fin d'un monde

I°) Dieu le vacarme qu’avait fait, dans les années 70, le coup de semonce du Club de Rome qui avait osé affirmer que le maintien de la croissance d’alors mènerait le monde à la catastrophe !

En effet, l’un des premiers Think Tank de l’ère de la mondialisation avait commandé au MIT, Massachussetts Institute of Technology -qui compte, parmi ses structures, un redoutable laboratoire de prospective scientifique- une étude scientifique sur l’avenir probable du progrès humain.

Le rapport de cette étude a été publié sous le titre ’’ ’’The Limits to Growth’’ -littéralement ’’les limites à la croissance’’ – traduit en français par l’interrogation ’’Halte à la croissance ?’’ Son interpellation intervint à l’apogée de la période dite des ’’Trente Glorieuses’’, une période de croissance sans précédent dans les pays qui se qualifiaient eux-mêmes de développés et qui laissait penser que cette croissance était sans limite imaginable. Le concept de croissance zéro, que ce rapport ne préconisait pas, fut néanmoins une des idées fondatrices de l’écologie politique.’’ http://fr.wikipedia.org/wiki/Club_de_Rome

Le directeur de ce projet ’’Predicament of Mankind’’ Situation de l’Humanité, a été le physicien américain Dennis Meadows.

Toute l’équipe avait été quelque peu moquée, accusée de jouer les épouvantails, les oiseaux de mauvais augures.

En mars 2012, soit 40 années après la publication du fameux rapport, Dennis Meadows est revenu un instant sur le devant de la scène pour persister, signer, confirmer et prouver qu’il avait très bien vu le futur du progrès humain.

Dans une interview au journal français Le Monde, prié de faire le point sur ses conclusions de 1972, le physicien a répondu :

dennis meadows

’’… Tout scientifique comprend qu’il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système.

Pourtant, l’idée commune est, aujourd’hui encore, qu’il n’y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu’il y en a, on vous répond généralement que ce n’est pas grave parce que l’on s’approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s’arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n’est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement…

… L’effondrement caractérise une société qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins élémentaires : nourriture, santé, éducation, sécurité…

… Certains pays sont déjà dans cette situation, comme la Somalie par exemple. De même, le “printemps arabe”, qui a été présenté un peu partout comme une solution à des problèmes, n’est en réalité que le symptôme de problèmes qui n’ont jamais été résolus. Ces pays manquent d’eau, ils doivent importer leur nourriture, leur énergie, tout cela avec une population qui augmente…’’

Interrogé à propos de son assertion sur l’inéluctabilité de l’arrêt de la croissance mondiale, Dennis Meadows explique :

’’ La croissance va s’arrêter en partie en raison de la dynamique interne du système et en partie en raison de facteurs externes, comme l’énergie. L’énergie a une très grande influence. La production pétrolière a passé son pic et va commencer à décroître. Or il n’y a pas de substitut rapide au pétrole pour les transports, pour l’aviation… Les problèmes économiques des pays occidentaux sont en partie dus au prix élevé de l’énergie.

Dans les vingt prochaines années, entre aujourd’hui et 2030, vous verrez plus de changements qu’il n’y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l’environnement, de l’économie, la technique. Les troubles de la zone euro ne représentent qu’une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique.’’

Mais pourtant, lui oppose-t-on, la croissance de la Chine est phénoménale. Il répond :

’’… Il est impossible de faire durer ce genre de croissance. Dans les années 1980, le Japon tenait ce type de rythme et tout le monde disait que, dans vingt ans, il dominerait le monde. Bien sûr, cela n’est pas arrivé. Cela s’est arrêté. Et cela s’arrêtera pour la Chine.’’

Lire l’intégralité de l’interview ici : http://www.les-crises.fr/meadows-croissance-mondiale/

 global footprint

II°) Le lundi 18 août 2014, lundi dernier, donc, a été baptisé par l’ONG Global Footprint Network le « Jour du dépassement », date à laquelle la consommation de l’humanité en ressources naturelles excède ce que la nature est capable de générer en un an sans entamer son capital.

Global Footprint Network est un Think Tank ou laboratoire d’idées international qui mesure la durabilité écologique au moyen de l’Empreinte Ecologique, un outil de comptabilité qui mesure la quantité de ressources naturelles dont nous disposons, combien nous en utilisons, qui les consomme et lesquelles.

