de grands vers d'eau

L’EAU, masse indifférenciée, contient une INFINITE DE POSSIBLES et de leurs contraires. Elle est tout à la fois :

  • La vie et la mort
  • L’apparition et la disparition
  • La dégénérescence et la régénérescence.

Etant également le symbole des énergies inconscientes et des puissances informelles de l’âme, elle est souvent présente dans les manifestations inconscientes de cette âme.

Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, BOUQUINS, Robert Laffont/Jupiter

planète sans eau

Dans toutes les religions du monde, l’eau occupe une place importante. Pour ce qui concerne les religions abrahamiques, et par ordre chronologique :

Moïse

Le rite et les symboles liés à l’eau et la purification sont nombreux dans la Religion Juive.

L’eau intervient souvent dans le déroulement d’un culte comme vecteur de pureté et de spiritualité. Rappelons en effet que Moïse a dû laver son corps et ses vêtements pour recevoir la Loi divine. L’eau et l’action de se laver instaure donc une limite entre le matériel et l’immatériel, entre l’homme et le divin. On retrouve le symbole de l’eau, lien visible entre le ciel et la terre.

le baptême de Jésus

L’ensemble des textes du Nouveau Testament reprend et prolonge les écrits de l’Ancien Testament et en particulier les différents symboles.

  • L’eau devient conductrice de divinité et de vie éternelle.
  • L’atteinte de la perfection divine ressemble à un arrosage et une irrigation de l’âme.
  • Jésus guérit un paralytique en “ le jetant dans les eaux bouillonnantes ”.
  • Ensuite il marche sur l’eau.

Sourate Nahl

http://archives-fig-st-die.cndp.fr/actes/actes_2002/jaskulke/article.htm

De par son omniprésence dans le vivant, elle est sœur de la parole, de la poésie et donc … du rêve…

illustration eau

 »Le rêve a besoin de l’eau

C’est près de l’eau que j’ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l’intermédiaire d’un rêveur. Si je veux étudier la vie des images de l’eau, il me faut donc rendre leur rôle dominant à la rivière et aux sources de mon pays.

Je suis né dans un pays de ruisseaux et de rivières, dans un coin de la Champagne vallonnée, dans le Vallage, ainsi nommé à cause du grand nombre de ses vallons. La plus belle des demeures serait pour /moi au creux d’un vallon, au bord d’une eau vive, dans l’ombre courte des saules et des osières.

Gaston Bachelard »

grotte de la poésie

 »LE LAC

Au printemps de mon âge ce fut mon destin de hanter de tout le vaste monde un lieu, que je ne pouvais moins aimer, — si aimable était l’isolement d’un vaste lac, par un roc noir borné, et les hauts pins qui le dominaient alentour.

Mais quand la Nuit avait jeté sa draperie sur le lieu comme sur tous, et que le vent mystique allait murmurant sa musique, — alors — oh ! alors je m’éveillais toujours à la terreur du lac isolé.

Cette terreur n’était effroi, mais tremblant délice, un sentiment que, non ! mine de joyaux ne pourrait m’enseigner ou me porter à définir — ni l’Amour, quoique l’Amour fût le tien !

La mort était sous ce flot empoisonné, et dans son gouffre une tombe bien faite pour celui qui pouvait puiser là un soulas à son imagination isolée — dont l’âme solitaire pouvait faire un Éden de ce lac obscur.

Edgar Allan Poe »

Chutes de Kuang Si

 »Le Lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
 tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos,
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent ;
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l’aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
 l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi ! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface
Ne nous les rendra plus ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit et l’on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! » 

Alphonse de Lamartine »

Parc National de l'Isalo

 »Au bord de l’eau verte

Au bord de l’eau verte, les sauterelles
sautent ou se traînent,
ou bien sur les fleurs des carottes frêles
grimpent avec peine.

Dans l’eau tiède filent les poissons blancs
auprès d’arbres noirs
dont l’ombre sur l’eau tremble doucement
au soleil du soir.

