Femmes et Islam

Quelle n’a été notre déception, à moi et à beaucoup d’autres, au spectacle de la joute verbale opposant le journaliste Aymeric Caron au philosophe Michel Onfray dans le cadre de l’émission de France 2 ’’On n’est pas couché’’, le 17 janvier 2015 ! Ainsi donc, rattrapé par la furie actuelle, le sympathique et remuant philosophe semble glisser progressivement sur les berges fangeuses de l’islamophobie actuelle…

Onfray & Caron

Sur son blog « Périphéries », la journaliste du Monde Diplomatique Mona Chollet avait, par le passé, noté qu’il est « sincèrement remonté contre tous les dogmes religieux ». Mais aussi qu’il estime, que « l’islam est ‘fondamentalement incompatible avec les sociétés issues des Lumières‘ » et que « le musulman n’est pas fraternel ». Enfin, il attribue « les attentats-suicides palestiniens au désir d’accéder au paradis promis par le Coran« , sans guère de contexte politique.

Depuis lors, d’interview en intervention, l’auteur est devenu de plus en plus virulent sur le sujet. « Y a-t-il une différence entre islam et islamisme ? » demande-t-il sur TF1, le 5 septembre 2014. Il dit alors redouter une « islamisation de la France« .

’’De fil en aiguille, dans sa chronique mensuelle de mars 2015 sur son site, Michel Onfray en vient à défendre « le choc des civilisations ». Une invention, comme il le souligne, « de Samuel Huntington, un penseur américain néoconservateur ». Et d’ajouter : « Prétendre qu’il n’y a pas un choc des civilisations entre l’Occident localisé et moribond, et l’islam déterritorialisé en pleine santé, est une sottise qui empêche de penser ce qui est advenu, ce qui est, et ce qui va advenir. »

Dans une envolée binaire et ’’décliniste’’ à la Houellebecq, il oppose ainsi un Occident perdu par son féminisme où « la femme à barbe constitue l’horizon indépassable du progrès post-moderne » à un islam belliciste par nature prêt à « la guerre pour ses valeurs » avec « des soldats, des guerriers, des martyrs qui attendent à la porte du paradis ».’’

http://www.francetvinfo.fr/france/ancien-prof-athee-militant-et-pourfendeur-de-l-islam-michel-onfray-le-philosophe-qui-effraie-la-gauche_844929.html

Dieu sait que dans cet hallali contre l’Islam, il n’est pas seul, mais je ne parle que de Michel Onfray car je le suis depuis la sortie en 1989 de son ouvrage ’’Le ventre des philosophes’’, originale ’’Critique de la raison diététique’’, qui me poussa à m’intéresser à l’auteur et à sa reconversion de la gloutonnerie à la philosophie.

Quant aux légions des autres philosophes islamophobes des plateaux-télé, qui ont pour la philosophie l’intérêt qu’ont ces-dits plateaux pour la haute gastronomie, athées militants ou quakers apoplectiques, agents en missions salonardes, exaltés en tous genres, n’ayant jamais supporté de les écouter plus d’une seconde, j’avoue mon incompétence à parler d’eux.

Con le chat

Aucune loi, dans aucun pays, à aucune époque n’a jamais spécifiquement interdit d’être ’’con’’ !

Certaines lois ont osé invoquer le concept qualitatif de ’’bon’’, comme dans la jouissance d’un bien ’’en bon père de famille’’ mais assurément aucune n’invoque ni même ne suggère l’interdiction d’être ’’con’’.

Beaucoup ne s’en privent guère et profitent même généreusement de cette lacune juridique grimée en licence.

’’C’est le droit de chacun’’ vous rétorque-t-on lorsque vous vous permettez de trouver lamentable une insulte stupide, infondée, inutile et de mauvais goût qui blesse un groupe auquel vous appartenez par choix, par héritage ou, encore plus humoristiquement, ’’de natura rerum’’

Et lorsque vous vous étonnez des cris d’orfraie que poussent ces chantres zélés ’’des lumières’’ dès que vous osez titiller à votre tour l’une quelconque de leurs valeurs consacrées, ils s’étranglent à vous expliquer que vous confondez tout, pauvre de vous et que décidément votre façon de penser est insoluble dans la modernité, incompatible avec notre temps et antinomique de la lumière …

Faut-il en avoir de la patience et du sang-froid pour garder son flegme face à cet étalage – souvent indécent – de mauvaise foi, et ces manifestations, souvent épidermiques, de haine stupide et d’arrogance ignare !

Assurément il en faut, et une sacrée dose, car l’islamophobie se porte bien actuellement, et, pauvre de vous, Musulman Lambda, de bonne éducation, délicat et respectueux de l’autre, lorsque vous arrivez quelque part, vous devez subir des quolibets en guise d’accueil, et lorsque vous vous étonnez de l’agressivité que l’on témoigne à votre égard, l’on nous soumet à la question, aux questions plus exactement.

