the very best of jazz

Un énième classement pour déterminer les dix plus grands jazzmen de tous les temps vient d’être publié.

Examinons la chose en commençant, bien évidemment, par la fin:

10° Oscar Peterson est un Canadien de Montréal. Né en 1925, il est mort en 2007.

Oscar Peterson

Après avoir tâté de la trompette, obligé de garder la chambre à cause d’une tuberculose à l’âge de7 ans, il apprit le piano. Il prit ainsi durant cette période, l’habitude de travailler six heures par jour et s’y conforma toute sa vie. A neuf ans, sa technique impressionnait les musiciens professionnels. A quatorze ans, il gagna un prix national et quitta l’école pour devenir musicien professionnel.

Subjugué par le légendaire Art Tatum devant lequel il n’a jamais voulu jouer, ne s’estimant pas à la hauteur pour cela, il fut néanmoins assez talentueux pour se produire à l’âge de 24 ans au prestigieux Carnegie Hall … Il joua et enregistra accompagné, entre autres, par Lester Young et même Louis Armstrong. Lui-même accompagna Billie Holiday et Ella Fitzgerald.

Ecoutons-le donner une leçon de piano…

Oscar Peterson

9° Bill Evans est un pianiste américain du New Jersey, né en 1929 et mort en 1980.

Bill Evans

De formation classique à la base, il a étudié le violon et la flûte. Il commence à s’intéresser au Jazz dans son adolescence particulièrement en écoutant Bud Powell, Nat King Cole et d’autres.

Bill Evans devient un musicien de studio très demandé et de nombreux musiciens font appel à ses services dont  Charles Mingus.

En 1958, il fait partie, aux côtés de John Coltrane et Cannonball Adderley, du sextet régulier de Miles Davis.

Après cet intermède il enregistre entre autres, avec Cannonball Adderley, Michel Legrand, Art Farmer, Chet Baker, Lee Konitz, John Lewis, Oliver Nelson,  et  J.J. Johnson

A partir des années 60, il forme plusieurs trios dont il change les membres assez souvent et enregistre avec chaque configuration un disque phare.

Durant les années 70 il effectue plusieurs tournées européennes, au cours desquelles il fait souvent appel à des musiciens « locaux ».

La dernière configuration du Trio d’Evans comprend le contrebassiste et compositeur Marc Johnson et le batteur Joe LaBarbera. C’est probablement la meilleure qu’il ait eue.

La musique de dernier trio est le « chant du cygne » du pianiste.

A cinquante-et-un ans, souffrant d’une hépatite mal soignée, le corps usé par une longue addiction aux drogues dures, Bill Evans meurt des suites d’une hémorragie interne.

                      My foolish heart, Bill Evans

8° Thelonius Monk est un musicien américain de Caroline du Nord, né en 1917 et mort en 1982.

Thelonius Monk

Il commence à jouer du piano à 6 ans et bien qu’il ait pris quelques cours, il est considéré comme un autodidacte. À 12 ans, il accompagne à l’harmonium sa mère qui chante dans l’église de son quartier.

Il trouve du travail comme musicien de jazz ; il apparaît sur des enregistrements réalisés autour de 1941 dans un club de Harlem ou il est engagé comme pianiste.

Son style très personnel fait sensation, et attire les grands de l’époque, Dizzy GillespieBud Powell et Charlie Parker.

De 1947 à 1952 Monk enregistre quelques albums et collabore avec Sonny Rollins et Art Blakey. En 1954, il participe également aux albums de Miles Davis : Bags’ Groove et Miles Davis and the Modern Jazz Giants.

Son problème est que, considéré comme difficile, il vend très peu de disques, sauf lorsqu’il reprend des standards d’autres compositeurs comme Duke Ellington.

Il fit une rencontre mémorable avec John Coltrane dont il sortira un album mythique intitulé Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall

Evidence, Thelonious Monk & John Coltrane

7° Billie Holiday, Eleanora Fagan de son vrai nom, Lady Day de son surnom de légende,  1915-1959, est une chanteuse américaine de blues et de jazz, considérée comme l’une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connues.

