J'hésite

Oui, je reprends ma scolarité. Foi de mo’ !…

Je suis tout ce qu’il y a de sérieux et croyez-moi, je n’ai nulle intention de figurer le vieux débris profitant des largesses sociales d’un état riche et passant son temps à somnoler et émettre des bruits divers sur un banc d’université pour le je ne sais combientième âge ! Non, ni cartable ni cahier, ni stylographe ni … bonbons qui pètent, ni boules puantes sous le bureau du prof, ni poil à gratter dans le dos des camarades ! Rien de tout cela car je retourne à l’école … chez moi !

François Rabelais

A moi le savoir à l’heure que je choisirai, en faisant ce que je voudrai, au rythme qui me conviendra : Oui, je compte étudier enfin dans l’esprit que me conseilla mon bon maître, François Rabelais, Alcofribas Nasier  si vous préférez l’appeler par son pseudonyme littéraire, lequel m’avait recommandé : ’’Fays ce que vouldras’’.

En vérité, Maître François avait piqué cette suggestion libertaire au prêtre égyptienAnkh-af-na-khonsu qui vécut à Thèbes sous la XXVIème dynastie.  Il en dériva l’utopie de l’Abbaye de Thélème – ’’Thélema’’ signifiant en grec ’’volonté’’ : il s’agissait d’une société idéale… qui avait pour devise l’apophtegme ci-dessus. Mais qui donc peuplait cette mystérieuse Abbaye de Thélème ?

’’Jamais ne furent vus chevaliers si preux, si galants, si habiles à pied et à cheval, plus verts, mieux remuant, maniant mieux toutes les armes. Jamais ne furent vues dames si élégantes, si jolies, moins acariâtres, plus doctes à la main, à l’aiguille, à tous les actes féminins honnêtes et libres, qu’étaient celles-là’’.

Donc pour nous résumer, mon maître apporta ainsi son dit, ô combien sonore et entendu, à la Renaissance et à la lutte contre l’obscurantisme et les œillères de l’enseignement officiel de l’époque, représenté par la Sorbonne, temple du conformisme et de la mainmise de l’Eglise sur la pensée. La Sorbonne le condamna d’ailleurs et tenta – en vain, d’empêcher l’édition de ses ouvrages.

bourdieu

Quelques siècles plus tard, lorsque j’atteignis l’âge canonique de 18 ans, ’’le bon père que Dieu me donna’’, comme dit Montaigne, après que j’obtins le diplôme du baccalauréat, desserra l’étau de sa main de fer et me laissa libre de mes choix en ce qui concernait mes études. Ainsi, je me mis à chipoter à mon aise dans les vertes prairies des humanités. J’y grappillai quelques bribes de lettres classiques, un peu de philosophie, un zeste d’histoire, une tranche de philosophie de l’histoire avant de tomber en amour avec le mets incontournable de l’intelligence d’alors : la sociologie. Cette science récente allait permettre à tous les cœurs purs, m’assura-t-on, de redresser tous les torts de ce bas-monde. Oui, les cœurs purs pensaient tous, alors,  comme le sociologue Pierre Bourdieu qui dit dans sa ’’Leçon sur la leçon’’ :

’’Devant la servitude du travail à la chaîne ou la misère des bidonvilles, sans parler de la torture ou de la violence des camps de concentration, le  »c’est ainsi » que l’on peut prononcer, avec Hegel, devant les montagnes, revêt la valeur d’une complicité criminelle.’’

Je me plongeai donc avec appétit dans la ’’socio’’ mais j’en ressortis assez vite, déçu, mais définitivement conscient que l’important n’est pas tant ce que l’on apprend, que la façon dont on l’apprend.

J’aime et je n’ai jamais cessé de lire. Au point qu’il me parait absurde de vivre sans lire et me demande, sincère et admiratif, comment font les gens qui ne lisent pas. Si la lecture de Graziella, de Barrabas de L’Insoupçonnable légèreté de l’être et du Maître de go furent des temps forts à certains de mes âges, j’avoue ne pas être très friand du genre romanesque et lui préférer la poésie et l’écrit de débat, qui mordent, pour moi, bien plus franchement dans le digne d’intérêt.

Mais de temps à autre, je me prends en pitié et éprouve une immense peine, lorsque je constate combien est vertigineuse la profondeur de mon ignorance.

