Le Penseur

J’ai commencé à penser par moi-même durant la décade prodigieuse des mythiques années 60. Ma composante orientale était encore étouffée par les luttes de premier niveau, ce qui me livrait totalement à l’autre moitié de mon âme, embarquée sur la nef fragile qui, dans ce maelstrom bouillonnant ou l’on chantait la paix, portait en vigie le grand Jean-Paul Sartre

Une photo historique

Debout, de gauche à droite : Jacques Lacan, Philosophe et psychanalyste, Cécile Eluard, fille de Paul et Gala Eluard, dessinatrice et illustratrice de livres, Pierre Reverdy,  poète associé au Cubisme et au Surréalisme, Louise Leiris, femme de Michel, voir infra, Pablo Picasso, artiste peintre, Fanie de Campan, femme de lettres, Valentine Hugo, artiste-peintre, Simone de Beauvoir, femme de lettres et compagne de Sartre, Gyula Halász, dit Brassaï, photographe, artiste-peintre, dessinateur, sculpteur et écrivain.

A leurs pieds, de gauche à droite, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Michel Leiris, écrivain, poète, ethnologue et critique d’art, Jean Abier (?)

Si ma jeunesse était envoutée par Albert Camus, si je chantais avec Eluard, Aragon, Vian, Gréco et Mouloudji, si je pleurais avec Philipe, Gassman, Tognazzi et Sordi, ma tête, elle, était envoûtée par Jean-Paul Sartre, le ’’Pape de l’Existentialisme’’, qui régnait alors sur les lettres françaises et disait réellement le ’’penser-juste’’ à une grande part du monde.

Il fut l’éclaireur de ma génération de baby-boomer, cette génération qu’on appela plus joliment la ’’génération des prophètes’’, femmes et hommes follement épris de liberté et qui, constatant la faillite de la pensée occidentale, voulurent en toute simplicité refaire le monde en partant d’eux-mêmes et de leurs aspirations. L’éclaireur semble ainsi m’avoir convaincu de faire les choses comme je les voyais, de vivre ’’à ma manière’’ et de ne prendre pour référence que ma pensée et mon action. Je l’entendis argumenter en anglais, langue alors à la mode, et ce que j’entendis, c’est :

do it your way

Paul Anka

sartre en 68

Mais cette conscience de penser juste continua de grandir et culmina, est-ce un hasard, en décembre 1968  lorsqu’en regardant les photos de Jean-Paul Sartre et Michel Foucault dans les manifestations estudiantines de Mai 68,  j’entendis, pour la première fois, The Voice, La Voix, dans un texte grimé en bluette, chanté en anglais et qui avait certainement de bien plus modestes prétentions … Cette chanson, c’était My Way, le message assimilé, digéré et resservi…

Frank Sinatra

« Dans la conférence intitulée L’existentialisme est un humanisme, du 29 octobre 1945, Sartre développe l’idée que l’homme n’ayant pas de nature définie a priori, il est libre de se définir lui-même par son projet. « Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après » 

Elvis Presley 

Sartre explique que cette liberté implique une responsabilité : en se choisissant lui-même, l’homme établit un modèle de ce qui vaut pour l’homme en général. « Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité entière »[]. En faisant de chacun « un législateur qui choisit pour l’humanité entière », Sartre retrouve aussitôt l’universel, dont il semblait s’écarter en confrontant l’individu à la liberté absolue de son choix, sur fond d’« angoisse » et de « délaissement », deux concepts inspirés, de la lecture de Kierkegaard et de Heidegger. On ne peut échapper ni à la liberté du choix de son existence et de ses actions, ni à leur caractère exemplaire pour tout homme : l’invocation de motifs pour ne pas exercer sa liberté est assimilée à de la « mauvaise foi ». » http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Paul_Sartre

Tom Jones

Parmi les thèmes majeurs particulièrement abordés par l’existentialisme, la subjectivité et la liberté.

La subjectivité  est un dépassement (transcendance). Elle est créatrice de ses propres normes. L’homme n’est pas prédéfini. Il se définit par ses actes et ce qu’il fait de sa vie. L’homme n’est rien d’autre que son projet, il n’existe que dans la mesure où il se réalise, il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de ses actes, rien d’autre que sa vie. C’est le sens de l’affirmation que chez l’être humain, « l’existence précède l’essence.« 

La liberté est une condition pour l’être humain: une liberté à laquelle on ne peut échapper.  « Nous sommes seuls, sans excuse. C’est ce que j’exprimerais en disant que l’homme est condamné à être libre. »

Et ajoute Sartre, « On ne fait pas toujours ce que l’on veut, mais on est toujours responsable de ce que l’on fait. » La liberté implique une entière responsabilité du sujet.

La liberté se réalise dans l’engagement qui permet la rupture, l’ouverture dans le champ des possibles.

Shirley Bassey

Mais cet engagement n’engage pas que moi:

« L’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être (…) l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes (…). Quand nous disons que l’homme se choisit, nous entendons que chacun d’entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu’en se choisissant, il choisit tous les hommes. En effet, il n’est pas un de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être. (…) Ainsi, notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité toute entière. (…) Ainsi je suis responsable pour moi-même et pour tous, et je crée une certaine image de l’homme que je choisis; en me choisissant, je choisis l’homme. »

Jean-Paul Sartre, in ’’L’existentialisme est un humanisme’’

Telle était la trame de fond de notre pensée : Le monde sortait d’une guerre généralisée, plein de reproches et de méfiance vis-à-vis de toutes les idéologies et les hommes décidaient ainsi de ’’prendre leurs destins en mains’’ en bousculant au passage toutes les sacralités qui les avaient régi jusque là.

En psychologie, on dit que la démarche vers le bonheur comporte 5 degrés :

  1. Se poser les bonnes questions.
  2. Repérer ses blocages
  3. Trouver sa voie
  4. Passer à l’action
  5. Garder le cap

Certains, et pas des plus malhabiles, pour y parvenir, font appel à d’étranges langues. Comme le jazz par exemple …

Nina Simone

’’La chanson qui ne meurt jamais’’, comme on appelle ’’My Way’’ rapporte à nos jours, chaque année, en droits d’auteurs, la modique somme de … 1.000.000 Euros. Elle a été traduite en bien des langues, dont … l’arabe

Faudel, Cheb Khaled, Rachid Taha

Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que My Way a été créée en 1967 en France, sous le titre ’’Comme d’habitude’’, par Jacques Revaux et Gilles Thibaut, sur une musique composée par le premier avec … Claude François.

Paul Anka, qui entendit la chanson lors d’une émission de la télévision française, en acquit les droits pour sa maison de production américaine. Il est l’auteur définitif de l’adaptation anglaise sous son titre de My Way.

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