l'amour rend aveugle 2

Il existe cent formes d’amour et chaque civilisation a les siennes et les illustre à sa manière. Mais évidemment ce n’est ni le lieu ni l’heure pour débattre de cet immense sujet. Je voudrais simplement attirer l’attention sur l’insondable gouffre qui sépare, en la matière, la pensée occidentale de la pensée africaine.

La République de Platon

Commençons par l’occidentale.

Dans  ’’La République’’, Platon explique les passions de l’âme humaine en ces termes. D’après lui, elles se divisent en 3 parties bien distinctes :

  • 1 ère partie : L’épithumia : appétit ou désir sensible qui a son siège dans le bas-ventre et c’est le principe de l’âme orienté exclusivement vers les plaisirs charnels, sensibles, du corps. L’épithumia, c’est le mouvement de l’âme qui a pour finalité la satisfaction de la vie dans sa dimension quasi-animale. Elle est constituée de plusieurs désirs sensibles, dont les plus vivaces sont ceux de la faim, la soif et la sexualité.
  • 2 ème partie : le noûs: Il a son siège dans la tête. C’est le principe rationnel ou hégémonique. C’est le mouvement de l’âme qui a pour finalité, du point de vue moral, la maîtrise de soi. Cette partie est la partie rationnelle de l’âme. Elle peut pousser l’Homme à agir contrairement à son appétit. Ici s’opposent donc raison et désir : une âme bien réglée, pour Platon, verra cette partie diriger les deux autres.
  • 3 ème partie : le thumos : Il a son siège dans la poitrine, c’est le principe colérique ou irascible. Il semble par nature, plus proche de l’épithumia que du noûs, du désir sensible que de la raison. Mais il n’est ni tumultueux ni raisonnable. Tout est question d’éducation. S’il est bien éduqué, il s’unit à la raison et devient l’enthousiasme, l’énergie. S’il est l’allié de l’épthumia, il devient alors l’irritation.

A ces trois parties de l’âme correspondent trois classes de la Cité, de la société :

– L’épithumia correspond aux travailleurs dont la fonction est de pourvoir aux besoins économiques de la Cité.

– Le noûs correspond à la classe des gouvernants dont la fonction est de conduire la Cité par des lois.

– Le thumos correspond aux forces armées, guerrières et policières, dont la fonction est de défendre l’ordre public.

(d’après http://www.approximations.fr/pserange/cariboost1/cariboost_files/les_20trois_20parties_20de_20l_20ame_20platon.pdf)

Illustrons le propos par quelques exemples que nous comprendrons, naturellement, en utilisant pour cela notre pensée occidentale, celle que les enseignements que nous avons reçus nous permettent  :

Le coup de foudre. Le Livre de la Jungle. Rudyard Kipling & Walt Diney

1. L’histoire de Lilo et Mimi

Un jour, dans sa tendre enfance, au milieu de sa prime scolarité, un jeune garçon qui habitait chez moi, revint de l’école, affichant le petit air hébété des hommes amoureux. (les femmes ont l’air rêveur, elles…) Je lui demandai avec insistance le pourquoi de son épanouissement facial, mais n’obtins que soupirs en guise de réponse.

Il m’amusait en vérité car il me rappelait Mowgli et son air complètement ’’stoned’’ à la fin du film ’’Le Livre de la Jungle’’ N°1 de Walt Disney, après qu’il reçut le clin d’œil le plus délicieux et le plus coquin qui se puisse concevoir, de l’adorable petite Shanti, la fillette du village des hommes, au bord de la rivière, sa grosse jarre d’eau sur la tête. Les yeux de mon rejeton, si vifs et intelligents d’habitude, étaient immobiles et son regard, absent, comme rivé au fin-fond de l’inconnu. Son sourire béat, lui, demeurait figé.

Le lendemain, je tins à l’accompagner à l’école. Nous n’en avions pas encore franchi la porte, qu’une certaine Mimi, accourut dès qu’elle l’aperçut et lui colla sur la joue, d’autorité, une bise gluante pendant que lui, frémissait d’aise.

