canconneries

Rumeur – Jamal Abdennacerjamail.mail@gmail.com

Tout va bien ! L’humanité continue de foncer résolument vers le Néant dont elle est sortie un beau jour, lorsqu’il y a 3,8 milliards d’années, des forces quantiques, mus par une mystérieuse programmation, ont attaqué cet ancêtre, créant ainsi la Soupe Primordiale de laquelle est née la Bactérie à l’origine de la Vie !

La recherche scientifique fait des pas de géant, aussi puissants que des flèches tirées en l’air et qui se perdent dans le cosmos, sans que l’on ne sache jamais ce qu’elles deviennent lorsqu’elles ont quitté le champ du visible. Cette  science éclaire d’un halo de lumière un espace réduit mais hélas, jamais l’ensemble. C’est pourquoi, des sciences transverses apparaissent chaque jour, chargées de rechercher la  cohérence de tout cela et sa compréhension.

Le confort douillet des 3 ou 4 mensonges primordiaux qui nous servent de système de pensée, entretient à la perfection les abysses de l’indigence de cette pensée, en compensant les progressions d’ici par les régressions de là.

horde zombies

Pendant ce temps-là, les habitants de la Terre, avancent comme en hordes de zombies, ne tentant même plus de comprendre quoi que soit. De toutes façons, bien rares sont ceux qui en seraient capables, même s’ils disposaient d’une information crédible. Or cette information est tellement diluée aux quatre coins de partout qu’une vie entière est insuffisante pour seulement lire l’énoncé du problème …

C’est pourquoi, peu à peu est apparue la nécessité d’une moralisation de cette information et de sa diffusion. On parle d’ ’’éthique de l’information’’.

Qui n’a été tenté de dire, dans un passé récent, que les nouvelles techniques de communication allaient démocratiser le savoir et développer la conscience du monde. J’avoue humblement avoir chanté, ici et ailleurs,  des dithyrambes sur les immenses possibilités de ces technologies… Hélas, l’usage réel qui est en train d’en être fait est bien loin de vérifier ces espoirs, principalement parce qu’ils ont, en fait, radicalement changé la nature de l’information et de sa perception par le plus grand nombre.

Déversée à jets continus, cette information ne sert en fait plus guère qu’à capter l’attention et l’écoute des auditeurs ou des spectateurs afin de pouvoir vendre de la publicité qu’on leur impose sans l’ombre de leur consentement, ce qui, normalement, devrait poser à terme un énorme problème juridique. Il est donc normal, à partir de là, qu’elle soit peu ou prou racoleuse  et bien peu soucieuse de qualité, la vulgarité, le voyeurisme et la prostitution étant bien plus accrocheurs que la profondeur et l’intelligence d’une analyse permanente…

Le citoyen est ainsi assigné à un rôle de consommateur pris entre les mâchoires du ’’politiquement correct’’ et ce qui devient subrepticement, le ’’devoir consommer correctement’’, c’est-à-dire, bien évidemment comme on le lui ’’suggère.’’

Tocqueville

Voyons voir de plus près le processus de cette mutation, et pour cela, référons-nous à l’un des chantres de la démocratie américaine, Alexis de Tocqueville, 1805-1859, auteur, à l’âge de … 30 ans … d’un ouvrage capital en la matière,  ’’De la démocratie en Amérique’’. Au préalable, rappelons simplement qu’il y a seulement un siècle, il n’existait nul autre ’’média’’ que la presse écrite et invitons donc à remplacer, dans ce qui suit, ’’presse écrite’’ par ’’ensemble des médias’’. Dans son ouvrage, le jeune philosophe, historien, précurseur de la sociologie, homme politique et auteur …

’’Tocqueville … aborde le thème de la liberté de la presse explicitement. Il la défend pour ’’la considération des maux qu’elle empêche bien plus que pour les biens qu’elle fait’’. Supprimer la liberté de la presse n’est pas possible dans une société qui se veut démocratique car ’’la souveraineté du peuple et la liberté de la presse sont deux choses entièrement corrélatives’’. La presse et la société démocratique reposent sur les mêmes valeurs, ce qui participe à la construction d’un lien fort entre les deux. La presse est un élément constitutif de la démocratie.

Cette liberté de la presse présente en Amérique a pour origine l’absence de lois sur la presse et surtout l’absence de taxes. Ce qui entraîne l’existence d’un nombre impressionnant de journaux. Cette multiplicité empêche un journal en particulier de prendre trop d’importance. Tout un chacun peut créer son propre journal et avec peu d’abonnés entrer dans ses frais. La décentralisation explique également cette multiplicité, chaque bourg a son journal. En Europe, et en France en particulier, la presse est doublement centralisée : le pouvoir est regroupé en un seul lieu et la presse est dirigée par un groupe restreint d’individus.

