Jalousie 1

jalousie 2

La jalousie amoureuse serait un mélange de peur et de colère engendré par l’insécurité concernant notre valeur à nos yeux ou aux yeux de l’être aimé. On a peur de perdre sa place dans le cœur de l’autre, place d’ailleurs réelle ou supposée. Cette jalousie-là peut se manifester sous infamantes formes, qui provoquent la gêne, la colère, le mépris ou même quelquefois la pitié et le rire.

L’autre jalousie, la jalousie envie,  est un sentiment tout à fait «normal». C’est son excès qui pose problème et peut atteindre un niveau pathologique, au point d’affecter l’ensemble des comportements d’une personne. Sinon, la majorité des gens pensent qu’il ne peut y avoir d’amour sans un minimum de jalousie, et pas de compétition sociale ou de motivation sans un minimum d’envie.

Jalousie et envie sont des sentiments très proches. Ils résultent de la rencontre de la volonté de possession et de la peur de perdre ou de ne pas avoir.

Mais à quel moment ces sentiments deviennent-ils excessifs ? Sans doute, lorsqu’ils nous empêchent de profiter de ce que nous avons. Ainsi, dans le cas où le fait d’être envieux n’altère pas une relation, tout va bien, l’envie va devenir un moteur pour avoir la même chose, ou accéder à la même satisfaction.

En fait, le juste équilibre entre vouloir posséder plus et profiter de ce que l’on a déjà permet la progression et la satisfaction.

(d’après un article du psychologue Patrice Dubourg, dans le webzine http://www.aufeminin.com/)

–      Tout cela, nous le savons tous. Mais qui a déjà eu affaire à la jalousie machiavélique, qui est un mélange des deux formes de jalousie ?

–      Moi !…

bambi

Je crois que tous les hommes de la terre ont été, à un moment ou un autre de leur vie, attirés, appelés, séduits ou réduits par une de ces femmes-enfants exagérément immatures, ces femmes ayant des attitudes ou des comportements voisins de ceux d’un enfant, qu’il s’agisse d’innocence, de naïveté, ou de caprices. Elles attirent par leur fragilité réelle ou feinte, et sont souvent des alibis à la pulsion d’inceste si commune… Qui n’a jamais eu quelque vapeur pour une bambi, un petit faon délicieux qui a coupé son chemin, provocateur ou imprudent, et qu’on prend sous sa protection en toute bonne conscience ?

                                                                                                                    Sabine Paturel
                                                                                                                          Les Bêtises

Voici comment : Je filais le parfait amour – pas vrai du tout, il était imparfait et même quelques fois subjonctif, en plus ! – avec une jolie et gentille fillette sans histoire – si tant est que j’aie eu la chance de rencontrer ce genre de profil dans ma vie !…

Un beau jour, elle m’annonça qu’elle avait un service à me demander. Je lui répondis que ses désirs étaient pour moi des ordres et que je m’empresserais de les réaliser si elle voulait bien les formuler. Ceci m’apporta une nouvelle preuve que ma brave petite amie était bonne pâte et âme naïve : elle avait une amie  – sa meilleure amie, en fait, qui avait besoin d’un conseil très personnel au sujet d’un problème dont elle ne pouvait s’ouvrir qu’à … quelqu’un comme moi : posé, réfléchi et disponible ! Elle me demandait donc de bien vouloir prêter une oreille attentive à ladite meilleure amie pour la conseiller utilement.

lolita

Elle était, hélas, loin d’être vilaine la petite biche délicieuse, avec ses grands yeux noirs et sa moue d’enfant triste. Mais je ne pouvais me désister et je remplis mon rôle de  confident-conseiller  avec toute la rigueur et l’éthique requises.

