sapience

La simple application des diverses lois déjà existantes devrait mener en prison d’innombrables tribuns et démagogues, mais, en ces temps de haine, de refus de l’autre, d’intolérance et de progrès gigantesque des égoïsmes, ils ne sont pas inquiétés le moins du monde :

Des philosophes pervertis se sont ordonné prêtres de la nouvelle bien-pensance et ne dédaignent pas de se faire les hérauts de ces nauséabondes théories. D’innombrables titulaires de chaires, laïques ou non, se croient obligés de nous asséner leurs fumeuses élucubrations pour nous inviter à partager de coupables ostracismes et de mensongères accusations.

L’ondoyante diversité humaine qui cohabitait jusque-là, vaille que vaille certes,  mais pacifiquement, est maintenant perçue comme une invasion des uns par les autres et non plus comme un échange aussi inéluctable que fécond. Sur les territoires chamarrés de notre siècle, le communautarisme est apparu et s’est radicalisé. La fange de la haine pénètre en maints lieux insoupçonnables naguère. Comme inexorablement.

Où allons-nous ? Avons-nous le droit ou mieux encore, la possibilité d’ignorer cela ? Au plan social, la démocratie occidentale s’est avérée inefficace pour enrayer le mal et par un sournois effet, le protège et l’encourage.

Chacun y va de sa solution, laquelle, soumise à aucune censure, varie de l’humour à la méchanceté, du simplisme à la stupidité :

  • L’on confond l’humour et la moquerie ;
  • L’on mélange la différence et l’erreur ;
  • L’on substitue à la critique le rejet ;
  • L’on repousse le débat et lui préfère le combat.

Le mouvement de la haine est hélas une lame de fond et risque d’emporter les bonnes volontés qui pourtant ne manquent pas. Un sursaut salutaire est nécessaire qui apaisera les esprits désorientés par le vacarme assourdissant de l’acculturation générale alliée au matérialisme effréné.

Alors si l’on veut donner à notre temps une pensée nouvelle, une étique nouvelle, une morale nouvelle, que l’on n’oublie pas le précieux conseil du merveilleux Edgar Morin :

’’La vraie nouveauté nait toujours dans le retour aux sources.’’

Cette petite phrase est extraite d’un ouvrage de grande sagesse intitulé : ’’Amour, poésie, sagesse’’. Sur ce thème, le philosophe et sociologue a donné une conférence à l’Université de Nantes en décembre 2013. Un document à conserver :

Précieuse mise en bouche pour un bref retour à quelques sources, retour salutaire et nécessaire pour reprendre le barda et ’’y retourner’’ car même si, comme disait Noël Roquevert dans je ne sais quel film, ’’Nous sommes cernés par les cons’’, il est hors de question de se soumettre et pas davantage de se démettre.

Suit ci-après, une demi-douzaine de dits d’esprits qui honorent la pensée humaine et qu’on lira, certains comme une prière, d’autres avec étonnement, tous avec profit :

’’Le soldat de la paix’’.

Mahatma Mohandas Karamchand GANDHI

Pour Gandhi, chacun, par ses actions, devait être le changement qu’il souhaitait voir dans le monde, souvent cité comme:

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

La vérité, la non-violence et la lutte pour leur succès étaient un tout indissociable et trahir un aspect de cet ensemble était trahir son idéal tout entier.

« C’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C’est comme si vous disiez qu’en plantant des mauvaises herbes on peut récolter des roses. »

En menant une vie simple et proche de la tradition indienne, il appliquait à lui-même l’idéal de vie qui était pour lui le plus bénéfique à l’humanité, très éloigné des critères de développement occidentaux. Hindou profondément croyant, il respectait autant les autres religions qui étaient pour lui des chemins différents vers l’amour et la vérité. Même si le parcours qui menait à cette vérité était long et rempli d’embûches, pour Gandhi, la justice devait toujours triompher :

« Quand je désespère, je me souviens qu’à travers toute l’histoire, les chemins de la vérité et de l’amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela. »

Comme il le notait lui-même non sans humour, maintenir cet idéal était même pour ses amis « l’œuvre d’un fou ».

