Confession 2

…suite…

La lecture

… A lire le Coran ? Disons plus modestement à le déchiffrer, sans plus. Néanmoins, à force de lectures répétées et de bonne volonté, je parvins à isoler quelques propositions, çà et là, à les analyser et en saisir un sens. Mais du gigantesque et divin patchwork, les grandes énonciations promises m’échappaient toujours et les lumières ne m’aveuglaient guère.

Qui donc aurait pu m’aider et guider ma lecture ?

Il n’y a pas de clergé dans le sunnisme, courant majoritaire qui regroupe environ 90% de tous les Musulmans et dont ressortissent mon microcosme et ma famille. Dans ce courant, les seuls officiants sont le muezzin – ou héraut appelant à la prière, et l’imam – ou ’’celui qui dans la prière, se tient en avant’’, qui est un membre de la communauté, désigné pour conduire cette prière et pouvant parfaitement être changé d’une prière à l’autre.

Bien sûr, j’aurais pu consulter un ’’alem’’, un ’’savant’’, dit ’’docteur de la foi’’, et dont le rôle est précisément d’émettre sous forme de proposition des avis sur le sens et l’interprétation du Texte.

Hélas, tout d’abord – et je sais que ce n’est pas forcément là, une preuve d’intelligence,  je suis très méfiant lorsque je demande ma route. J’ai en effet toujours peur que, ce faisant, l’on en profite pour m’influencer, voire me tromper.

Ensuite, sans dénigrer le moins du monde la valeur de ces savantes personnes, je sais que je ne comprends vraiment et ne retiens que ce que je cherche et trouve par moi-même.

J’ai donc préféré fouiller le Texte par la lecture. Lire, lire encore et relire, m’informer, apprendre, comparer, rechercher, discuter, débattre rarement, partager quelquefois, mais toujours tirer les conclusions par moi-même.

A chaque fois que je referme le Livre et que ma lecture s’ achève sur ce court et dernier 114ème chapitre intitulé ’’Les Hommes’’, composé de 6 versets et qui cite par 5 fois le mot-titre, je le repose gravement et m’interroge à propos du progrès fait dans la compréhension.

Lorsque ma quête est positive, j’en reste béat, parfaitement heureux. Un sens nouveau, une signification non vue précédemment, et de bien rares fois hélas, un éblouissement !

Grotte Hira

La Grotte Hira, l’endroit où Mahomet aurait reçu le premier verset du Coran

Il est bien évidemment hors de mes modestes capacités de proposer quoi que ce soit en la matière mais je veux juste partager quelques beaux moments passés à rechercher et tenter de comprendre le Texte fondateur de l’Islam.

Al 3alaq

Sourate 96. L’Adhérence – (Al ‘Alaq)

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

1. Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé,
2. qui a créé l’homme d’une adhérence.
3. Lis! Ton Seigneur est le Très Noble,
4. qui a enseigné par la plume,
5. a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.
6. Prenez-garde! Vraiment l’homme devient rebelle,
7. dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même.
8. Mais, c’est vers ton Seigneur qu’est le retour.
9. As-tu vu celui qui interdit
10. à un serviteur de Dieu de célébrer la prière ?
11. Vois-tu s’il est sur la bonne voie,
12. ou s’il ordonne la piété?
13. Vois-tu s’il dément et tourne le dos?
14. Ne sait-il pas que vraiment Dieu voit?
15. Mais non! S’il ne cesse pas, Nous le saisirons certes, par le toupet,
16. le toupet d’un menteur, d’un pécheur.
17. Qu’il appelle donc son assemblée.
18. Nous appellerons les gardiens.
19. Non! Ne lui obéis pas; mais prosterne-toi et rapproche-toi.

1° La première Révélation : l’origine

J’appris avec une immense émotion que le premier mot révélé au prophète fut l’ordre divin : ’’Lis’’ ! Autrement dit : ’’Accède au savoir, pénètre la science qui est l’étude de la nature, du fonctionnement de l’univers et des principes régissant toutes leurs interactions.’’ Cet ordre s’adressait à un homme ’’qui ne savait ni lire ni écrire’’ et qui dut taire longtemps ses révélations, doutant très humainement de sa raison.

Mais l’on traduit aussi l’injonction par ’’Récite’’ ! Hors, pour bien comprendre l’étendue de la difficulté de la traduction, il faut savoir que le mot signifiant cet ordre ’’اقرأ’’ bénéficie d’une richesse sémantique inouïe, puisqu’il peut vouloir dire : ’’Réciter, transmettre oralement, dire, lire, citer, étudier, énoncer, rassembler les diverses parties en un tout, faire la synthèse, réunir, être pleine (femelle et son fétus) et mettre bas, avoir ses règles finies, souffler régulièrement (pour le vent)…’’ (1)

N’allons pas très loin : dans cette même Sourate-Chapitre, qui comporte 19 Ayates-Versets, première révélée au Prophète donc, intitulée ‘’العلق‘’ – ‘alaq, titre traduit par ’’L’accrochement’’, ’’L’adhérence’’ ou ’’Le caillot de sang’’.