Billie Holiday

Son père, très jeune guitariste de jazz ne la reconnait pas. Sa mère fait des ménages et se prostitue. Elle est ballotée entre maisons de redressements et famille, et à l’âge de 14 ans, elle suit les traces de sa mère, se prostituant et vivant d’expédients. Elle chante dans des clubs de jazz ou sa notoriété va grandissant. Elle rencontre Benny Goodman, Fletcher Henderson, et surtout Lester Young auquel l’unira une relation très forte d’amitié inconditionnelle. Elle le surnomma Prez, pour Président.

C’est la gloire, elle chante avec Duke Wellington, Ben Webster, Teddy Wilson et Cozy Cole. On se l’arrache et son génie est reconnu. Elle rencontre alors et collabore avec Count Basie puis Artie Shaw. Elle connait néanmoins des difficultés dues à la ségrégation raciale et elle ne peut jouer n’importe où. De plus, elle se marie avec un escroc drogué qui la pousse à la consommation d’héroïne et à la déchéance, ce qui ne l’empêche pas de rencontrer à cette époque précisément d’autres géants du jazz tels  Roy EldridgeArt TatumBenny Carter et Dizzy Gillespie.

Elle est arrêtée pour détention de drogue et va en prison pour un an. Lorsqu’elle est libérée pour bonne conduite, sa voix est au zénith mais elle est financièrement ruinée. Elle chante comme jamais auparavant. Entre cent problèmes matériels inextricables, elle trouve tout de même le moyen de collaborer avec Lionel Hampton, Count Basie, Lester Young et Louis Armstrong.

Elle travaille beaucoup mais elle tombe entre les mains d’un impresario-gangster encore une fois et s’aperçoit très tard qu’il perçoit bien l’argent de son travail, mais ’’oublie’’ de régler les factures. Elle le quitte mais doit travailler davantage encore pour faire face aux obligations matérielles. Elle accepte des tours de chant épuisants puisqu’elle ne peut toujours pas chanter à New York. Et c’est à Chicago qu’elle renoue avec le succès national en chantant au fameux Hi Note en partageant l’affiche avec … Miles Davis…

Au début des années 50, elle réalise enfin son vieux rêve : chanter en Europe et y connait un succès phénoménal, particulièrement en Grande Bretagne.

De retour aux Etats Unis, elle peut enfin chanter à New York et choisit pour ce come-back la soirée que le Carnegie Hall organise en hommage à Charlie Parker décédé quelques semaines auparavant. Elle y chante aux cotés de rien moins que… Sarah VaughanDinah Washington, Lester Young, Billy EckstineSammy Davis, Jr., Stan Getz, Thelonious Monk

Ses dernières années furent une suite de présences dans les tribunaux, les hôpitaux de désintoxication, d’apparitions publiques très contestables et de fréquentations plus que douteuses.

Surviennent alors la cirrhose du foie et l’insuffisance rénale auxquelles s’ajoutent une congestion pulmonaire, le tout soigneusement entretenu par une consommation de plus en plus effrénée de drogue. En juillet 59, elle est hospitalisée et décède quelques jours après… à l’âge de 44 ans …

Strange Fruit, Billie Holiday (1959)

6° Charlie Parker 1920-1955 est un saxophoniste alto américain, considéré comme l’un des principaux compositeurs et interprètes de l’histoire du jazz, au même rang que Louis Armstrong et Duke Ellington.

Charlie Parker

Charlie Parker débute dans le monde la musique en chantant dans la chorale de son école, puis se passionne pour le jazz, dont Kansas City est à l’époque la capitale, en même temps que celle du jeu, de la prostitution, de la drogue et du trafic d’alcool. A 11 ans, il commence à jouer du saxophone et intègre l’orchestre de son école à l’âge de 14 ans. Très respectueux des virtuoses de l’instrument comme Coleman HawkinsLester YoungJimmy Dorsey, ou Johnny Hodges et des maîtres du Jazz en général, Louis Armstrong représentant pour lui la maîtrise totale, Charlie travaille sans relâche en écoutant sans fin les disques qu’il parvient à acquérir. EN 1937, il intègre finalement l’orchestre du pianiste Jay McShann, avec qui il effectue une tournée dans toute la région.