Dieu me pardonne, Mam’zelle Mimi était un petit laideron sans grâce ! Le soir-même, j’expliquai au jeune-homme qu’il était amoureux, ce qu’il ne comprit nullement. Et moi, en charge de son préceptorat, de lui réciter très sérieusement au moins douze volumes de format encyclopédique en guise d’explication de ce qu’est l’amour … Il somnolait et n’écoutait guère. J’eus alors l’imbécile cruauté de lui dire que sa Mimi n’avait aucun avenir sur les podiums des élections de Reines de Beauté !

Tu parles ! Sans se démonter, il me répondit que tout d’abord, il n’était pas du tout d’accord avec moi, qu’il la trouvait très belle, et ensuite, que … ben, ce n’était pas grave, car de toute façon, elle voulait être médecin pour soigner gratuitement les pauvres et pas du tout reine de quoi que ce soit ! Avant de commencer à en manger mon bonnet de nuit, de rage, je lui récitai ces vers du poète latin Lucrèce, extraite de sa fameuse, inachevée et unique œuvre, De rerum natura :

Lucrèce

Ainsi font les hommes que le désir aveugle :     

Ils prêtent à celles qu’ils aiment des mérites irréels.     …     

Noire, elle est couleur miel, sale et puante, naturelle ;     

Yeux glauques, c’est Pallas, nerveuse et sèche, une gazelle ;     

La naine paraît une des Grâces, à croquer,     

La géante une déesse pleine de majesté ;     

La bègue gazouille, la muette est modeste ;     

La mégère odieuse et bavarde, ardente flamme ;     

Petite chose adorable, celle qui dépérit     

De maigreur ; délicate celle qui tousse à mourir ;     

La grosse mamelue, Cérès accouchée de Bacchus ;     

La camarde, Silène et Satyre, pur baiser la lippue.     

Mais je serais trop long si je voulais tout dire…

En guise de commentaire, il  me rabroua sèchement en précisant que sa Mimi n’était pas sale et qu’elle sentait très bon…  Il était au bord des larmes. Alors je décidai de laisser passer la petite fièvre en grinçant entre mes dents :’’Tu, fili mihi ? Pourquoi le bon sang qui coule dans tes veines s’apprête-t-il à mentir, p… de m… ! Tu ne vas pas m’faire ça à moi, quand même, dis ho  !’’  …

Bon … je ne crois pas avoir trop mal réussi son sauvetage car il n’a cessé depuis, d’améliorer et de peaufiner les normes de son référentiel-beauté et je dois à la vérité de reconnaître qu’aujourd’hui, Mimi est oubliée, elle avait cédé le trône à une diablesse sans grâce, laquelle céda son siège à une femelle hippopotame laquelle fut écartée par une péronnelle qui fut remplacée par une furie qui disparut au profit d’une bisaïeule, etc. etc. etc. (selon le dernier fixing, il faut 2097  »etc. » dont je vous prie de bien vouloir m’épargner l’écriture… et enfin, à un âge canonique … toutes cédèrent la place à une biche féconde absolument splendide.

le mariage rend la vue

2. Histoire de Valentin & de Valentine

L’amour aurait sa propre lumière, a-t-on prétendu la semaine passée ! C’est bien loin d’être faux. Qui n’a jamais été étonné devant la féérie des couleurs, des sons et des lumières du monde chaque fois qu’il est ’’tombé’’ amoureux, que ce fut sous le coup de foudre ou après une conquête digne de l’art militaire de Clausewitz ?

Qui n’a jamais eu l’occasion de dire à une personne rayonnante :

  • Toi, tu es amoureux (se) !, et de voir son visage éclairé par ce sourire aux anges ?

A ce moment-là, il est évident que l’organe de la vue ne sert pas seulement à  »observer et analyser l’environnement à distance au moyen des rayonnements lumineux », mais à communiquer avec un ailleurs que ne peuvent même pas soupçonner les autres, même si, comme chacun, ils l’ont eux-mêmes connu. Alors oui, effectivement, les images se déforment et deviennent fantasmagoriques. Le beau devient quelconque et le laid devient beau… les valeurs se télescopent et  s’interpénètrent …

Et cela va très loin. Jugez plutôt jusqu’où peut arriver la fantasmagorie. Sacha Guitry, dramaturge qui savait certes de quoi il parlait lorsqu’il parlait de la gent féminine, a dit cette phrase sublime de flagornerie, et néanmoins profondément vraie  : ’’ Tu me plais tellement que, quand il t’arrive de n’être pas jolie, je te trouve belle.’’

