la pensée arbitraire

Dans son ’’Ode à la Guinée’’, Aimé Césaire dénonce et avertit …

Il nous reste toujours des terres arbitraires

Je comprends parfaitement que beaucoup pensent que ces derniers temps, ce lieu, qui connait néanmoins un franc succès, soit devenu un lieu de jérémiades, de plaintes et complaintes, en rien ce qu’ils en attendent : un lieu de détente et de plaisir !

Mais je m’interroge également : comment faire pour rester impassible face à l’état, non pas d’une nation seulement, si importante qu’elle se croit, mais de l’ensemble de notre monde ?

Certes, c’est un signe d’avancée de l’âge que de se focaliser sur ce qui ne va pas et de l’exagérer, mais enfin, avouez qu’il y a de quoi … Alors une fois encore, écoutez ce que j’ai à dire avant que de m’envoyer faire une promenade ou consommer de l’herbe !

Je vais garder pour moi mes élucubrations et mes divagations et ne vous servir ici que de l’info, en laissant l’appréciation à votre guise :

Cette semaine, dans l’ordre chronologique,

Baltimore

  1. A Baltimore, dans l’Etat du Maryland aux Etats-Unis, le 19 avril dernier, un AFRO-Américain de 25 ans est mort des suites des blessures provoquées par l’extrême brutalité des 6 agents de police qui ’’l’avaient arrêté  pour une peccadille’’.

En réaction, d’innombrables citoyens ont manifesté pacifiquement, mais ont rapidement provoqué de violentes réactions de la part des policiers.

Résultat : 235 arrestations dont 34 mineurs, 20 policiers blessés, 144 véhicules calcinés, 15 immeubles incendiés.

Ces événements succèdent de quelques mois à d’autres évènements au motif et aux conséquences similaires, à Ferguson dans l’Etat du Missouri –décembre 2014, et à New York, juillet 2014 pour ne parler que des derniers mois.

boat people

2.  Ce même jour du 19 avril, au large des côtes libyennes, 700 AFRICAINS, ont péri dans le naufrage du chalutier sensé les transporter à Lampedusa, au sud de la Sicile pour pouvoir accéder en Europe.

Chacun de ces naufragés avait acquitté le prix du passage clandestin, entre 1500 et 4000 dollars, somme généralement réunie après des années d’efforts et de privations, souvent empruntée auprès de plusieurs membres d’une famille.

Plus de 16 millions de ces enfants de l’Afrique ont volontairement quitté leurs pays pour tenter d’aller vivre ailleurs. En essayant de franchir les obstacles dressés pour les repousser, des centaines meurent chaque semaine et ceux qui n’en veulent pas dépensent des milliards dans d’illusoires plans de surveillance et de rejet.

Pour les migrants clandestins qui ne meurent pas aux portes de l’Europe et parviennent à arriver au bout de ces routes de l’enfer, l’avenir est invariable : vivre dans des conditions misérables, dans des pays qui ne les aiment guère et les rejettent, même.

Hollande

3. En visite officielle dans les Caraïbes, le Président de la République Française, Monsieur François Hollande, a fait la promesse d’un acquittement de la dette de la France envers Haïti, suscitant l’espoir immense de voir le pays colonisateur rendre à son ancienne colonie le monstrueux trésor qu’il lui avait extorqué.

En effet, en 1825, la France avait imposé à son ancienne colonie de payer à prix d’or sa nouvelle indépendance. L’économie de cette Île surnommée la Perle des Antilles, se saigna durant cent vingt-cinq ans pour honorer son contrat, et elle ne s’en est jamais relevée. Ces sommes, 17 milliards d’euros, furent versées aux anciens colons français pour compenser leurs ’’pertes de revenus’’, du fait de l’Indépendance. Quasiment tous les Haïtiens trouvent plus que normal que cet argent soit remboursé à leur pays.