En 1939, Parker quitte Kansas City pour New York, où se trouvent les meilleurs orchestres du pays. Il cherche à approcher les meilleurs musiciens, dont Art Tatum, dont la virtuosité l’impressionne et trouve le moyen de l’écouter tous les soirs par le biais d’un emploi de plongeur du restaurant où se produit le pianiste.

En 1942, Charlie Parker quitte le groupe de McShann pour jouer pendant 8 mois aux côtés d’Earl Hines. Il fréquente Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, le guitariste Charlie Christian et les batteurs Max Roach et Kenny Clarke. Un peu plus tard, il rencontre et enregistre avec un jeune trompettiste de 19 ans : Miles Davis.

Hélas ! Le saxophoniste a développé dans son adolescence une forte addiction aux drogues dures. De la morphine il passe rapidement à l’héroïne, ce qui va empoisonner sa vie et finalement causer son décès prématuré. Le jazz était alors associé aux narcotiques, ce qui a grandement gâché l’ascension de nombreux musiciens talentueux.

L’addiction de Parker aux drogues est importante et il se soucie davantage de l’obtention de ses doses plutôt que d’arriver à l’heure ou même d’assurer concerts et sessions d’enregistrement. En 1946 il est même interné 6 mois à l’hôpital psychiatrique. À sa sortie il semble débarrassé de ses problèmes de drogue et replonge dans la musique. Il produira ses meilleures œuvres à cette époque avec ce qu’on surnomme depuis son « quintet classique », comprenant Miles Davis à la trompette, Duke Jordan au piano, Tommy Potter à la basse et Max Roach à la batterie.

Appliquant à des chansons populaires américaines et à des blues son extraordinaire talent d’improvisateur, Parker produit des morceaux d’une complexité mélodique stupéfiante, jamais dénué de qualité émotionnelle. Ainsi, l’écoute de Parker’s Mood reste aujourd’hui encore d’une intensité exceptionnelle.

En mai 1949, il se produit en France avec son quintet à Paris, Marseille et Roubaix. Puis, en 1951, à la suite de ses démêlés avec des patrons et des imprésarios, on lui retire sa carte de travail à New-York pendant quinze mois, ce qui lui interdit de se produire dans les clubs. Cette même année, il retrouve ses vieux complices Dizzy Gillespie et Thelonious Monk pour l’enregistrement du disque Bird & Diz.

Après des années où sa renommée est au plus haut, pendant lesquelles il ne parvient pas toujours à se tenir éloigné de l’héroïne ou à calmer ses pulsions autodestructrices, Charlie Parker meurt à New York à l’âge de 34 ans seulement. Sa mort sera officiellement attribuée à une pneumonie et un ulcère, elle est surtout le résultat de ses excès avec l’alcool et la drogue. Le médecin légiste chargé d’examiner le corps le trouvera si abîmé et épuisé qu’il estime son âge entre 50 et 60 ans.

Charlie Parker, Lester Young, Coleman Hawkins

5° – Ella Fitzgerald, cantatrice américaine née en 1917 et morte en 1996 est probablement la plus grande chanteuse de Jazz de tous les temps. Origines très modestes puisque sa mère travaillait dans une blanchisserie, son père ayant abandonné le domicile conjugal peu de temps après sa naissance. Elle rêvait alors d’être danseuse.

ella fitzgerald

Elle commence à chanter à 16 ans à Harlem et connait de suite le succès. Elle remporte même des prix lors de ses premières apparitions et est bien sûr remarquée par les grands professionnels. Chick Webb, batteur et chef d’orchestre dont l’orchestre se produisait régulièrement au Savoy Ballroom de Harlem l’engage.