GANDHI

’’En toute humilité je m’efforcerai

D’être aimant, véridique, honnête et pur,

De ne rien posséder dont je n’aie pas besoin,

De mérité mon salaire par mon travail,

D’être perpétuellement vigilant

Sur ce que je bois et je mange,

De toujours être intrépide,

De respecter les autres religions autant que la mienne

Et de chercher à toujours voir le bien chez mon prochain,

De suivre fidèlement le svadeshi

Et d’être un frère pour tous mes frères.’’

Mahatma Gandhi

***

Alexandre le ’’Grand’’

Alexandre III de Macédoine

Alexandre, 356 av. J.-C. 323 av. J.-C. est l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité. Fils de Philippe II, élève d’Aristote, il fut l’un des plus grands conquérants de l’histoire… par sa volonté de conquête de l’ensemble du monde connu. Cette aspiration, à la fois illusoire et pourtant presque réalisée, avant qu’il ne meure subitement à l’âge de trente-deux ans, a pour conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l’Occident et l’Orient.

Alexandre le Grand

Voilà un texte étonnant qu’il prononça devant 9000 dignitaires et notables de diverses races en 324 avant J-C. …

’’Je vous souhaite, maintenant que les guerres prennent fin, d’être heureux avec la paix. Tous les mortels, dès à présent, qu’ils vivent comme un peuple en paix pour le bonheur commun. Il faut considérer l’univers comme votre propre patrie, avec des lois communes, où les meilleurs, indépendamment de race, gouverneront le pays. Je ne sépare pas les hommes, comme le font les sots, en grecs et barbares. L’origine des gens ne m’intéresse, ni leur race de naissance. Je les distingue seulement avec un critère : la vertu. Pour moi, chaque bon étranger est grec et chaque mauvais grec est pire qu’un barbare.

Si un jour des différences sont nées entre vous, ne prenez pas les armes, mais trouvez des solutions pacifiques. En cas de besoin, je serai votre arbitre. Il ne faut pas considérer Dieu comme un gouverneur autoritaire mais comme un père commun de tous, de façon que votre conduite ressemble à celle des frères dans la même famille. De ma part, je considère tous les peuples blancs ou noirs, égaux. Aussi, je n’aimerais pas que vous soyez seulement sujet de ma confédération, mais aussi partenaires et participants.

J’essaierai, autant que je le peux, que tout ce que je vous promets soit réalisé.

Le présent serment que nous avons prêté aujourd’hui, il faut bien le garder comme symbole d’Amour.’’

***

Organisation des Nations Unies

’’Dignité et égalité de tous les êtres humains’’

DUDH

’’Préambule

Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme.

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

Considérant qu’il est essentiel d’encourager le développement de relations amicales entre nations.

Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, et qu’ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.

Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l’Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Considérant qu’une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.

L’Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l’homme comme l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent, par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assurer, par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction…

Pour lire le texte intégral : www.europarl.europa.eu/…/20110309_declarationhumanrights_fr.pdf

***

’’Le psychologue burlesque’’

Charlie Chaplin

’’Charlie Chaplin fut profondément perturbé par les tensions politiques et la montée des nationalismes en Europe dans les années 1930et estima qu’il ne pouvait en faire abstraction dans ses films. Les observateurs avaient déjà noté les ressemblances entre Adolf Hitler et lui : les deux étaient nés à quatre jours d’écart, avaient tous deux accédé à la notoriété mondiale malgré leurs origines pauvres et le dictateur allemand portait la même moustache que Charlot. Cette ressemblance physique fut à la base du film suivant de Chaplin, Le Dictateur, qui se moquait directement d’Hitler et du fascisme.’’

Charlie CHAPLIN 

’’Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l’avons oublié.

… Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! … Vous n’êtes pas des machines. Vous n’êtes pas des esclaves. Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n’est pas fait d’amour. Soldats ne vous battez pas pour l’esclavage mais pour la liberté.

… Il faut nous battre pour libérer le monde, pour renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, avec la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous tous !

Regarde, Hannah, regarde ! Hannah, est-ce que tu m’entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah !! Les nuages se dissipent !! Le soleil perce !! Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière !! Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur, où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité. Lève les yeux, Hannah !! L’âme de l’homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler. Elle vole vers l’arc-en-ciel, vers la lumière de l’espoir. Lève les yeux, Hannah ! Lève les yeux !’’

