comprendre agir

Les attentats de Paris contre l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo ont révélé, de l’avis de tous les observateurs sérieux de nos sociétés, une crise profonde et hélas, personne n’étant dupe, nul n’y voit un regrettable accident … Il s’agit bien, disent-ils, d’un phénomène sérieux, probablement lourd de conséquences…

Il y a 15 jours, les plus grands sages du genre humain nous ont invités à la TOLERANCE et il y a 7 jours, nous avons reçu une autre invitation, celle de RAISON GARDER. J’avais promis de conclure ma dissertation cette semaine par une reformulation de ce vœu pieu. Mais à bien y réfléchir, qu’aurait alors apporté mon dit ? De vaseuses généralités assurément peu à même d’encourager la paix des esprits et celle des cœurs. Si l’analyse des causes directes est en l’occurrence assez simple, celle des causes profondes et leur recherche constitue une étape que l’on ne peut sauter, si l’on veut agir à la source du mal.

Beaucoup trouveront exagéré mon zèle qui relie les causes d’un attentat à l’avenir de la Planète Terre. Mais je tiens à cette approche holistique sans laquelle il n’y a, ce me semble, que des explications partielles…

Je propose donc cet exercice salutaire qui va consister en un balayage large de tout ce qui peut déstabiliser l’esprit : une vaste réflexion qui pourrait exprimer, sous la forme d’une frise holistique, un point sur l’individu, l’homme, son avenir, sa morale. Une espèce de réflexion pascalienne :

’’Toute notre dignité consiste… en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.’’ Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Mais tout d’abord, rappelons les faits. Non point les évènements qui sont connus de tous, mais la première perception, la plus intelligente si possible.

Pour respecter une parfaite objectivité débarrassée de toute polémique et de tout parti-pris, contentons-nous des mots du premier ministre du pays concerné en premier chef : La France.

Adressant ses vœux à la presse pour l’an neuf, ce premier ministre a reconnu qu’existe en France, ’’un apartheid territorial, social, ethnique’’, en les nommant ’’maux qui rongent notre pays’’. Il a courageusement poursuivi : ’’Il faut ajouter toutes les fractures, les tensions qui couvent depuis trop longtemps et dont on parle uniquement par intermittence la relégation périurbaine, les ghettos’’.

Le mot ’’apartheid’’ a provoqué un séisme politique : il a révolté ses adversaires, déconcerté ses partisans et plu aux victimes de cet ’’apartheid’’. Ledit premier ministre a ajouté qu’à cette ’’misère sociale s’additionnent les discriminations quotidiennes parce que l’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau, ou bien parce que l’on est une femme.’’

Pour lutter contre ces anomalies, il a précisé que ’’La citoyenneté – ne parlons pas d’intégration, oublions les mots qui ne veulent plus rien dire – nous le sentons bien, (…) a besoin d’être refondée, renforcée, relégitimée’’   « Nous devons combattre chaque jour ce sentiment terrible qu’il y aurait des citoyens de seconde zone ou des voix qui compteraient plus que d’autres. Ou des voix qui compteraient moins que d’autres. (…) Dans de nombreux quartiers, chez de nombreux compatriotes, ce sentiment s’est imposé qu’il n’y a plus d’espérance et la République doit renouer avec l’espérance’’ 

Par la suite, devant quelques journalistes, le Premier Ministre a expliqué : ’’Oui, c’est vrai ce sont des mots forts, mais il faut dire les choses clairement pour être entendu. Ces questions, on ne les découvre pas, on les connaît. Dans les quartiers, ce n’est pas qu’un problème de rénovation urbaine. Beaucoup de choses ont déjà été faites … mais il faut aussi poser la question de la mixité urbaine. Si vous ne changez pas les populations vous risquez de créer des ghettos… Il faut donner des réponses républicaines, sinon les Français iront chercher des réponses stigmatisantes chez le FN et Marine Le Pen ’’.

’’Et bien sûr pas seulement’’ doit-on s’empresser d’ajouter, pour ne pas embourber le débat dans les stérilités des guéguerres partisanes …

*

La situation globale de la Terre est un arrière-plan sinistre

  1. L’état de la planète Terre est inquiétant :

Au beau milieu de la seconde décade du XXIème siècle, l’état du monde apparait sous un jour inconnu auparavant :

Vendredi 16 janvier 2015, la revue ’’Science’’ a publié la mise à jour de l’état des seuils de ’’la limite planétaire’’, notion formulée en 2009 par une équipe interdisciplinaire de chercheurs de tous pays, pour indiquer les limites à ne pas franchir pour que ’’le système Terre ne bascule dans un état très différent – de l’actuel, probablement bien moins favorable au développement des sociétés humaines’’. En clair : pour que la vie, telle que nous la connaissons ne disparaisse pas de la surface de la terre.