Elle enregistre quelques tubes avec lui, dont la célébrissime berceuse A Tisket, qui la fit connaître. Quand Chick Webb meurt en 1939, l’orchestre continue sous le nom de « Ella Fitzgerald and Her Famous Orchestra ».

Elle commence une carrière solo en 1941. Malgré sa notoriété, elle a été victime, comme beaucoup de noirs à cette époque, de discrimination au Cotton club, elle s’est battue tout au long de sa vie pour le prouver. Au début, chanteuse de swing, elle aborde aussi le bebop.

Sarah Vaughan fut une de ses seules rivales dans ce domaine. Elle est la reine du scat, et elle a joué du blues, de la samba, du gospel etc., et même des chants de Noël. Ses concerts sont souvent enrichis par des imitations d’autres chanteurs ; elle imite en particulier à la perfection les voix et les gestes aussi bien de Rose Murphy que de Louis Armstrong.

Selon les propres mots d’Ella Fitzgerald, c’est Marilyn Monroe qui apporte un grand soutien à sa carrière en l’imposant littéralement au Mocambo Club de Los Angeles.

Ses morceaux les plus connus sont une série produite par Norman Granz sur des chansons écrites par les plus grands compositeurs américains du moment comme George Gershwin, Cole Porter et Duke Ellington

Avec l’orchestre de Duke Ellington, elle fait des tournées en Europe et en Amérique du Nord.

Elle joue en concert avec les plus importants groupes et solistes. Son vrai rôle était « instrumentiste de la voix ». Elle chante avec de nombreux partenaires instrumentaux comme Oscar PetersonCount BasieRoy EldridgeJoe PassDizzy Gillespie, et le trio de Tommy Flanagan. Elle a aussi chanté avec d’autres voix du jazz comme Nat King Cole ou Frank Sinatra.

Porgy and Bess est son enregistrement le plus connu avec la légende du jazz qu’était Louis Armstrong, mais elle a également enregistré avec lui le célèbre album Ella and Louis qui eut un tel succès qu’on leur demanda d’enregistrer un Ella and Louis Again, qui fut également un succès.

Hélas, un diabète très sévère la rend aveugle et conduit les médecins à l’amputer des deux jambes en 1993. Ella Fitzgerald meurt d’une crise cardiaque en 1996 à  l’âge de 79 ans.

Summertime, 1968 – Ella Fitzgerald

4° John Coltrane  est un saxophoniste de jazz, compositeur et chef de formation américain, né en 1926 et mort en 1967.

John Coltrane

Il est considéré, après Charlie Parker, comme le saxophoniste le plus révolutionnaire et le plus influent de l’histoire du jazz, meneur du courant avant-gardiste dans les années 1960, et l’un des artistes les plus importants de la musique de la deuxième moitié du xxe siècle.

A 15 ans, il joue de la musique dans l’ensemble de son école, d’abord à la clarinette, puis au saxophone alto.

A 18 ans, il fait sa première apparition sur la scène du jazz, à l’alto, dans le grand ensemble de Jimmy Johnson puis est mobilisé la même année pour faire son service militaire : on l’envoie à Hawaii, où il peut jouer de la clarinette dans l’ensemble de la Marine. C’est là qu’il fait sa première session d’enregistrement.

A 19 ans, ayant obtenu son congé de la Marine, il rentre à Philadelphie et se joint à l’ensemble de Joe Webb, à l’alto.

A 21 ans, lors d’un voyage en Californie, il rencontre Charlie Parker à l’occasion d’un bœuf.

A 22 ans, il se met au saxo-alto et hélas, commence à consommer de nombreuses drogues.