Une autre différence entre la presse américaine et la presse européenne repose sur le rôle attribué à chacune selon Tocqueville :

L’esprit du journaliste, en France, est de discuter d’une manière violente, mais élevée, et souvent éloquente, les grands intérêts de l’Etat (…)  L’esprit du journaliste, en Amérique, est de s’attaquer grossièrement, sans apprêt et sans art, aux passions de ceux auxquels il s’adresse.

Il est possible de trouver là une définition de la dualité que rencontre la presse avec d’une part les médias d’information et d’autre part les médias de divertissement même si la distinction entre les deux est devenue floue. Sur le plan politique, la presse ’’fait circuler la vie politique dans toutes les portions de ce vaste territoire’’. C’est pourquoi individuellement les journaux ont peu de pouvoir mais ensemble ils représentent la première des puissances. Avec cette décentralisation politique, la presse doit maintenir le contact entre le politique et les opinions individuelles.

En effet, l’une des causes de la stabilité du régime démocratique américain est le fait que l’égalité soit encrée dans les mœurs des individus. Il ne s’agit pas uniquement d’une égalité matérielle mais d’une égalité intellectuelle. Tous les hommes possèdent les mêmes Lumières. L’homme démocratique fait confiance à sa propre raison. Du coup, l’opinion d’autrui revêt moins d’importance et la raison démocratique se trouve livrée à elle-même. Il faut une nouvelle autorité puissante qui va se situer dans l’opinion commune. C’est une confiance dans la masse et la presse est la mieux placée pour répandre cette opinion commune. Mais une fois installée la démocratie montre ses faiblesses et des changements vont influencer le rôle de la presse.’’

L’un des plus grands mérites de Tocqueville est d’avoir vu, dans ce même ouvrage, à l’occasion d’un second tome publié 5 années après le premier, les faiblesses de la démocratie et les changements subséquents qu’elles ont imposés à la presse – aux ’’médias’’…

’’Le second tome s’intéresse à l’influence de la démocratie, comprise non plus comme régime politique mais comme état social, sur les habitudes de la population, les mœurs et l’esprit, ce qui inclut la presse. Le principal inconvénient des sociétés démocratiques résulte de la liberté moderne. Avec la vie privée, elle produit également des individus. L’individualisme est d’origine démocratique pour Tocqueville. Chacun se retire sur lui-même. C’est un risque pour la démocratie. Les hommes s’intéressent plus aux petites affaires qu’à celles de l’Etat. D’où l’importance des associations comme remède au désintérêt pour le politique.

Cependant les associations ne peuvent pas seules réussir à combattre les effets de l’individualisme. C’est là qu’intervient le second rôle attribué aux journaux dans les sociétés démocratiques selon Tocqueville. Il explique qu’il ’’n’y a qu’un journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée’’. En plus de placer cette même pensée, les journaux fournissent les moyens d’exécuter en commun leurs desseins. Sans eux, il n’y a pas d’action commune possible.

Les journaux sont un moyen pour les individus de connaître l’état des affaires publiques. Dans un pays où le pouvoir est décentralisé, comme en Amérique, les associations font bouger les collectivités locales. Pour Tocqueville le nombre de journaux en France est moindre parce que le pouvoir est très centralisé. Sans le journal les individus ne savent pas qu’ils partagent les mêmes idées et ne peuvent pas former un groupe. De la même façon, ’’un journal ne peut subsister qu’à la condition de reproduire une doctrine ou un sentiment commun à un grand nombre d’hommes’’. Il y a un lien d’interdépendance entre les journaux et les associations.

Ainsi pour Tocqueville la presse est un élément déterminant à la fois dans la construction de la société démocratique mais également dans son maintien sur le long terme.  La presse est là avant tout pour faire circuler la vie politique dans le territoire auprès des individus qui se sont repliés sur eux-mêmes. Elle contribue au savoir collectif mais aussi à l’action commune. L’individualisme entraîne une dépolitisation des individus. Les associations civiles facilitent les associations politiques et tendent à renouer le lien entre les individus et le politique.’’ http://www.implications-philosophiques.org/ethique-et-politique/philosophie-politique/de-la-democratie-et-de-la-presse/#_ftn7

Où en est-on, 180 années après la première parution de ce remarquable ouvrage ?

Il semblerait que tout y était juste, mais que la réalité ait dépassé ces prévisions, quelquefois de très loin. Tant et si bien que dans le fait informationnel, tout est maintenant à reconsidérer de bout en bout.