***

L’athlète de l’idée

Jean JAURES

Pour Jaurès, l’homme est un être créateur appelé à constituer une communauté de personnes vivifiée par la justice. L’édification de la société socialiste apparaît comme la condition de cette avancée. Le socialisme est une révolution morale et démocratique, axée sur l’opposition à la classe capitaliste et orientée vers l’idéal républicain.

http://www.toupie.org/Bibliographie/fiche.php?idbib=1147

Jean Jaurès

’’C’est … d’un esprit libre aussi, que vous accueillerez cette autre grande nouveauté qui s’annonce par des symptômes multipliés : la paix durable entre les nations, la paix définitive. Il ne s’agit point de déshonorer la guerre dans le passé. Elle a été une partie de la grande action humaine, et l’homme l’a ennoblie par la pensée et le courage, par l’héroïsme exalté, par le magnanime mépris de la mort. Elle a été sans doute et longtemps, dans le chaos de l’humanité désordonnée et saturée d’instincts brutaux, le seul moyen de résoudre les conflits; elle a été aussi la dure force qui, en mettant aux prises les tribus, les peuples, les races, a mêlé les éléments humains et préparé les groupements vastes. Mais un jour vient, et tout nous signifie qu’il est proche, où l’humanité est assez organisée, assez maîtresse d’elle-même pour pouvoir résoudre par la raison, la négociation et le droit les conflits de ses groupements et de ses forces. Et la guerre, détestable et grande tant qu’elle était nécessaire, est atroce et scélérate quand elle commence à paraître inutile. Je ne vous propose pas un rêve idyllique et vain. Trop longtemps les idées de paix et d’unité humaines n’ont été qu’une haute clarté illusoire qui éclairait ironiquement les tueries continuées. … Depuis vingt siècles, et de période en période, toutes les fois qu’une étoile d’unité et de paix s’est levée sur les hommes, la terre déchirée et sombre a répondu par des clameurs de guerre.

Quoi donc ? La paix nous fuira-t-elle toujours ? … Non ! Non ! Et malgré les conseils de prudence que nous donnent ces grandioses déceptions, j’ose dire, avec des millions d’hommes, que maintenant la grande paix humaine est possible, et si nous le voulons, elle est prochaine. Des forces neuves travaillent : la démocratie, la science méthodique, l’universel prolétariat solidaire. La guerre devient plus difficile, parce qu’avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile parce que la science enveloppe tous les peuples dans un réseau multiplié, dans un tissu plus serré tous les jours de relations, d’échanges, de conventions; et si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d’aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif.’’

***

’’The king of Love’’

Martin Luther King

De par sa vocation de pasteur, Martin Luther King …considère que l’humanité a été depuis trop longtemps « dans la montagne de la violence », qu’elle devait aller vers « la terre promise de justice et de fraternité ». Pour lui cet objectif est une mission divine car on « ne devait jamais se satisfaire d’objectifs inachevés […], toujours maintenir une sorte de mécontentement divin ».

Cette volonté divine et ce message d’amour … impliquent selon lui une volonté inébranlable face à l’adversité, « un esprit dur et un cœur tendre » …

… L’amour n’est donc plus pour Martin Luther seulement une fin mais aussi un moyen d’arriver à la paix et la justice mondiale, et il réfute la notion de faiblesse de l’amour qu’ont émise certains philosophes dont Nietzsche …

Martin Luther King

’’Aujourd’hui, dans la nuit du monde et dans l’espérance de la Bonne Nouvelle, j’affirme avec audace ma foi en l’avenir de l’humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure.

Je refuse de croire que l’être humain n’est un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d’influencer en quoi que ce soit le cours des évènements. Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent que l’homme est à ce point captif de la nuit sans étoiles, du racisme et de la guerre que l’aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité.

Je refuse de faire mienne la prédication cynique que les peuples descendront l’un après l’autre dans le tourbillon du militarisme vers l’enfer de la destruction thermonucléaire

Je crois que la vérité et l’amour sans condition auront le dernier mot effectivement. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort. Je crois fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l’espoir d’un matin radieux.

J’ose croire qu’un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, l’éducation et la culture pour la santé de leur esprit, l’égalité et la liberté pour la vie de leur cœur.

Je crois également qu’un jour toute l’humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois que la bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l’agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s’asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et personne n’aura plus raison d’avoir peur.

Je crois fermement que nous l’emporterons.

Amen.’’

***

mo’

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