En Mai 2008, j’avais ici même récité mon credo en matière d’acquisition de savoir, dans le cadre d’un ’’post’’ au titre provocateur de ’’Les diplômes sont des attestions d’ignorance’’. http://wp.me/p62Hi-9C . Je résume ce credo par des citations de ceux que j’avais pris pour appui dans mon développement,

’’Je sais que je ne sais rien’’,Socrate, philosophe, Vème A.C.

’’Il sera d’autant plus savant qu’il se connaîtra plus ignorant.’’, Nicolas de Cues, prêtre allemand, XVème

’’L’université développe tous les dons de l’homme, entre autres la bêtise.’’,Anton Tchekhov, écrivain, XIXème

’’Il faut savoir ignorer ceux qui ignorent qu’ils ignorent’’,Mahdi Elmandjra, universitaire et sociologue, 1933-2014

 ’’L’ennui avec l’expérience, c’est qu’elle n’est pas sanctionnée par des diplômes.’’ ,Marc Guillaume, économiste contemporain

’’L’université a créé l’étrange catégorie d’ignorant cultivé’’ Michel Serres, philosophe contemporain

’’Apprendre, c’est accepter de prendre’’, Ali Hamayed-Elmili, penseur contemporain

Depuis,  je suis débarrassé des problèmes  de contingences matérielles – à la vérité, grâce surtout à une baisse drastique de mes besoins. Alors, mon esprit curieux et vorace cherche de nouvelles prairies ou gambader… Cela m’a conduit à prendre deux décisions :

J’ai tout d’abord décidé d’enseigner. A quelques têtes brunes ou blondes, je me suis juré de faire aimer la littérature et la philosophie. Je vais m’y employer très vite car j’ai un besoin physiologique d’être utile. Je ne serai jamais à la charge des autres. J’ai même fait un essai il y a quelques jours avec deux nymphettes qui en sont aux classes moyennes du secondaire… A la fin, la plus âgée ressortit les yeux pleins d’étoiles et un ouvrage sous le bras :’’L’art d’avoir toujours raison’’ de Schopenhauer dont la présentation l’amusa follement et lui donna l’envie de continuer cette introduction à l’étude de la ’’sagesse’’. La plus jeune, mais tout aussi agile d’esprit et assoiffée de savoir, elle, m’inonda de bonheur par sa réflexion étonnante et son enthousiasme à accéder, elle aussi, à ce savoir penser dont, conclue-t-elle, les vieux birbes se réservaient les délices. Comme je le dis avec coquetterie, cabotin dans l’âme et avec une immense et très fausse modestie, je crois être un bon instituteur. Non, pas  »professeur des écoles », cette expression sent le complexe et ne veut rien dire. Je suis et me revendique fièrement ’’instit’’…   http://wp.me/p62Hi-27r

J’ai aussi décidé d’apprendre. Apprendre. Non pas lire, j’ai déja dit que la lecture fait partie de mes besoins physiologiques, mais apprendre, retourner à l’école ! Il y a en fait quelque temps que cette idée me titille, mais j’avais confusément peur des railleries de mes futurs camarades de classe. Peut-être la teinte de mes cheveux les gênerait-elle ? Peut-être seraient-ils dérangés par le fait que je sais deux ou trois choses de plus qu’eux ? Peut-être les professeurs eux-mêmes seraient-ils gênés aux entournures ou au contraire se sentiraient-ils en droit d’être sarcastiques à mon endroit ? Peut-être, en fin de compte, allais-je retomber dans le formalisme pesant et désagréable qui m’avait éloigné de l’université et envoyé vendre du poisson sur tous les marchés du monde ?

J’étais également prisonnier d’autres limites, comme l’aversion abyssale que j’éprouve pour la médiocrité en matière d’enseignement, comme l’outrage que je ressens au simple constat de la nullité crasse de l’écrasante majorité des ’’docteurs’’ d’aujourd’hui et comme la non-disponibilité des commodités nécessaires dans mon biotope …

Mais voilà ! Le miracle finit par arriver et m’aider à résoudre les problèmes morphologiques de la quadrature du cercle dans lequel ma vie est inscrite…

MIT

Depuis l’en 2000, le mythique MITMassachusetts Institute of Technology, offre libre accès, via Internet, à l’ensemble de ses cours, dans le cadre d’un mouvement baptisé ’’OERM’’ pour ’’ Open Educational Resources Mouvement’’ ou ’’Mouvement pour les Ressources Éducatives Ouvertes’’.

