Oualidia, hélas

A l’orée du mois d’août, je me faisais vraiment et imprudemment une joie de retrouver l’un de mes nids : Oualidia, sa nonchalance,  ses gens simples, sa nourriture marine, ses fleurs, son repos à l’ombre des vestiges de la majestueuse Résidence d’été du roi Mohamed V

palais oualidia

’’MohammedV l’a fait construire pendant la première partie de son règne, quand il était encore le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et qu’il avait bien du mal à s’opposer aux velléités de la Résidence d’administrer le Maroc directement, comme une colonie plutôt que comme un protectorat. Avec une marge d’action très limitée, selon son médecin Henri Dubois-Roquebert, auteur de l’ouvrage MohammedV, HassanII, tels que je les ai connus (Editions Tarik), MohammedV se sentait « très isolé dans un palais (à Rabat, ndlr) qu’il lui arrivait souvent de comparer à une prison ». Il venait donc, chaque année, passer plusieurs semaines au bord de la lagune. Autant pour se reposer et s’adonner à la natation (c’était un très bon nageur) que pour passer du temps en famille, loin des intrigues politiques. Oualidia, à l’époque, était un simple village de pêcheurs, doublé d’une petite station balnéaire fréquentée majoritairement par des Safiotes et des Européens.’’ http://www.actuel.ma/index.php?option=com_magazines&view=detail&id=282

l'hippocampe

J’ai tressé à Oualidia, ici même dans le post intitulé ’’Huîtres, fleurs, paix et beauté’’, http://wp.me/p62Hi-1TM , des couronnes de compliments, il y a 3 années. Je n’y suis point retourné depuis. Alors la langueur, la chaleur et l’envie d’y voir un petit être cher entre tous, sourire dans ce décor, m’ont convaincu d’accepter d’y aller, de préférence aux vacances populaires et bousculées du mois d’août, fussent-elles programmées dans des paradis lointains.

Dès le départ de l’expédition, je fus agacé par l’insistance de l’hôtel choisi pour abriter mes vacances, avec laquelle on me réclama des arrhes à la réservation, assorties d’une ’’menace’’ de pénalité ou cas où je ne la respecterais pas… Allons bon ! Ça commence bien, me dis-je ! Je chargeai donc mon assistante-voyages de gérer le projet, lui interdisant formellement de verser le moindre kopek de garantie, menaçant et fulminant comme chaque fois que l’on se permet de me menacer de ce genre de règlement imbécile ou, à tout le moins, indélicat … A ce propos, juste une petite anecdote : j’ai annulé – à grand peine, il est vrai- un ’’provider’’ téléphonique – un fournisseur tout simplement- qui s’est permis de m’envoyer un jour une lettre commerciale qu’il a osé intituler ’’convocation pour affaire vous concernant’’ s’octroyant ainsi quelque droit sur moi…

Revenons à mon récit de vacances. Le jour ’’J’’ arriva… qui mit mon humeur au zénith.  A nous ’’deux’’, le soleil et la mer, le sable chaud et l’eau fraîche, l’étrille et l’araignée, la sole et le turbot, l’huître et la moule et gare à mon épuisette redoutable et à mon trident terrible ! Poussez-vous baigneurs du dimanche, je suis insubmersible grâce à ma bouée en forme de canard, mes lunettes de plongée, mes palmes de grenouille et mon tuba recourbé … J’arrive !…

Sur la route des vacances, je me permis de flirter avec la vitesse maximale autorisée car je m’étais promis de me délecter de la réaction du petit ange face à la mer, avant la tombée de la nuit… Et dès l’arrivée, effectivement, laissant mon intendance procéder aux formalités, je le pris dans mes bras et l’emmenai pour lui faire savourer le spectacle du coucher de soleil avant la tombée de la nuit …  J’en eus pour mon argent et j’en fus heureux… Il souriait ébahi, et m’imitant, se mit à déclamer un adorable baragouin en désignant l’horizon mirifique d’un air inspiré…

Le dîner eut lieu avec autant de bonheur, puisqu’une petite fille, à peine plus âgée que lui, se mit à lui adresser des œillades énamourées et des compliments confondants, qui firent s’écrouler de rire toute la salle à manger. Nous les séparâmes difficilement, après un instant, pour aller dormir…

restaurant l'araignée

Le lendemain je fis comme chaque matin en bord de mer, une marche d’une heure sur la plage … que je trouvai, Ô rage, jonchée de sacs plastiques usagés, d’immondices, de reliefs de repas, de pelures de pastèque et de melon et de déchets … pharmaceutiques même… Il me fallut slalomer pour ne point en rapporter les prélèvements car bien évidemment, pour profiter de la marche, je la pratique pieds-nus… Arrivé au bout de la plage en anse, j’aperçus un drapeau bleu, sur lequel il n’y avait aucune inscription. Lorsque j’en fis le tour, j’éclatais de rire car … un panonceau à la base affirmait qu’il s’agissait du label ’’Pavillon bleu’’  un écolabel international attribué aux plages se conformant à des normes sur la qualité des eaux de baignade, l’environnement et l’aménagement, la gestion des déchets et l’éducation à l’environnement.

