tolerance

  • Semaine dure, dure pour les esprits, pour les cœurs et pour les nerfs. Un raz de marée a submergé l’Occident, ses voisins, ses amis proches et lointains. L’épicentre en a été Paris mais l’onde de choc a traversé l’Atlantique, la Méditerranée, la Manche et la Mer du Nord et a provoqué un déferlement médiatique sur le monde entier. Une espèce de chaos ou la douleur, l’incompréhension et la révolte ont déchaîné et décuplé les haines de certains, mais ont aussi généré une formidable prise de conscience spontanée et quasi-unanime que la seule solution pour faire barrage à l’infamie, c’est très simplement l’unité, la cohésion et, sans parler de fraternité, l’acceptation de l’autre, de la différence.

Martin Luther King qui paya de sa vie l’appel à la tolérance et à la fraternité avait lancé cet avertissement :

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

  • Apprendre ? Aurions-nous manqué d’enseignants qui auraient pu nous apprendre à vivre ensemble comme des frères ?
  • Certes pas… Quant à moi, cette semaine je me suis réfugié dans la lecture. Après avoir séché quelques larmes amies, après avoir pris connaissance de l’actualité heure par heure, minute par minute et souvent en continu, homme prudent, j’ai recherché des chiffres, des documents, des étais, des appuis. Et j’en ai trouvé. Voici le meilleur de mes lectures de cette semaine :
  • 1° La vérité chiffrée : HEC, Enarque, Inspecteur des Finances, Conseiller Ministériel, Directeur de Cabinet Ministériel, Conseiller à la Primature, Professeur dans les grandes écoles de commerce, François ASSELINEAU est français, bien sûr, et n’est pas à proprement parlé un olibrius au discours illuminé ou abscons. Il sait ce qu’il dit, il le dit bien et veut le partager. Il s’est même lancé dans une grande aventure : la création d’un parti politique, l’Union Populaire Républicaine,  »forte » à ce jour de 6798 membres et sous-titrée ’’L’union du peuple pour rétablir la démocratie’’ … Sur son site, on peut lire :

’’L’UPR veut refaire de notre pays le porte-parole planétaire de la liberté, de la paix et de la coopération entre les peuples et les nations, en refusant en particulier de procéder à une distinction, suspecte et dangereuse, en fonction de l’appartenance ou non au continent européen.’’ Paragraphe extrait de https://www.upr.fr/francois-asselineau

En 2011 –cela date, il est vrai- il donnait ce qu’il appelle une conférence pédagogique sur la réalité du terrorisme ’’islamique’’, et les résultats, basés sur des chiffres officiels et internationalement admis, sont assez étranges :

  • Second document choisi pour éclairer un peu mieux la vérité, les mots du célèbre Imam de la Mosquée de Bordeaux Tareq OUBROU, unanimement respecté, qui, dans son prêche de vendredi dernier, s’est ainsi adressé à ses ouailles et en fait, à tous les Musulmans, de France et d’ailleurs, Français ou non :

http://bcove.me/1apg5d1v

  • Troisième et dernier document : la leçon, plus apaisée, de Nouman Ali Khan, professeur universitaire et prédicateur américain, connu et respecté pour la finesse de ses analyses des textes concernant l’Islam :

En anglais, sous-titrée en français

  • Une dernière observation : Le sort, le qualifiera-t-on aujourd’hui de coquin, de taquin ou de malin, a saisi l’occasion du drame pour dire aux humains qu’il n’y a aucune différence entre eux et qu’ils ont le choix entre la tolérance et la paix ou l’intolérance et la guerre ? Avez-vous noté les couleurs, les religions et les origines des personnes décédées ? Tueurs et tués ?
  • Les âmes sensibles ont également eu l’occasion, au cours de cette semaine, de déplorer la manipulation de l’information par certains, d’entendre des inanités déplacées en pareille circonstance, des abus, des  »tirages de couvertures » à soi et la récupération des évènements à des fins politiques, partisanes et exclusives. Qui n’a reçu des tombereaux de documents démentant telle ou telle affirmation, avançant telle ou telle théorie? Déciment !… Mais laissons cela, l’histoire ne s’écrit pas à chaud.

Revenons à notre réflexion. Les grands maîtres de la pensée universelle choisis pour nous éclairer et guider notre pensée, sont :

  • Un Grec : Epictète 2ème siècle
  • Un Allemand : Nicolas de Cues 15ème siècle
  • Un second Allemand : Emmanuel Kant 18ème -19ème siècles
  • Un Syrien : Ahmed Kuftaro : 20ème – 21ème siècles
  • Un Espagnol : Ibn Arabi : 12ème siècle

Epictète

La liberté, c’est l’indépendance de la pensée.

’’Épictète, philosophe grec stoïcien du 2ème siècle à la vie relativement peu connue, ne laissa aucune œuvre écrite de sa main. C’est un de ses disciples, Arrien, qui assura la transmission de son œuvre en publiant les notes prises lors des leçons de son maître, en huit livres, dont la moitié sont aujourd’hui perdus, ainsi qu’un condensé de doctrine morale, le Manuel, qui met fortement en avant la partie éthique de la philosophie, discipline pratique et normative, dans un milieu naturel et humain. Elle se donne pour but d’indiquer comment les êtres humains doivent se comporter, agir et être, entre eux et envers ce qui les entoure. Sa philosophie est avant tout pratique. Son enseignement se veut une méthode pour atteindre le bonheur par l’ataraxie, qui désigne la tranquillité de l’âme résultant de la modération et de l’harmonie de l’existence, la paix de l’âme acceptant, avec courage et amour, tout décret du destin inexorable, accomplissant loyalement son devoir en dépit des circonstances et en agissant avec bienveillance envers les autres Hommes.’’ D’après http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pict%C3%A8te

Le texte proposé : Entretiens

Contre les gens disputeurs et brutaux

 L’homme de bien sait éviter les disputes

L’homme de bien ne se dispute lui-même avec personne et, autant qu’il le peut, en empêche les autres. Un exemple de ce fait s’offre encore à nous ici comme ailleurs: c’est la vie de Socrate, qui non seulement fuyait personnellement toute occasion de dispute, mais empêchait aussi les autres de se disputer… C’est qu’il était bien fermement convaincu que nul ne peut régir la faculté maîtresse d’autrui. Aussi ne voulait-il rien de plus que ce qui était vraiment sien. Et qu’est-ce à dire?

 Il agit toujours en accord avec sa nature

Cela ne consiste pas à faire qu’un tel agisse suivant sa nature, car ce n’est en notre pouvoir; mais, tandis que les gens s’occupent de leurs propres affaires comme ils l’entendent, il s’agit néanmoins de se comporter selon la nature et d’y persévérer, de se borner à ses activités propres de façon que les autres se trouvent à leur tour en accord avec la nature. Car tel est le but que se propose toujours l’homme de bien. Se propose-t-il gérer une préture? Non, mais, si elle lui est donnée, de veiller dans cette situation sur sa faculté maîtresse. Se propose-t-il de se marier? Non, mais, si le mariage lui échoit, de veiller à se garder, dans cette situation, en accord avec la nature. Quant à vouloir que son fils ou sa femme ne commettent pas de fautes, c’est vouloir que les choses qui ne dépendent pas de nous en dépendent. Et l’éducation philosophique consiste à connaître ce qui est nôtre et ce qui ne l’est point.

