les lundis

J’ai connu des malades mentaux dont le premier geste, après que vous leur ayez offert une montre-bracelet ou un appareil électrique, consiste à démonter l’objet, étant entendu que lorsqu’ils ont ’’tout compris’’, ils sont incapables de le remonter …

Je n’ai jamais atteint ce stade clinique, mais j’avoue avoir une étrange attirance pour ce qu’il y a derrière la scène, derrière le miroir – Bonjour Alice !, dans les coulisses. Mais pour ma défense, je dirais qu’il n’y a rien de malsain dans cette curiosité et j’en veux pour preuve qu’au contraire, je n’ai pas la moindre curiosité pour l’explication des tours de magie et je fais tout pour n’y voir … que de la magie. Savoir d’une mécanique ’’comment elle marche’’, par contre, m’intéresse, je l’avoue…

Je pense que cette curiosité est partagée par un certain nombre et je me propose ici de vous dire tout simplement, avant de me taire – enfin !, diront certains … pour un mois et de vous laisser à des lectures moins rébarbatives, comment j’écris mes billets. Ne me prétendant en aucune manière digne de quoi que ce soit, je réponds ainsi simplement à la demande d’une amie qui envisage de créer un blog et en est à la phase préparatoire.

écrire

Ecrire – Collage de Jamal Abdennacer (Collection privée)

1° D’abord, pourquoi donc publier le lundi ?

Lundi ou,’’Lunae dies’’, est étymologiquement le jour de la Lune, selon les Romains. Or, la lune est l’astre de la nuit, de la solitude, du temps qui passe, de la beauté et du rêve, aussi. Bien plus joliment, c’est, comme dit Djalāl ad-Dīn Muammad Rumi, le point de repère sur lequel ’’se guident les pèlerins de la nuit’’.

Toujours est-il que pour moi, le fait de commencer la semaine par le rêve est d’une logique sans faille : avant d’agir, il faut rêver, comme avant de construire il faut dessiner et avant d’attaquer, il faut stratégier.

Monday, Monday. The papas and the mamas.

2° Ensuite, comment sont choisis les sujets ?

C’est peut-être la partie la plus inconfortable de l’exercice : Parler d’actualité et faire du journalisme à la petite semaine, c’est le cas de le dire ? Parler de problèmes sociétaux ? Traiter d’une question en profondeur ? Ecrire sans aucune garantie d’être lu ? Où est l’intérêt ? Tenir la page ’’Le saviez-vous’’ d’un canard provincial ? Raconter des blagues ou racoler avec des sujets graveleux ? Franchement, je ne le sens pas… En ce qui concerne le choix des sujets, je ne fais aucun calcul et me contente de suivre mon penchant du moment. Alors ce sera ’’selon’’, comme dit le paysan. Cela peut-être un coup de gueule, un plaidoyer, un souvenir, une réflexion, une indiscrétion, une confidence, un poème ou une recette de cuisine, et ce, sans jamais la moindre contrainte ou la moindre pression autre que celle de mon tyrannique bon plaisir.

Trompettes de la renommée. Georges Brassens

3° Comment est-ce que j’écris ?

Après ’’livraison’’ d’un post, je réserve la journée du lundi à la ’’relecture’’ dudit post car j’avoue que les –nombreuses- fautes, les coquilles et autres erreurs ne m’apparaissent qu’après leur publication. Elles sont dues, dans leur écrasante majorité – c’est le moment de le révéler, aux innombrables versions écrites et à des inattentions au moment du montage final.

Le Mardi lui, ’’Martis dies’’ ou jour de Mars, dieu de la guerre, est pour moi le jour du repos, durant lequel je me contente, en tant que blogueur, de suivre le sacrosaint ’’nombre de lectures’’.

Tuesday – ILOVEMAKONNEN

C’est Mercredi, ’’Mercurii dies’’, ou jour de Mercure, dieu du commerce, que le prochain sujet est choisi, généralement, le matin. Je ne le cherche pas longtemps car mon Think-Tank dédié, entendez par là le logiciel installé dans mon inconscient, a travaillé dans l’ombre et il me suffit généralement d’entériner son choix.

Je commence alors à faire des lectures, des recherches documentaires aléatoires, je prends des notes, et, élément capital, je choisis le titre. Il sera changé deux ou trois fois en moyenne avant l’adoption finale. Puis j’imagine la présentation visuelle du dit titre. Le fabuleux graphiste que je suis, travaille avec le logiciel PAINT – que je suis bien loin de maîtriser, malgré ses naïvetés, ses approximations et sa simplicité enfantine. Par exemple, je détourais à la gomme carrée et au large crayon blanc, ce qui me prenait un temps fou, avant de découvrir, il y a quelques jours à peine, qu’un outil existait pour cela et qu’une simple sélection et un clic suffisaient pour obtenir une image sans fond, comme je les aime.