A la suite du MIT, d’innombrables grandes universités ont mis en ligne leurs cours, gratuitement et lorsqu’on connait le prix des formations dans ces grands temples du savoir, force est de voir dans cette gratuité une aubaine inespérée. Cette ouverture massive de l’enseignement porte le nom de MOOC pour ’’massive open online course’’ ou ’’cours en ligne ouvert et massif’’. Pour savoir ce que c’est exactement, écoutons les explications d’un spécialiste : Stephen Downes, écrivain canadien, philosophe spécialisé dans les sciences de l’éducation et journaliste, dans cette conférence – en français :

http://halfanhour.blogspot.ca/2013/05/mooc-la-resurgence-de-la-communaute.html

african virtual university

Le mouvement est né aux Etats-Unis et s’y est propagé avant d’être suivi en Grande Bretagne et depuis très peu de temps, en France. Il existe même une African Virtual University, généreusement sponsorisée par la Banque Mondiale, la BAD, l’Acdi, le PNUD et la CAF notamment.

Le mouvement a pris une telle ampleur qu’il est apparu nécessaire, opportun en tout cas, de créer des plateformes servant d’aiguillages vers l’accès à ces cours. Comme par exemple :

Pour faciliter la compréhension du système, rien de tel qu’un exemple concret – mais dans ce cas-là virtuel puisqu’en réalité, l’offre est périmée :

Je  commence par une recherche à-tâtons sur internet.

Première étape : Je cherche un cours de philosophie, mais philosophie en tant que mode de vie et non savoir théorique. Ce cours doit être délivré en français, gratuit, et provenir d’une institution d’enseignement de premier ordre. Je rédige ma requête et la soumet à mon moteur de recherche :

La recherche aboutit rapidement et en moins de 10 minutes et je trouve un cours dispensé par L’Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense. Et proposé par la plateforme FUN pour France Université Numérique, plus haut citée.

Cette plateforme diffuse les cours des institutions suivantes :

 FUN MOOC

J’ai identifié le cours : ’’Philosophie et modes de vie ; de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault’’

En guise d’amuse-bouche, on me donne quelques informations préliminaires qui confortent mon idée d’avoir trouvé réponse à ma question :

’’Pourquoi philosopher ? Qu’est-ce que philosopher ? Est-ce comprendre le monde ? Est-ce seulement cela ? A partir du renouvellement de l’approche de la philosophie ancienne initié par Pierre Hadot et discuté notamment par Michel Foucault, il s’agira de voir si la philosophie n’est pas avant tout une recherche du meilleur mode de vie.

Le Cours traite des origines et de l’histoire de la philosophie avec un accent mis sur les liens entre vie et philosophie. L’objectif est donc de retracer à grands traits les manières antiques d’aborder cette question ainsi que sa relecture contemporaine. De cette manière, c’est la conception même de la philosophie qui se trouve renouvelée.’’

Puis on me présente mes professeurs :

  • Baptiste Bondu, Enseignant au département de philosophie, docteur
  • Jean-François Balaudé, Enseignant au département de philosophie, docteur
  • Olivier Renaut, Maître de conférences, spécialiste d’histoire de la philosophie ancienne
  • Christelle Veillard, Maître de Conférences Philosophie, Agrégé de philosophie.

Quel sera le format de ce cours ?

’’Ce cours est organisé en douze séances hebdomadaires filmées d’une vingtaine de minutes, accompagnées d’exercices à réaliser pendant ou après le cours, sur la base de lectures de textes de philosophes et de commentateurs.’’

Et enfin, puis-je connaître le sommaire du cours choisi ?

  • Séance 1 : Présentation du cours et axes problématiques : Philosophie et modes de vie — lectures à partir de Pierre Hadot et Michel Foucault.
  • Séance 2 : La genèse du savoir-vivre philosophique, de Pythagore à Socrate.
  • Séance 3 : Une voie antiphilosophique ? Les Cyniques.
  • Séance 4 : Socrate et la philosophie comme manière de vivre alternative : le Gorgias de Platon.
  • Séance 5 : La question de la vie heureuse chez Aristote, entre pratique et théorie : Ethique à Nicomaque, Livre X.
  • Séance 6 : L’approche épicurienne : l’élimination des peines et des troubles par le savoir.
  • Séance 7 : Le problème stoïcien : la possibilité de la vie de vertu.
  • Séance 8 : Le problème sceptique : impossibilité de vivre ou tranquillité par la suspension du jugement ?
  • Séance 9 : Plotin : la connaissance comme réalisation du véritable soi.
  • Séance 10 : Les anciens à la Renaissance : l’essor humaniste.
  • Séance 11 : Des modernes pas si modernes ? Le bonheur comme fin de la philosophie chez Descartes et Spinoza.
  • Séance 12 : Retour aux anciens : philosophie et éthique de la vertu