Le mot ’alaq a des sens multiples et curieusement, sinon complémentaires, du moins concomitants : Agglutination, agglomération, adhérence, attachement, grumeau, embryon, ce qui s’attache, se colle, s’agglutine, s’accroche, affection constante, attache, lien, sangsue … (1)

Alors peut-on réellement se contenter des perceptions habituelles et des traductions littérales ? J’ai cherché, j’ai réfléchi et j’ai trouvé dans un vieux dictionnaire libanais que le fameux mot ‘alaq désignait également l’algue ! L’algue, symbole d’une vie sans limite, et que rien ne peut anéantir, vie élémentaire, nourriture primordiale. (2).

Ailleurs (3) on m’a appris qu’il existe dans le Coran au moins 6 anthropogonies différentes : nutfa  qui désigne la goutte de sperme ou d’eau des lombes ; tin, l’argile ; ard, la terre ; ‘alaq, l’adhérence, le grumeau, le sang coagulé ; damm, le sang ; et nafs, le souffle.

Que faut-il donc retenir ?

Dictent les pouvoirs et enseignent les écoles, mais tous et toutes passent et, à termes irréguliers, change l’appréhension du Texte, immuable, lui !

J’ai été tenté – influencé probablement par la vogue d’un temps, de rechercher dans ce texte une vérité mathématique et j’ai rapproché – avec ma manie de la logique – sa souplesse sémantique des théorèmes d’incomplétude de Kurt Gödel dont j’ai déjà parlé ici (4) et dont voici l’énoncé … :

  1. Dans n’importe quelle théorie récursivement axiomatisable, cohérente et capable de « formaliser l’arithmétique », on peut construire un énoncé arithmétique qui ne peut être ni prouvé ni réfuté dans cette théorie.
  2. Si T est une théorie cohérente qui satisfait des hypothèses analogues, la cohérence de T, qui peut s’exprimer dans la théorie T, n’est pas démontrable dans T.

Ces théorèmes nous enseignent donc que même les démonstrations mathématiques peuvent dépendre des axiomes que l’on accepte d’y mettre en œuvre. Or un axiome est par définition ’’une proposition considérée comme évidente, admise sans démonstration’’.

Peut-on amalgamer la profondeur de la foi et le besoin de démonstration mathématique ? Certains, peu enclins à la moindre concession en matière de logique, se le permettent.

Peut-être serait-il plus significatif et convaincant d’interroger les logiciens et mathématiciens sur leur rapport au religieux ? Le précité Kurt Gödel qui a ’’commis’’ quelques ouvrages de philosophie a apporté réponse à cette interrogation. Pour lui :

– ’’Le monde est rationnel. – La raison humaine, peut, en principe, être développée de manière plus importante. – Il y a des méthodes systématiques pour la résolution de tous les problèmes. – Il y a d’autres mondes et d’autres êtres rationnels, différents ou supérieurs à nous. – Le monde dans lequel nous vivons n’est pas le seul dans lequel nous ayons vécu et où nous devons vivre. – Le matérialisme est faux. – Les religions sont, en général, mauvaises, mais la Religion ne l’est pas.’’ (5)

Evidemment, dans ce modeste cadre, reste à préciser quelle est cette ’’Religion’’.

Interrogeons maintenant l’ami intime de ce mathématicien, autre sommité de la science, le physicien Albert Einstein qui expliqua à cent reprises que sa foi était une ’’admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. » Il poursuivait, pour être encore plus clair : ’’D’autre part, tout individu réellement passionné par l’évolution de la science est convaincu de la présence d’un esprit derrière les lois de l’univers, un Esprit bien supérieur à celui de l’homme, et devant lequel on doit se montrer fort humble. »(6)

2° La question de la Prédestination :

Al An'am

Sourate 6. Les bestiaux (Al-An’am).

  1. ’’Les associants diront : Si Dieu l’avait voulu nous n’aurions pas commis l’associationnisme, ni nous, ni nos parents, nous n’aurions rien déclaré d’illicite, voilà comment leurs devanciers ont menti jusqu’à ce qu’ils goûtent de notre rigueur. Dis, avez-vous quelque science à nous montrer, vous ne suivez que la conjecture et ne faites que supputer.’’

Al Hadid

Sourate 57. Le fer (Al-Hadid).

  1. ’’Point d’accidents qui adviennent sur la terre ou en votre personne sans figurer au Livre avant que nous ne les suscitions – ce qui est à Dieu bien facile.’’

Al Hajj

 

Sourate 22. Le pèlerinage (Al-Hajj).

70.’’Sais-tu que Dieu connaît ce qui se trouve dans le ciel et sur la terre, tout cela se trouve inscrit dans un livre. Ceci est pour Dieu chose facile.’’

