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serveuse

La serveuse

Confortablement installé dans un des fauteuils-club d’une immense brasserie parisienne, je bois un thé –japonais, vert et sans sucre, comme d’hab. – tout en contemplant le spectacle qui m’entoure … La brasserie emploie de jolies demoiselles qui doivent sourire en permanence et virevolter d’une commande à une autre, d’une table aux cuisines, d’un client au comptoir … Je m’intéresse particulièrement à l’une d’elle. Elle ne cesse de sourire mais je ne vois que trop qu’elle est exténuée. De ma place, je l’aperçois passer par la porte de service, poser son plateau sur le comptoir de desserte, s’asseoir sur un tabouret, enlever très vite ses ballerines et se masser l’une des chevilles en essuyant des larmes. Puis, moins de 3 secondes après, elle est à nouveau dans la salle, souriant et courant pour répondre aux appels qui fusent de partout. Quelle menace l’oblige à travailler alors qu’elle est dans cet état ?

conductrice

La conductrice

Je n’aime pas trop le métro parisien à certaines heures et comme je ne suis pas contraint par un horaire, je lui préfère l’autobus, qui roule en plein air, participant à la vie de la cité et assurément moins anxiogène. Celui que j’emprunte ce jour-là est conduit par une jeune femme ’’d’importation’’, selon la couleur de sa peau. Quelle dextérité ! Le seul signe d’humanité dans son comportement est fourni par un portable allumé et posé sur son tableau de bord… J’occupe la première place à droite et l’observe : à chaque feu-rouge, elle jette un œil sur le téléphone… Je vais jusqu’au terminal de la place … Là, je la vois stopper l’engin et se saisir du téléphone et demander avec angoisse comment ’’elle va’’ Je traine un peu, le temps de comprendre qu’il s’agit de sa petite fille, malade… Qu’est-ce donc qui fait qu’elle ne puisse rester près de son enfant gravement malade ?

soldate

La soldate

Lorsque je quitte la capitale des Gaules, je subis le spectacle de l’aéroport d’Orly sous tension, avec mes compatriotes aux innombrables valises, paquets et autres baluchons, obligés de les ouvrir sous les yeux de policiers au regard soupçonneux et les CRS aux étranges armes d’un calibre impressionnant. Parmi eux, une gentille jeune-fille toute blonde, elle aussi galochée lourdement et portant un fusil mitrailleur faisant largement sa taille. Elle se veut méchante et terrifiante et ne parvient qu’à être marrante. Largement en avance sur l’horaire de mon vol, je l’observe un long moment et me pose mille questions sur la façon dont elle devait vivre sa féminité, ainsi fagotée et affublée car de l’hommasse terrifiante, à même de démolir un mec d’un  »pain » bien ajusté, elle n’avait vraiment rien. Et ces vêtements bleu-foncé dans lesquels elle flottait … Qu’est-ce qui a pu pousser cette délicate jeune-fille à embrasser une carrière d’armes de mort ?

Il suffit pour cette journée… Je me promets d’approfondir la question, une fois à la maison et de partager ce que j’aurai découvert.

Alors voici :

émé et Maman

Ma mère et a fortiori ma grand-mère se seraient, sans doute possible, senties insultées, étranglées d’indignation si quelqu’un s’était amusé à leur suggérer de sortir de chez elle pour se libérer en allant travailler. Elles auraient demandé au ’’conseilleur’’ s’il estimait qu’elles ne travaillaient pas assez à la maison, chacune ayant donné le jour à une belle couvée.

A l’époque, seules les femmes très pauvres travaillaient hors de chez elles, encore que toujours dans le cadre d’une maison, qui pouvaient certes être ouverte mais également close.

Mémé et Maman se sentaient-elles exploitées ? Se sentaient-elles diminuées ? Réduites à des rôles ancillaires ou subalternes ? Elles auraient bien ri de pareilles âneries et je les imagine très bien prier instamment de réfléchir un peu ceux qui auraient été assez idiots pour ne pas voir qu’elles étaient ultra-privilégiées de pouvoir assumer leurs rôles naturelles dans les meilleures conditions possibles.

Les terribles guerres qui ont meurtri le siècle dernier ont décimé en Europe la population masculine et la jeunesse : Plus de 18 millions de morts pour la Première, et plus de 60 millions pour la Seconde. Les pays belligérants étaient sortis exsangues de ces conflits et ils durent se reconstruire, en faisant appel à toutes leurs énergies, matérielles et humaines, tant masculines que féminines.

