soirée d'automne

Ce jour d’hui, je vous convie à une soirée d’automne. Au menu, de la poésie, de la musique, trois onces de culture et un plat unique, un potage, consistant certes, riche, assurément, mais bourré de vitamines et de vertus diététiques. Il vous ramènera à des milliers d’années en arrière, au temps où il n’existait aucune autre nourriture composée cuite que le potage. A cette époque, l’on pouvait également manger des végétaux, fruits et légumes et lorsqu’on arrivait aux pissenlits et qu’on les dégustait par la racine, cela voulait dire qu’on était … mort !

L’expression  »manger les pissenlits par la racine » veut dire d’une personne qu’elle est morte et enterrée. Cette expression a vu le jour dans le courant du XIXème siècle alors qu’en Occident, les morts étaient encore également enterrés directement avec la terre dessus et la face tournée vers le haut. Ainsi, les racines pouvaient facilement arriver jusqu’au mort. Pourquoi avoir choisi le pissenlit ? Il semblerait que cette plante pousse très vite sur la terre fraichement retournée.

Revenons à la nourriture des vivants : Oui, le potage est le premier produit de la cuisine humaine : de l’eau, quelques ingrédients plus ou moins riches, plus ou moins savoureux, que l’on faisait bouillir tous ensemble. Dans ce potage, on faisait tremper des galettes de céréales, puis, du pain lorsque celui-ci apparut, en Egypte, il y a quelques 5000 années.

On a proposé diverses étymologies pour le mot  »soupe », et les principales sont :

– le bas latin « suppa » qui signifie « tremper »   
– le francique « sûppa », puis le français sope qui devient « soupe »   
– le germanique « supon » qui signifie « assaisonner »
– l’indo-européen « sû-pô », qui, en sanscrit veut dire « bien-nourri »   
– le néerlandais « sopen » qui signifie « tremper ».

Vous saurez ainsi pourquoi on dit : ’’trempé comme une soupe’’… la plupart du temps sans en connaître le sens véritable : la soupe, c’est ce que l’on trempe, et non le liquide qui lui, est le potage … 

Le potage que je voudrais partager avec vous existe dans toutes les cuisines, mais je vais vous proposer sa version italienne, qui est ma préférée, et qui est connue sous le nom de minestrone. L’étymologie de ce mot est quelque peu humoristique et mérite qu’on s’y arrête 2 secondes : ’’minestrone’’ vient du verbe latin ’’ministrare’’ qui signifie ’’servir’’ et qui a donné, entre autres, le mot ministre … car à l’origine un ministre c’était fait pour servir… Rigolo, non ? Quoi qu’il en soit, la forme ’’minestrone’’ est l’augmentatif de minestra, ’’service’’ – de restauration, puis ’’soupe’’ … C’est donc une grande soupe, une soupe riche, un repas complet …

minestrone

Bon, à toute à l’heure pour la recette. Pour l’instant, voici la soupière, les bols et les cuillers : chacun se sert et vient s’asseoir pour écouter et parler…

Mais – on ne se refait pas – je ne puis résister à la tentation de vous dire que l’image de la soupière bien ronde est archi-utilisée en marketing pour donner une connotation familiale, évoquer la sécurité procurée par la nourriture préparée par une maman, provoquer la quiétude et le calme…

L’automne : Pour beaucoup, c’est le début du déclin. Peut-être, mais avant, c’est au contraire l’explosion de la vie, le moment de la récolte, celui ou tout le vivant livre sa production, portée, couvée, fruits, la vie explose et s’impose. Les couleurs y sont violentes et l’homme récolte à ce moment-là ce qu’il a semé. Le soleil et la pluie, le vent et la luminosité y joutent et comparent leurs adresses : l’assurance et la sagesse sont effectives, la vie triomphe.

