the biginning of jazz

’’Le jazz est la révolte de l’émotion contre la répression.’’ Joël A. Rogers in ’’Le Nouveau Noir’’

Le Jazz !… Tout y est mystère : concernant l’origine de son nom et sa définition, nous n’avons aucune certitude. Conséquemment, de sa caractérisation non plus.

Au plan de l’étymologie, le double ’’z’’ fait-il partie de la racine du mot ? Doit-on s’en tenir à la phonie ? La parenté de la dernière lettre de l’alphabet français avec les autres constrictives ’’s’’ et du ’’ç’’ est-elle significative ou forcée ? Est-ce un mot français – jaser ? Cajun – jazz-belles pour Jézabel, séductrice, prostituée ? Américain – jizz, hurler de plaisir ? Bantou –jaja, jasi, excitation, danse ? Indonésien – jasé baqti, danse rythmique ?

La Nouvelle-Orléans est un des fonds baptismaux du jazz. On y parle le cajun – déformation péjorative de ’’cadien’’ – d’Acadien, Canadien français installé en Louisiane, ceci pourrait favoriser l’hypothèse de l’étymologie française du mot ’’jazz’’.

Le verbe ’’jaser’’, phonétiquement ’’zaze’’, d’origine onomatopéique, existe en français depuis le début du XVIème siècle et a toujours signifié ’’ :

  • Émettre une succession de petits cris
  • Émettre son cri – en parlant de certains oiseaux
  • Produire un bruit léger et continu
  • Bavarder
  • Parler abondamment, parfois pour le plaisir de parler
  • Parler trop, dénoncer
  • Parler beaucoup et de manière désobligeante
  • Rapporter des propos futiles

S’agissant d’une musique de Noirs, il semble probable qu’on lui ait donné ce nom -pour le moins réducteur- en signe de mépris. On dit que le prestigieux Duke Ellington en avait horreur et suggéra de remplacer ’’jazz’’ par ’’Negro music’’

Le jazz est forcément né des deux autres formes de musique autorisées pour les Noirs : Les chants de travail et les chants religieux.

 Old song by a chain gang – Lightning- Long John

Dans les chants de travail ou Work songs, on distingue les chants des ouvriers agricoles, les chants des artisans et les chants des prisonniers.

« Rosie », Enregistrement d’un authentique chant de prisonniers noirs 

Pour ce qui est des chants religieux, ceux-ci se divisent également en Negro Spirituals, chants nés parmi les esclaves au XVIIIème siècle, et qui dérivent directement de racines africaines …

Steal Away – Mahalia Jackson & Nat King Cole

… et en Gospel, – de ’’Godspell’’ : parole de Dieu – chants religieux chantés par les chrétiens noirs, d’abord par les protestants, qui prennent la suite des Negro spirituals.

 Amazing Grace – Harlem Gospel Choir

 Puis arriva le Ragtime dont on situe la naissance un peu avant 1900. Le mot est également passablement méprisant et semble désigner une musique très syncopée et rapide, issue des musiques africaines, et empruntant ses thèmes à la musique des blancs. Il s’agit d’une musique de société, à laquelle se mêle intimement la danse.

 Maple Leaf Rag – Scott Joplin

 

 Midnight Special – LeadBelly

 Ce Blues Primitif s’est ensuite décliné en country blues donc, comme ci-dessus, puis en urban blues, lequel s’est lui-même subdivisé sous des AOC géographiques diverses : New-York, Memphis, Saint-Louis et Chicago principalement.

Bien que constituant normalement deux genres différents, le Blues et le Ragtime furent souvent profondément imbriqués au point d’être impossibles à distinguer.

Ces divers apports constituèrent peu à peu un nouveau genre musical, joué en solitaire ou en groupe.

la première époque Jazz

C’est le début de la période ’Swing’’, mot qui signifie ’’se balancer, danser dans l’espace’’. Si pour certains, le swing a accompagné toute l’histoire du jazz, pour d’autres, il s’est plutôt cristallisé durant les années 1930-1940 avec l’avènement des big bands, des orchestres. En fait, cet élément fondamental du jazz classique se rapporte à la pulsation.

A l’origine donc, le jazz se jouait en solo, duo ou trio. La configuration classique était à l’origine, un banjo, une percussion et la voix. Ces ensembles se structurèrent peu à peu, mais il faudra attendre le milieu des années 20 pour parler de véritable ensemble, orchestre ou band.

SUGARFOOT STOMP – Fletcher Henderson and his orch. – 1925

’’La formation la plus traditionnelle emploie quatre sections instrumentales, appelées aussi pupitres :

 One O’ clock Jump / I Can’t Stop Loving You – Count Basie & His Orchestra

  • les saxophones : deux saxophones alto, deux saxophones ténor et un saxophone baryton. Souvent multi instrumentistes, les saxophonistes peuvent tenir d’autres instruments à anche, comme la clarinette et le saxophone soprano, ou quelquefois la flûte.
  • les trombones, au nombre de quatre, le quatrième étant souvent un trombone basse ;
  • les trompettes, également au nombre de quatre et parfois cinq, utilisent aussi parfois des cornets ou bugles ;
  • la section rythmique : piano (ou orgue), contrebasse (ou basse) et batterie, complétée souvent par la guitare et parfois par diverses percussions ;

Stompin’ at the Savoy – Chick Webb and Orch. 1937

 Parfois, d’autres instruments viennent compléter l’ensemble : tuba, cor d’harmonie, vibraphone, etc. On y retrouve parfois également un ou plusieurs chanteurs qui interprètent les chansons ou les mélodies (ce qui donne parfois du « scat ») en solo, accompagnés par le reste de l’orchestre.

« Take the A Train », Duke Ellington, 1943

Le directeur, qui est parfois également compositeur et arrangeur, est chargé de la cohésion de l’orchestre et donne parfois son nom au « big band ».’’  http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_band

 Chattanooga Choo Choo – Glenn Miller Orchestra – 1941

A la frontière entre le jazz et la musique de danse, la musique de l’orchestre de Glenn Miller, au début des années 40 apparait à beaucoup comme de la mièvrerie fadasse et inconsistance, très éloignée de la profondeur du jazz ’’noir’’.

« Sing, Sing, Sing » du Benny Goodman Orchestra Avec Gene Krupa aux Drums -1937

Un cran nettement au-dessus, on trouve celui qui fut consacré ’’roi du swing’’, Benny Goodman qui ose défier les mœurs de l’époque en embauchant des solistes noirs tels que le pianiste Teddy Wilson, le vibrationniste Lionel Hampton, le trompettiste Cootie Williams et le guitariste Charlie Christian .

Et ce n’est qu’à partir de ces années 40 qu’on pourra parler du jazz en tant que genre musical à part entière…

’’Je suis persuadé qu’il nous est donné de pouvoir adopter, lorsqu’il le faut, diverses attitudes de réceptivité et de compréhension. Cela ne nous achemine pas nécessairement à juger le jazz dans la perspective de l’art occidental ; cela nous incline plutôt à élargir notre horizon pour y faire place à la seule musique d’esprit populaire de notre temps qui soit universelle et n’ait pas sombré dans la vulgarité.’’

André Hodeir in Hommes et Problèmes du Jazz, 1954. Editions Parenthèses, 1981

 

mo’

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