Les femmes se sont donc mises à travailler comme les hommes et, devenues producteurs économiques directs, elles eurent droit à un ’’pack- démocratie’’ en guise de prime d’embauche :

  • Droit à un congé maternité (1909)
  • Accès à la même éducation (1924)
  • Droit de vote (1944)
  • Droit de travailler (1965)
  • Droit à la contraception (1967)
  • Egalité de salaire pour un travail égal (1972)
  • Egalité au niveau de l’autorité parentale (1987)

Et, pour couronner cette ’’montagne’’ de privilèges :

  • Reconnaissance du viol entre époux. (1990)

Il faut préciser à la décharge des législateurs-humoristes formulateurs de ce concept que cette dernière ’’protection’’ n’est pas réservée qu’aux femmes.

Vous voilà prévenus, Messieurs, si vous voulez jouer à Casanova avec votre bobonne, sachez qu’il est préférable de lui écrire auparavant une lettre recommandée avec accusé de réception sous peine de vous retrouver à chasser les punaises de votre pucier, dans une geôle à confort réduit …

Oh, rigolez-pas, Mesdames, vous concernant, si ’’la nature appelle’’ comme on disait autrefois chez les gens bien élevés et que vous désiriez voir vos petits petons en bouquets de violettes, et que pour cela, vous sautiez telle une tigresse fantasmatique sur votre loir de concubin, vous risquez également la taule, purement et simplement, avec initiation gratuite à l’art saphique !…

Ceci étant dit, en notre beau pays laboratoire, la France, plus de 80% des femmes entre 25 et 55 ans travailleraient, mais les mentalités et les désirs changeraient considérablement :

  • La ’’Superwoman’’ des années 80 qui voulait tout concilier, carrière-famille-beauté-féminité-amour, ne fait plus rêver du tout et de plus en plus de femmes vont jusqu’à envisager sérieusement d’arrêter leur travail pour s’occuper de leur famille. Est-ce facile à faire ? A assumer au quotidien ? A tenir à long terme ? Peut-être pas, mais toujours est-il que celles qui le font ne le regrettent quasiment jamais. Ce sont là des données, pas des supputations !

Avec leur humour involontaire, mais crétin et inhumain, les statisticiens appelaient ma Mémé et ma Maman des FAF, autrement dit des Femmes au Foyer, et les classaient parmi les ’’Inactifs’’. Sur les déclarations d’état civil elles apparaissaient dans la rubrique ’’sans profession’’ et c’est tout juste si l’icône pour désigner leur catégorie dans les marges des grands registres noirs d’autrefois, n’était pas un bonnet d’âne. Ma Mémé et ma Maman à moi ! Mais, non, vous vous rendez compte ?

Ces pauvres dames travaillaient sans espoir de quelque congé que ce fut, ni hebdomadaire, ni mensuel, ni annuel ni rien, environ 16 heures par jour, mais on les disait ’’inactives’’…

Ces dames auxquelles nous devons de pures merveilles, ce que sont mes tatas, mes tontons, mes sœurettes, mes frangins et moi-même ! Les traiter d’inactives est le comble de l’ingratitude et de l’impiété car le Seigneur nous ordonne de les honorer en priorité.

Que n’ont-elles connu Anne Bersot, québécoise et membre d’une équipe pastorale aux côtés de son mari, lui-même pasteur ! Elle écrit des chroniques remarquées et suivies dans des périodiques de renom. Dans l’une de ces chroniques intitulée : ‘’La Mère au foyer : choisir de rester à la maison’’, parue dans Top Féminin, elle raconte avec humour :

‘’Alors que j’assistais à une conférence … il y a quelques années, une femme brillante, ex-haut fonctionnaire, bardée de diplômes, et qui n’avait plus rien à prouver à personne sur ses capacités, a partagé avec nous son expérience personnelle de maman au foyer. Sa conclusion m’a beaucoup marquée : elle a interpellé toutes les femmes qui se trouvaient là et a dit ceci « Vous voulez changer les choses dans votre pays ? Alors retournez dans vos foyers et prenez en soin, c’est comme ça que la société changera vraiment et que les lèpres qui la rongent seront guéries ». Je vous laisse méditer là-dessus…’’

Anne Bersot achève sa chronique par ce conseil aux FAF :

’’Maintenant quand on vous demandera votre profession, ne répondez pas « je reste à la maison« , ou « sans profession« , répondez plutôt en relevant fièrement le menton: « je suis investisseur en capital humain »…’’

Voilà les choses rétablies. C’est vrai et il me plait bien moi que l’on reconnaisse enfin que ma Mémé et ma Maman ont en fait été de brillantissimes ’’investisseurs en capital humain’’ !