  1. ’’Une information est, dans son principe, une donnée ou un fait, recueilli, mis en forme et publié par quelqu’un qui la juge pertinente. On comprendra que le ver s’est dès lors, introduit dans le fruit. L’ ’’informateur’’ choisit l’information à reporter et fausse, à partir de là, sa signification véritable en en supprimant le contexte général, au sens le plus vaste.
  2. Chercher de l’information, l’éditer et la distribuer  a considérablement évolué : l’informateur est toujours très attentif à l’importance de la recherche d’informations pertinentes pour son audience, en fonction de sa relation avec cette même audience.
  3. Fournir de l’information dans un contexte de complexité extrême de la société humaine actuelle, de démocratisation militante et de globalisation, rend nécessaire, sous peine d’inutilité, une approche pédagogique : Enseigner et expliquer  doit plus que jamais accompagner l’acte d’informer, surtout  dans les domaines de la science et tout autant de la politique internationale. faut plus que jamais comment tout cela fonctionne, a fortiori quand les innovations technologiques s’emballent et que l’évolution devient quasi constante.
  4. Connaître et utiliser parfaitement les nouveaux outils qui se mettent progressivement en place, à savoir les nouvelles technologies d’information, chaque jour plus complexes et problématiques.’’

Ces quelques considérations concernent l’aspect fonctionnel de l’information, mais autrement plus importantes sont les nouvelles finalités apparentes et/ou réelles  de l’information. Elles peuvent être :

  1. ’’Scolaires ou éducatives
  2. Clés de la maîtrise de compétences vers la réussite
  3. Rempart contre la nouvelle ’’fracture générationnelle’’
  4. Politiques surtout. Doit-elle viser ’’l’adaptation’’ des usagers à la nouvelle ’’société de l’information’’, ou doit-elle former des esprits libres, y compris contre cette société ? Vision utilitariste versus approche critique de l’éducation : le débat dépasse le seul cadre de la culture informationnelle et concerne le projet éducatif dans son ensemble, qui semble actuellement en panne d’inspiration et cède de plus en plus au seul discours utilitariste de l’adaptation au marché de l’emploi, à l’innovation et aux technologies.

La question des finalités reste donc première, indépassable et mériterait de faire l’objet de davantage de débats, de questionnements, non seulement chez les acteurs de la maîtrise de l’information, mais surtout dans la société et dans la sphère politique. Car la question de savoir ce qu’il faut enseigner aux élèves sur la société et les technologies de l’information et de la communication (TIC) est une question politique, au sens le plus noble du terme. Or on ne peut être qu’inquiet devant les tendances dominantes :

  1. approche procédurale des TIC
  2. visions souvent technicistes
  3. approche plutôt « utilitariste » de la maîtrise de l’information, qui viserait à former des usagers adaptés aux technologies plutôt que des citoyens critiques.
  4. Eclatement du savoir informationnel en
  • informatique, info-data
    1. journalisme, info-news
    2. documentation, info-knowledge’’

http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/bachelor_74111/ressources_glossaire/culture_informationnelle_serres.pdf

Ces remarques et critiques épistémologiques, pour logiques et pertinentes qu’elles puissent être, ne répondent pas du tout à la question la plus importante qui est de savoir si le couple DEMOCRATIE-LIBERTE DE L’INFORMATION est un vrai couple ou si, en fait d’un ou l’autre des membres de ce couple étouffe l’autre. Cette crainte semble bien, hélas, être tout à fait fondée : peut-il en être autrement dans une société ou

  1. les flux torrentiels d’information masquent souvent ladite information elle-même,
  2. la récupération instantanée de l’information, à l’échelle planétaire, demande des moyens qui la mettent hors de portée du vulgum pecus,
  3. la puissance des forces financières qui se sont accaparé des moyens de diffusion de cette information, y compris celle des réseaux sociaux, est tout simplement monstrueuse, au point que certaines de ces forces sont persuadée que l’avenir du monde dépend d’elles en grande partie,
  4. la force politique, se prévalant de sa légitimité démocratique, complice obligée de ces groupes, impose sa vision grâce au maillage serré de sa présence partout.

egalité justice

Nous sommes là quelque peu éloignés des principes fondamentaux de la morale de l’information, même si, bien évidemment, de jure, tout est en apparence en conformité avec les grandes déclarations fondatrices de la morale démocratique planétaire :

  1. Un principe de respect moral universel : il consiste à reconnaître à chaque être humain capable de parole et d’action le droit de participer à la discussion éthique.
  2. Un principe de réciprocité égalitaire : selon ce principe, chacun a un droit identique à celui d’autrui d’initier de nouvelles questions, de demander que les présuppositions mêmes de la discussion soient discutées…

George Orwell

Si l’on veut accéder à l’information, l’on doit faire preuve de la plus grande méfiance vis-à-vis de ceux qui la contrôlent, à la tête desquels, bien sûr, ceux qui ont la charge juridique de son contrôle, politique dont on prendra le discours avec des pincettes, car comme a dit Georges Orwell : ’’Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent.’’

Malcolm X

Finissons par cette phrase provocatrice mais hélas tellement juste de Malcolm X : ’’Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui oppriment.’’

mo’

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