Elle exigea que nous fussions seuls et commença alors sa confidence, je me le rappelle, en marchant au bord de la mer. Elle était une enfant adoptée par une famille de bourgeois mais en fait ignorait totalement sa véritable origine. Elle était gênée de porter un nom qui n’était  ni celui de son père, ni celui de sa mère, mais de gens parfaitement inconnus qu’elle avait naïvement appelés jusque-là ‘’papa’’ et ‘’maman’’. Elle n’en pouvait plus de cet anonymat et désirait retrouver ses véritables parents. Elle voulait donc que je l’aide à le faire. Elle n’avait en fait confiance qu’en moi sur cette terre effrayante et cruelle …

La première occasion fut la bonne et elle me prit la main qu’elle se mit à serrer avec un rien d’hystérie. J’acceptais cette proximité qui se transforma rapidement en rapprochement sans équivoque … La surprise était énorme mais je ne me permis pas de douter une seule seconde de la sincérité de la belle enfant qui joua, pour m’achever, à la confuse mentale, partagée entre rires et pleurs, entre accalmies et désespoirs, entre calme et agitation. Au bout d’une heure de ballade sur la plage, elle me pria de la raccompagner ‘’à la pension des Thénardier’’. Arrivée dans sa rue, bien avant son domicile et après avoir vérifié toutes les issues de la rue, elle me demanda d’arrêter mon véhicule et me fit l’étrange demande suivante :

Ce que je venais d’apprendre, j’étais le seul à le savoir, elle ne s’en était jamais ouverte à personne et surtout pas à sa ‘’meilleure amie’’, ma petite amie intermédiaire. Elle me fit promettre que dès le lendemain, nous nous reverrions, même heure et même endroit pour continuer notre aparté. Puis elle resta silencieuse un très long moment, sans bouger, les yeux perdus dans le vague, comme ‘’débranchée’’ d’un système où elle n’avait fait qu’une apparition.

Je la regardai et me gardai bien de bouger ou de dire quoi que ce fût. Elle finit par se pencher vers moi, me donna un baiser furtif et ouvrit la portière pour aller d’un pas rapide vers son domicile.

Shéhérazade

Ma petite amie m’interrogea bien sûr au sujet de la confidence de son amie, mais comme je l’avais promis, je n’en dis rien, inventant une histoire abracadabrante aussi peu crédible que … la vérité…

Le lendemain, ma Shéhérazade arriva avec un beau conte tout nouveau, sensé m’apprendre comment elle s’était aperçu que ses frères et sœurs n’étaient pas de son sang et comment sournoisement, chacune et chacun le lui faisaient chèrement payer. L’ambiance glauque des Misérables n’était pas loin, d’après son récit. Je ne fus pas long à la baptiser ‘’Le Petit Chose’’, du nom du roman éponyme d’Alphonse Daudet, non pas que son roman personnel eut quelque ressemblance avec celui de Daudet, mais il me semblait qu’il lui seyait parfaitement. Petite fille anonyme, accidentée de la vie, seule, ne faisant que des bêtises et pourtant si attachante et belle.

Quant à notre relation, l’apprivoisement de nos corps commença sournoisement et je ne lâchai plus sa main, ni n’esquivai ses embrassades, mais encore en tout bien tout honneur, du moins en ce qui me concernait. Elle se collait à moi comme une arapède et chaque fois que je la lâchai pour arranger ma mise, elle faisait mine de pleurer et exigeai mon retour immédiat à la position ante qua

Alizée
Moi, Lolita

Pourquoi le nier ? Je pris goût à ce flirt quotidien et commençai à ‘’passer à l’étape suivante’’ dans cette étrange amourette. Mais je voulus en savoir plus. Jusque-là, je ne me sentais pas le moins du monde coupable vis-à-vis de ma petite amie puisqu’encore intact de tout rapport compromettant, si l’on excepte les bisous en principe sans arrière-pensée et de plus, c’était bien sur son insistance que j’avais accepté de sauver cette âme en souffrance…

Cosette

Plus les jours passaient et plus l’histoire se compliquait, en bon roman-feuilleton. La mémoire trouble, l’attirance exercée sur des adultes malhonnêtes de la famille des Thénardier, les preuves de la jalousie de la fratrie, tout se liguait pour l’affliger, lui nuire et conspirer à lui nuire…