Khalil Gibran, qui n’a pas écrit que son célébrissime ’’Le Prophète’’, dit de l’automne, dans ’’Le sable et l’écume’’ – un recueil de 322 maximes et aphorismes sur la liberté, la justice, l’amour, l’art, le temps, l’espace, la guerre, le génie, le bien et le mal, les lois, les valeurs morales, le savoir, le sacré… :

’’En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsque avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles.’’

Sa compatriote Faïruz ne pouvait évidemment laisser passer l’occasion de donner son point de vue. Elle le fit en donnant une étrange version d’un des standards de la musique populaire occidentale des années 40/50 : ’’Les feuilles mortes’’.

Fairuz – Les feuilles mortes (en arabe) …

La chanson ’’Les feuilles mortes’’, écrite par Jacques Prévert et composée par Joseph Kosma a pour origine un thème instrumental composée pour un ballet de Roland Petit Le Rendez-vous en 1945.

Prévert Kosma

Yves Montand l’enregistre dans sa version studio en 1949. La chanson allait connaître, au bout de quelques années un succès international :

 

Yves Montand – Les Feuilles Mortes

Johnny Mercer

Cette même année, Johnny Mercer – auteur-compositeur et interprète qui connut la gloire aux USA entre 1930 et 1950- traduisit les paroles en anglais : Autumn Leaves connut un succès remarquable et devint même un standard du jazz.

Miles Davis – Autumn Leaves

’’Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone.’’

Charles Baudelaire Parfum exotique

Chet Baker & Paul Desmond – Autumn Leaves

l'automne

Dans la symbolique traditionnelle, l’automne est représenté par un lièvre, des pampres de vigne et des cornes d’abondance débordantes de fruits. Quant aux couleurs de l’automne, écoutons ce qu’en dit … Kandinsky dans son ouvrage Du spirituel dans l’art : ’’Le jaune est la couleur typiquement terrestre. (… ) Il fait penser à l’extravagant gaspillage des dernières forces de l’été, dans l’éblouissement criard du feuillage d’automne, privé du bleu, de ce bleu apaisant qu’on ne trouve plus alors que dans le ciel.’’

N’est-ce pas très exactement ce qu’avait exprimé Antonio Vivaldi dans ses fameuses Quattro Stagioni ?

Vivaldi – L’automne

’’Il y a quelque chose du printemps dans l’automne, et les derniers parfums de l’année ressemblent parfois à ses premières émanations.’’ Alexandre Dumas Pauline

Est-ce là l’explication de l’attirance de tous les artistes-interprètes pour le sujet ? Poètes, peintres, musiciens, chanteurs, pas un qui ne se soit laissé séduire par la corruption de son opulence …

Dans ses ’’Contes de la bécasse’’ Guy de Maupassant disait : ’’ L’automne, l’automne merveilleux, mêlait son or et sa pourpre aux dernières verdures restées vives, comme si des gouttes de soleil fondu avaient coulé du ciel dans l’épaisseur des bois.’’

Andrea Bocelli – Les feuilles mortes

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
 
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
 
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la Feuille morte.

Léo Ferré – Chanson d’automne de Verlaine

’’J’aime l’automne, cette triste saison va bien aux souvenirs. Quand les arbres n’ont plus de feuilles, quand le ciel conserve encore au crépuscule la teinte rousse qui dore l’herbe fanée, il est doux de regarder s’éteindre tout ce qui naguère brûlait encore en vous.’’ Gustave Flaubert Novembre

amuse-bouche

J’aime beaucoup la profondeur et la vérité de cette  »polissonne » observation de Balzac dans La comédie humaine : ’’Il est enfin très naturel à la jeunesse de se jeter sur les fruits, et l’automne de la femme en offre d’admirables et de très savoureux.’’

Juliette Greco – Les Feuilles Mortes

’’Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé dans les vergers
Pauvre automne ! Meures en blancheur
Et en richesse de neige et fruits mûrs.’’
Apollinaire Automne malade

Barbra Streisand – Autumn Leaves

’’Les jours sombres et froids de l’automne représentent les approches de la vieillesse ; il n’est rien dans la nature qui ne soit une image de la vie humaine, parce que la vie humaine est elle-même une image de toutes choses, et que tout l’univers est gouverné par les mêmes lois.’’

