais l’originalité de mon choix me suggère de vous en proposer la devinette. Alors voici :

Ou donc ai-je été en vacances durant l’été qui boucle ses valises et dresse son inventaire pour fournir la planète à son nouveau locataire : l’automne ?

Pour fuir les ardeurs du camarade Phébus ai-je cherché la fraîcheur des glaciers septentrionaux ? 

Norvège

« Sur cette île est installé le Svalbard Global Seed Vault – Chambre forte mondiale de graines du Spitzberg, une énorme chambre froide et forte conservant des échantillons de l’ensemble des graines vivrières de la planète en vue de la conservation de la biodiversité. L’ancien village minier de Ny-Ålesund est aujourd’hui une cité scientifique internationale. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Spitzberg

Ai-je été séduit par cette idée d’aller contempler les traces vivantes du règne végétal sur notre planète ? D’en dérober peut-être quelques graines pour cultiver mon jardin, de retour chez moi ?

Ai-je chargé ma femme et mon barda, mes gants fourrés et mes lunettes noires de soudeur pour m’envoler vers les eaux miroitantes, bleues et glaciales de ce fjord ?

Et bien non, ce ne fut point le choix retenu pour des raisons techniques et pratiques : il fallait plus de temps que celui qui m’était accordé !

 __________

Alors, Gribouille dans l’âme, ai-je été marcher dans le désert, sur les traces de Théodore Monod ?

Sahara

Le désert est beau, ne ment pas, il est propre…
Le désert, c’est la nature, sans l’homme, telle qu’elle était avant lui, non défigurée…
Théodore Monod.

Le désert a donc tout pour étancher la soif d’absolu des âmes qui ne trichent pas… De plus, les hôtels ont l’immense avantage d’être … inexistants, tout comme les restaurants, les magasins et d’ailleurs toute trace de pollution humaine… donc, pas trop cher.

Hélas, j’ai essuyé un refus catégorique du ministre de mon intérieur qui m’a, du coup, fortement conseillé de ‘’consulter’’ un soigneur de bleus à l’âme. Alors, ferai-je du trekking au Sahara ou alors, pour retrouver l’admirable Théodore Monod, me replongerai-je dans Le Chercheur d’absolu, Le Cherche Midi, 1997, ouvrage splendide dont l’éditeur dit :

« Quelques hommes ont le rare privilège d’être tenus, par leurs contemporains, comme des consciences de leur époque. Théodore Monod est de ceux-là. Ce savant humaniste croit de son devoir de mettre en garde les hommes contre leurs égarements et les dangers qui menacent la planète. Depuis plus de soixante-dix ans, Théodore Monod parcourt les déserts afin de retrouver la genèse de notre planète, et permettre qu’émerge un «nouvel homme». Celui-ci sera à part entière «fils du ciel et de la terre» grâce à l’élan de la spiritualité. Théodore Monod veut préparer un homo sapiens du troisième millénaire libéré de ses inutiles scories autant que de la violence et de l’instinct abusif de possession propres à notre fin de siècle. Ce livre est, pour ce sage, l’occasion de faire le point et de revenir sur les étapes d’un parcours humain et scientifique exceptionnel. »

Y suis-je allé, d’après vous ? Très juste, la réponse est négative car ma nécessité physiologique et médicale de boire en permanence aurait rendu cette expédition pour le moins compliquée…

__________

Je vais plutôt aller muser dans une clinique d’accouchement : il faut savoir réserver une part de son temps à la famille et aux amis. Je vais aller porter mes vœux à un nouveau-né. Un océan …

Afars

Au cœur de la région désertique du « triangle Afar« , dans la corne de l’Afrique, une dorsale océanique est en train de se former… à ciel ouvert ! Des circonstances exceptionnelles sur Terre qui dévoilent aux géophysiciens les premières phases de l’ouverture des océans, avant même l’invasion des eaux. Une chance extraordinaire de lever le voile sur un phénomène méconnu car jusqu’alors inaccessible. Dans le nord de l’Ethiopie, ces lacs d’acide sulfurique, deviendront le fond d’un nouvel océan Climat, volcanisme mais aussi rivalités humaines : tout conspire à faire du triangle Afar une des régions les plus dangereuses de la planète. Le climat, d’abord : ici la moyenne annuelle des températures dépasse 34°C – record terrestre homologué – avec des pointes frisant les 60°C. Comme si la chaleur ne suffisait pas, le sol volcanique suinte de gaz empoisonnés que signalent ici et là des cadavres d’animaux… Outre les dangers liés au volcanisme, il faut savoir trouver de l’eau, un art que les Afars, après des millénaires d’apprentissage, maîtrisent au péril de leur vie, témoigne, admiratif, le géophysicien Eric Calais : « Deux guides ont sauvé un jour la mise de notre expédition en découvrant – à une demi-journée de marche de l’eau au fond d’une fracture récemment ouverte. Faute de puits, les Afars ont également appris à condenser la vapeur d’eau sortant des fumerolles sur des branches d’arbustes… Peu productif, mais suffisant pour survivre.  » Mais la nature n’explique pas tout. Coupés du monde, misérables, les Afars vivent de contrebande, la Kalashnikov à l’épaule. Rapts, raids font partie du quotidien et nul n’entre dans le Triangle sans escorte armée. La seule ressource locale – le sel du lac Karoum, dans le nord de l’Afar – est l’enjeu d’une guerre larvée entre les Afars et leurs voisins tigréens venus des hauts plateaux. Conflit dont les visiteurs font parfois les frais… »

http://planete.gaia.free.fr/sciences/geosciences/geophysique/assiste.naissance.ocean.html#1