Seconde étape : Je m’inscris sur la plateforme qui diffuse ce cours. On ne m’y demande rien d’autre que des données courantes et qui, selon certains critiques, seront utilisées pour me proposer d’autres choses. Cela ne me dérange pas car je peux en bloquer le flux à tout moment.

Le reste de la procédure : est simple puisqu’il suffit de suivre le guide… et me voilà inscrit ! Je recevrai à compter de ce jour toutes les informations qui me permettront de prendre mes cours et d’en choisir éventuellement d’autres.

Mon nouveau savoir sera sanctionné par une attestation de la plateforme, qui n’est pas du tout un diplôme, mais dans mon cas, aucun problème : je m’en moque même éperdument, n’ayant jamais eu, c’est le moins que je puisse dire, le culte du diplôme, et ne prévoyant nullement de postuler pour quelque fonction que ce soit.

Par contre je sais qu’il existe des passerelles permettant de convertir cet effort en sanction officielle…

Huffpost maghreb

Pour rêver, jetons un œil sur cet article de l’édition du Maghreb du Huffington-Post, dans sa livraison du 13 Mars dernier, sous la plume de Rebecca Chaouch et intitulé  »Suivre gratuitement les cours des plus grandes universités au monde? C’est possible ! »

’’Vous rêviez d’intégrer les universités les plus prestigieuses au monde, de Yale à Oxford en passant par MIT, Harvard, Berkeley ou encore Columbia? Grâce au site Open Culture vous pouvez désormais suivre quelques-uns de leurs cours, gratuitement et… confortablement installés chez vous!

875 cours plus exactement sont regroupés sur cette plateforme et accessibles en version audio et/ou vidéo sur Youtube, iTunes ou directement sur les sites des universités concernées.

« Il y a environ 27.000 heures de cours magistraux audio et vidéo gratuits ici, peut-on lire sur Open Culture. Si vous passez 8 heures par jour à vous enrichir, vous avez de quoi vous occuper pour les 10 prochaines années. Sans aucun frais. »

Appréhender la mort, une introduction à la science de non-violence …, la science et la cuisine, le passé, le présent et l’avenir des voitures, et la conquête de l’espace sont quelques-uns des thèmes proposés.

Pour vous faciliter les choses, le HuffPost Maghreb en a sélectionné 9 autres pour vous, qui valent le coup d’œil et pourraient bien vous intéresser:

  • Apprendre l’anglais
  • Etude du Seigneur des anneaux et du Hobbit
  • Créer des applications mobiles
  • L’argumentation pour les nuls
  • L’Histoire de Hannibal
  • Conseils pour entrepreneurs en herbe
  • La politique… autrement
  • Les bonnes choses à faire face à la Justice.
  •  Développer sa fibre artistique

A nouvelle technologie, nouvelle façon d’enseigner. Ces plateformes de diffusion en accès libre servent aussi de laboratoire pour améliorer la technologie et tester ce qui sera la pédagogie de demain: «Etre assis dans un amphi pour écouter religieusement un professeur n’est pas très gratifiant, et ce n’est pas de cette façon que les étudiants veulent apprendre, en particulier cette génération», explique Daphne Koller, co-fondatrice de Coursera, rappelle Le Figaro. Ce succès réjouit John Hennessy, président de Stanford, pour qui les amphis «ne constituent pas un bon environnement pour apprendre».’’

Si le ’’big boss’’ de la prestigieuse Stanford le dit …

En tout cas …

… Les MOOCs n’en sont qu’à leur début. Nul ne sait encore quels seront les conséquences de cette révolution sur les universités. Pour le Dr Stavens, un des responsables de la plateforme Udacity, cité par le New York Times, le changement ne fait que commencer : ’’Nous sommes à seulement 5 à 10 pour cent du chemin.’’

Alors ?

Serez-vous l’un de mes quelques millions de labadens à la prochaine rentrée scolaire ?

mo’

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