Ruinée deux fois, donc, ou en est Haïti et quel profit a-t-elle retiré de ses ’’fructueuses amours’’ avec la France ? L’IDH –Indice de Développement Humain- en Haïti, calculé par le PNUD, est de 0,456 et le RNB/Cap – Revenu National Brut/ Habitant- est de 1.023 pour le premier et respectivement à 0,884 et 36.629 pour la France …

En fait, le Président Hollande promettait ainsi de s’acquitter ’’moralement’’ de la dette  !… Mais à mon sens, le pire de cette sinistre mascarade, qui pourrait n’être qu’une farce de mauvais goût, réside dans le fait que quelques secondes à peine après qu’elle ait été prononcée, la phrase-bourde-maladresse-promesse a déchainé des torrents de commentaires de tout ce que la France compte de penseurs et que … tous, à l’unanimité, aient dit en substance, dans leur appréciation :

  • Mais vous n’y pensez pas !… Remboursez Haïti ? Et puis quoi encore?

Dans les rangs de la gauche juste et justicière, il m’a semblé entendre :

  • …Et comment d’ailleurs ?…

Haiti

Au vu de cette photo, il y aurait fort à faire, pour rembourser HAÏTI !…

Rappelons juste à tout hasard, que les Haïtiens sont à 80 à 85 % d’ASCENDANCE AFRICAINE. Ce qu’ils font, si loin de l’Afrique ? Voici l’explication : Environ 100 000 indigènes peuplaient l’île d’Haïti – précédemment nommée Hispaniola puis Saint Domingue, à la fin du 15ème siècle.

A leur arrivée, les Espagnols commencent par exploiter l’île pour son or. Les Amérindiens refusent de travailler dans les mines et sont massacrés ou réduits en esclavage ; les rares personnes qui réussissent à s’échapper trouvent refuge dans les montagnes et sont marginalisées et fortement paupérisées. Les maladies infectieuses arrivées avec les Européens font des ravages ; les mauvais traitements, la dénutrition et la baisse de natalité font le reste : la population indigène est exterminée et disparait en quelques décennies.

Les Espagnols font alors venir d’Afrique des esclaves noirs. En 1517, Charles Quint autorise la traite des esclaves, qu’il interdira sans succès dès la décennie suivante…

La pensée qui conduit tous ces hommes à agir de la sorte est bien évidemment arbitraire, mais n’est-il pas intéressant d’en étudier la genèse, ne serait-ce que d’un point de vue phénoménologique ? …

’’L’idée que tous les êtres humains ont une origine commune est de nos jours largement acceptée…

… En Occident, pendant des siècles, il était admis que tous les êtres humains descendaient d’Adam. C’est ce que semblait affirmer la Bible. De ce monogénisme – théorie selon laquelle toutes les races humaines dériveraient d’un type, d’une population, voire d’un couple unique – on tirait l’idée qu’une certaine solidarité devait s’exercer entre humains… En revanche, les autres espèces – les animaux– pouvaient être exploitées à merci…’’.

De brillants exégètes du XIXème siècle réussirent, à force de recherches, de thèses, de gloses et de réinterprétations, à sauver …

’’… le récit biblique de la Création en affirmant que ce dernier ne concernait qu’Adam et ses descendants. Du coup, il n’y avait pas forcément conflit entre la science et la Bible. Tristement, interprété comme un polygénisme – système d’après lequel on admet que les races humaines actuelles descendent de plusieurs couples.-, ce préadamisme en vint également à alimenter toute une série de discours racistes. Si les Jaunes, les Rouges et les Noirs ne descendent pas d’Adam, rien de plus normal que la suprématie blanche, affirmait-on !’’ http://www.scienceshumaines.com/aux-origines-du-racisme_fr_23237.html

Là encore, les lectures obliques des textes religieux ont déclenché l’horreur … Et n’est-il jusqu’à la plus haute autorité du Catholicisme, qui ait encouragé et béni le sac de l’Afrique : le Pape Jules III qui, parmi les boulettes qu’il commit, suggéra de fiche la paix aux pauvres Amérindiens et d’aller plutôt s’intéresser aux Africains… (cf. La Controverse de Valladolid : mosalyo : Mama Africa Dinkenesh http://wp.me/p62Hi-1ek)

Quelle honte pour l’homme que de n’avoir pas la sagesse suffisante pour accepter ses semblables par-delà leur apparence physique ! N’est-ce pas là le degré zéro de la civilisation et même de la pensée humaine ?