 Le sage n’est jamais malheureux

Y a-t-il donc place encore pour la dispute chez un homme qui est dans cette disposition de l’âme? S’étonne-t-il de quelque événement que ce soit? Cela lui paraît-il extraordinaire? N’attend-il pas de la part des méchants des traitements plus fâcheux et plus pénibles que ceux qui lui arrivent? Ne compte-t-il pas comme autant de gagné tout ce qu’ils ne lui font pas subir de pire? — Un tel t’a injurié. — Grand merci qu’il ne m’ait pas frappé. — Mais il t’a frappé aussi. — Grand merci qu’il ne m’ait pas blessé. — Mais il t’a blessé aussi. — Grand merci qu’il ne m’ait pas tué. Quand donc ou de qui a-t-il appris que l’homme est un être civilisé, qu’il aime son prochain, que l’injustice par elle-même cause un grand tort à celui qui la commet ? Dès lors, s’il n’a pas appris cela et s’il n’en est pas convaincu, pourquoi ne suivrait-il pas ce qui lui paraît être son intérêt? — Mon voisin m’a lancé des pierres. — Est-ce donc toi qui as commis une faute? — Mais mon mobilier a été brisé. — Es-tu donc un meuble, toi? Non, mais une personne. Alors, quel moyen de défense t’est donné contre cette agression? Es-tu un loup, ce sera de rendre morsure pour morsure et de lancer aux autres plus de pierres qu’ils ne t’en ont lancé. Mais si tu cherches à agir comme un homme, examine tes réserves, vois quelles facultés tu avais en venant ici. Serait-ce la férocité? Serait-ce la rancune? Quand donc un cheval est-il misérable? Quand il est privé de ses facultés naturelles; non pas lorsqu’il ne peut pas chanter comme le coucou, mais lorsqu’il ne peut pas courir. Et le chien? Serait-ce lorsqu’il ne peut pas voler? Non, mais quand il ne peut pas suivre à la piste. De même, par conséquent, n’est-il pas vrai qu’un homme aussi est malheureux, non pas s’il ne peut étrangler des lions ou étreindre des statues (car l’homme n’est pas venu au monde pourvu par la nature de facultés pour cela), mais s’il a perdu sa bonté d’âme ou sa fidélité?

 Juger un homme sur son caractère.

 C’est à propos de cet homme-là qu’il faudrait « se rassembler pour gémir de ce qu’il est venu au monde pour tant de maux », non, par Zeus, « pour l’homme qui est né ou qui est mort », mais pour l’homme qui a le malheur de perdre de son vivant ce qui est son bien propre, non pas son patrimoine, son bout de champ, sa maisonnette, son hôtellerie et ses pauvres esclaves (car, de tout cela, il n’est rien qui appartienne personnellement à l’homme: ce sont toutes choses étrangères, asservies, dépendantes de leurs maîtres, qui les donnent tantôt à l’un, tantôt à l’autre), mais bien les qualités caractéristiques de l’homme, les empreintes que l’on porte dans son esprit quand on vient au monde, semblables à celles que nous cherchons sur la pièce de monnaie: si nous les y trouvons, nous acceptons ces pièces, sinon nous les rejetons: « De qui ce sesterce porte-t-il l’empreinte? De Trajan? Apporte. De Néron? Jette-le, il ne passe pas, il ne vaut rien. » De même aussi dans le cas présent. Quelles empreintes portent ses jugements? « Douceur, sociabilité, patience, amour du prochain. » Apporte, je l’accepte, j’en fais mon concitoyen, je l’accepte pour voisin, pour compagnon de traversée. Vois seulement s’il ne porte pas l’empreinte de Néron. Est-il irascible, rancunier, toujours mécontent de son sort? « Si l’idée le prend, il brise la tête des gens qu’il rencontre. » Pourquoi disais-tu donc que c’est un homme? Serait-ce sur la simple forme extérieure que l’on juge chacun des êtres? A ce compte, on peut dire aussi qu’un morceau de cire est une pomme. Il faut encore qu’il en ait l’odeur et le goût: la forme extérieure ne suffit pas. Par conséquent, pour l’homme non plus, le nez et les yeux ne suffisent pas, mais il faut que ses jugements soient humains. Cet individu n’entend pas raison, il ne comprend pas quand on le réfute: c’est un âne. Chez lui le sens de la pudeur est mort: c’est un être inutile, tout plutôt qu’un homme. Cet autre cherche à rencontrer quelqu’un pour lui donner une ruade ou le mordre, de telle sorte que ce n’est ni un mouton ni un âne, mais quelque bête sauvage.

 Ne point se préoccuper de l’opinion.

– Eh quoi! Veux-tu que je me fasse mépriser? Par qui? Par des hommes qui s’y connaissent? Et comment des hommes qui s’y connaissent pourront-ils mépriser celui qui est doux et réservé? Par des gens qui ne s’y connaissent pas?

  • À quoi bon t’en préoccuper? Pas plus qu’un homme du métier ne se préoccupe des gens qui n’entendent rien à son art.
  • Mais ils n’en seront que beaucoup plus acharnés contre moi.
  • Que veux-tu dire par « contre moi »? Peut-on nuire à ta personne, ou t’empêcher de faire, des représentations qui s’offrent à toi, un usage conforme à la nature?
  • Non.
  • Pourquoi donc te troubler encore et pourquoi veux-tu te montrer redoutable? Ne t’avanceras-tu pas plutôt pour proclamer que tu vis en paix avec tous les hommes, quoi qu’ils fassent, et que tu te moques principalement de ceux qui croient te faire tort?
  • Ces esclaves ne savent ni qui je suis ni où se trouvent pour moi le bien et le mal: il n’y a point d’accès pour eux aux biens qui m’appartiennent.

La sécurité ne règne que dans les jugements.

C’est de la sorte aussi que les habitants d’une ville solidement fortifiée se moquent des assiégeants: « Quelle peine ces gens-là prennent en ce moment pour rien du tout ! Nos murailles sont solides, nous avons des vivres pour très longtemps, ainsi que tous autres approvisionnements.» Voilà ce qui rend une ville forte et imprenable; quant à l’âme d’un homme, ce n’est rien d’autre que les jugements. Quelle sorte de muraille, en effet, est aussi puissante, quel corps aussi résistant ou quelle fortune aussi assurée contre le vol, ou quelle réputation aussi garantie contre les intrigues ? Toutes choses partout sont périssables et se laissent facilement enlever ; pour peu qu’on en fasse cas, on sera nécessairement dans le trouble, dans le découragement, dans la crainte, dans la tristesse, on aura des désirs insatisfaits et l’on tombera dans ce qu’on voulait éviter. Et après cela, ne voulons-nous pas fortifier le seul moyen de sécurité qui nous ait été donné ? Ne voulons-nous pas renoncer à ce qui est périssable et servile pour réserver nos efforts à ce qui ne périt point et qui, par nature, est libre? Et ne nous souvenons-nous pas que nul ne peut nuire ou être utile à quiconque, mais que le jugement sur chacune de ces choses, voilà ce qui nuit et qui bouleverse, que là est la source des disputes, des dissentiments et des guerres? Ce qui a fait Étéocle et Polynice, ce n’est pas autre chose que leur jugement sur la tyrannie, leur jugement sur l’exil: celui-ci était pour eux le pire des maux et celle-là le bien suprême. Or c’est la nature de tout être de rechercher le bien, de fuir le mal; l’homme qui vous ravit le premier et vous précipite dans son contraire, il faut le regarder comme un ennemi, comme un traître, fût-il un frère, un fils ou un père, car rien ne nous est plus cher que le bien. Il reste que, si ces choses sont des biens et des maux, il n’y a plus de père qui compte pour les fils, ni de frère pour un frère, mais en tout et partout le monde est rempli d’ennemis, de traîtres, de délateurs. Si c’est, au contraire, dans la droiture de la personne, et en cela seul, que consiste le bien, dans sa mauvaise direction, et en cela seul, que consiste le mal, quelle place peut-il y avoir pour la dispute, quelle place pour les injures? À quel sujet? Pour des choses qui n’ont pour nous aucun sens? Contre qui? Contre les ignorants, les misérables, ceux qui se sont laissé tromper sur les questions essentielles?

Ces principes sont la source de la paix.