Cette mise à jour indique qu’à bien des plans, parmi les fondamentaux géophysiques, les limites sont déjà dépassées :

  • Le dioxyde de carbone a atteint la limite maximale.
  • Entre 100 et 1000 espèces animales disparaissent chaque année.
  • Seulement 60% de la couverture forestière se régénère naturellement maintenant alors que pour vivre la forêt a besoin d’une régénération systématique de 75%.
  • Mais le plus grand drame concerne les cycles biogéochimiques de la planète. Celui de l’azote particulièrement qui a pour conséquence la pollution de l’eau douce.

Ces notions scientifiques abstraites parlent très peu au citoyen lambda, non averti, mais elles lui sont néanmoins serinées à longueur de temps et il en retient qu’il n’y a pas de futur. Par ailleurs, les  »mauvaises nouvelles » seraient tellement inquiétantes que lesdits scientifiques recommandent la création d’une ENTITE A L’ECHELLE MONDIALE pour coordonner et réguler les actions…

diagnostic

http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/01/15/la-planete-a-atteint-ses-limites_4557476_3244.html#dAciVlEVYqtAESBh.99

 

2. La population mondiale augmente inexorablement :

Actuellement, on compte environ 7,3 milliards d’humains sur la planète et les projections tablent sur 11 milliards d’ici à la fin du siècle, en raison notamment d’un quadruplement du peuplement sur le continent africain. « Cette croissance démographique dégrade rapidement les ressources terrestres »

« Réduire autant que possible notre impact grâce à des innovation technologiques »

Ces conclusions sont formulées alors qu’une ONG du nom de Footprint a prévenu que, dès le mois d’août, l’humanité avait déjà consommé toutes les ressources produites par la planète sur une année entière, et empruntait maintenant directement sur la production de l’année suivante. On parlait alors d’une situation de « dette écologique » contractée depuis les années 70.

Faute d’avoir un impact réel et immédiat sur la croissance démographique, les grands dirigeants de ce monde sont donc appelés à agir sur les modes de vie et de consommation plus durables. « Les efforts de la société doivent être dirigés de manière plus efficace vers une réduction aussi importante que possible de notre impact grâce à des innovations technologiques ».

Des avancées, mises bout à bout, pourraient avoir une influence positive et significative sur l’environnement, malgré la démographie.

Sans que cela soit dit explicitement, il est temps de prendre conscience de l’absolue nécessité de CONSOLIDER TOUS LES POUVOIRS DECISIONNAIRES en matière de politique de natalité pour une plus grande efficacité

http://www.sudouest.fr/2014/10/30/meme-en-cas-de-catastrophe-la-population-mondiale-va-croitre-jusqu-en-2100-1719723-4803.php

3.   La concentration des richesses dans le monde est scandaleuse :

Deux jours avant l’ouverture du Forum économique mondial, qui se tient traditionnellement dans la station suisse de Davos, l’ONG Oxfam a publié un rapport accablant sur la concentration des richesses dans le monde. Basée notamment sur des données fournies par un rapport de la banque Crédit Suisse, il révèle que 1 % des habitants de la planète possède 48 % du patrimoine, contre « seulement » 44 % en 2009. Le seuil des 50 % devrait être dépassé en 2016.

La synthèse : Les 1% les plus riches possèderont donc bientôt la moitié de la richesse mondiale.

richesse monde 1

Les 52 % du patrimoine restant (situation actuelle) ne sont pas non plus également répartis : les quatre cinquièmes des habitants les plus pauvres de la planète survivent avec seulement 5,5 % de la richesse produite dans le monde.

richesse monde 2

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/19/la-concentration-des-richesses-dans-le-monde-en-graphiques_4558914_4355770.html  

4. L’hégémonie occidentale est en déclin :

Tout a commencé lors de la chute du Mur de Berlin et dans la foulée, de la disparition de l’Union soviétique, évènements qui mirent un terme à la gestion bipolaire de la planète et semblèrent consacrer la victoire définitive de ce que l’on a alors baptisé l’Empire américain.