Et c’est alors que le bouillon de la création chauffe. Les idées se bousculent, se carambolent, s’imposent, s’opposent et se disposent. C’est bien sûr, la partie ’’noble’’ de l’exercice, la création pour ’’prétendre’’ un peu… et le mercredi soir en est le point culminant. Il s’achève par une prière fervente et pleine d’optimisme qui me fait dire que le précédent article était en fait couci-couça et que celui-ci sera un pur joyau… Je précise qu’alors, je n’en ai pas encore écrit la moindre ligne, mais c’est ainsi. Les jazzmen comprendront…

Wednesday night prayer meeting. Charlie Mingus

Arrive le Jeudi, ’’Jovis dies’’ ou jour de Jupiter, dieu romain qui gouverne les autres dieux, la terre, le ciel et tous les êtres vivants s’y trouvant. Cette charge écrasante ne l’empêche guère d’avoir bien des faiblesses humaines et notamment une très forte propension à l’adultère et à l’infidélité …

Bien loin de ces turpitudes, mon âme pure passe cette journée à se détendre et à narguer le pensum hebdomadaire comme un potache pas très sérieux qui, ayant une dissert à rendre trois jours après, se dit, jusqu’à la veille au soir, qu’il a largement le temps d’y penser, le moment venu…

Thursday child. David Bowie

Et ce n’est que Vendredi, ’’Veneris dies’’, jour de Vénus, déesse de l’amour, que je commence la rédaction. Le premier paragraphe me vient aisément et les mots le composant arrivent en cascade, heureux et malheureux se bousculant au portillon. Cela ressemble à une toile blanche ou apparaissent des tâches dont nul ne connait le signifié à part le peintre. Des mots, des phrases, des formules, la conclusion, qui sait, puis jaillit une citation ou un exemple… Voyons voir, tout cela pour seulement trois pages ? J’y retourne immédiatement comme dit le tonton de Boris Vian

La java des bombes atomiques – Boris Vian

J’ajoute, j’accumule, je fais du gras, j’ajoute du lest, je boursoufle et en fin de journée, j’ai assez de matière pour faire, non pas un, mais dix articles… Seulement le tout est indigeste et l’on y sent le remplissage si cher aux élèves pas très sérieux.

Je relis alors. Effectivement, c’est indigeste. Oh, et puis basta ! Après tout je ne suis obligé à rien et je ne dois rien à personne … Je referme mon grimoire et vais me délasser en regardant mon émission fétiche :

Thalassa

Le Samedi, ’’sabbati dies’’ ou ’’jour du Shabbat’’, jour de repos assigné au septième jour de la semaine juive, à l’aube, devinez ou je suis ? Bien évidemment, devant mon clavier, lisant et relisant, taillant et retaillant, étayant et supprimant, ajoutant et retranchant, sans colère, sans états d’âme, en bon petit artisan, attaché à mon ouvrage, tentant d’y ajouter de la beauté et de la féminité… pour en faire ’’de la belle ouvrage’’ …

En principe, à l’heure du crépuscule, ce moment ’’ami du criminel’’ comme dit Baudelaire,  j’ai enfin un texte. Je puis alors aller me vautrer dans une inanité télévisuelle sabbatique quelconque… remerciant ma mère l’Oye pour sa plume et en écrasant la patte provoquée par la veille…

Samedi soir. Mc Solaar

Le Dimanche, ’’dies Dominicus’’, ’’jour du Seigneur’’ en latin, fais-je la grasse matinée ? Que nenni ! Mêmement, bien avant l’aube me lève et, mes potions magiques bues, me voiture à mon siège devant ma table couverte de bure et ressors mon affaire courante.

Lecture nouvelle et généralement appréciation peu amène. – Ne ferais-je pas mieux d’oublier cela et d’en recommencer un autre ? Ce n’est pas très sérieux mais cela m’est effectivement arrivé à plusieurs reprises. Non, reprenons simplement ’’le phrasé’’, bien trop saccadé dans cette version-ci. Alors gardons les idées, l’iconographie, les citations, mais reprenons le discours et réécrivons d’une traite. Mise à exécution …

Le dimanche y passe aux quatre cinquièmes et ce n’est qu’à 16 ou 17 heures du jour du jour du Seigneur que j’achève mon pensum. Il ne reste alors plus qu’à ’’mettre sous presse’’ … sous ’’WordPress’’ voulais-je dire… C’est ce que je fais en rentrant de ma longue marche solitaire dans les jardins de mon château…

La mise sous WordPress, compte tenu de mon immense compétence en informatique est hélas assez souvent un calvaire, car le système est ’’amélioré’’ en permanence. Or, je considère tout changement à mes petites habitudes comme une attaque injuste et inutile contre ma personne. Comment supprimer l’encadrement de toutes les images ? Pourquoi cet encadrement stupide et disgracieux ?  Initiative malheureuse, assurément… Mais je sais gré à ces contrariétés de la gentillesse de me fournir une raison de râler, et pas qu’un peu, pour me défouler et préparer de piètres excuses à mon insatisfaction éditoriale…

Oh oui j’envie Sainte-Beuve, mon ancêtre dans cette noble tradition des ’’lundistes’’…

sainte beuve

Pour les analphabètes et assimilés, précisons que ’’la brave sainte’’ n’est pas du tout une émule de Sœur Térésa ni de la pucelle de Lisieux : C’est un homme de lettres français du XIXème, prénommé Charles-Augustin, et qui fut un critique littéraire et auteur redoutable et redouté. Il prétendait que l’œuvre d’un auteur s’explique avant tout par sa vie.

Mais pourquoi donc est-il mon ancêtre ?

Le 1er octobre 1849, la rédaction du journal ’’Constitutionnel’’  informe les lecteurs que : ’’M. Sainte-Beuve s’est chargé, à partir du 1er octobre, de faire tous les lundis un compte rendu d’un ouvrage sérieux qui soit à la fois agréable.’’

On forgea alors pour lui le mot de ’’lundiste’’, chroniqueur qui publie régulièrement un article tous les lundis.

mo’

A la revoyure début septembre et …

bonnes vacances

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