label bleu

Malgré cela, toute la journée fut une suite de séquences de bonheur intense, axé autour des émerveillements et des extases du Petit Prince, ivre de joie et arpentant à quatre pattes le sable vierge, parmi les mouettes, riant aux éclats lorsque la plante de ses petits petons était chatouillée par les douces vaguelettes de la marée montante…

Première déconvenue : Déjeuner d’une navrante banalité, menu de cantine à deux balles avec sa salade composée … d’écarts de triage précédant des préparations baignant dans une profusion d’huilasse. Comme nous connaissions la table, qui, sans être celle de Le Divellec était agréable et toujours ’’honnête’’, cela provoqua mon étonnement et une enquête de ma part qui aboutit à l’identification immédiate du problème : l’ancien chef avait été débauché par un nouvel établissement hôtelier de la station et le remplaçant recruté pas… très doué le pauvre. Je lui conseille ici, bien sérieusement, de songer à se reconvertir dans la plonge, s’il entend persister dans le domaine de la restauration … Mais après tout, il suffisait de le savoir. Je suggérais à l’ensemble des membres du groupe d’opter résolument pour les produits frais et/ou crus et d’éviter les produits cuits et les plats élaborés …

Hotel restaurant Ostrea

L’après-midi fut illuminé par le gazouillis et les pitreries des deux bébés qui vivaient leur amourette malgré tout et malgré nous…

Le soir, l’assistante voyage, qui considère comme une véritable  honte le fait de rester tranquille cinq secondes au même endroit, avait réservé une table dans un restaurant de renommée et qui ne nous avait jamais donné que des satisfactions, lors de séjours précédents. Mais là encore, nouvelle déception : mon impitoyable tarin décela dans les huîtres une arrière odeur de vase ! Mal ou pas dépurés du tout, les d’habitude savoureux mollusques bivalves, j’en fiche mon billet ! Donc, bonjour les problèmes ! J’en avertis la galerie ! Quant au reste de cette cuisine, l’usage tout à fait inconséquent de l’huile, et pas de la meilleure, fut la preuve d’un niveau gastronomique avoisinant zéro. Je vis avec compassion mes commensaux commander des élaborations stupides ou à tout le moins imprudentes en ces lieux : crèmes, émulsions et autres bouillasses… Cela me souleva le cœur et je posai ma fourchette pour grignoter … du pain… jusqu’à la fin du repas. Le dessert était carrément ubuesque et je ne le touchai pas. Ce repas-supplice me rendit d’humeur morose… Puis je m’en fus dormir assez rapidement.

Au second jour, trois membres du groupe déclarèrent ne pouvoir se lever. Ils avaient évidemment chopé une gastro-entérite assez sévère, victimes de leur imprudence et de leur gourmandise de la veille au soir …

S’ensuivirent pour eux, deux journées pleines de lit, agrémentées d’allées et venues à la salle de bain. Me revinrent quant à moi le rôle de coordinateur-santé, les visites chez le pharmacien, et les consultations téléphoniques auprès d’amis médecins. Le personnel de l’hôtel comprit clairement mon fort mécontentement et promit de se rattraper. Mais le dégoût et la défiance s’étaient  installés et dès lors, comment feindre ? Les ’’vaillants’’, annulèrent leurs repas les uns après les autres … Moi, le sage, le prudent –oui, ’’le peureux’’ si cela vous fait plaisir-, je me mis à me nourrir de pain, d’olives et d’eau minérale …

Evidemment, les temps de repos, de lecture et de sieste furent multipliés et allongés d’autant, pour ne pas abandonner l’ infirmerie de campagne… La simple idée d’avoir à manger me révulsait.

Au bout de deux journées de lit, nos malades redressèrent la tête et eurent droit à un festival gastronomique de choix dont voici la carte :

menu

Le quatrième et dernier jour, nous essayâmes de sauver ce qui pouvait l’être encore de ce délicieux séjour, en organisant un pique-nique sur une plage située derrière la lagune, bien loin des lieux de malbouffe. Un bel endroit sauvage ou les gens étaient rares et la mer agitée… Le vent du large, chargé d’iode et porteur de mille trésors, comme la fraîcheur, le sel et le rêve, lui, était bien là, généreux et vivifiant. Belle journée de plage ! Les convalescents reconstituant leurs forces et leur sourire, le bébé ivre du bonheur de courir sans entrave et nous, nous affairant à préparer la meilleure collation faite durant ces 4 jours, préparation qui consista en l’ouverture des paquets de biscuits de régime, salés et sans sel pour finir en apothéose par des ’’Petits-Beurre’’ que nous accompagnâmes de nombreuses bouteilles d’ ’’Eau Minérale Naturelle’’, enfouies auparavant sous le sable mouillé, pour être fraiches au moment de leur consommation.