Molière s’est saisi du poème de Lucrèce plus haut cité, l’a retravaillé, et en a fait une version personnelle sous forme de réplique qu’il a placée – dans sa pièce ’’Le Misanthrope’’ – dans la bouche d’Elianthe, une jeune femme modérée et mature qui est l’une des rares personnes au monde, à apprécier Alceste, le héros qui n’aimait pas 99,9% de l’humanité :

molière

Tirade d’Eliante dans

Le Misanthrope de Molière (acte II, scène V) :

C’est ainsi qu’un amant dont l’ardeur est extrême,     

Aime jusqu’aux défauts des personnes qu’il aime.     …     

La noire à faire peur, une brune adorable     

La maigre a de la taille et de la liberté ;     

La grasse est, dans son port, pleine de majesté ;     

La malpropre sur soi, de peu d’attraits chargé,     

Est mise sous le nom de beauté négligée ;     

La géante paraît une déesse aux yeux ;     

La naine un abrégé des merveilles des cieux ;     

La trop grande parleuse est d’agréable humeur ;     

Et la muette garde une aimable pudeur.

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Ravi et Indira

3. Histoire de Ravi et d’Indira

On peut essayer de se persuader que seule la beauté intérieure compte et que sans doute le séduisant jeune marié ci-dessus possède un QI époustouflant, une bourse bien pleine, ou encore une générosité sans limite. On peut même parvenir à s’en persuader !

Là, en l’occurrence, la frétillante petite polissonne qui est à gauche sur la photo, outre son air de poser avec un – ou en tant que – trophée de safari, donne l’impression de dire au monde entier qu’il ne sait pas, mais qu’elle, sait ce qu’il y avait dans la boite agitée frénétiquement par le client asiatique de Catherine Deneuve à l’issue de leur passe, dans ’’Belle de Jour’’, de Luis Buñuel. Alors ne doutons plus que ce gentleman a des atouts, non –évidents, certes, mais non moins irrésistibles pour autant.

Quant au strabisme, c’est tout de même moins grave que la cécité, d’autant qu’il semble être congénital ! Bref, dans ce cas, l’application du principe de Platon ne semble guère aisée à établir…

De plus, hein, le  défaut de parallélisme de l’axe visuel, la peau reptilienne, le nez ipomée, la gibbosité probable et autres détails de ce genre, franchement, qu’est-ce donc, ma p’tite dame, autre que détails mineurs ?

quasimodo et esmeralda

4. Histoire de Yacout & de Quasimodo

En des temps anciens, très éloignés de nos jours puisqu’ils se sont passés il y a plusieurs dizaines d’années, les mentalités étaient bien différentes des nôtres et figurez-vous que les familles ’’plaçaient’’ leurs filles par le biais du mariage, en fonction de la beauté de ces filles et selon leurs intérêts patrimoniaux à elles. Règle absolue et indéniable et, je crois bien à la réflexion, universelle.

Je m’en vais vous conter la merveilleuse histoire, tout ce qu’il y a d’authentique, je le jure, d’une grande beauté qui s’appelait Yacout, prénom que nous traduirons un peu abusivement par Emeraude et donc, pourquoi pas, Esméralda. Cette superbe créature avait un visage d’ange qui couronnait son corps pulpeux et magnifique et bien sûr, dès ses quinze printemps, elle étincelait dans toutes les assemblées. Toutes les marieuses y allaient de leur enquête : ’’ Mais de qui donc est la fille, cette belle enfant ?’’.

Issue d’une grande famille de la riche bourgeoisie, elle eut pu prétendre à n’importe quel parti dans le Pays et nul jeune homme ne se serait fait prier pour demander sa main s’il avait été sûr de ne pas essuyer un refus. Adonc, certaines rumeurs circulèrent, faisant état d’un revers de fortune de ladite famille. Oh, rien de précis, bien sûr mais des gens bien informés tenaient l’information de gens qui savent, lesquels eux-mêmes tenaient la chose de gens qui ne pouvaient pas ne pas savoir…

Peu de temps après, le Gotha de la bonne ville faillit s’étrangler en apprenant que la main de la belle damoiselle avait été accordée à l’héritier d’un richissime propriétaire immobilier, héritier que nous nommerons … Quasimodo, car … il était bossu et de plus, affublé d’un visage, disons pour ne point nous moquer puérilement, ingrat. Très ingrat. Et même très, très ingrat.