Les périodes de bouleversements sont toujours riches en prophètes de tous poils. Alors, c’est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain du nom de Francis Fukuyama qui apparut comme le maître à penser des dirigeants de ce monde : Il a notamment signé une pétition recommandant au président Clinton  – qui ne le suivit pas, de renverser Saddam Hussein, bien avant que Bush fils ne s’en charge en 2003. Mais le prophète-égérie des solutions musclées est maintenant complètement sécularisé et prône le soft power en avouant s’être totalement éloigné des idées conservatrices. Actuellement, le cher professeur soutient Barack Obama. 

Lors de son apogée, il avait pronostiqué la ’’fin de l’Histoire’’, se trompant magistralement puisque le phénomène de la mondialisation, devant consacrer la suprématie indiscutable de l’économique, montra alors peu à peu ses limites.

’’La crise asiatique de 1998, la crise des subprimes en 2008, l’enlisement américain en Afghanistan et en Irak, le 11 Septembre 2001 ont détruit le modèle américain et non pas ’’achevé l’Histoire’’, mais tout simplement créé une phase historique nouvelle, dont, outre les menaces qui pèsent sur l’avenir même de la vie sur Terre, trois facteurs majeurs se conjuguent pour ébranler l’hégémonie occidentale :

  • la crise du capitalisme financier, devenue systémique,
  • la poussée des pays émergents, à commencer par les ’’BRICS’’ dont le PIB cumulé dépasserait dès 2020 celui du G7, et
  • l’irruption des sociétés capables de secouer les dictatures, voire de les renverser.

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Chapitre__tat_du_monde_2015__Panorama_des_conflits_contemporains-9782707185242.html

Focus sur l’Europe :

Zoom sur l’Union européenne en 2015

Les élections au Parlement européen de mai 2014 ont été marquées par la montée des formations populistes, nationalistes et europhobes, et par des taux d’abstention toujours élevés. On peut y lire les effets de la crise, notamment dans les États soumis à des mesures de redressement économique.

  • Zoom sur la Zone €uro

La monnaie européenne progresse au sein de l’Union Européenne, en dépit des conséquences de la crise économique et financière qui continue à toucher plusieurs de ses membres…Le déclenchement de la crise financière mondiale a entraîné depuis 2008 une grave récession et un creusement des déficits, obligeant les États à revoir leurs objectifs initiaux. Le recours au FMI a révélé la fragilité financière de plusieurs d’entre eux…

  • Zoom sur l’Espace Schengen

Les accords de Schengen, 1995, prévoyaient la libre circulation des personnes entre les États signataires et la suppression des contrôles systématiques aux frontières.

Le bon fonctionnement de l’espace Schengen est tributaire d’une véritable politique commune européenne d’immigration et d’asile. Cela nécessite, d’une part, une harmonisation accrue des procédures nationales d’asile et de sélection de migrants, et l’application du principe de solidarité prévu dans le Traité de Lisbonne, de l’autre. Or, ces conditions ne sont pas encore remplies. La crise a montré l’incapacité de l’UE, prise de court par la polarisation des positions nationales, d’apporter des solutions adéquates … dans l’accueil des migrants. Cette situation et l’absence de confiance mutuelle entre les États membres rendent la répression comme seule solution immédiate avec des résultats tangibles. (Mais) … Cette stratégie à court terme renferme l’Europe dans un cercle vicieux au mépris des valeurs « indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité » sur lesquelles se fonde l’Union.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/21/que-pese-l-islam-en-france_4559859_4355770.html

Focus sur la France :

  • La France face à son passé colonial

Il y a 10 ans … ’’2005 a été l’année où les banlieues se sont embrasées, jetant aux yeux du monde l’image d’une société française malade. Une société en proie à de graves tensions entre des Français de différentes origines.’’

…’’dans ses banlieues : les jeunes issus de l’immigration dénoncent les discriminations dont ils sont victimes. En quête d’identité, ils établissent un parallèle entre la domination colonial qu’ont subi leurs grands-parents en Afrique noire ou au Maghreb et leurs problèmes actuels. Nous sommes aussi des « indigènes », disent-ils, nous subissons la même oppression que nos ancêtres en Algérie ou au Sénégal.