L’Afrique a été pillée de tous temps par tous les visiteurs étrangers et l’on ne peut compter les ouvrages savants qui le rappellent et le prouvent.

Pour ne parler que de notre époque, de nos jours, même :

Citera-t-on le fameux ouvrage de l’économiste suisse Jean Ziegler publié en 1979 et intitulé ’’Main basse sur l’Afrique’’ ?

’’Jean Ziegler … précise la nature de l’agression des sociétés multinationales industrielles et bancaires qui « détruisent les modes de production non capitalistes, mais aussi les univers culturels ». Elles suscitent la création d’appareils de contrainte qui « garantissent les conditions optima de surexploitation du travail de l’homme et des ressources naturelles »… D’où «  la course démentielle à l’armement, le gaspillage de la nourriture et du savoir dans les îlots de bien-être, d’une part, et la sous-alimentation, la faim et la maladie organisées dans l’immense zone tricontinentale, d’autre part ».’’

Extrait du commentaire du célèbre agronome René Dumont, auteur, entre autres, du fameux ’’L’Afrique noire est mal partie’’ paru en 1962 qui avait fait date et s’est avéré prémonitoire.

Citera-t-on, encore plus proche de nous, ’’Le saccage impérialiste des richesses de l’Afrique’’  qui accable l’Occident et le charge de tous les maux de l’Afrique en rappelant par exemple que  la destruction de la Libye (productrice de pétrole), la construction d’une base militaire étatusienne au Niger (uranium) et l’intervention de la France au Mali (or et uranium), ne font que confirmer que l’Occident, prenant à la gorge les pays africains du fait de leur endettement -en fait impossible à rembourser-, trouve dans ces interventions …  (l’article poursuit 🙂 ’’une autre façon de dominer l’Afrique (qui) consiste à mettre à sac ses richesses naturelles… L’Afrique finance également les classes dominantes occidentales en fixant le prix de ses matières premières à des tarifs défiant toute concurrence, mais aussi en versant des salaires misérables aux travailleurs qui s’échinent dans les mines ou aux champs…

… En somme, le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre à bas coûts. Mais, afin que cette situation se perpétue, il fait en sorte que l’Afrique continue d’être pauvre et divisée, les coups d’État et des guerres contribuant largement à cette situation…’’

Capitaine Martin,

Membre du Collectif Investig’Action, animé par Michel Collon, écrivain et journaliste indépendant, ’’redresseur de torts’’ redoutable et redouté, spécialisé dans l’analyse des stratégies de guerre, des relations Nord-Sud et des ’’médiamensonges’’.

Mais, ce n’est pas tout !

JJ Konadje

Le véritable problème de l’Afrique est infiniment plus grave que son développement économique, empêché, entravé, sacrifié, combattu et condamné. En effet, infiniment plus grave est le problème de la ’’jeunesse africaine’’. Au point que certains n’hésitent pas à le qualifier de ’’tsunami géopolitique’’

Le 3 mai 2015, l’excellente revue géopolitique on-line Diploweb.com a publié un article intitulé ’’Qu’est-ce qu’être jeune en Afrique ?’’ de Jean-Jacques KONADJE, Docteur en Science Politique, consultant en géopolitique et relations internationales, qui a été enseignant à l’Université de Rouen et est intervenu dans plusieurs autres Universités françaises. http://www.diploweb.com/Etre-jeune-en-Afrique-Geopolitique.html

Il y déclare en préambule : ’’La vulnérabilité dans laquelle vivent bon nombre de jeunes africains pourrait faire de la jeunesse du continent, le symbole primaire de l’insécurité humaine. Difficile de considérer les flux migratoires sans prendre en compte cette dimension du monde réel.’’