Comme la pluie fait sortir les escargots, en prenant connaissance de la chose, toutes les commères  revêtirent immédiatement leurs longues pelisses pour sortir, quelquefois nuitamment, et aller porter la nouvelle, histoire de la partager avec les copines et de jouir de leur étonnement. Les récipiendaires de l’information se firent un plaisir de répercuter le ’’scoop’’ jusqu’à la personne de laquelle je tiens ce récit, et qui est réellement au-dessus de tout soupçon puisqu’elle se trouve, par hasard, être très proche de la beauté sacrifiée.

Mon amie, jeune femme de caractère qui devint par la suite un pilier de l’émancipation féminine en notre contrée, se mêla de la chose et alla livrer un chien de sa chienne aux parents sacrificateurs et opportunistes. Elle fut éconduite et priée de se mêler de ses amaryllidaceae, au motif qu’un homme est un homme, ce qui est naturel en somme, et qu’il vaut mieux un homme de biens, en mesure de gâter sa femme, qu’un homme de rien qui l’abandonnera dans la privation ! Rien ni personne n’y put mais, et la pauvre Esméralda convola en très  injustes noces avec Quasimodo, son prince pas beau et pas charmant du tout !

Mon amie souffrit un martyre de savoir sa blanche et belle camarade aux mains du vilain pas beau mais, contre mauvaise fortune tenta de lui être secourable, en lui prodiguant les conseils que l’on donne a un enfant qui doit ingurgiter un plein verre d’huile de foie de morue. ( Bouche-toi le nez, arrête de respirer, pense à autre chose etc…)

Le lendemain de la nuit de noces – qu’elle passa elle-même à pleurer le triste sort d’Esméralda-, mon amie se rendit chez ladite pour consoler son ’’infortunée camarade’’, et, ne l’angélisons pas non plus, sans doute apprendre comment un porc dégoutant passe une nuit de noces avec un cygne.

Lorsque la jeune épousée apparut enfin, elle était plus pimpante et gaie qu’un pinson, guillerette et souriant aux anges. Mon amie en fut interloquée et, en personne bien élevée, décida de s’en aller après l’avoir embrassée. Esméralda la retint et, comme toutes les jeunes femmes, ne put résister à la tentation d’en dire assez pour que l’on sût, sans en dire suffisamment pour que l’on comprît, tout en donnant les détails pour permettre de partager…

Et nous arrivons enfin à la révélation qui illustre notre propos.

Esméralda se rapprocha de mon amie et lui confia :

  • Tu sais, je suis parfaitement consciente des ’’petites imperfections physiques de  »Si » (Monsieur) Quasimodo mais il est tellement gentil à côté de cela et tellement prévenant… En plus, je te le jure, il a de beaux yeux !…

Et Esméralda passa à la postérité sous le sobriquet de ’’Je te jure, il a de beaux yeux’’…

arbre à palabres

Voyons voir maintenant la façon dont la Pensée Africaine traite le sujet de l’aveuglement en amour et pour cela, pour ne pas trop déstabiliser nos pauvres comprenettes si droites dans leurs bottes, commençons par relater l’exemple choisi.

C’est l’une des plus belles gestes du Continent, contée mille fois, améliorées aussi souvent, que tout le monde connait mais que tout le monde réécoute avec autant de plaisir chaque fois, un peu selon le principe du psaume : le texte est invariable et la récitation est infinie.

lion buffle

  1. Histoire de Naré Maghan et de Sogolon Djata

Au XIIIème siècle, le Roi-lion du Pays Mandingue, Naré Maghan et son épouse, Sogolon Djata, la femme-buffle, furent contraints de se marier pour des raisons de haute géopolitique. Ils donnèrent le jour à un enfant paralysé et rachitique durant toute son enfance, qui devint pourtant, en conformité avec les prescriptions des devins, l’héritier du trône et le fondateur de l’immense et légendaire Royaume du Mali.