C’est grâce à ces principes gravés dans l’esprit que Socrate vivait chez lui, patient à l’égard de sa femme acariâtre et de son fils sans cœur. À quoi donc en venait cette femme acariâtre? À lui verser sur la tête toute l’eau qu’il lui plaisait, à piétiner son gâteau; et qu’est-ce que cela me fait, si je considère que tout cela n’a aucun sens pour moi? Or une telle attitude est mon affaire à moi, et nul tyran ne pourra entraver ma volonté, nul maître; ni la multitude entraver l’individu, ni le plus fort le plus faible, car c’est un don irréfragable de Dieu à chacun de nous. Ces jugements produisent l’amitié dans une maison, la concorde dans une ville, la paix parmi les nations; ils rendent l’homme reconnaissant envers Dieu, partout confiant, car les choses dont il s’agissait lui sont étrangères, sans valeur pour lui. Quant à nous, oui, nous sommes capables d’écrire sur ces matières, d’en faire notre lecture et de les approuver quand nous les lisons; mais quant à y obéir, nous en sommes loin! Voilà pourquoi le mot qui avait cours à propos des Lacédémoniens : ’’Chez eux, des lions ; à Éphèse, des renards’’ s’appliquera aussi à nous : ’’A l’école, des lions ; mais au dehors, des renards.’’ …

 Nicolas de Cues

’’ Puisque toute recherche a donc (un trésor caché)… pour but et consiste à scruter l’Écriture, c’est à dire à découvrir que ce qui est celé, une fois découvert, demeure caché et inaccessible, il est patent…que ce n’est rien d’autre que la docte ignorance.’’

Esprit œcuménique et conciliant, Nicolas de Cues, ecclésiastique et penseur allemand de la fin du Moyen Âge marque sans conteste la fin de celui-ci et annonce le début de la Renaissance.

Son ouvrage ’’De Pace Fidei’’ – La Paix de la Foi -… est publié en 1453, année même de la prise de Constantinople par les Turcs. S’étant rendu à la Diète de Ratisbonne porteur d’un document du Pontife le chargeant d’organiser les préparatifs militaires en vue de répondre à l’assaut des Infidèles, Nicolas de Cues ne croit pas au pouvoir des armes. Dans ’’La Paix de la Foi’’, il cherche à faire du monde un vaste forum de discussions sur la pluralité des rites religieux. Le but étant de trouver le fondement, le lien qui unirait chacune des différences théologiques dans une sorte de religion universelle dans laquelle la divergence de pratique serait acceptée. Le respect mutuel serait le nouveau credo pour s’affranchir des velléités de dominer l’autre pour lui imposer sa croyance. On peut déjà voir en Nicolas de Cues le précurseur de la Paix Perpétuelle dont le thème reviendra sous la plume de Kant en 1795.

Pour lui tout se détermine dans l’idée sous-jacente d’un présupposé qui permettrait l’accord ; et selon lui le Christ est la référence religieuse car il est le médiateur entre Dieu et les hommes. La foi revient à se fondre sur l’unité christique dans des rites, des cérémonies toutes différentes selon que l’on se place du côté de telle ou telle communauté. Comme ’’il’’ le dit fort bien:

  •  » Avant toute pluralité, on trouve l’unité. »

Il s’intéressera même au Coran… Cette ambition de réconciliation universelle religieuse est une formidable ouverture sur les divergences et un grand acte de tolérance. Faire tomber les armes afin de s’employer dans la liberté des mots au grand dessein d’union est une originalité très puissante qui fait de Nicolas de Cues le premier grand penseur de la Renaissance. Il marque encore notre temps de son empreinte, dans notre monde actuel qui connaît toujours les sempiternelles divisions, les déchirures les plus inhumaines dans l’arène cruelle où les religions se font face avec une adversité toujours mêlée de certitudes et d’intolérances. D’après http://www.philoplus.com/philos/cues2-2.php

 Le texte proposé :La paix de la foi

 Chapitre premier

A la suite de la divulgation des récentes atrocités du roi des Turcs à Constantinople, un homme qui avait vu autrefois ces régions fut assez échauffé par le zèle divin pour supplier avec force gémissements le Créateur de l’univers de mettre un frein, dans sa bonté, à la persécution qui sévit aujourd’hui avec plus de rigueur que jamais, à cause de la diversité des rites religieux. Il advint que quelques jours plus tard, peut-être à la suite d’une longue méditation ininterrompue, cet homme zélé eut une vision qui lui fit connaître qu’entre le petit nombre de personnes brillant par leur expérience de toutes les diversités de ce genre observées dans les religions à travers le monde, on pourrait facilement trouver un certain accord, et grâce à cet accord, par un moyen approprié et conforme à la vérité, établir une paix perpétuelle en matière de religion. C’est pourquoi, afin que cette vision vînt un jour à la connaissance de ceux qui ont la charge de si grandes responsabilités, il la nota ci-dessous autant que sa mémoire la lui présentait.

Il fut ravi en effet en un haut lieu d’intellection où, pour ainsi dire, entre les morts, on procéda en conseil, de la manière qui suit, à l’examen de cette question, sous la présidence du Tout-Puissant. Le Roi du ciel et de la terre disait, en effet, que des messagers affligés, venant du royaume de ce monde, lui avaient porté les gémissements des opprimés, disant que beaucoup d’hommes prenaient les armes les uns contre les autres pour des motifs religieux et par la force contraignaient les hommes sous peine de mort à renier la croyance d’une secte à laquelle ils appartenaient de longue date. Et si nombreux de toute la terre arrivaient les porteurs de ces lamentations, que le Roi ordonna de les faire comparaître devant l’assemblée plénière des saints. Or, tous ceux-là semblaient, peut-on dire, connus des habitants du ciel, puisque le Roi même de l’univers, dès le principe, les avait établis à la tête de chaque province et de chaque religion du monde; ils ne se présentaient pas, en effet, sous une apparence d’hommes, mais de puissances intellectuelles.

Un seul de ces princes prit alors la parole au nom de tous ces envoyés, disant:

