sagesse

Serais-je en train d’aborder les rives de la sapience, cette sagesse de qui possède le savoir à un degré élevé ainsi que quelques qualités de jugement, d’habileté et de raison ?

J’en ai eu la délicieuse impression tout récemment et j’en ai même frémi de plaisir, à l’occasion de ma rencontre avec un court poème écrit il y à peine 27 siècles, mais qui me parait coller particulièrement à ma brûlante actualité :

La sagesse de l’âge

’’A 15 ans, ma volonté était tendue vers l’étude. A 30 ans, je m’y perfectionnais.

A 40 ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes.

A 50 ans, je connaissais le décret céleste.

A 60 ans, je comprenais sans avoir à y réfléchir tout ce que mon oreille entendait.

A 70 ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais plus aucune règle.’’

Son auteur est un vieux sage, père de l’humanisme chinois, qui chercha à fonder une morale positive mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort.

Bien avant Socrate et Platon, il pratiqua une espèce de maïeutique ou ’’art d’accoucher les esprits’’, dans une version un peu sévère. Pour résumer son enseignement, il dit : ’’Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui.’’ ?

Il n’a cessé d’inspirer des tas de légendes et on lui attribue des milliers de citations, certaines véridiques, d’innombrables fantaisistes.

Vous l’aurez peut-être reconnu :

onfucius

K’ung Fu Tsu (occidentalisé en Confucius par les Jésuites) 551-479 A.C.

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Toujours dans ce continent-source qu’est l’Asie, en Inde, quelques années après, naissait Siddhārtha Gautama, prince oisif qui vécut une étrange aventure :

A 29 ans, au cours d’une promenade, il rencontra successivement un vieillard qui marchait avec peine, un pestiféré couvert de bubons purulents, une famille en larmes qui transportait le cadavre d’un des siens vers le bûcher, et enfin un moine mendiant qui, un bol à la main, quêtait sa nourriture sans cesser de garder les yeux baissés. Le prince comprit alors que si sa condition le mettait à l’abri du besoin, rien ne le protègerait jamais de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Il s’éveilla une nuit en sursaut et demanda à son serviteur de harnacher son cheval. Les deux hommes galopèrent jusqu’à un bois proche du palais. Siddhārtha abandonna à son serviteur manteau, bijoux et cheval et endossa la tenue d’un pauvre chasseur. Il lui demanda de saluer à sa place son père, sa mère adoptive et sa femme et de leur dire qu’il les quittait pour chercher la voie du salut.

Il entreprit alors une vie d’ascèse et se consacra à des pratiques méditatives austères. Six ans plus tard, il prit conscience que ces pratiques ne l’avaient pas mené à une plus grande compréhension des choses et mit fin à ses mortifications. Il préconisa la voie moyenne qui consiste à nier les excès, refusant autant l’austérité excessive que le laxisme. Il se concentra dès lors sur la méditation, et s’assit alors sous un ficus, en faisant vœu de ne pas bouger avant d’avoir atteint la Vérité.

Après bien des épreuves, Bouddha – nom signifiant L’Eveillé– accéda donc à l’éveil et ne cessa d’affirmer, sa vie durant, être parvenu à la compréhension totale de la nature, en insistant sur le fait qu’il n’était ni un dieu, ni le messager d’un dieu, et que l’illumination ne résulte pas d’une intervention surnaturelle, mais d’une attention particulière portée à la nature de l’esprit humain. Ainsi, elle était possible pour tous les êtres.

Bouddha

Bouddha 563-483 A.C.

La puissance de l’argent

’’Il peut acheter une maison, mais pas un foyer.

Il peut acheter un lit, mais pas le sommeil.

Il peut acheter une horloge, mais pas le temps.

Il peut acheter un livre mais pas la connaissance.

Il peut acheter une position, mais pas le respect.

Il peut payer le médecin, mais pas la santé.

Il peut acheter du sang, mais pas la vie.

Il peut acheter du sexe, mais pas de l’amour.’’

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Platon

Platon 427-347 A.C.

Le germe de la tyrannie

’’Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, Lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, Alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie.’’

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Ibn Arabi

Ibn Arabi 1165-1240

L’amour comme religion

’’Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines, Temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins, Tablettes de la Torah et livre du Coran. Je suis la religion de l’amour, partout où se dirigent ses montures, L’amour est ma religion et ma foi’’

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Tecumseh

Tecumseh, 1768-1813

Le bonheur simple:

’’Quand tu te lèves le matin, remercie pour la lumière du jour pour ta vie et ta force. Remercie pour la nourriture et le bonheur de vivre. Si tu ne vois pas de raison de remercier, la faute repose en toi-même.’’

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schopenhauer

Arthur Schopenhauer 1788-1860

Le Désir est insatiable

’’Le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir; le premier est une déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d’aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. C’est comme l’aumône qu’on jette à un mendiant : elle lui sauve aujourd’hui la vie pour prolonger sa misère jusqu’à demain.’’

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Crowfoot

Crowfoot 1830-1890

Qu’est-ce que la vie

’’Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe  et se perd au coucher du soleil’’

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ghandi

Mahatma Gandhi 1869-1948

Le droit de tuer

’’Nul être humain n’est trop mauvais pour être sauvé. Nul être humain n’est assez parfait pour avoir le droit de tuer celui qu’il considère à tort comme entièrement mauvais.’’