L’année suivante, il rencontre Bud Powell, à New York, et, en compagnie de Jimmy Heath, se joint au grand ensemble de Dizzy Gillespie, dans lequel il joue de l’alto tout en continuant de s’exercer au ténor. Puis en 1950, Gillespie dissout son grand ensemble et forme un groupe réduit, avec Coltrane, qui joue de l’alto mais aussi du ténor. Coltrane retrouve Charlie Parker. Au mois de mai, il quitte définitivement le groupe de Gillespie.

il joue avec divers groupes et joue dans des bars pour subvenir à ses besoins pendant qu’il poursuit sa formation et rejoint pour un temps l’ensemble d’Earl Bostic. Une tournée de l’ensemble de Bostic donne à Coltrane l’occasion de faire la connaissance d’Éric Dolphy, d’une importance déterminante dans sa vie. Par la suite, il joue avec Miles Davis et Sonny Rollins à New York. À cette époque, John consomme de l’alcool et se drogue plus que jamais, notamment à l’héroïne. Sous l’influence du saxophoniste Yussuf Lateef, qu’il a rencontré à Philadelphie, il s’intéresse à la philosophie et à la spiritualité orientale.

Coltrane se joint à l’ensemble de sa première idole, l’altiste Johnny Hodges. L’année suivante, au mois de juin, il rencontre Naïma, qu’il épouse en 1955, l’année ou Miles Davis lui propose d’entrer dans le quintette qu’il est en train de former. Mais le quintette ne dure même pas une année.

Coltrane repart à l’aventure après avoir rencontré Mc Coy Tyner avec lequel il enregistre… Errements et manifestations de génie se succèdent pendant une longue décennie. Rencontres passionnées et séparations fracassantes, personne ne peut suivre les ’’trouvailles musicales’’ de Coltrane et ses nouvelles recrues le quittent l’une après l’autre.

Il rencontre Alice Mc Leod, qui est une harpiste, pianiste, organiste et compositrice qu’il épouse après avoir divorcé de Naïma. Ils auront ensemble 3 enfants.

Au plan musical, la dernière partie de sa vie, Coltrane la dédie à la recherche, on pourrait dire ‘’fondamentale’’, au mépris de la forme et des goûts de l’auditoire, jusques et y compris ses collègues et des plus prestigieux.

Durant cette période d’hyper-créativité, il écrit, corrige, enregistre, rencontre sans cesse son producteur et joue et cherche et fixe de nouvelles formes. En juillet 1967, il éprouve le besoin d’aller rendre visite à sa mère. Lorsqu’il revient, sa cirrhose du foie, due autant à l’alcool qu’aux drogues, se déclare. Il refuse de se faire opérer et décède au petit matin du 17 de ce mois.

John Coltrane, Giant Steps, live

3°. ’’Duke’’ Ellington, de son vrai nom Edward Kennedy Ellington,  est un pianiste, compositeur et chef d’orchestre de jazz américain, né en 1899  et mort en  1974.

Duke Ellington

L’artiste commence, à l’âge de sept ans, une carrière qui va devenir « historique », mais il met un long moment avant de s’investir dans l’art, ses intérêts étant bien plus « sportifs ».

Il se fait engager comme vendeur de Peanuts, popcorn, chewing gum, candy, cigars, cigarettes and score cards ». Le désir de jouer du piano grandit peu à peu dans son esprit, probablement influencé par ses parents, tous deux bourgeois cultivés aux bonnes manières et … pianistes. De par ses manières aristocratiques, ses camarades de classe commencent à le surnommer le Duke, surnom qu’il portera avec grâce et dignité tout au long de sa vie.

En 1914, à 15 ans donc, il compose sa première pièce musicale, Soda Fountain Rag, aussi connue sous le nom de Poodle Dog Rag. Ne sachant ni lire ni écrire la musique à cette époque, Duke compose de mémoire. Son professeur lui donne les instructions oralement : pour lui c’est une véritable bénédiction et il utilisera grandement cette faculté tout au long de sa vie.

Peu à peu, Duke commence à réaliser que son amour de la musique est loin d’être éphémère et c’est ainsi qu’à trois petits mois de son diplôme en arts graphiques, il quitte l’école pour se consacrer entièrement au piano.