  • Seigneur, Roi de l’univers, aucune créature a-t-elle rien que tu ne lui aies donné? Au corps de l’homme formé du limon de la terre, il t’a plu d’insuffler un esprit raisonnable, pour qu’en lui se reflète l’image de ta puissance ineffable. A partir d’un seul homme, un grand peuple s’est multiplié, qui occupe la surface de la terre émergée. Et quoique cet esprit intellectuel, semé dans la terre, absorbé dans l’ombre, ne voie pas la lumière et le principe de son origine, toi cependant tu as créé en même temps que lui toutes ces choses grâce auxquelles, stimulé par l’étonnement que provoquent en lui les choses sensibles, il puisse un jour lever les yeux de la pensée vers toi le Créateur de l’univers et être réuni à toi par la plus grande charité et ainsi revenir finalement, de façon fructueuse à son origine.
  • Mais tu sais, Seigneur, que grande multitude ne peut aller sans grande diversité et que presque tous les hommes sont forcés de mener une vie pénible, pleine de tourments et de malheurs, et servilement soumis à des rois qui règnent sur eux. D’où il résulte qu’un tout petit nombre d’entre tous ceux-là ont assez de loisir pour user de leur propre liberté et parvenir ainsi à la connaissance d’eux-mêmes. Car bien des soins et des servitudes corporels les absorbent trop pour qu’ils puissent te chercher, toi, qui es le Dieu caché. C’est pourquoi tu as mis à la tête de ton peuple des rois divers et des voyants, qu’on appelle prophètes, parmi lesquels beaucoup remplissant le mandat de ta délégation, instituèrent en ton nom un culte et des lois, et instruisirent un peuple ignorant. Ces lois, ton peuple les reçut exactement comme si toi-même, le Roi des rois, leur avais parlé face à face, croyant non pas les entendre, mais t’entendre, Toi en eux. A des nations différentes, tu as envoyé des prophètes et des précepteurs différents, les uns en un temps, les autres en un autre temps. Or il appartient à la condition terrestre de l’homme qu’une longue habitude, devenue pour nous seconde nature, soit défendue comme vérité. Ainsi naissent de graves conflits quand chaque communauté oppose sa foi à une autre.
  • Viens donc à leur secours, Toi qui seul le peux. C’est en effet, pour Toi que se produit cette rivalité, pour Toi, que seuls les hommes vénèrent en tout ce que nous les voyons adorer. Car personne, en tout ce que nous le voyons désirer, ne désire autre chose que ce Bien, que tu es; et personne en toutes les démarches de son intelligence n’est en quête d’autre chose que du Vrai, que tu es. Que cherche le vivant, sinon à vivre? L’existant, sinon à être? Toi donc, qui fais don de la vie et de l’être, tu es celui qu’on voit cherché, sur des modes différents dans les divers rites, et nommé de divers noms, car tel que tu es, tu demeures pour tous inconnu et ineffable. Toi, en effet, qui es la puissance infinie, tu n’es rien de ce que tu as créé et la créature ne peut saisir le concept de ton infinité, puisqu’il n’est aucune proportion du fini à l’infini. Mais, Dieu Tout-Puissant, Toi qui es invisible à tout esprit, tu peux, sur un mode où tu puisses être saisi, te rendre visible à qui tu veux. Ne te cache donc pas plus longtemps, Seigneur; sois bienveillant et montre ta face, et seront sauvés tous le peuples, qui ne peuvent déserter plus longtemps la source de la vie et sa douceur, dont pourtant ils eurent à peine l’avant-goût. Car personne ne s’écarte de toi, sinon parce qu’il ne te connaît pas.
  • Si tu daignes agir de la sorte, ce sera la fin du glaive, de la haine au teint livide, et de tous les maux; tous sauront qu’il n’est qu’une religion unique dans la diversité des rites. S’il advient qu’on ne puisse supprimer cette différence des rites ou qu’il ne convienne pas de le faire, afin que la diversité augmente la dévotion, chaque région mettant d’autant plus de soin à régler ses cérémonies qu’elle les jugera plus agréables au roi que tu es —, que du moins, de même que Tu es unique, unique soit la religion et unique le culte de latrie. Laisse-toi donc apaiser, Seigneur, puisque ta colère est bonté et ta justice miséricorde: épargne ta faible créature. Ainsi, nous, tes mandataires, à la garde desquels tu as confié ton peuple, et que tu regardes présentement, nous supplions humblement ta majesté, par toutes les prières qu’il nous est possible de t’adresser.

Chapitre II

En réponse à cette supplication de l’archange, tous les habitants du ciel s’étant inclinés d’un même mouvement devant le souverain Roi, celui qui était assis sur le trône déclara que l’homme avait été livré à sa liberté, mais que dans cette liberté, il l’avait créé capable d’être associé à lui. Mais, puisque l’homme animal et terrestre, sous la domination du prince des ténèbres, est retenu dans l’ignorance, marchant selon les conditions de la vie des sens, qui n’appartient qu’au monde du prince des ténèbres, et non suivant l’homme intérieur, pourvu d’intelligence, dont la vie appartient à la région de son origine, il déclara qu’avec beaucoup de soin et de diligence, il avait rappelé l’homme égaré, par l’entremise de divers prophètes, qui, en comparaison des autre hommes, étaient des voyants. Enfin, lorsque ces prophètes eux-mêmes ne furent plus en mesure de résister suffisamment au prince de l’ignorance, il a envoyé son Verbe, par qui il a fait aussi les siècles. Il le revêtit de nature humaine pour qu’au moins de cette façon il éclairât l’homme qui est éducable et doué d’un très libre arbitre, et que celui-ci se rendît compte qu’il devait marcher selon l’homme intérieur et non l’homme extérieur, s’il espérait revenir un jour à la douceur de la vie immortelle. Et le Verbe, ayant revêtu l’homme mortel, témoigna dans son sang en faveur de cette vérité: l’homme est capable de la vie éternelle et pour l’atteindre, il doit tenir pour néant la vie animale et sensible, et la vie éternelle elle-même n’est rien d’autre que l’ultime désir de l’homme intérieur, c’est-à-dire la vérité, la seule chose que l’on désire, et qui, en tant qu’elle est éternelle, éternellement nourrit l’intellect. Mais cette vérité qui nourrit l’intellect n’est rien d’autre que le Verbe lui-même, en qui toutes choses sont enveloppées et par qui tout se développe, et qui a revêtu la nature humaine pour que chaque homme, selon le choix de son libre arbitre dans sa nature d’homme, ne doutât pas d’être capable d’atteindre, dans cet homme qui est aussi le Verbe, l’immortel aliment de la vérité. Et Il ajouta:

  • Tout cela ayant été fait, que reste-t-il qui pût être fait et qui n’ait pas été fait?

Chapitre III

A cette interrogation du Roi des rois, Le Verbe fait chair, qui tient le premier rang parmi tous les habitants des cieux, répondit au nom de tous: « Père des miséricordes, encore que tes œuvres soient tout à fait achevées et qu’il ne reste rien à y ajouter pour les compléter, puisque néanmoins Tu as décrété dès le principe que l’homme resterait doué de libre arbitre, étant donné en outre que rien ne demeure stable, dans le monde sensible, et que les opinions et les conjectures fluentes varient avec le temps, de même que les langues et les interprétations, la nature humaine requiert de fréquentes visitations pour déraciner les nombreuses erreurs qui ont trait à ton Verbe et faire briller la vérité de façon ininterrompue. Comme celle-ci est une et qu’il n’y a pas de libre intelligence qui puisse manquer de la saisir, toute la diversité des religions sera ramenée à une seule foi orthodoxe. »

Le Roi tomba d’accord. Convoquant les anges qui président à toutes les nations et à toutes les langues, il donna l’ordre à chacun de conduire devant le Verbe fait chair un homme particulièrement sage. Et bientôt, en présence du Verbe, comparurent les hommes les plus sérieux de ce monde, ravis, pour ainsi dire, en extase et le Verbe de Dieu leur adressa ces mots:

  • Le Seigneur, Roi du ciel et de la terre, a entendu les gémissements de ceux qu’on a mis à mort ou jetés en prison ou réduits en esclavage, et qui ont souffert ces maux à cause de la diversité des religions. Et puisque les auteurs et les victimes de ces persécutions ne sont mus que par la conviction d’assurer ainsi leur salut et de plaire à leur Créateur, le Seigneur a donc eu pitié de son peuple et il lui est agréable que toute la diversité religieuse, par le consentement commun de tous les hommes, soit ramenée, dans la concorde, à une religion unique, désormais inviolable. C’est la charge de cet office qu’il vous confie, vous qu’il a choisis, vous donnant comme assistants des esprits angéliques, ministres de sa cour qui doivent veiller sur vous et vous diriger; il a choisi Jérusalem comme étant le lieu le plus adapté à votre réunion.

Chapitre IV

A quoi l’un des délégués, plus âgé que les autres, un Grec, comme on s’en rendit compte, répondit alors, après s’être prosterné:

  • Nous disons les louanges de notre Dieu, dont la miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres et qui seul peut faire qu’une si grande diversité de religions soit ramenée à une paix unique et harmonieuse; à son précepte, nous qui sommes son ouvrage ne pouvons qu’obéir. Cependant nous prions maintenant qu’on nous montre comment pourrait être instaurée par nos soins cette unité de la religion. Car chaque nation, quelle qu’elle soit, se laissera difficilement convaincre par nous de recevoir une autre foi que celle qu’elle a défendue jusqu’ici, même au prix de son sang.

Le Verbe répondit:

  • Ce n’est pas une autre foi, mais la même et unique foi que vous trouverez partout présupposée. Vous, en effet, qui êtes ici présents, ceux qui parlent votre langue vous disent sages ou du moins philosophes, c’est-à-dire amis de la sagesse.
  • C’est vrai, dit le Grec.
  • Si donc vous aimez tous la sagesse, ne présupposez-vous pas qu’existe la Sagesse en elle-même?

Tous s’écrièrent ensemble qu’aucun ne doutait qu’elle existât.

