question réponse

Un ’’questionnement’’ est un ensemble de questions concernant un problème. Il sert à apporter des réponses à des questions, c’est-à-dire à analyser un problème et, à l’issue de cette analyse, à faire des choix. Il peur s’agir d’un auto-questionnement mais peut-on alors, pour autant, dire que l’on se soumette à la question.

L’expression ’’Soumettre à la question’’, employée à tort et à travers n’est nullement une proposition des pathos élitaires, mais désigne une procédure judiciaire ancienne qui signifie  »torturer un accusé pour lui arracher des aveux ».

question par l'eau

Elle est née au Moyen-Âge et, selon les juridictions, était appliquée de diverses façons : Il existait la question ordinaire et la question extraordinaire ’’à l’eau’’ pour ne parler que d’elle car elle était la plus communément appliquée.  Pour la première, on faisait avaler de force à l’accusé – un suspect, en fait,  4 pintes d’eau – sensiblement 4 litres. Pour la question extraordinaire, ce ne sont pas moins de huit litres d’eau qu’on lui faisait ingurgiter. La libation était parsemée de ’’temps morts’’ au cours desquels on l’interrogeait pour obtenir ses aveux. Et lorsqu’il défuntait, les viscères éclatées par le supplice, on considérait que la Justice Immanente s’était manifestée et l’on rendait sa dépouille à la famille.

Mais non ! Loin de nous ces sinistres façons et ces barbares pratiques. Il ne s’agit là que d’introspection et d’auto questionnement.

Parmi les textes profanes sur le questionnement les plus célèbres de la littérature universelle, certainement le monologue d’Hamlet de William Shakespeare figure-t-il en bonne place.

shakesperae et hugo

Mais à part le premier vers, le plus connu, assurément, combien l’on lu entièrement ? Qu’y peut-on comprendre lorsqu’on est encore en culottes courtes ou en socquettes blanches ?

J’en propose la traduction par … Victor Hugo, autre Titan de la poésie :

Le monologue d’Hamlet

Être, ou ne pas être, c’est là la question.
Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir
La fronde et les flèches de la fortune outrageante,
Ou bien à s’armer contre une mer de douleurs
Et à l’arrêter par une révolte? Mourir.., dormir,
Rien de plus… et dire que par ce sommeil nous mettons fin
Aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles
Qui sont le legs de la chair: c’est là un dénouement
Qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir.., dormir,
Dormir! Peut-être rêver! Oui, là est l’embarras.
Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort,
Quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ?
Voilà qui doit nous arrêter. C’est cette réflexion-là
Qui nous vaut la calamité d’une si longue existence.
Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde,
L’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté,
Les angoisses de l’amour méprisé, les lenteurs de la loi,
L’insolence du pouvoir, et les rebuffades
Que le mérite résigné reçoit d’hommes indignes,
S’il pouvait en être quitte
Avec un simple poinçon? Qui voudrait porter ces fardeaux,
Grogner et suer sous une vie accablante,
Si la crainte de quelque chose après la mort,
De cette région inexplorée,
D’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté,
Et ne nous faisait supporter les maux que nous avons
Par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ?
Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches;
Ainsi les couleurs natives de la résolution
Blêmissent sous les pâles reflets de la pensée;
Ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes
Se détournent de leur cours, à cette idée,
Et perdent le nom d’action… Doucement, maintenant!
Voici la belle Ophélia… Nymphe, dans tes oraisons
Souviens-toi de tous mes péchés.

Voici en prime ce monologue par l’un de ses meilleurs interprètes, Sir Lawrence Olivier, dans le film qu’il en a fait en 1948.

Le Monologue d’Hamlet

Sir Lawrence Olivier

Le texte se situe à l’acte III scène 1. Il s’agit d’une méditation sur la vie et sur la mort. Le prince Hamlet apprend que son père a été tué par son propre frère qui l’a remplacé sur le trône du Danemark. Dans une vision, le défunt père lui demande de le venger.

Simultanément, Hamlet est amoureux-fou d’une certaine Ophélie, modèle de jeunesse, beauté et pureté … Arthur Rimbaud a composé un magnifique poème sur cette Ophélie. En voici la dernière strophe :

Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Cette réflexion sur le dilemme « Être ou ne pas être » est tenue à ce moment, alors que le héros se croit seul et se sent désemparé, pensant même sérieusement au suicide.

A la fin du monologue, Hamlet choisit de vivre. Mais pour quoi faire ?

Par-delà le théâtre, si subtil soit-il, que chacun imagine être sollicité par Hamlet pour un conseil. Vivre, d’accord. Mais pour quoi faire ?

Quant à moi, mettant délibérément de côté toutes les raisons éthiques et religieuses, j’ai trouvé réponse claire et noble.

Dans la même littérature anglaise.

Exprimée par un poète, né en 1965 à Bombay et mort à Londres en 1936.

Il est l’auteur le plus populaire de la littérature anglaise. Il a produit notamment :

  • Le Livre de la jungle
  • Le Second Livre de la jungle
  • Histoires comme ça
  • Tu seras un homme, mon fils

Il s’agit bien évidemment de Rudyard Kipling.

Son poème Tu seras un homme, mon fils a eu d’innombrables traducteurs dans toutes les langues. En français, la traduction la plus connue est celle, magistrale, d’André Maurois 1884-1967.

 

Kipling-Maurois

Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Pour faire bonne mesure, voici le grandiose If… lu par Dennis Hopper, acteur, poète, peintre et photographe, réalisateur de cinéma, auteur de La Fureur de Vivre, Géant, Easy Rider, Apocalypse Now, Blue Velvet etc.

Dennis Hopper dans If…

Pour conclure cette petite digression philosophico-poétique, je choisis un homme merveilleux dont l’intelligence a éclairé en partie mes classes d’humanités et qui est considéré à juste titre comme l’un des plus grands philosophes du XXème siècle. Sa pensée a séduit car elle s’est fondée selon trois axes indiscutables :

  • La logique et le fondement des mathématiques
  • L’analyse logique des problèmes traditionnels
  • L’engagement social et moral

Bertrand Russell

Est-ce un hasard qu’il fût anglais, lui aussi ?

C’est Sir Bertrand Russell… 1872-1970 …

Voici sa phrase :

’’L’univers est rempli de magie et il attend patiemment que notre intelligence s’affine.’’

 

mo’

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