Les islamophobes vous pressent de toutes parts et tout comme le Juif doit, à titre individuel et à titre collectif, répondre, 2000 ans après, de l’accusation de la crucifixion de Jésus de Nazareth, Fils de Marie, vous devez répondre, vous, des peurs qu’inspirent quelques interprétations farfelues, voire loufoques de passages de votre Livre Saint … dont ces inquisiteurs, bien évidemment, se trouvent n’avoir jamais lu une seule ligne. Ils se sont contentés d’’’extraits’’ et de reprises de phrases toutes faites, traduites bien évidemment, sorties de leurs contextes et cent fois resucées, sans que jamais aucun ne se donnât la peine de retourner à la source pour en vérifier les termes.

Par exemple, au sujet du statut de la femme dans l’Islam et du comportement du Prophète Mohamed à leur égard, il est bien difficile de trouver une information sérieuse alors que les propos libidineux, les rires imbéciles et les mensonges éhontés sont largement disponibles. En la matière, on confond tout, on fait feu de tout bois, l’essentiel étant de rejeter la différence, de refuser toute réflexion, de ridiculiser et d’insulter.

Mais il y a aussi les gens sincères ! Ceux qui ne comprennent pas ou ne savent où ou comment trouver la vérité…

Disons à ces gens sincères, que cette vérité est tout simplement … à sa place. Et sa place, en l’occurrence est … le Texte.

Les deux versets les plus communément cités pour prouver le mépris et la dépréciation dans lesquels seraient tenues les femmes en Islam, sont les suivants :

1° Préséance ?

AL BAQARA

Sourate II : LA VACHE

 »Verset 228

Quant aux répudiées, mise en observation de leur personne pour une durée de trois menstruations. Il ne leur est pas licite de celer ce que Dieu crée en leur matrice pour autant qu’elles croient en Dieu et au Jugement Dernier. Leur mari aura priorité pour les reprendre, s’il préfère une réconciliation.

Les femmes ont droit à l’équivalent de ce qui leur incombe selon les convenances. Les hommes ont toutefois sur elles préséance d’un degré

  • Dieu est Puissant et Sage »

(Traduction de Jacques Berque)

Le verset 2/228 se lit en fait ainsi : « Et elles [= les femmes] ont des droits [sur les hommes], comparables aux devoirs qu’elles ont [par rapport à eux], dans la bienséance. Et les hommes ont un degré sur elles » (Coran 2/228) (c’est bien le mot « degré » et non pas « pas » qui est la traduction du terme arabe « daraja« ). Ibn Abbâs, un des Compagnons du Prophète et une des plus célèbres références en matière d’exégèse du Coran, dit : « J’aime m’embellir pour mon épouse comme j’aime qu’elle s’embellisse pour moi, car Dieu a dit : « Et elles ont des droits, comparables aux devoirs qu’elles ont, dans la bienséance » » ; Ibn Abbâs dit aussi : « Je n’aimerais pas exiger tous les droits que j’ai par rapport à elle, car Dieu, élevé soit Son souvenir, dit : « Et les hommes ont un degré sur elles » » (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset). Ibn Abbâs commente donc ce « degré de l’homme » comme signifiant que l’homme doit, davantage, savoir fermer les yeux sur des droits qui lui reviennent, tout en s’acquittant scrupuleusement des devoirs qu’il a envers sa conjointe. « Un degré sur elles » : infériorité de la femme ? Soumission de la femme ? Pas du tout. C’est cet avis de Ibn Abbâs que at-Tabarî a retenu : il écrit : « L’avis le plus pertinent dans le commentaire de ce verset est ce que Ibn Abbâs a dit : le « degré » (« daraja ») que Dieu a évoqué dans ce verset est que l’homme passe sur certains de ses droits dont son épouse ne s’acquitte pas, tout en s’acquittant, lui, de tous ses devoirs vis-à-vis d’elle » (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset).

On voit que, en effet, il est nécessaire d’expliquer un certain nombre de choses à « tous ceux qui ont des lacunes dans l’exégèse coranique »

http://www.maison-islam.com/articles/?p=405

2° Supériorité ?

NIsa

Sourate IV : LES FEMMES

Verset 34

’’Les hommes assument les femmes à raison de ce dont Dieu les avantage sur elles et de ce dont ils font dépense sur leurs propres biens. Réciproquement, les bonnes épouses sont dévotieuses et gardent dans l’absence, ce que Dieu sauvegarde. Celles de qui vous craignez l’insoumission, faites-leur la morale, désertez leur couche, corrigez-les. Mais une fois ramenées à l’obéissance, ne leur cherchez pas prétexte.