Lorsque le soleil proféra sa menace de déclin, nous prîmes le chemin du retour… Une dernière contemplation du merveilleux coucher de soleil et nous nous retirâmes pour nous préparer pour le dîner final, point d’orgue de ce festival gastronomique …

L’incorrigible assistante-voyages ne cessait de nous jurer que nous allions pleurer de bonheur et oublier bien vite les quelques désagréments passés…

En fait, après une entrée prudente mais d’une banalité à pleurer, dans nos assiettes servies en cuisine et apportées en grand apparat par des serveurs souriants, nous eûmes la joie d’apercevoir des morceaux de caoutchouc blanc, piqués de ridicules hâtelets multicolores et lumineux : Homard à la trucmuche, nous annonça-t-on d’un ton triomphant ! Oui, oui, le divin homard de nos tropiques, Homarus gammarus (Linnaeus, 1758) pour les intimes, décrété européen par les gens du Nord qui ne doutent jamais de rien …

Comme le laissait supposer l’aspect, c’était innommable et immangeable et relevait bien plus de la vulcanisation – transformation du caoutchouc – que de la gastronomie… Infiniment trop cuit… Je goutai et me permis, pour la première fois de ma vie, la grossièreté de restituer à l’assiette ce que je lui avais imprudemment dérobé. Autre chose dont, on s’en doute, je ne suis vraiment pas coutumier, j’exigeai de l’assistante-voyages qu’elle m’avouât le prix de cette succulence, et en public… Ce prix, même prononcé à voix basse, me donna le vertige… En réaction, je repoussai mon assiette en jetant un regard assassin au maître d’hôtel qui souriait d’un sourire superlativement crétin, croyant que je le remerciais. Je me levai et m’en fus dans ma chambre attendre l’heure bénie du départ, fixée pour l’aurore, le lendemain matin…

Notre invité étranger, venu à grands frais de son Paris-Lumière me pria poliment mais fermement de bien vouloir le  »unsuscribe » c’est à dire effacer son nom de mon ’’listing’’ d’invités pour les prochains raouts en notre contrée, ailleurs qu’à la maison… L’assistante-voyages jura considérer comme un impératif catégorique d’avoir à préparer un prochain séjour ailleurs pour se rattraper. Je l’avertis gentiment que je serai à l’avenir pour le moins plus regardant et sévère vis-à-vis de ses propositions et de ses services dont le moins qu’on pouvait dire est qu’il ne me donnaient guère satisfaction …

En guise de postface

cascades d'akchour

Elle m’annonça trois semaines plus tard la découverte d’un havre ’’taillé à ma mesure’’, insolemment beau, sauvage, abritant un hôtel vraiment hors catégorie qui avait eu la bonne idée d’opter sans réserve pour l’écologie dans sa conception et sa gestion, et pour le biologique pour sa restauration. Voyons voir le site et les photographies !

C’est effectivement magique, tout au moins d’apparence … Quelques avis bourgeois confirmèrent le caractère exceptionnel de l’endroit. Je réservai en me pourléchant les babines… Puis un soir plus tard, rencontre fortuite, chez des amis, d’un diplomate qui y a séjourné : l’endroit est à couper le souffle de beauté. Mais la construction … loin du paradis annoncé par les clichés, est pour le moins imparfaite. Quant à la nourriture, un exemple suffira : le tartare de thon consisterait en une purée de … thon en boite … La révélation provoqua l’annulation immédiate de la réservation par mes soins …

le mirage

Repli sur un palace du nord, déjà essayé à plusieurs reprises et chanté ici même il y a quelques temps déjà… Au-dessus de tout soupçon. Négociation serrée car la plage calendaire choisie était très encombrée. Nous obtînmes les chambres demandées, avec une certaine appréhension de ma part, car cette cohue n’est jamais annonciatrice de qualité… Mais je confirme sans ambages hic et nunc ma sympathie pour l’endroit, car deux jours tard, le PDG de l’Hotel en personne nous a rappelé pour expliquer – excuse officielle – qu’étant exténué par un rush récent, le personnel avait dans son ensemble présenté une requête de fermeture pour les trois jours de fête populaire. Il informa qu’il avait donné une suite favorable à ladite requête… Merci Monsieur, vous honorez votre profession !…

El Jadida

Ultime tentative avant abandon pour longtemps de toute velléité touristique, nous consultâmes une amie professionnelle qui nous suggéra d’essayer l’hôtel-vedette de la Petite Deauville Marocaine. Nous visitâmes le site et fûmes conquis. Les tarifs y sont habilement présentés … Pour ne pas rapporter des discussions sans aucun intérêt, il s’avéra que les prix promotionnels étaient une mauvaise lecture de notre part et que les chambres encore disponibles sans vue sur la mer… Autant dire sans aucun intérêt… Suite à cela, j’ordonnai l’abandon sine die de toute velleité touristique !…

En guise de conclusion

En fait, comme souvent, l’on s’accroche à des chimères alors que le bonheur est bien souvent dans le pré et même dans le plus près… Un petit effort de concentration m’a rappelé la proximité d’un endroit ’’bien sous tous rapports’’, garni d’une literie sur mesure, équipé d’eau froide et d’eau chaude, d’une cuisine gérée comme une annexe de la NASA pour les exigences de qualité, et ou je peux me relaxer en pyjama et en charentaises ou en gandoura et en babouches, selon mon inspiration, toujours entouré d’êtres chers et au-dessus de tout soupçon : chez moi !…

mo’

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