Ses nombreux voyages à travers les États-Unis – avec sa mère- lui permettent de se produire non seulement à Washington mais aussi à Philadelphie et à Atlantic City.

Il se lance résolument dans une carrière de musicien. Il travaille en même temps dans la publicité et comme coursier. Il quitte la demeure familiale pour une maison achetée grâce à quelques économies réalisées lors de concerts, et qu’il amorce la création de son premier groupe. Après quelques spectacles promotionnels réalisés à l’école, le groupe donne son premier concert officiel en 1917. Ce baptême de la scène lui rapporte … 75 cents.

En 1917, Duke se marie avec la fille de ses voisins, Mercer Kennedy Ellington, qui lui donnera un enfant. Il en divorcera après que par jalousie, elle lui ait tailladé le visage avec un rasoir.

Côté musique, Le Duke a repoussé les barrières raciales en jouant autant devant un public noir que blanc. Avec la ségrégation en vigueur à cette époque, peu de gens laissent de la place à la musique afro-américaine et encore moins au mélange des couleurs. Ellington joue principalement pour la haute société, les grandes réceptions, mais aussi pour un public plus jeune et moins bourgeois. Bref, son amour pour la musique laisse bien peu de place à toutes les barrières hiérarchiques de la société, ce qui lui permet très tôt de s’ouvrir sur tous les États-Unis.

Duke Ellington n’a jamais connu de crise de sous-emploi, il a toujours travaillé et a su gérer sa carrière de façon exemplaire. Il s’est beaucoup déplacé, il a eu la main heureuse pour choisir ses collaborateurs auxquels il a su imposé une discipline stricte. Par exemple, il n’a pas hésité à renvoyer le prestigieux Sydney Bechet qui s’était permis de s’absenter à trois reprises.

Son orchestre a été l’un des plus réputés de l’histoire du jazz avec celui de Count Basie, comprenant des musiciens qui étaient parfois considérés, tout autant que lui, comme des géants de cette musique. Il avait l’habitude de composer spécifiquement pour certains de ses musiciens en tenant compte de leurs points forts. Il a aussi enregistré des morceaux composés par les membres de son orchestre, comme Caravan et Perdido . Il a laissé de très nombreux « standards ».

Duke Ellington est une des personnalités noires américaines les plus célèbres du xxe siècle. Avec son orchestre, il a fait des tournées régulières aux États-Unis et en Europe depuis la création de l’orchestre en 1923 jusqu’à sa mort en 1974.

Sophisticated Lady, Duke Ellington

2° Louis Armstrong, né en 1901 et mort en 1971, également connu sous les surnoms de Satchmo – littéralement ‘’bouche-sacoche’’ – est un musicien américain de jazz.

Louis Armstrong

D’une musique de folklore afro-américaine entre le gospel et le blues traditionnel, Louis Armstrong a fait un courant musical national et populaire à vocation universelle. Son talent de trompettiste, son charisme, ses qualités de show-man et sa personnalité généreuse ont forgé au fil du temps sa renommée internationale.

Il a créé un nouveau style vocal, le scat, ce qui a fait de lui l’un des chanteurs les plus influents de l’histoire du jazz. Durant plus de quarante ans, de tournées en tournées, Louis Armstrong s’est imposé comme le meilleur ambassadeur du jazz à travers le monde entier.

Originaire d’une famille pauvre de la Nouvelle-Orléans, enfant, il chante dans les rues dans un petit groupe vocal. C’est dans une maison de redressement qu’il apprend à jouer du cornet à pistons.

Il rencontre King Oliver qui lui donne quelques conseils, joue peu de temps dans l’orchestre du tromboniste Kid Ory sur un riverboat  où il remplace justement King Oliver. Il assiste fréquemment aux parades et écoute les vieux musiciens dès qu’il en a l’occasion.

Puis il suit l’exode général pour Chicago, où il est engagé comme second trompettiste par King Oliver. C’est dans ce contexte bouillonnant, qu’il enregistre ses premiers disques avant d’être engagé l’année suivante dans l’un des big bands -phares celui de Fletcher Henderson.