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Hehaka Sapa

Hehaka Sapa 1863-1950

Toute vie est sacrée

’’Toute vie est sacrée, notre vie à tous qui allons sur deux jambes, et que nous partageons avec ceux qui vont à quatre pattes, et avec ceux qui ont des ailes et qui vont dans les airs, et toutes les choses vertes. Car ils sont enfants d’une même mère, et leur père est un seul Esprit.’’

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Ahmadou Hampaté Bâ

 Amadou Hampaté Bâ 1900- 1991

La foi et la religion

’’Dans son Essence, la Foi est une, quelle que soit la religion qui l’exprime. La foi est l’essence de la religion, atmosphère peuplée de trois catégories d’hommes: la masse crédule, les prédicateurs aveuglés par des luttes de clocher, enfin des initiés qui ont trouvé Dieu et l’adorent en vérité et en silence.’’

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Charif Barzouk

Charif Barzouk – 1ère moitié du XXème siècle

La vie est un rire

’’La vie n’est qu’un immense rire de sagesse. Il ressemble parfois aux cris, parfois aux pleurs, parfois aux larmes ou à la douleur, mais ne t’y trompe pas, toi qui es sage, la vie n’est qu’un long rire, le reste n’est qu’apparence et tromperie.’’

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Frithjof Schuon

Frithjof Schuon, 1907-1991 https://fr.wikipedia.org/wiki/Frithjof_Schuon

Autre de mes rencontres importantes de ces derniers temps, celle avec cet étrange personnage qui avec une honnêteté et une application toutes germaniques a ’’cherché’’ et ’’trouvé’’ la vérité dans les grandes sagesses qu’il a approchées ou étudiées.

  • Il commence par la lecture et l’étude des philosophes classiques grecs,
  • Parallèlement, il lit et médite la Bhagavad-Gita et s’intéresse à tout ce qui a trait à l’Orient indien,
  • C’est l’époque où il découvre l’œuvre de René Guénon dont le livre Orient et Occident vient de paraître. Schuon trouve là tout ce qu’il pressent,
  • Son intérêt pour l’Islam va grandissant. Il apprend l’arabe et s’exerce même à le calligraphier,
  • A 25 ans, il perd son emploi et envisage de partir pour l’Orient. À l’instar de Plotin qui souhaitait « fuir seul vers le Seul » il ne songe plus qu’à fuir le monde moderne.
  • Il fait la connaissance de plusieurs membres de la puissante confrérie alaouite puis se rend en Algérie à Mostaghanem où réside le vieux et vénéré Sheikh El-Alawî.
  • Schuon, y reçoit le nom traditionnel d’Aïssâ Nur ed-Din.
  • Retour à Paris et rencontre de Louis Massignon et Émile Dermenghem, tous deux orientalistes. Il parfait sa connaissance de l’Islam.
  • En mars 1935, Schuon retourne à Mostaghanem où le successeur du Sheikh décédé, le nomme représentant de l’ordre en Europe.
  • Rapidement il s’aperçoit pourtant qu’il n’est pas heureux, mais après quelques manifestations de mal être, il se lance dans la partie la plus créative et belle de sa vie : la caractérisation de ce qu’il appelle la Religio perennis, « religion invisible » ou « sous-jacente », noyau quintessentiel de toutes les religions au-delà des voiles exotériques et ethniques.
  • Il se rend aux Etats Unis pour étudier la sagesse amérindienne.
  • De là, son œuvre métaphysique prend incontestablement une nouvelle dimension…

J’ai inscrit l’étude approfondie de ce chercheur de vérité au programme de mes cogitations ’’sérieuses’’. Mais pour l’heure et dans le présent cadre, je ne veux que lui rendre hommage bien simplement, pour deux phrases que je trouve d’une grande vérité :

L’intelligence et la foi

’’L’intelligence n’est belle que quand elle ne détruit pas la foi, et la foi n’est belle que quand elle ne s’oppose pas à l’intelligence.’’

Implacable vérité sur l’Orient et l’Occident

’’La faute de l’Orient déchu, c’est qu’il ne pense plus ; celle de l’Occident déchu, c’est qu’il pense trop et mal. L’Orient dort sur des vérités, l’Occident vit sur des erreurs.’’

Et c’est par une nouvelle citation, primordiale, que je vais conclure cette lecture. Il s’agit d’une parole, peut-être la plus connue, de Saint Paul :

’’La lettre tue, mais l’esprit vivifie.’’ Le Nouveau Testament Corinthiens, III, 6.

Qu’est-ce à dire ?

…’’ Toute Ecriture inspirée possède une lettre et un esprit. La vérité est dans la façon de la lire. Elle se transmet au moyen d’une lettre qui diffère de celle des autres et on ne peut les unifier que par le même esprit vivifiant qui les illumine toutes. Aucun prophète n’a jamais contredit un autre prophète. Lorsqu’on lit le même objet dans tous les livres inspirés, on lit dans le Livre naturel. « C’est le livre qui se trouve dans l’homme » et qui se découvre selon la manière de lire les livres inspirés.’’

http://www.beyaeditions.com/lettre%20et%20esprit.pdf

mo’

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