Il travaille à mettre fin au dépassement écologique et à créer une société où tout le monde vit bien en respectant les moyens d’une seule planète en rendant centrales les limites écologiques dans les prises de décision.

http://www.footprintnetwork.org/fr/index.php/gfn/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Empreinte_%C3%A9cologique#cite_note-13

Le système de calcul est très simple à comprendre:

La planète Terre dispose de 12 milliards d’hectares et en 2014, d’une population humaine de 7 milliards 250 millions d’habitants.

Sachant qu’actuellement, pour satisfaire les besoins moyen de chaque être humain, il faudrait plus de 2,6 hectares –chiffre exact des besoins pour l’année 2006-, nul besoin de sortir d’MIT ou de Polytechnique pour juger de la gravité de la situation : Il faudrait en fait, non pas 12, mais 18,9 milliards d’hectares.

Mais la véritable tragédie n’est pas là : elle réside dans l’incroyable inégalité qui règne dans le partage des ‘’hectares’’ disponibles … :

Pour rester dans la pudeur et fuir autant que faire se peut le sensationnalisme, disons que l’Indien dispose de moins d’un hectare, le Marocain d’1,3 hectare, le Français de 4 hectares, l’Américain des USA de 8,4 hectares et le Canadien de 13,4 hectares.

De surcroît, la richesse des 1% d’individus les plus riches du monde s’élève à … 65 fois la richesse totale de la moitié la moins riche de la population humaine … Cette moitié possède l’équivalent de la richesse détenue par les 85 personnes les plus riches du monde.

La tendance s’infléchit-elle ? – Certainement pas : Les 1% les plus riches ont augmenté leur part de revenu dans 24 des 26 pays pour lesquels l’ONG dispose des données entre 1980 et 2012. Aux États-Unis, les 1% les plus riches se sont accaparé les 95% de la croissance postérieure à la crise financière depuis 2009, tandis que les 90 % les moins riches se sont appauvris, note également le rapport de l’ONG.

Sept personnes sur dix vivent dans un pays où l’inégalité économique a augmenté au cours des 30 dernières années.

Cerise sur le gâteau, une étude menée aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Brésil, en Inde, en Afrique du Sud et en Espagne, révèle qu’une majorité de la population pense que les lois sont biaisées en faveur des riches…

Largement inspiré de http://www.jolpress.com/rapport-oxfam-inegalites-richesses-mondiales-pauvrete-forum-economique-mondial-davos-article-824075.html

Revenons à l’empreinte écologique mondiale, plus concrètement : elle a, en fait, dépassé la capacité biologique de la Terre à produire nos ressources et absorber nos déchets depuis le milieu des années 1980, ce qui signifie que l’on surconsomme déjà les réserves, en réalité en surexploitant les milieux.

À la mi-novembre dans les années 1980, en octobre dans les années 1990, en septembre dans les années 2000… Le constat est donc implacable : Le « Jour du dépassement » tombe de plus en plus tôt, signe, selon l’ONG, du niveau de vie de moins en moins soutenable de Terriens de plus en plus nombreux.

Si la Terre a été pendant très longtemps à même de répondre aux besoins des hommes sans s’épuiser, le « seuil critique » a été franchi dans les années 1970 avec la hausse de la consommation et de la population, rappelle Global Footprint Network. Et notre « dette écologique » n’a depuis cessé de grossir.

Aujourd’hui, 86% de la population mondiale vit dans des pays qui demandent plus à la nature que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler ».

Selon Global Footprint Network, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l’empreinte actuelle de l’humanité. Même si les chiffres sont mauvais, « nous pouvons encore prendre des mesures audacieuses et construire un avenir prospère, fondé sur l’utilisation durable des ressources. Mais il faut agir maintenant », déclare la directrice des programmes de conservation du WWF France, Diane Simiu.

http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20140819.OBS6633/jour-du-depassement-l-humanite-vit-a-credit-depuis-hier.html

La tendance à l’augmentation n’a pas encore pu être inversée, en raison de la difficulté de changer les modes de consommation et de production, en dépit des engagements et objectifs de développement durable établis aux Sommets de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 et de Johannesburg en 2002.