Il m’a toujours paru éminemment important de lire et relire cent fois ces versets-là, à même, selon moi, d’éclairer la question de la prédestination d’une lumière quelque peu différente de celle communément admise : Cette prédestination, qu’est-elle ?  Comme dit plus haut, la compréhension se livre peu à peu et la réflexion est absolument nécessaire pour  y parvenir…

Comment expliquer la Sourate de la Caverne dont on connait l’importance ? Comment expliquer cette liberté laissée à l’homme de croire ou de ne pas croire ? Lisons :

Al kahf

Sourate 18. La Caverne (Al Kahf)

  1. Et dis : « La vérité émane de votre Seigneur ». Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie ». Nous avons préparé pour les injustes un Feu dont les flammes les cernent. Et s’ils implorent à boire on les abreuvera d’une eau comme du métal fondu brûlant les visages. Quelle mauvaise boisson et quelle détestable demeure!

Il nous faut rechercher la vérité ailleurs et forcément dans le Texte. C’est l’Ijtihad , mot qui a deux sens distincts dans le cadre de l’étude coranique : Au sens restreint, c’est l’effort par lequel le juriste recherche la solution d’une question inédite relative à la Loi. Dans un sens plus large, c’est l’effort des Musulmans pour se réformer et s’adapter en permanence : (3).

Certains n’hésitent d’ailleurs pas à traduire Ijtihad par ’’libre-arbitre’’, cette ’’faculté qu’aurait l’être humain de se déterminer librement et par lui seul, à agir et à penser, par opposition au déterminisme ou au fatalisme, qui affirment que la volonté serait déterminée dans chacun de ses actes par des « forces » qui l’y nécessitent. « Se déterminer à » ou « être déterminé par » illustrent l’enjeu de l’antinomie du destin ou de la « nécessité » d’un côté et du libre arbitre de l’autre.’’ (7)

Ce libre-arbitre est absolument nécessaire au progrès humain et la triste preuve en est que pour expliquer le déclin de l’âge d’or arabo-musulman, ’’tous (les historiens) reconnaissent que, par-delà les destructions de bibliothèques et de madrassas par les conquérants mongols et les Croisés, l’instabilité politique et la primauté donnée à la tradition (taqlīd) aux dépens de l’ijtihad (libre-arbitre) au XIIe siècle, ont mis un terme au dynamisme des sociétés islamiques. (8)

Peut-on conclure pareil débat ? Bien évidemment non et la recherche doit, comme dit plus haut se poursuivre inlassablement.

Il ne sera certes pas inutile de rappeler les premiers versets de la Sourate Al Furqane (le discernement) :

Al Furqane

Sourate 25. Le discernement (Al Furqane).

’’1. Béni soit Celui qui a révélé graduellement le Livre du discernement à Son serviteur, pour qu’il avertisse l’Univers !

 2. Béni soit Celui qui détient le Royaume des Cieux et de la Terre, qui ne S’est donné aucune progéniture, qui n’a pris aucun associé dans Son Royaume et qui a créé toute chose avec mesure !’’

La racine du mot arabe exprimant entre autres la mesure  »قدر »  (qadara) est elle aussi d’une grande richesse sémantique qui s’étend de la capacité à ’’faire cuire’’ jusqu’au concept de ’’pouvoir’’ et pour expliquer cette simple phrase, probablement une vie entière ne suffirait-elle pas.

3° La liaison de grâce : La prière

La prière est le second des 5 piliers de l’Islam, après la profession de foi, et avant  l’aumône, le jeûne du mois de Ramadan et le Pèlerinage à la Mecque. C’est dire son importance. Mais en quoi consiste la prière ? Là encore, la racine du mot arabe, صلي ,(Sala’) est polysémique et signifie le prière, la bénédiction, suivre le premier, courir après quelqu’un,  suivre, effectuer la liaison de grâce. (1)

Qu’en dit le Coran ?

Al BAQARA

Sourate 2. La vache (Al Baqara).

  1. Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi.. alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés.

Al Bayyina

Sourate 98. La Preuve (Al Bayyina).

  1. Il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d’accomplir la Salat et d’acquitter la Zakat. Et voilà la religion de droiture.

Al Ahzab

Sourate 33. Les Coalisés (Al Ahzab)

  1. Certes,  Allah et Ses Anges prient sur le Prophète; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez vos salutations.

Je ne vois nulle part trace de coercition, mais plutôt une invitation à la réflexion et à l’introspection, comme toujours et partout dans le Texte.

Les exemples illustrant le propos se sont voulus les plus symptomatiques possible de la réflexion ayant conduit à cette confession que je conclurai dans le prochain post  par mes  modestes et magnifiques acquisitions rendues possibles grâce à la Lecture.

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Notes

  1. Une approche du Coran par la grammaire et le lexique. M. Gloton, Ed. ALBOURAQ
  2. Dictionnaire des symboles. J. Chevalier et A. Gheerbrant Robert Lafont/Jupiter, collection BOUQUINS
  3. Dictionnaire du Coran. Sous la direction de Mohamed Ali Amir-Moezzi, Ed. Robert Lafont, collections BOUQUINS
  4. http://wp.me/p62Hi-2uJ
  5. http://www.philisto.fr/article-4-la-philosophie-de-kurt-godel.html    
  6. http://www.samizdat.qc.ca/cosmos/sc_nat/Einstein_dg.htm
  7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libre_arbitre
  8. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_d’or_islamique#Les_causes_du_d.C3.A9clin_:_une_question_pol.C3.A9mique

Autres sources :

… à suivre …

 

mo’

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