Le Verbe poursuivit:

  • Il ne peut y avoir qu’une seule Sagesse. S’il était possible en effet qu’il y en eût plusieurs, il serait nécessaire qu’elles vinssent d’une seule; car avant toute pluralité on trouve l’unité.

Le Grec:

  • Nul d’entre nous n’hésite à croire qu’il n’existe qu’une seule Sagesse, que nous aimons tous et à cause de laquelle on nous appelle philosophes; parce qu’ils y participent, il existe de nombreux sages, mais la Sagesse elle-même demeure en elle-même simple et indivise.

Le Verbe:

  • Vous êtes donc tous d’accord sur l’existence d’une unique Sagesse très simple, dont la force est ineffable. Et dans le déploiement de sa puissance, tous font l’expérience que sa force est ineffable et infinie. Quand, en effet, la vue se tourne vers ce qui est visible et prend garde que tout ce qu’elle aperçoit provient de la force de la Sagesse — et semblablement pour l’ouïe et les autres objets du sens, — elle affirme que la Sagesse invisible dépasse toutes choses.

Le Grec:

  • Nous non plus, qui avons fait ainsi profession de philosophie, n’aimons d’autre façon la douceur de la Sagesse que par l’avant-goût que nous en donne l’admiration des choses offertes au sens. Qui ne mourrait pour acquérir cette Sagesse, d’où émanent toute beauté, toute douceur de vie et tout objet de désir? Dans la créature humaine, à quel haut degré se reflète la puissance de la Sagesse dans ses membres, dans l’ordre de ceux-ci, dans la vie qui s’y répand, dans l’harmonie des organes, dans le mouvement, et enfin dans l’esprit raisonnable, capable d’arts admirables, sceau pour ainsi dire de la sagesse et dans lequel, plus que partout ailleurs, comme dans une image proche se reflète la Sagesse éternelle, telle la vérité dans une proche similitude! Et ce qui est plus admirable que tout, ce reflet de la Sagesse, grâce à une puissante conversion de l’esprit, s’approche de plus en plus de la vérité, jusqu’à ce que le reflet vivant lui-même, d’abord ombre d’une image, devienne continûment plus vrai et plus conforme à la vrai Sagesse, bien que la Sagesse absolue elle-même ne puisse jamais être atteinte, telle qu’elle est, dans autre chose qu’elle; en sorte que pour l’intelligence, cette inépuisable Sagesse éternelle elle-même est ainsi une nourriture perpétuelle et indéfectible. » Le Verbe: « Vous en venez directement au propos où nous tendons. Ainsi donc, vous tous, qui vous recommandez de religions diverses, vous présupposez dans toute cette diversité une seule réalité, que vous nommez Sagesse. Mais dites, l’unique Sagesse n’embrasse-t-elle pas tout ce qui se peut dire?

Chapitre V

L’Italien répondit:

  • Bien plus, le Verbe n’est pas hors de la Sagesse. En effet, le Verbe de celui qui est souverainement sage est dans la Sagesse, et la Sagesse est dans le Verbe, et rien n’est hors d’elle. En effet, la Sagesse infinie embrasse toutes choses.

Le Verbe:

  • Si donc quelqu’un disait que tout a été créé dans la Sagesse, et un autre que tout a été créé dans le Verbe, diraient-ils la même chose ou autre chose?

L’Italien:

  • Puisque Dieu Créateur crée tout dans la Sagesse, il est lui-même, nécessairement, la Sagesse de la sagesse créée. Avant toute créature, en effet, existe la Sagesse, par laquelle toute chose créée est ce qu’elle est.

Le Verbe:

  • Ainsi la Sagesse est éternelle, puisqu’elle est antérieure à tout ce qui commence et est créé.

L’Italien:

  • Nul ne peut nier que ce que l’on saisit par l’intellect comme antérieur à ce qui est issu d’un principe, soit éternel.

Le Verbe:

  • C’est donc un principe. »

L’Italien:

  • Oui.

Le Verbe:

  • Et donc le plus simple. Tout ce qui est composé, en effet, est issu d’un principe. Car les composants ne peuvent être après le composé.

L’Italien:

  • Je l’admets.

Le Verbe:

  • La Sagesse est donc éternité.

L’Italien:

  • Il ne peut en être autrement.

Le Verbe:

  • Or il n’est pas possible qu’il y ait plusieurs éternités, puisqu’avant toute pluralité il y a l’unité.

L’Italien:

  • Personne n’en disconviendra.

Le Verbe:

  • Voilà donc que vous, philosophes de diverses sectes, êtes d’accord sur la religion du Dieu unique que vous présupposez tous, du fait même que vous faites profession d’être des amis de la sagesse.

Chapitre VI

Sur ce, l’Arabe se leva et prit la parole:

  • On ne peut rien dire de plus clair ni de plus vrai.

Le Verbe:

  • Or de même qu’en tant qu’amis de la sagesse vous professez l’existence de la Sagesse absolue, pensez-vous qu’il y ait des hommes doués d’intelligence qui n’aiment pas la Sagesse?

L’Arabe:

  • Je pense qu’en toute vérité tous les hommes désirent naturellement la Sagesse, puisque la Sagesse est la vie de l’intelligence, qui ne peut se conserver en vie par une autre nourriture que la Vérité et le Verbe de vie, c’est-à-dire le pain de son intelligence, lequel est la Sagesse. De même en effet que tout ce qui existe désire tout ce sans quoi il ne peut exister, ainsi la vie intellectuelle désire la Sagesse.

Le Verbe:

  • Ainsi donc tous les hommes professent avec vous l’existence de cette Sagesse une et absolue qu’ils présupposent: laquelle est le Dieu unique.

L’Arabe:

  • Il en est ainsi; et il n’est personne d’intelligent qui puisse penser autrement.

Le Verbe:

  • Pour tous ceux qui sont pourvus d’intelligence, il n’est donc qu’une seule religion et qu’un seul culte, lesquels sont présupposés dans toute la diversité des rites.

L’Arabe:

  • Tu es la Sagesse, puisque tu es le Verbe de Dieu. Je demande comment ceux qui rendent un culte à plusieurs dieux se rencontrent avec les philosophes sur l’unicité divine. Car en aucun temps on ne trouve des philosophes qui n’aient jugé impossible qu’il y eût plusieurs dieux auxquels ne présidât un seul, élevé au-dessus d’eux, — lequel seul est le principe de qui les autres tiennent tout ce qu’ils ont de façon bien plus excellente que l’unité dans le nombre.

Le Verbe:

  • Tous ceux qui ont jamais rendu un culte à plusieurs dieux ont présupposé l’existence de la divinité. C’est elle en effet qu’ils adorent dans tous les dieux, comme identique en ceux qui y participent. De même, en effet que si la blancheur n’existe pas, il n’y a pas de choses blanches, si la divinité n’existe pas, il n’est pas non plus de dieux. Par conséquent, le culte des dieux confesse l’existence de la divinité. Et qui dit plusieurs dieux dit qu’un seul, auparavant, est leur principe à tous; de même celui qui affirme l’existence de plusieurs saints admet l’existence d’un seul Saint des saints, par la participation duquel tous les autres sont saints. Jamais nation ne fut stupide au point de croire à plusieurs dieux dont chacun serait cause première, principe ou créateur de l’univers.

L’Arabe:

  • C’est ce que je pense. Car c’est se contredire que de poser l’existence de plusieurs principes premiers. Le principe, en effet, puisqu’il ne peut être issu d’un principe — en ce cas il serait à lui-même son propre principe et serait avant d’être, ce qui est inconcevable —, le principe donc est éternel. Et il n’est pas possible qu’il y ait plusieurs choses éternelles, puisqu’avant toute pluralité il y a l’unité. Par conséquent, c’est une seule chose nécessairement, qui sera principe et cause de l’univers. C’est pourquoi je n’ai pas trouvé jusqu’ici de nation qui se soit écartée de la voie de vérité.