Là, encore moins de risque d’être victimes de l’industrie de vacance, des hôtels encore plus inhospitaliers que ces lieux, des usines à bouffe immonde et de l’abus systématique ! … Mais hélas, trois fois hélas, mon médecin particulier, convoqué par la « Servante au Grand Cœur », menaça de me faire interner pour démence…

__________

Le temps pressait et il me fallait me décider pour profiter pleinement de mon temps de repos. J’eus alors la lumineuse idée de faire une quatrième tentative :

foret amazonienne

Il est temps à mon âge, avant de devenir carrément adulte, de réaliser quelques-uns de mes fantasmes d’enfance … L’un des plus tenaces est sûrement celui inspiré de l’actualité de cette enfance. C’est un fait divers tragique s’il en est, mais que mon âme d’alors avait repeint des couleurs de l’exploit, du merveilleux et de la légende : c’est l’histoire de Raymond Maufrais, un explorateur qui disparut très prosaïquement en nageant dans un grand fleuve, à bout de force, en proie au délire, à la maladie et à la faim. Ses parents ne voulurent jamais l’admettre et son père n’organisa pas moins de 12 expéditions pour tenter de le retrouver. Tous les magazines firent de ce triste feuilleton un buzz et chacun y alla de sa théorie, de son invention, de sa contre-enquête. L’une d’elle me séduisit davantage que les autres. Celle ou à demi mort d’épuisement, il gisait sur la berge du fleuve jusqu’à ce les Indiens Oyarikulés aussi appelés Longues Oreilles, le trouvent, le recueillent et le soignent.

Une fois rétabli et en bonne santé, il serait – suprématie blanche obligeant – devenu leur chef ! Vous rendez-vous compte ? Devenir chef adoré, obéi et craint d’une tribu de « primitifs » vivants dans une forêt magique qui renfermait alors tous les espoirs écologiques de la Planète Terre. Inutile de dire que j’étais un ange de sagesse lorsque arrivait Paris-Match à la maison car il donnait toujours à voir des photos et à lire des articles sur l’affaire Maufrais et je n’aurais pu accéder à ce magazine si je n’avais été sage comme une image.

Bref, je ne sais pour quelle raison, je me suis remémoré cette histoire cette année, à la fin du printemps et me dis que plutôt que d’opter pour les audaces cucul et petites-bourgeoises des  »aventuriers »  des jardins de palaces, il serait bien plus intéressant de retourner sur les traces de Raymond Maufrais, en Guyane, pour en rapporter une histoire cohérente et plausible et qu’il était temps de faire ce grand-œuvre d’ethnologie, car les derniers témoins vivants n’étaient pas éternels et risquaient de partir avec ‘’la vérité’’.

Un beau projet somme toute ! Je m’en ouvris à ‘’qui vous savez’’ (je ne me résous  pas encore à aller ‘’acheter des allumettes’’ si loin ) … La réaction fut lamentable. Au point que je refuse de vous la répéter mais qui signifiait que ‘’qui vous savez’’ allait retourner chez sa mère, que je la rendais folle, que je gâchais son temps, sa jeunesse et notre fortune,  que j’étais un irresponsable et que puisque je refusais de ‘’me faire soigner’’, ben je ne lui laissai d’autre choix que de me laisser … choir … 

Pour lui apprendre à briser une fois encore un de mes rêves, je ne me suis pas privé de lui dire qu’en fait j’allais en Amazonie à la recherche de cette tribu dont on jure qu’elle n’a jamais eu le moindre contact avec notre civilisation et que j’allais y refaire ma vie avec une jeune fille du cru, ignorant tout des simagrées et des sempiternelles tentatives de castration des femmes corrompues de nos tristes tropiques ! Elle apprécia grandement et très désobligeamment, elle éclata de rire… en précisant qu’elle me voyait bien avec une vieille ‘’beauté à plateaux’’ qui me ferait manger des vers et des scorpions, le vendredi des piranhas et les jours de fêtes, du serpent  !

Et un autre rêve brisé, un !  

__________

Donc, faisons le point : pour mes vacances, pas de glaciers polaires, pas de sable chaud, pas de soufre primordial et pas de forêt. 

Ben ce n’est pas très gai tout cela !…

Alors, ou ai-je donc passé ces satanées vacances, tant attendues ? Et bien en vous priant d’excuser mes taquineries et ce suspens inutile, voici la vérité, toute simple, crue et nue comme je l’aime :

gaston

J’ai travaillé, travaillé comme un forçat, travaillé comme un esclave, travaillé d’arrache-pied, travaillé nuits et jours, travaillé sans relâche car un délicat négrier m’a commandé un travail à remettre – cela ne s’invente pas ! – au plus tard le … 15 septembre 1913… J’ai travaillé au point de devoir annuler mes pourtant indispensables séances de natation, mes marches forestières, mes visites amicales et ourdir un plan sordide pour que « qui vous savez » acceptât de prendre des vacances seule, la pauvre enfant et allât se consoler à Paris chez un parent très cher  !…  Et moi, et bien au point où j’en suis, je puis vous dire une autre vérité : ‘’ Heureusement que j’étais en vacances, sinon, je n’aurais jamais eu le temps de faire tout ce travail !’’

mo

Publicités