Un jour, elle arriva, ridiculement accoutrée de plusieurs chandails, d’un manteau ample, et de deux cache-col bien épais, alors que le temps était très clément. Je lui demandai les raisons de cette surprotection et elle m’annonça dans un aveu entrecoupé de hoquets de pleurs qu’elle n’en pouvait plus et qu’elle avait décidé de fuir son domicile cette nuit-là. J’en eus les larmes aux yeux et lui demandai de me conter sa nouvelle mésaventure. Elle le fit en enjolivant à l’extrême une vague injustice dont elle dit avoir été victime. Elle affirma avoir été battue, insultée et menacée d’internat, voire d’assistance publique… Sa marâtre, disait-elle, lui vouait une haine sans nom et avait saisi l’occasion d’une peccadille pour la punir sévèrement. A son âge ! Je la pris dans mes bras et la consolai comme je pus pendant que mon esprit recevait un conseil divin, ce qui fut pour moi une fulgurance, même si d’autres l’auraient certainement reçu bien avant. Ce fut sans hésitation. Je lui dis que j’allais partir avec elle, que rien ne me retenait à Casablanca et que je voulais être avec elle.

Elle avait 19 ans, j’en avais 24. Je ne savais d’elle que ce qu’elle m’en avait dit et moi, j’étais en train de tâtonner pour trouver une voie professionnelle viable. Nous n’avions plus l’âge de Roméo et Juliette, et je voyais parfaitement que cette aventure devenait pour le moins compromettante. Mais je ne laissai rien paraître et lui dis que j’allais ramasser mes affaires puis revenir la chercher à une heure précise. Je lui conseillai de retourner chez elle pour n’éveiller aucun soupçon et de ne ressortir que pour venir me retrouver, à l’heure prévue, au coin de la rue…

Dès que je l’eus déposée,  je me précipitai chez ma petite amie ‘’officielle’’ et sans trop prendre de gants, lui racontai l’incroyable mélasse dans laquelle elle m’avait malencontreusement immergé.

Elle me dit qu’elle avait compris depuis longtemps que ma mission de conseil avait quelque peu débordé mais elle ne s’en faisait pas, connaissant le caractère fantasque mais pas méchant de son amie d’une part, et mon ‘’sérieux’’ d’autre part … Je l’invitai à remettre nos explications à plus tard et à agir urgemment concernant la fugue de son amie. Elle fut merveilleuse. Elle me dit de rentrer chez moi et m’informa qu’elle allait de ce pas voir son amie. Je ne devais apparaître à aucun prix et sous aucun prétexte. Elle me promit de me rejoindre chez moi pour me raconter en détails sa démarche. Ainsi fut fait. Je m’en voulus terriblement de ne l’avoir pas fait avant et disparus piteusement comme on me l’avait demandé.

Ce n’est que vers 21 heures que ma douce amie, accompagnée de sa sœur, heurta mon huis. Je lui ouvris et scrutai son visage pour comprendre sans avoir à demander. Sa sœur eut pitié de moi et me libéra d’emblée en me disant que les choses étaient rentrées dans l’ordre. Je les invitai à rentrer, leur servis un rafraîchissement et ouvris grand mes oreilles pour écouter l’incroyable histoire suivante :

Anne, prénom véritable de celle que j’avais surnommée Le Petit Chose était parfaitement bien chez elle et n’avait absolument aucun problème, ni avec ses parents, – tout à fait vrais, garantis bio 100%, ni avec ses frères et sœurs, tout aussi authentiques. C’était une excellente élève à l’école et elle était sage comme une image. Tout ce qu’elle m’avait raconté était pure mythomanie et rien d’autre. Mais … elle avait 19 ans et était parait-il follement … éprise de votre serviteur et ce doux penchant l’avait poussée à inventer cette salade pour que ce fût moi qui allasse vers elle. M’ayant bien étudié – prétendit-elle, elle avait décidé de jouer à la Cosette des Misérables, certaine, connaissant mon âme chevaleresque au service de la veuve et de l’orphelin,  que je ne pouvais que tomber dans son piège.

Elle s’excusa en sanglots auprès de son amie et lui avoua à sa grande honte qu’elle était maladivement jalouse d’elle depuis toujours … Tout ceci en avouant également être … un peu folle …

mo’

Publicités