Bien évidemment, comme toujours en pareil cas, cent voix se sont élevées pour ratiociner et réclamer la révision des méthodes de calcul, de l’approche et du choix des paramètres retenus. Il n’en demeure pas moins qu’il serait totalement indécent de faire comme si l’on ne voyait pas que l’humanité est en train de s’endetter, de scier la branche sur laquelle elle est assise et d’hypothéquer son avenir au point de le compromettre.

luc ferry

Alors que faire ? Le philosophe – et ancien ministre français- Luc Ferry, connu pour son bon sens et son franc-parler, dans le cadre d’un débat avec Dominique Bourg, autre philosophe français, a proposé trois solutions qui, si elles ne se prétendent ni ne sont définitives, pourraient en tout cas permettre d’infléchir notre consommation suicidaire :

’’La première serait d’imposer la décroissance de manière autoritaire. Je n’y crois pas, et ce serait calamiteux. La deuxième, c’est la régulation démographique. La troisième, c’est l’innovation scientifique.’’ Et d’illustrer son propos par un exemple très simple : ’’Si l’on remplaçait aujourd’hui les ampoules traditionnelles par des LED, les ampoules à diode électroluminescentes, on pourrait “économiser” 600 centrales électriques dans le monde. Le pari de l’innovation n’est pas gagné, mais il faut l’allier à celui de la baisse démographique si l’on veut s’en tirer.’’

Cette double nécessité vitale presse, car comme déjà dit, une planète et demie sont déja nécessaires pour assumer durablement les besoins des Terriens pendant un an. Probablement 2 avant la fin du siècle…

Lire le débat ici : http://www.philomag.com/lepoque/breves/le-jour-du-depassement-dette-ecologique-et-metaphysique-7981

 monde

III°) Chaos écologique et injustice insupportable semblent donc constituer les structures de notre apocalyptique futur. L’école nous avait appris que l’homme est un animal doué de raison. Alors, du moins, devrait-on avoir la consolation d’une fraternité objective, d’une simple alliance entre tous ? Il est bien difficile de croire que les efforts anciens n’ont pas réussi à inculquer dans l’esprit de tous les humains une morale élémentaire, à même de fédérer les bonnes volontés, de mutualiser les énergies, les réflexions tout au moins ! Qui donc peut être assez borné, au sens étymologique et bien physique du terme pour penser qu’il peut s’en tirer seul ? Qui ne voit pas que seule la conscientisation, la mobilisation et les efforts de tous peuvent permettre de trouver des réponses concrètes aux problèmes des humains ?

Visiblement seuls sont partagés, n’en déplaise à René Descartes, l’aveuglement, l’égoïsme effréné, la bêtise, la démagogie et l’inconséquence.

Durant cette toute petite semaine écoulée, çà et là de par le monde, cela s’est illustré de façon abominable, sauvage et bien évidemment totalement inutile. Passants paisibles, jeunes promeneuses, enfants jouant sur une plage, élèves étudiant à l’école, journalistes en mission, footballeur qui n’a pas marqué de but, simples citoyens tranquilles, croyants de telle ou telle chapelle, aucun groupe n’a été à l’abri de l’assassinat et le désert moral fait que jamais les coupables ne paieront…

L’autre hier après-midi, sur le parvis d’un haut lieu de prière, une centaine d’enfants ébahis écoutaient et regardaient un spectacle de marionnettes qui leur contait ce récit de la Bible et du Coran :

’’Dieu, ayant observé la méchanceté et la perversité des hommes, décida de faire tomber un déluge sur la Terre pour y détruire toute vie, ’’depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel’’.’’

’’Si Noé s’adressait à nous aujourd’hui, il ferait l’inventaire de tous les dangers qui touchent la terre et avec elle l’humanité : la surpopulation, la prolifération chimique et nucléaire, les génocides, le mépris des enfants, la dévastation des forêts, les manipulations génétiques. Il nous appellerait à la raison avant le point de non-retour.

Comme au temps de Noé, les hommes ne veulent pas entendre le message. Les pollueurs savent qu’ils ont tort mais font la sourde oreille pour sauvegarder leurs pouvoirs et leurs intérêts. Ils opposent toute sorte d’arguments pour ne pas entendre le cri d’alarme alors qu’ils connaissent parfaitement la gravité du problème. Si un discours n’est pas vrai, je peux le contester. S’il l’est, le lâche et l’incrédule préfèrent ne pas l’entendre et se boucher les oreilles. Mais notre époque, contrairement à celle de Noé, est tellement médiatisée qu’il est impossible de feindre l’ignorance.

« Ils se sont enveloppés dans leurs vêtements » signifie se réfugier derrière les systèmes économiques, idéologiques ou philosophiques et, pour se déculpabiliser, accuser l’autre ou une autorité supérieure…’’

http://oumma.com/Histoire-des-Prophetes-Noe-sur-lui

Bonne rentrée …

mo’

 

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