  • Dieu est Auguste et Grand’’

(Traduction de Jacques Berque)

’’Quant au verset 4/34, qui dit : « Les hommes ont autorité sur les femmes à cause du fait que Dieu a donné des prérogatives à certains par rapport à d’autres », il parle tout simplement de la fonction de chef de famille : le terme « qawwâmûn » a été commenté par Ibn Abbâs comme signifiant : « umarâ » (Ad-Durr ul-manthûr, 2/271), ce qui veut dire : « chefs« . Cela désigne la fonction de chef de famille (Tahrîr ul-mar’a fî asr ir-rissâla, 5/101), laquelle fonction ne correspond absolument pas à une dictature mais doit être au contraire vécue avec amour, respect, concertation et – comme nous venons de le voir – en sachant fermer les yeux quant à ses droits : c’est très précisément ce qu’a enseigné le Prophète dans la Sunna ; les paroles de celui-ci à ce sujet sont visibles dans Tahrîr ul-mar’a fî asr ir-rissâla (tome 5 pp. 104-108) ; contentons-nous ici d’une seule : le Prophète a dit : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur avec son épouse » (Tirmidhi 3895, aussi Ibn Maja 1978)…

Toujours les fameuses « lacunes dans l’exégèse coranique » ? Il semble bien que oui, malheureusement…’’

http://www.maison-islam.com/articles/?p=405

’’Dans les recueils de la Sunna on lit aussi que le jeune Ibn Abbâs l’ayant un jour questionné au sujet du sens d’un verset coranique, Omar ibn ul-Khattâb, second calife du Prophète, lui donna la réponse ; puis il lui raconta : « Avant la venue de l’islam, nous autres n’avions pas de considération pour les femmes. Puis, lorsque vint l’islam et que Dieu évoqua leurs droits, nous nous mîmes, à cause de cela, à comprendre qu’elles avaient des droits sur nous. Néanmoins nous ne leur permettions pas de se mêler de nos affaires » (al-Bukhârî 5505)…’’ Ibidem…

…’’ Pour l’islam, homme et femme sont égaux dans leur humanité et dans leur valeur humaine. Par contre, ils ont des rôles complémentaires, parce qu’ayant des natures qui présentent, à côté de nombreuses similitudes, des différences et des particularités. Lesquelles différences, on le sait aujourd’hui, ne sont pas toutes dues à la culture et à l’éducation – comme auparavant certains le pensaient – mais sont bel et bien dues pour un certain nombre d’entre elles à la nature même : physiologique, hormonale, psychologique…’’ Ibidem…

Terminons par l’évocation rapide mais, je l’espère, instructive de l’obligation de port du voile.

’’Le voile ‘’islamique’’ est d’origine proche-orientale. Déjà mentionné dans la tablette A 40 des lois assyriennes du roi Teglat-Phalazart Ier vers 1000 av. J.-C., il est « obligation pour les filles pubères d’hommes libres et interdit pour les prostituées ». Dans le code d’Hammourabi au XVIIIe siècle av. J.-C., la femme libre, contrairement à l’esclave, porte le voile sous peine de sanctions. Un texte assyrien en fait un signe distinctif entre femme honorable et prostituée. Dans la période antique, grecque puis romaine, le voile a la même fonction. C’est une distinction sociale et cette même fonction va être empruntée dans le Coran

Dans le christianisme enfin, de nombreux Pères de l’Église recommandent aux chrétiennes de porter un voile (Tellurien). Saint Paul, apôtre de Jésus, dans le premier épître aux Corinthiens (11:2-16) note : « L’homme lui ne doit pas se voiler, il est l’image de la gloire de dieu, mais la femme est la gloire de l’homme… voilà pourquoi elle doit porter la marque de sa dépendance » (pour cette raison, dans la plupart des campagnes de France, jusqu’au milieu du XXe siècle, les femmes se couvraient les cheveux d’un fichu, petit foulard de tête, pour aller à l’église).’’ http://fr.wikipedia.org/wiki/Hijab

Dans le texte du Coran,

ENNOUR

Sourate XXIV : LA LUMIERE

Verset : 31

 »Dis aux croyantes de baisser les yeux et de contenir leur sexe ; de ne pas faire montre de leurs agréments, sauf ce qui en émerge, de rabattre leur fichu sur les échancrures de leur vêtement. Elles ne laisseront voir leurs agréments qu’à leur mari, à leurs enfants, à leurs pères, beaux-pères, fils, beaux-fils, frères, neveux de frères ou de sœurs, aux femmes –de leur communauté, à leurs captives, à leurs dépendants hommes incapables de l’acte, ou garçons encore ignorants de l’intimité des femmes. Qu’elles ne piaffent pas pour révéler ce qu’elles cachent de leurs agréments.

  • Par-dessus tout, repentez-vous envers Dieu, vous tous les croyants, dans l’espoir d’être des triomphants. »

(Traduction de Jacques Berque)

Al Ahzab

Sourate XXXIII : LES COALISES

Verset 59

 »Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes : sûr moyen d’être reconnues – pour les Dames, et d’échapper à toute offense. »

(Traduction de Jacques Berque)

Et terminons de la même manière que nous avons commencé : par l’évocation d’une émission de télévision française : La chaîne Arte a diffusé en 2007 un documentaire qui reste une référence précieuse…

Le Prophète Mahomet et les Femmes – Arte : Documentaire de 2007

 

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