Deux pies qui crient s’envolent loin, très loin,
loin de la prairie,
et vont se poser sur des tas de foin
pleins d’herbes fleuries.

Trois paysans assis lisent un journal
en gardant les bœufs
près de râteaux aux manches luisants que
touchaient leurs doigts calleux.

Les moucherons minces volent sur l’eau,
sans changer de place.
En se croisant ils passent, puis repassent,
vont de bas en haut.

Je tape les herbes avec une gaule
en réfléchissant
et le duvet des pissenlits s’envole
en suivant le vent.

Saint-John Perse »

To Sua Ocean Trench

 »Le Lac d’Annecy

Le lac tendu entre les arbres
Est comme une chemise bleue
Qu’on a pendue au fil de marbre

Que les monts attachent aux cieux.

Cela n’empêche pas les voiles

De se croire sur un vrai lac,
Ni le ciel de tourner les pages

De son livre rempli d’images.

Il est midi. Le monde dîne.

Des roseaux qu’on dirait tranquilles
Jaillissent, fusées de malice,

Les poules d’eau institutrices.

Elles ont appris, le matin,

Aux poissons qui viennent en classe
Une kyrielle de moyens

Pour tromper les pêcheurs sagaces

Et viennent se mêler aux cygnes

Qui, protégés par leur blancheur,
Parmi les barques tachées d’huile
Se promènent en grands seigneurs.

Maurice Carême »

Cénote Xkeken

 »Casida de la fille dorée

La fille dorée
Se baignait dans l’eau
Et l’eau se dorait.

Les algues et les branches
dans l’ombre l’ombrageaient
et pour la fille blanche
le rossignol chantait.

Vint la claire nuit
au mauvais argent
montagnes pelées
sous la brise noire.

La fille mouillée
blanche était dans l’eau
et l’eau, une flamme.

Et vint l’aube sans tache
Mille mufles de vaches
Inerte en son linceul
de guirlandes glacées.

La fille toute en larmes
se baignait dans les flammes
Le rossignol pleurait,
ses deux ailes brûlées.

La fille dorée
était une aigrette
et l’eau la dorait.

Federico Garcia Lorca »

Chutes de Deer Creek

 »Petite cascade

Nymphe, se revêtant toujours

de ce qui la dénude,

que ton corps s’exalte

pour l’onde ronde et rude.

 

Sans repos tu changes d’habit,

même de chevelure ;

derrière tant de fuite,

ta vie reste présence pure.

 

Rainer Maria Rilke Les quatrains valaisans »

 »L’eau vive

Ma petite est comme l’eau
Elle est comme l’eau vive
Elle court comme un ruisseau
Que les enfants poursuivent
Courez, courez 
Vite si vous le pouvez
Jamais, jamais 
Vous ne la rattraperez

Lorsque chantent les pipeaux
Lorsque danse l’eau vive
Elle mène les troupeaux
Au pays des olives
Venez, venez
Mes chevreaux, mes agnelets
Dans le laurier
Le thym et le serpolet

Un jour que sous les roseaux
Sommeillait mon eau vive
Vinrent les gars du hameau 
Pour l’emmener captive
Fermez, fermez 
Votre cage à double clé
Entre vos doigts
L’eau vive s’envolera

Comme les petits bateaux
Emportés par l’eau vive
Dans ses yeux les jouvenceaux 
Voguent à la dérive
Voguez, voguez 
Demain vous accosterez
L’eau vive n’est 
Pas encore à marier

Pourtant un matin nouveau 
À l’aube, mon eau vive
Viendra battre son trousseau
Aux cailloux de la rive
Pleurez, pleurez
Si je demeure esseulé
Le ruisselet
Au large, s’en est allé

Guy Béart »

L’un des plus grands poètes coréens, Sun Yun Do, qui vécut aux XVIème et XVIIème siècles, a prononcé une phrase-choc :

 »L’eau seule est éternelle »

 mo’

Publicités