Passionnant article, à lire absolument à l’adresse sus-indiquée, propre à provoquer l’inquiétude et même plus. L’auteur, y dénonçant la démotivation, le désœuvrement et le dé- espoir, stigmatise les fléaux suivants :

’’chômage, violence, désespoir, oisiveté, précarité, aventure, illusion, analphabétisme, illettrisme et sous-éducation !… Un véritable Cocktail Molotov qui devrait faire l’objet d’une attention particulière et être désamorcé, le plus rapidement possible, à travers la mise en place de projets innovants, dynamiques et concrets, qui s’inscrivent dans l’air du temps. Malgré tous ces efforts, il faut reconnaître que 54 ans après les indépendances des pays africains, le continent a été le théâtre de toute sorte de révolutions – souvent sanglantes et parfois meurtrières-, sauf celle des mentalités…

L’Afrique est de loin, la région la plus jeune au monde, en termes de population. Selon les dernières estimations des Nations Unies, la jeunesse africaine représente plus de 60% de la population globale du continent et un peu plus de 40% de la population active. Mathématiquement, les jeunes dont l’âge est compris entre 18 et 24 ans sont au nombre de 200 millions sur le continent. Dans vingt ans, il y aurait 340 millions de jeunes en Afrique, qualifiés peu ou prou et de façon théorique, de forces vives de la nation, dans leurs pays respectifs par les gouvernements ou par les hommes politiques, ces jeunes africains, de par leurs aspirations, leurs visions et leur nombre devraient constituer aujourd’hui, un enjeu majeur et stratégique pour la stabilité et le développement de leurs pays et d’une façon générale, du continent.’’…

L’auteur poursuit par une étude courageuse et sans concession avant de conclure :

La jeunesse africaine d’aujourd’hui représente l’Afrique de demain … Nous ne saurions conclure cette note sans faire une série de recommandations, qui à notre humble avis devraient être pris en compte dans la recherche des solutions pour la jeunesse africaine :

Aux gouvernements africains : Donner davantage la parole aux jeunes…

A l’intelligentsia africaine : Il est plus qu’urgent d’avoir une nouvelle approche sur les problèmes relatifs à la jeunesse africaine…

Aux entreprises du secteur privé : L’auto-entreprenariat doit faire l’objet de vastes campagnes de sensibilisation, auprès de la jeunesse… Aux figures emblématiques de réussite : Transformer la barrière intergénérationnelle en dialogue intergénérationnel… Aux jeunes africains eux-mêmes : Susciter en eux, le désir de changement pacifique à travers une volonté d’agir ensemble -rêve commun… ’’

Comme promis je m’abstiens de tout commentaire car il est trop facile de se lancer dans les hurlements et la révolte…

Ecoutons sagement, pour finir, ces paroles d’or d’Aimé Césaire, extraites d’une interview accordée au journal français L’Express, le 01 juin 2004 :

    • ’’A regarder l’état du monde, pensez-vous toujours que la poésie est l’ «arme miraculeuse» qui pulvérise les barrières entravant les libertés?
    • Aimé Césaire : Je ne sais pas si elle est miraculeuse…
    • C’est vous qui l’avez dit.
    • Aimé Césaire : Pour moi, la poésie est très importante, elle est même fondamentale. A tort ou à raison, j’ai toujours pensé que l’arme pour nous – on n’y croyait pas suffisamment -, c’est la culture. Je ne dis pas la civilisation, qui est un mot très XIXe siècle. On opposait alors la civilisation et la sauvagerie. Mais les ethnologues et l’expérience nous ont appris qu’il y a la culture. Je définis la culture ainsi: c’est tout ce que les hommes ont imaginé pour façonner le monde, pour s’accommoder du monde et pour le rendre digne de l’homme. C’est ça, la culture: c’est tout ce que l’homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable…’’

mo’

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