Le Verbe:

  • Pourvu donc que tous ceux qui honorent plusieurs dieux prêtent attention à ce qu’ils présupposent, c’est-à-dire à la Déité qui est la cause de tout, et qu’ils en fassent, comme l’impose la raison elle-même, l’objet d’une religion manifeste, tout comme ils la vénèrent implicitement dans tous ces êtres qu’ils nomment des dieux, le procès est terminé.

L’Arabe:

  • Cela peut-être ne serait pas difficile, mais supprimer le culte des dieux sera une lourde tâche. Car le peuple tient pour certain qu’il se mérite les suffrages des dieux en les honorant et c’est à cette fin qu’il se tourne vers eux pour son salut.

Le Verbe:

  • Si le peuple était informé de son salut de la même façon qu’on a dite, il chercherait ce salut en Celui qui a donné l’être et qui est le Sauveur même et le Salut infini, plutôt qu’en ceux qui par eux-mêmes n’ont rien que ce que leur accorde le Sauveur lui-même. Mais si le peuple avait recours à des dieux en qui l’opinion universelle a vu des saints parce qu’ils vécurent d’une façon divine, et voyait en l’un d’entre eux, lors d’une maladie ou de quelque autre nécessité, un intercesseur agréé, ou lui rendait un culte de dulie, ou faisait pieusement mémoire de lui comme d’un ami de Dieu, dont il faut imiter la vie; pourvu alors qu’il réservât à Dieu seul tout culte de latrie, il n’irait pas contre l’unique religion, et de cette façon, le peuple retrouverait facilement la paix.

KANT

« On ne lèse personne par de simples paroles, seraient-elles fausses ; il suffit de ne pas y croire. »

’’Philosophe allemand, fondateur de l’« idéalisme transcendantal », Emmanuel Kant a exercé une influence considérable sur l’idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie et la philosophie postmoderne. Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques, à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger, fait ainsi l’objet d’appropriations et d’interprétations successives et divergentes.

Kant a recherché les principes fondamentaux d’une éthique universelle qu’il n’est certes pas inutile de rappeler de nos jours pour lutter contre le nihilisme contemporain et la remise en question de la démocratie qui ne doivent pas être l’alibi confortable d’égoïsmes, de contraventions à la loi et de libertés mal assumées.

Le texte proposé : Fondements de la métaphysique des mœurs

’’La volonté est conçue comme une faculté de se déterminer soi-même à agir conformément à la représentation de certaines lois. Et une telle faculté ne peut se rencontrer que dans des êtres raisonnables. Or ce qui sert à la volonté de principe objectif pour se déterminer elle-même, c’est la fin, et, si celle-ci est donnée par la seule raison, elle doit valoir également pour tous les êtres raisonnables. Ce qui, au contraire, contient simplement le principe de la possibilité de l’action dont l’effet est la fin s’appelle le moyen. Le principe subjectif du désir est le mobile, le principe objectif du vouloir est le motif; de là la différence entre des fins objectives qui tiennent à des motifs valables pour tout être raisonnable.

Des principes pratiques sont formels, quand ils font abstraction de toutes les fins subjectives ; ils sont matériels, au contraire, quand ils supposent des fins de ce genre. Les fins qu’un être raisonnable se propose à son gré comme effets de son action (les fins matérielles) ne sont toutes que relatives; car ce n’est simplement que leur rapport à la nature particulière de la faculté de désirer du sujet qui leur donne la valeur qu’elles ont, laquelle, par suite, ne peut fournir des principes universels pour tous les êtres raisonnables, non plus que des principes nécessaires et valables pour chaque volition, c’est-à-dire de lois pratiques. Voilà pourquoi toutes ces fins relatives ne fondent que des impératifs hypothétiques.

Mais supposé qu’il y ait quelque chose dont l’existence en soi-même ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait être un principe de lois déterminées, c’est alors en cela seulement que se trouverait le principe d’un impératif catégorique possible, c’est-à-dire d’une loi pratique. Or je dis: l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle volonté puisse user à son gré; dans toutes ses actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d’autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme fin. Tous les objets des inclinations n’ont qu’une valeur conditionnelle ; car, si les inclinations et les besoins qui en dérivent n’existaient pas, leur objet serait sans valeur. Mais les inclinations mêmes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d’être désirées pour elles-mêmes, que, bien plutôt, en être pleinement affranchi doit être le souhait universel de tout être raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets à acquérir par notre action est toujours conditionnelle.

Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses; au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect). Ce ne sont donc pas là des fins simplement subjectives, dont l’existence, comme effet de notre action, a une valeur pour nous: ce sont des fins objectives, c’est-à-dire des choses dont l’existence est un fin en soi-même, et même une fin telle qu’elle ne peut être remplacée par aucune autre, au service de laquelle les fins objectives devraient se mettre, simplement comme moyens. Sans cela, en effet, on ne pourrait trouver jamais rien qui eût une valeur absolue. Mais si toute valeur était conditionnelle, et par suite contingente, il serait complètement impossible de trouver pour la raison un principe pratique suprême. Si donc il doit y avoir un principe pratique suprême, et au regard de la volonté humaine un impératif catégorique, il faut qu’il soit tel que, par la représentation de ce qui, étant une fin en soi, est nécessairement une fin pour tout homme, il constitue un principe objectif de la volonté, que par conséquent il puisse servir de loi pratique universelle. Voici le fondement de ce principe: la nature raisonnable existe comme fin en soi.

L’homme se représente nécessairement ainsi sa propre existence; c’est en ce sens un principe subjectif d’actions humaines. Mais tout autre être raisonnable se présente également ainsi son existence, en conséquence du même principe rationnel qui vaut aussi pour moi; c’est donc en même temps un principe objectif dont doivent pouvoir être déduites, comme d’un principe pratique suprême, toutes les lois de la volonté. L’impératif pratique sera donc celui-ci: Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. Restons-en aux exemples précédents. En premier lieu, selon le concept du devoir nécessaire envers soi-même, celui qui médite le suicide se demandera si son action peut s’accorder avec l’idée de l’humanité comme fin en soi. Si, pour échapper à une situation pénible, il se détruit lui-même, il se sert d’une personne, uniquement comme d’un moyen destiné à maintenir une situation supportable jusqu’à la fin de la vie. Mais l’homme n’est pas une chose; il n’est pas par conséquent un objet qui puisse être traité simplement comme un moyen; mais il doit dans toutes ses actions être toujours considéré comme une fin en soi. Ainsi je ne puis disposer en rien de l’homme en ma personne, soit pour le mutiler, soit pour l’endommager, soit pour le tuer. (Il faut que je néglige ici de déterminer de plus près ce principe, comme il le faudrait pour éviter toute méprise, dans le cas où, par exemple, il s’agit de me laisser amputer les membres pour me sauver, de risquer ma vie pour la conserver; cette détermination appartient à la morale proprement dite.)