Vauvenargues Réflexions et Maximes Et l’amour, donc ?

Nat King Cole – Autumn Leaves

Marcher dans une forêt entre deux haies de fougères transfigurées par l’automne, c’est cela un triomphe. Que sont à côté suffrages et ovations ? Cioran De l’inconvénient d’être né

Eric Clapton -Autumn Leaves

Chant d’automne
I
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
II
J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre cœur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou sœur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

 Charles Baudelaire

Edith Piaf – Autumn Leaves (Les Feuilles Mortes)

 Dans le parc…

 »Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude, Sous le ciel pâlissant comme de lassitude, Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents, Bercer l’été qui meurt dans nos cœurs indolents. Nous marcherons parmi les muettes allées ; Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées, Et ce silence, et ce grand charme langoureux Que verse en nous l’automne exquis et douloureux Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres Et des parterres nus où grelottent les marbres, Baignera doucement notre âme tout un jour, Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour. »

Albert Samain, Le chariot d’or

TCHAIKOVSKY – Chanson d’automne (arrangement pour orchestre)

Bon, l’automne ne s’arrête tout de même pas à ces feuilles à la chute nostalgique !

Bien sûr que non et les poètes semblent même avoir une tendresse particulière pour cette saison… Normal, puisqu’elle est la saison de la nostalgie, du temps qui passe, des souvenirs et des regrets aussi

 Les quatre saisons – L’Automne

L’automne fait les bruits froissés De nos tumultueux baisers.
Dans l’eau tombent les feuilles sèches Et sur ses yeux, les folles mèches.
Voici les pèches, les raisins, J’aime mieux sa joue et ses seins.
Que me fait le soir triste et rouge, Quand sa lèvre boudeuse bouge ?
Le vin qui coule des pressoirs Est moins traître que ses yeux noirs.
Charles Cros, Le coffret de santal

Alors n’exagérons pas : les chansons à grand succès célébrant l’automne ne s’arrêtent pas aux Feuilles d’Automne ou aux Feuilles Mortes. Une autre chanson, américaine celle-là, apparue au milieu des années 30, a connu un succès planétaire, Autumn in New York :

Charlie Parker « Autumn in New York »

Le compositeur américain Vernon Duke a écrit « Autumn in New York » pour une émission de télévision, alors qu’il était en vacances à Westport, dans le Connecticut. A la première diffusion, le 27 Décembre 1934, le succès fut très mitigé et d’ailleurs l’émission a été arrêtée 5 mois plus tard…

En fait, elle était bien trop en avance sur son temps car dans la chanson étaient abordés des thèmes épineux à l’époque dans un langage un peu trop vériste…

Il a fallu attendre 1947 et son interprétation par Frank Sinatra pour que la chanson connaisse l’immense gloire qui fut la sienne.

http:// »//www.youtube.com/embed/bmrb29W_Ktk »

Frank Sinatra _ Autumn in New York

Rien à dire, c’est effectivement grandiose et – parait-il – il règne sur la ville surnommée ’’Big Apple’’ une ambiance très particulière au point qu’elle n’échappe à personne. Alors bien sûr, tous les grands se sont emparé de ce standard :

Billie Holiday Autumn in New York

No comment, is’nt it ?

John Coltrane & Stan Getz – Autumn in New York

La marmite qui chante
Sur le feu jaune et bleu
Chante la grosse marmite,
La marmite au pot-au-feu.
La marmite au pot-au-feu
De temps en temps souffle un peu
De sa vapeur : « Teuf, teuf, teu »,
Comme une locomotive.
Le feu lèche la marmite
Sans bruit et la soupe cuit.
Et l’horloge va moins vite :
Elle écoute la marmite,
La marmite au pot-au-feu.
Maurice FOMBEURE

Louis Armstrong & Ella Fitzgerald – Autumn in New York

Allez, mes amis, trêve de bavardage, vous devez avoir faim, je suppose… Approchez donc de l’âtre et apprenez à faire le ’’minestrone’’ !