Il épouse la pianiste Lil Hardin et se fait l’accompagnateur attitré de quelques grandes chanteuses de blues comme Bessie Smith

Il joue dans l’orchestre d’Erskine Tate, avant de former le Hot Seven, gravant dans la cire, jusqu’en décembre 1928, quelques-uns des grands classiques du jazz qui entreront dans la légende.

Puis Armstrong repart pour New York en 1929, puis Los Angeles en 1930, et effectue une tournée à travers l’Europe. En 1935, il se rompt l’orbicularis oris, un muscle labial, et il est contraint de mettre sa carrière de trompettiste entre parenthèses pendant un an. Les lèvres meurtries, il ne retrouvera jamais sa virtuosité. Après avoir passé de nombreuses années sur la route, il s’installe de façon permanente à New York en 1943.

Pendant les trente années qui suivent, Louis Armstrong joue en moyenne plus de 300 concerts par an. Au cours des années 1940, les réservations pour les orchestres diminuent progressivement à cause des changements de goût du public : les salles de bal ferment, et la concurrence de la télévision et des autres genres de musique qui sont devenues plus populaires que la musique d’orchestre se font de plus en plus fortes. Il devient impossible de soutenir et de financer un orchestre de tournée de 16 musiciens.

Vers 1950, Louis Armstrong réduit son groupe à six membres, revenant donc au style Dixieland qui l’a rendu célèbre à ses débuts. À cette époque, il enregistre beaucoup et apparaît dans plus de trente films. En 1964 il enregistre son titre le plus célèbre et le plus vendu Hello, Dolly.

Louis Armstrong continue ses tournées à un rythme effréné et ne s’arrête que quelques années avant sa mort. Dans ses dernières années, il joue parfois l’un de ses nombreux concerts par cœur, mais d’autres fois, il électrise le concert le plus mondain de son jeu vigoureux, souvent à l’étonnement de son groupe. Il connaît également des tournées à succès en Afrique, en Europe et en Asie avec le soutien du Département d’État américain et est bientôt surnommé « Ambassador Satch ». En dépit d’une santé plus fragile durant les dernières années de sa vie, il continue à jouer jusqu’à sa mort.

Il a été très critiqué pour avoir, au goût de plusieurs, fait preuve de bassesse vis-à-vis du public raciste blanc, la faisant passer pour un Oncle Tom. Billie Holiday a cependant rétorqué à cela : « Bien sûr, Pops (Louis Armstrong) est un Tom, mais c’est un Tom qui a du cœur. »[].

Armstrong a en fait été l’un des principaux soutiens financiers de Martin Luther King Jr. et d’autres activistes pour les droits civiques, mais il préférait aider discrètement ce mouvement et ne pas mêler ses opinions politiques à son métier de musicien. Le peu d’exceptions qu’il fit furent d’autant plus efficaces lorsqu’il parlait ; la critique qu’il fit d’Eisenhower, Président des États-Unis d’Amérique, en le qualifiant de « double face » et de « mou » lors du conflit sur la discrimination au sein de l’école, en 1957. En signe de protestation, Armstrong annula une tournée organisée en Union soviétique au nom du Département d’État, en disant « Étant donné la façon dont ils traitent mon peuple dans le Sud, le gouvernement peut aller se faire voir ».

C’était en plus un homme extrêmement généreux dont on disait qu’il avait donné autant d’argent qu’il en avait gardé pour lui-même. Louis Armstrong adopta par exemple le fils de sa cousine disparue peu après sa naissance.

Au plan musical, outre le fait d’avoir été recherché par les plus grands, tout son appart nécessiterait plusieurs ouvrages épais pour pouvoir évoquer toutes les facettes de son génie.

Hello Dolly, Louis Armstrong

Et le plus grand jazzman de tous les temps est …

1°…

suite et fin la semaine prochaine !…

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