En second lieu, pour ce qui est du devoir nécessaire ou devoir strict envers les autres, celui qui a l’intention de faire à autrui une fausse promesse apercevra aussitôt qu’il veut se servir d’un autre homme simplement comme d’un moyen, sans que ce dernier contienne en même temps la fin en lui-même. Car celui que je veux par cette promesse faire servir à mes desseins ne peut absolument pas adhérer à ma façon d’en user envers lui et contenir ainsi lui-même la fin de cette action. Cette violation du principe de l’humanité dans d’autres hommes tombe plus évidemment sous les yeux quand on tire les exemples d’atteintes portées à la liberté ou à la propriété d’autrui. Car là il apparaît clairement que celui qui viole les droits des hommes a l’intention de se servir de la personne des autres simplement comme d’un moyen, sans considérer que les autres, en qualité d’êtres raisonnables, doivent être toujours estimés en même temps comme des fins, c’est-à-dire uniquement comme des êtres qui doivent pouvoir contenir aussi en eux la fin de cette même action1. En troisième lieu, pour ce qui est du devoir contingent (méritoire) envers soi-même, ce n’est pas assez que l’action ne contredise pas l’humanité dans notre personne, comme fin en soi; il faut encore qu’elle soit en accord avec elle. Or il y a dans l’humanité des dispositions à une perfection plus grande, qui font partie de la fin de la nature à l’égard de l’humanité dans le sujet que nous sommes; négliger ces dispositions, cela pourrait bien à la rigueur être compatible avec la conservation de l’humanité comme fin en soi, mais non avec l’accomplissement de cette fin. En quatrième lieu, au sujet du devoir méritoire envers autrui, la fin naturelle qu’ont tous les hommes, c’est leur bonheur propre. Or, à coup sûr, l’humanité pourrait subsister, si personne ne contribuait en rien au bonheur d’autrui, tout en s’abstenant d’y porter atteinte de propos délibéré; mais ce ne serait là cependant qu’un accord négatif, non positif, avec l’humanité comme fin en soi, si chacun ne tâchait pas aussi de favoriser, autant qu’il est en lui, les fins des autres. Car le sujet étant une fin en soi, il faut que ses fins, pour que cette représentation produise chez moi tout son effet, soient aussi, autant que possible, mes fins. Ce principe, d’après lequel l’humanité et toute nature raisonnable en général sont considérées comme fin en soi (condition suprême qui limite la liberté des actions de tout homme), n’est pas emprunté à l’expérience d’abord à cause de son universalité, puisqu’il s’étend à tous les êtres raisonnables en général: sur quoi aucune expérience ne suffit à rien déterminer; ensuite parce qu’en ce principe l’humanité est représentée, non comme un objet dont on se fait en réalité une fin de son propre gré, mais comme une fin objective, qui doit, quelles que soient les fins que nous nous proposions, constituer en qualité de loi la condition suprême restrictive de toutes les fins subjectives, et parce qu’ainsi ce principe dérive nécessairement de la raison pure. C’est que le principe de toute législation pratique réside objectivement dans la règle et dans la forme de l’universalité, qui le rend capable (d’après le premier principe) d’être une loi (qu’on peut dire à la rigueur une loi de la nature), tandis que subjectivement c’est dans la fin qu’il réside; or le sujet de toutes les fins, c’est tout être raisonnable, comme fin en soi (d’après le second principe); de là résulte maintenant le troisième principe pratique de la volonté, comme condition suprême de son accord avec la raison pratique universelle, à savoir, l’idée de la volonté de tout être raisonnable conçue comme volonté instituant une législation universelle.’’

Kuftaru

http://www.kuftaro.org/

Sa vie durant, le Cheikh Ahmed KUFTARU, enseignant qui fut Grand Mufti de Syrie, a milité pour unifier la famille humaine. Pour cela, il a utilisé un enseignement spirituel et rationnel visant à rendre l’homme vertueux, et lui rappeler le but de son existence.

Il a prôné, sa vie durant, la coopération de tous les hommes pour la construction d’une civilisation édifiée sur les principes de la paix, d’équilibre et de prospérité. Voici le texte de la riche conférence qu’il donna à l’Université de Milan en 1985.

Le texte qui suit est précieux car il peut constituer une réponse claire et argumentée à toutes les interprétations malveillantes ou abusives des textes fondamentaux de l’Islam que l’on rencontre un peu partout, en dehors de toute science et de toute objectivité :

*

Au nom de Dieu, le Plus Miséricordieux, Plein de Grâce,

Chers Frères et Sœurs,

Je vous salue de la salutation Islamique traditionnelle,

Asalam Aleikoum

Ce salut représente l’effort sincère d’un fidèle à propager l’amour et la tolérance parmi tous les peuples, quels que soient leur langue, leur croyance ou leur système social.

Je voudrais d’abord commencer par dissiper quelques-unes des conceptions erronées qui ont assombri la compréhension de beaucoup de Chrétiens et d’Occidentaux à l’égard de l’Islam. Beaucoup croient que l’Islam a été répandu par l’épée, et que l’Islam est synonyme d’oppression, de coercition et de dénégation des droits et libertés fondamentaux. De plus, beaucoup de nations occidentales font de l’Islam l’équivalent de l’intolérance et de l’extrémisme. Même des penseurs non Musulmans bien éclairés, des politiciens et des membres du clergé, se sont obstinés à développer cette image négative et erronée. C’est ce stéréotype qui doit être écarté pour présenter une image claire et fidèle de l‘Islam aux peuples occidentaux.

L’Islam invite tous les peuples à examiner soigneusement les tenants et aboutissants de ces conceptions erronées avant de se former une conclusion ou une image de l’Islam. Dieu dit dans le Saint Coran :

« O Croyants : si une personne mal intentionnée vient à vous avec des nouvelles, recherchez la vérité de crainte de faire stupidement du mal au peuple et de regretter ensuite avec remords ce que vous avez fait. » Sourate 49, Verset 6.

L’Islam et l’esprit de tolérance religieuse

Comme le monothéisme constitue le fondement de l’Islam, la tolérance en est une de ses caractéristiques essentielles. « Islam » signifie littéralement à la fois « soumission » à Dieu et « paix ». La tolérance religieuse a toujours été pour l’Islam une loi de vie nécessaire qui ne peut être négligée sous peine de mettre la société en grand péril. Permettez-moi, mes chers frères et sœurs, de vous fournir quelques exemples de l’esprit de tolérance qui gît au fond de la foi Islamique.

D’abord l’Islam proclame de façon absolument claire que toute l’humanité ne forme qu’une seule grande famille. L’origine de tous les peuples est une, puisque tous les êtres humains ont été créés d’une seule âme. Dieu dit dans le Saint Coran :

« O humanité, vénérez votre Seigneur-Gardien Qui vous a créés d’une seule Personne, Qui a créé celle-ci d’une même nature que Lui et en formé sa compagne et de ces deux êtres a fait sortir tant d’hommes et de femmes. » Sourate 4, Verset 1.

Comme tous les peuples font partie d’une même famille, l’Islam insiste sur la nécessité d’une égalité et d’un respect absolus entre tous les êtres humains. Ni la race, ni la couleur, ni l’ethnie, ni le privilège – si ce n’est celui de la droiture, ne peuvent être des critères de valeur en Islam. Dans le Saint Coran, Dieu s’adresse à toute l’humanité dans ces mots :

« O humanité ! Nous vous avons créés d’un seul couple, d’un homme et d’une femme, Nous vous avons répartis en nations et tribus afin que vous vous connaissiez les uns les autres (et ne vous méprisiez pas). En vérité, le plus digne devant Dieu est celui d’entre vous qui est le plus droit. » Sourate 49, Verset 13.

La variété et la diversité humaines sont considérées comme faisant partie de la bénédiction et de la miséricorde de Dieu. Les peuples sont invités à aller au-delà de la simple coexistence et de chercher activement à s’entendre mutuellement et de nouer des relations d’entraide réciproque. Le prophète Mohamed pensait que tous les peuples font partie de la famille de Dieu, et Dieu aime le plus ceux qui se montrent les plus utiles aux membres de Sa famille.

En deuxième lieu : le Coran insiste sur une conception de la justice qui ne se limite pas à la race, la couleur, la croyance ou la nationalité. Dieu dit :

« Quand, entre peuples, vous prononcez un jugement, faites-le avec justice : combien, en vérité est excellent l’enseignement que Dieu vous a donné. » Sourate 4, Verset 56.

Dieu dit encore aux croyants :

« O vous qui croyez ! Demeurez fermement fidèles à Dieu dans les témoignages que vous porterez en faveur des bonnes actions et ne permettez pas que la haine des autres vous dirige vers le mal et vous détourne de la justice. Soyez justes : la justice est proche de la piété ; et craignez Dieu. Car Dieu voit tout ce que vous faites. » Sourate 5, Verset 8.