Recette du minestrone

Le premier secret dévoilé est … qu’il n’existe pas de véritable recette de minestrone. Le ’’gros potage’’ est plus un concept qu’un produit… comme tous les grands plats de toutes les cuisines du monde… Comme tous les standards de jazz aussi. Il existe une base, un thème, et sur cette base, ce thème, chaque exécutant joue selon sa compréhension.

Voici cette base :

Sur un fond à base de carottes, oignons et céleris-branche rissolés, on rajoute une julienne ou une mirepoix d’autres légumes, selon préférence. On ajoute ensuite des féculents dont obligatoirement des haricots blancs et des pommes de terre. Enfin, on fait cuire le tout dans un bouillon préparé à part. (aux nuls et aux paresseux les petits cubes, aux autres, un bouillon frais entièrement fait maison).

La particularité de ce potage, par rapport à d’innombrables autres potages plus ou moins copieux, c’est l’ajout final de pâtes.

Cela vous semble lourd ? Vous êtes dans l’erreur totale car les quantités de tous les 20 ingrédients sont modestes et c’est la symphonie de l’ensemble qui en fait le goût exquis.

Les ingrédients pour 6 personnes :

  1. 2 oignons moyens
  2. 2 gousses d’ail
  3. huile d’olive
  4. 1 branche de cèleri
  5. 1 carotte
  6. 1 grosse pomme de terre
  7. 1 poireau moyen
  8. ¼ de chou vert
  9. 1 courgette moyenne
  10. 75 g de petits pois idéalement frais, sinon surgelés ou à défaut en boite.
  11. 100 g de haricots verts
  12. 75 g de haricots blancs, idéalement frais ou secs et mis à tremper.
  13. 150 g de pâtes courtes, genre coquillettes.
  14. 4 tomates moyennes
  15. 2 l de bouillon fait à part
  16. bouquet garni (laurier, romarin et thym)
  17. persil
  18. sel
  19. poivre
  20. parmesan râpé.

La préparation

  • Hacher finement l’oignon et l’ail,
  • Râper le chou ou coupez-le en fines lanières,
  • Nettoyer, éplucher puis découper le céleri, la carotte, la pomme de terre et la courgette en julienne ou mirepoix,
  • Ebouillanter, peler et écraser les tomates à la fourchette,
  • Dans une grande cocotte, mettre un filet d’huile d’olive qui doit tapisser les parois,
  • Y faire suer les oignons et les gousses d’ail,
  • Incorporer la carotte et le céleri,
  • Après légère coloration, ajouter tous les légumes, le bouillon et le bouquet garni,
  • Cuire 30-45 min avant d’ôter le bouquet,
  • Ajouter les pâtes qu’on laissera ’’al dente’’,
  •  Saler
  • Poivrer.

 Le service

  • Servir dans de belles assiettes creuses,
  • Saupoudrer de parmesan
  • Décorer d’éclats de feuilles de basilic et de persil
  • Arroser d’un filet d’huile d’olive légère et parfumée

Les petits ’’plus’’

  • Votre Minestrone sera plus riche si vous ajoutez à tous les ingrédients des petits morceaux de poitrine salée – il en existe en version ’’halal’’.
  • Le minestrone réchauffé est encore meilleur, mais il alors préférable que les pâtes aient été remplacées par du riz.
  • On peut ajouter un peu de crème fraîche.
  • On peut rajouter en final des petites languettes de jambon – il en existe en version ’’halal’’.
  • On peut, pour forcer le goût, ajouter un peu de ’’pesto’’ – pistou en français, qui est un mélange lié d’huile d’olive, de basilic et de parmesan.

Avouez que … comme tout ce qui est génial… ce n’est pas bien sorcier…

mo’

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