… ’’Les jeunes cherchent « à redonner une signification à leurs origines, un enracinement à leur histoire et, sans doute, un sens à leur présence au sein de la nation française’’, écrivait dans le Monde un collectif d’historiens. Ainsi, l’appel des ’’Indigènes de la République’’, lancé début 2005, avait pour but de provoquer un travail de mémoire, d’établir un lien entre le passé et le présent pour mieux comprendre les discriminations sociales.

portail-du-fle.info/colonisation/ecoutelafranceface.doc

  • Lien entre colonisation et immigration

’’ … Longtemps mis entre parenthèses, le passé colonial français revient en force sur le devant de la scène. Deux France aujourd’hui s’opposent : celle qui entend faire valoir l’œuvre positive dans les colonies et celle qui, au contraire, revient sur les sombres heures de la colonisation et montre les prolongements de celle-ci aujourd’hui encore, notamment pour les Français descendants des immigrés postcoloniaux. La première est notamment à l’origine de la loi du 23 février 2005 dont l’article 4 affirme que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ». La seconde a fait son entrée médiatique avec le fracassant appel des « Indigènes de la République » qui dénonce les discriminations dont font l’objet ceux qui sont issus des ex-colonies.

L’unité de la République serait-elle menacée par une ’’fracture coloniale’’ ? L’expression est forte, inquiétante mais assumée par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, tous trois historiens spécialistes de l’histoire coloniale…

…Plus surprenante, l’appréhension par le sociologue Didier Lapeyronnie de la banlieue comme un ’’théâtre colonial’’. Reléguées dans des ghettos, les populations issues de l’immigration se vivent selon lui comme des ’’colonisées’’ même s’il n’y a pas colonisation. Car le sentiment de discrimination et de ségrégation, l’imposition de regards dominants négatifs, les discours moralisateurs ou infantilisants renvoient à un vécu proche de ceux qui furent victimes du système colonial. ’’Comme des « colonisés », les habitants des « quartiers sensibles » ont d’abord le sentiment de ne pas avoir d’existence politique, de ne pas être considérés comme des citoyens ou d’être des citoyens de seconde zone.’’…’’

La fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage coloniale Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (dir.), La Découverte

http://www.scienceshumaines.com/un-passe-colonial-qui-ne-passe-pas_fr_5311.html

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Pensez-vous que je puisse me permettre de recommander la lecture d’un article de presse à Monsieur le Premier Ministre de la République Française ? En vérité ce qui me dérange, c’est le titre absolument grossier et que je n’ose même pas prononcer… Mais à part le titre, le point de vue est résolument intelligent, dérangeant, sans concession aucune, mais il fait du bien comme une désinfection à l’alcool à 90°…

En voici un extrait. Parlant des jeunes, frères Kouachi, d’Amedy Koulibali, de Merah et tant d’autres, l’auteur affirme :

’’… il est clair pour eux qu’ils sont Français mais en réalité ne sont pas Français. Ils ne sont pas Algériens non plus, ni Marocains ni Comoriens – la plupart n’ont jamais vu la terre de leurs parents, et ils n’en parlent qu’avec difficulté la langue.

Ni de là-bas, ni d’ici, qui sont-ils ?

On leur souffle : musulman.

Musulman ? Ça, c’est chouette ! Plus de problème de frontière ! Non seulement il y a des musulmans dans tous les pays du monde mais cette identité-là leur ôte du pied l’épine qui les empêche de marcher depuis leurs premiers pas. Une identité transfrontalière, planétaire, comment refuser cette aubaine ? Il suffit d’un foulard, d’une prière hebdomadaire à la mosquée, et hop ! Le tour est joué.’’

Il faut absolument le lire en entier. En cliquant simplement ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/virginie-lou-nony/110115/lautruche-vient-de-se-faire-enculer

Secouant, non ? Tellement juste en tout cas…

Pour clore ce billet et promettre de livrer, sans faute, la semaine prochaine une ’’ordonnance’’ émanée de vous et de quelques autres penseurs de ces temps maussades, voici une autre vérité qui va en étonner plus d’un. Il s’agit du point de vue d’un homme profond et doux, aux analyses pénétrantes : l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, alias Yasmina Khadra

« Il faut rester lucide, sage, la seule façon de combattre ce fléau, c’est l’isoler. Ne plus l’associer à une communauté qu’il prétend défendre ou une religion qu’il prétend incarner. Dieu n’a pas besoin d’être défendu par des mortels, il est Dieu… ».

« Les Kouachi sont quelque part les enfants de la France, pas les enfants de l’Islam »

mo’

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