En troisième lieu : l’Islam est par nature universel, embrassant tous les messages et religions antérieurs inspirés par Dieu. De même que Dieu est Un, ainsi en est-il du message essentiel de la foi qu’Il vous a envoyée par Ses prophètes et ses messagers. Le Saint Coran dit :

« La religion qu’Il a fondée pour vous est la même que celle qu’Il a prescrite à Noé -et que nous vous avons inspirée- et qui a été prescrite à Abraham, Moïse et Jésus : notamment, que vous restiez fermes dans la Religion et que vous ne vous y divisiez pas. » Sourate 42, Verset 13.

En Islam, l’unicité de Dieu implique l’unité de la vraie foi et de la vraie religion. Les messages fondamentaux que tous les prophètes ont eu mission de livrer sont éternels et universels : inviter toute l’humanité à adorer Dieu seul. Dieu dit clairement dans le Saint Coran que tous les peuples de foi, ceux qui se soumettent à Dieu et à Sa vérité, constateront l’unité de tous les messagers de Dieu et de leurs révélations respectives, et ils les admettront donc tous :

« Le Messager croit dans ce que son Seigneur lui a révélé, comme tous les hommes de foi le font. Chacun de ceux-ci croit en Dieu, Ses Livres et Ses Messagers. Nous n’établissons pas de distinction entre l’un ou l’autre de ses Messagers, et ils ajoutent : Nous écoutons et nous obéissons ; nous implorons Votre pardon, Seigneur, et vers vous nous revenons tous. » Sourate 2, Verset 285.

La tolérance religieuse fait corps avec le Saint Coran lui-même : Au cœur du Saint Coran se trouvent tous les enseignements essentiels de la Torah de Moïse et de la Bible de Jésus (y compris des miracles non cités dans le Nouveau Testament lui-même). Dieu dit du Saint Coran :

« Nous vous avons envoyé l’Ecriture de vérité, confirmant l’Ecriture qui l’a précédée et la mettant en sécurité. » Sourate 5, Verset 48.

Le Saint Coran contient les conseils et l’histoire de nombreux prophètes bibliques, que Dieu décrit de la manière suivante :

« Il y a, dans leur histoire, l’instruction dont (les peuples) ont besoin pour comprendre…..la confirmation (de l’Ecriture qui) vint avant elle… une explication détaillée de toutes les choses et un Guide et une Grâce pour celui qui croit. » Sourate 12, Verset 111.

En quatrième lieu : l’Islam proclame qu’un lien particulier unit les Musulmans, les Juifs et les Chrétiens. Les Juifs et les Chrétiens sont nommés dans le Saint Coran comme « O Peuples du Livre », désignant par-là les peuples de la Torah et de la Bible. Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans sont considérés comme peuples d’une même famille dont les fois sont fondées sur des écritures révélées par Dieu et qui participent à une tradition prophétique commune. En particulier, le Saint Coran met l’accent sur les liens unissant les disciples de l’Islam et du Christianisme :

« ….et vous trouverez les plus disposés à aimer les Croyants parmi ceux qui disent :’Nous sommes Chrétiens’. » Sourate 5, Verset 82.

Dans le Saint Coran, Dieu ordonne aux Musulmans – et en fait à tous les croyants, de croire en Jésus, Moïse et tous les autres prophètes bibliques, vu que tous ont été envoyés par sa Grâce à l’humanité :

« Dites ; Nous croyons en Dieu, et à la révélation que le Seigneur a faite à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, et aux Tribus, et à celle qu’Il a confiée à Moïse et à Jésus, et à tous les Prophètes ; nous ne faisons pas de différence entre eux et nous nous inclinons devant Dieu dans l’allégeance et la soumission. » Sourate 2, Verset 136.

La tolérance Islamique ne se limite pas aux Peuples du Livre, mais s’étend à tous ceux qui aiment la vérité avec foi, sincérité et droiture. Dieu affirme dans le Saint Coran :

« Ceux qui croient et ceux qui observent (les Ecritures) des Juifs, des Chrétiens et des Sabéens, et ceux qui croient en Dieu, et au Jour Dernier, et ceux qui agissent avec droiture, ils recevront leur récompense de leur Seigneur, ils n’auront rien à craindre, ils ne seront pas affligés. » Sourate 2, Verset 62.

Les croyants sincères de toutes les religions, en fait, forment une seule société d’hommes droits, et Dieu leur étend Sa grâce en complète justice :

« Aux Musulmans, hommes et femmes, aux hommes et femmes croyants, aux hommes et femmes pieux, hommes et femmes vrais, hommes et femmes patients et constants, hommes et femmes qui se font humbles, hommes et femmes charitables, hommes et femmes qui jeûnent, hommes et femmes qui se gardent chastes, et hommes et femmes qui font beaucoup pour la louange de Dieu, Dieu leur a préparé le pardon et une grande récompense. » Sourate 33, Verset 36.

En cinquième lieu : l’Islam affirme sans équivoque le droit de chaque individu à la liberté de pensée et de religion. Celui qui prend le temps de lire le Saint Coran et d’étudier la vie du Prophète Mohamed (que la paix soit sur lui) et ses proches disciples, constatera qu’ils ont construit une société sur l’amour, l’indulgence, la justice et la fraternité. Il découvrira aussi que leur conception de l’Islam est le fruit du raisonnement, de la conviction et de la joie, non de la violence, de la contrainte ou de l’oppression. Le Saint Coran impose :

« Qu’il n’y ait pas de contrainte dans la religion, la Vérité se distingue par elle-même de l’Erreur ; celui qui rejette le mal et croit en Dieu saisit une poignée solide qui ne se brise jamais. » Sourate 2, Verset 256.

L’Islam insiste sur le fait que tous les peuples (et pas uniquement les Musulmans) jouissent de la liberté de religion et de culte. L’Islam prend en compte tous les lieux sacrés dédiés au culte, Juifs, Chrétiens ou Islamiques, et demande aux Musulmans de défendre la liberté de culte pour tous. L’Islam désire l’établissement d’une société universelle et libre où tous puissent vivre et jouir de la liberté de religion dans la sécurité et l’égalité. Dieu dit :

« Si Dieu n’avait pas empêché les peuples de se dresser les uns contre les autres, des monastères, des églises des synagogues et des mosquées, où le nom de Dieu est abondamment célébré, se fussent certainement effondrés. » Sourate 22, Verset 40.

Ibn Arabi

La rencontre des âmes

Auparavant, j’ignorais mon compagnon

Si sa religion était différente de la mienne.

A présent, mon cœur accepte toute proposition :

Il est prairie pour les gazelles, cloître pour les moines,

Temple pour les idoles, Kaaba pour les pèlerins,

Tables de la Thora et livre saint du Coran.

L’Amour seul est ma religion,

Partout où se dirigent ses montures

L’Amour est ma religion et ma foi

*

Pourrions-nous confier le dernier mot de notre réflexion à un Anglais, professeur de philosophie à l’Université de Cambridge, considéré comme l’un des esprits les plus brillants de notre époque : Bernard WILLIAMS, 1929-2003, qui passa sa vie à chercher la réponse à la question : ’’Que veut dire « vivre bien » ?’’

’’La difficulté avec la tolérance, vient de ce qu’elle parait tout à la fois nécessaire et impossible.’’

Mais il serait assurément triste de clore l’exposé sur ce constat amer. Alors, en attendant la grâce qui a touché Ibn Arabi ou la sagesse qu’ont acquis les grands penseurs cités, il est impératif de trouver et d’adopter une solution pour pouvoir, sinon ’’vivre bien’’, du moins ’’vivre ensemble en paix’’ , fut-ce en ruminant la célèbre phrase d’un autre anglais, Sir Winston Churchill :

«  La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous.  »

 Le pas décisif à franchir vers la tolérance et la paix sociale est forcément l’acceptation de la loi, élaborée par tous, acceptée par tous et applicable à tous. Terminons sur cette belle phrase d’Erica Jong 

« Il n’y a pas de loi qui puisse régir l’harmonie entre les êtres. Elle ne peut être réalisée que par un effort constant de chacun. »

 

mo’

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