Naré Maghan, roi paré de toutes les qualités et vertus, avait donc été ’’obligé’’, malgré sa puissance, de prendre pour épouse cette femme très laide et bossue de surcroît, ci-dessus nommée Sogolon Djata.

Pendant que l’affaire était discutée, lors de la cérémonie des présentations  …

 « Le roi et son entourage essayaient vainement de dévisager la jeune fille. Elle avait laissé volontairement son foulard pendre devant son visage. Si la jeune fille arrivait à cacher son visage, elle n’arrivait pas toutefois à camoufler la bosse qui déformait ses épaules et son dos ; elle était laide, d’une laideur robuste, on voyait ses bras musclés et ses seins gonflés poussant fermement le solide pagne de cotonnade noué juste sous l’aisselle ».

Le mariage fut néanmoins célébré avec faste mais la consommation en fut impossible  »car la femme-buffle n’arrivait pas à retrouver son état humain ».

Le roi- dont le double est un lion, rappelons-le, avoua à un proche :

’’Je n’ai pas pu la posséder – d’ailleurs elle m’effraie, cette fille. Je doute même qu’elle soit un être humain ; quand je l’approchais la nuit, son corps se couvrait de longs poils et cela m’a fait très peur. La nuit durant j’ai invoqué mon double, mais il n’a pas pu maîtriser celui de Sogolon’’.

Sentant le mépris dont elle était l’objet…  :

’’Sogolon repoussa les attaques du roi ; celui-ci persista mais ses efforts furent vains… Et cela dura une semaine’’

Alors Naré Maghan le lion, employant les grands moyens, agressa physiquement la pauvre Sogolon Djata, la femme-buffle :

« Sogolon réveille-toi […] le génie protecteur des rois du Manding m’est apparu… je dois te sacrifier à la grandeur de ma maison. Le sang d’une vierge de la tribu des Kondé doit être versé, et c’est toi la vierge Kondé que le destin a conduite sous mon toit… pardonne-moi, mais je dois accomplir ma mission, pardonne à la main qui va répandre ton sang.

D’une main de fer, il saisit Sogolon par les cheveux, mais la peur avait été si forte que la jeune fille s’était évanouie. Elle s’était évanouie, figée dans son corps humain, son double n’était plus en elle, et quand elle se réveilla, elle était déjà femme’’.

Victoire ! Et c’est aidé par une puissance invisible qu’il entra en possession de son épouse.  Sa sortie publique triomphale après une rude bataille des esprits lava l’intolérable échec passé…

La nouvelle reine tomba enceinte immédiatement et cela marqua le début d’une lune de miel d’un genre original : la joie de voir s’accomplir la prédiction des devins, sublima le sentiment du roi pour son épouse et il se mit à la trouver belle, par-delà sa laideur. Laideur relative, se persuada-t-il, car elle cache une beauté supérieure qui n’échappait pas à son regard inspiré. Et de se mettre à couvrir son épouse d’attentions, de prévenance et de toutes sortes de présents. Preuve en est qu’ils eurent d’autres enfants et que jamais ne cessa l’ardeur royale pour son épouse…

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Quelle truculence et quelle intelligence ! Et foin de la logique et de la vraisemblance !… L’idée géniale de recourir au métamorphisme pour expliquer les travers et les sublimer, me laisse béat d’admiration… Ce transfert de responsabilité pour mieux vivre et supporter les pires coups du sort ! Et ce respect de la chose dite, de la parole !

La Pensée africaine est peut-être techniquement moins performante que la Pensée Occidentale – quoique nous soyons, à l’heure actuelle et plus que jamais, invités à reconsidérer jusqu’au but et au sens de la vie ! Elle incite à mieux vivre justement, à ne pas se prendre au sérieux, à accepter son sort, à rire, à danser, à chanter, à accepter de vivre moins longtemps – est-ce une mauvaise chose ? – plutôt que de passer la moitié de sa vie dans des usines à l’occidentale – usines à habiter, à manger, à s’amuser, à aimer, à vieillir et à mourir ?

Une fois encore, la Pensée Occidentale est prise en flagrant délit d’aveuglement par amour excessif … d’elle-même …

mo’  

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