Elle détaille, dans la même chronique, son point de vue :

’’Faire garder un enfant à l’extérieur nécessite toute une armada de professionnelles reconnues, puéricultrices, aides puéricultrices, nutritionnistes, psychologues, éducatrices, mais si une femme fait ce même travail à la maison, pour ses propres enfants, son travail est rarement reconnu et toujours sous-évalué. Désolée de le dire aux sceptiques, mais un enfant, ça ne « pousse » pas tout seul, et c’est toute une profession, tout un défi, d’être maman à la maison. Tous les professionnels de l’enfance, pédopsychiatres en tête, s’accordent à dire que rien ne remplace le contact mère-enfant, surtout dans les premières années de sa vie. C’est dans ce cœur-à-cœur idéal avec sa mère que le bébé va développer son plein potentiel au niveau émotionnel, psychomoteur et intellectuel. Aucune garderie, même la plus moderne, aucune gardienne, même la plus zélée et compétente, ne peut remplacer la présence de la maman.’’

L’un des principaux arguments avancés par les défenseurs du travail féminin est le besoin d’indépendance financière. Le problème est mal appréhendé. Dans une communauté se prétendant libre, égalitaire et fraternelle, pourquoi une FAF – Dieu que ce sigle est laid- ne percevrait-elle pas un salaire public ?

Voyons voir ce à quoi elle est en droit de prétendre, compte tenu de son travail. Que l’on supprime toutes les humiliantes allocations dites familiales, entachées de la peu glorieuse acception de parasitage et que l’on rétribue les FAF pour le travail qu’elles fournissent réellement à la Nation ! Comptons voir :

  • Le ménage : 3 heures par jour au SMIG : 9,67 € x 3 x 30 j= 870 €
  • La garde des enfants : 24 heures au SMIG : 9,67 € x 24 x 30 j = 6 962 €
  • La cuisine : 2 heures au tarif syndical minimal : 10,63 x 2 x 30 j = 637 €
  • La gestion générale de la maison : 1 heure au tarif syndical minimal : 9,67 x 1 x 30 j = 290 €
  • L’encadrement pédagogique : 1 heure au tarif de l’éducation nationale : 9,9 € x 1 x 20 j = 198 €

TOTAL MENSUEL = 8 957 €uros

Tel devrait être le salaire minimal d’une maman FAF en France, et ce, sans compétences particulières !

No comment, is’nt it ?

Oui, vraiment sale affaire que cette histoire d’égalité des sexes ! Quelle fumisterie ! Quel marché de dupes ! Quel aveu de mépris de la femme que d’indexer le progrès de son développement à sa mesure par rapport à l’homme !… sous-entendant qu’il ne peut y avoir d’autre étalon que lui, qu’elle ne peut avoir d’existence que par rapport à lui !

Anne Brassié et Stéphanie Bignon, deux femmes de lettres, d’action et journalistes ont écrit un petit livre plein d’humour et de bon sens, sous le titre de : « Cessez de nous libérer ! ».

Berdiaef

Claire de Gatellier, elle, militante associative, s’appuyant sur une réflexion du philosophe russe, existentialiste chrétien, Nicolas Berdiaef qui déclare que ’’L’importance croissante de la femme pour l’époque historique à venir n’a rien de commun avec le mouvement actuel d’émancipation de la femme qui veut rendre la femme égale à l’homme, et la conduire sur des voies masculines’’ et que ’’ce qu’il faut dans le monde ce n’est pas la femme libérée mais l’éternel féminin’’,  exhorte les dirigeants à … un peu moins de dirigisme. Elle clame : ’’Laissez-nous être des mères, des femmes. Rendez-nous nos maris, nos pères … et mêlez-vous de ce qui vous regarde !’’

Puis-je rappeler un exemple banal peut-être mais grandement significatif ?

Elle était jeune et diplômée et après un service civil passé dans des conditions plus qu’honorables, elle fut recrutée par une grande compagnie d’assurance–retraite. Elle en était très fière et pouvait l’être puisque toute jeune, elle allait percevoir un salaire enviable et beurrer généreusement les épinards du foyer. Son époux exerçait une profession libérale et à la vérité, la régularité de ses revenus était loin d’être établie et les périodes de relative aisance alternaient avec d’autres, de bovins carrément faméliques …

Le premier enfant arriva, très fortement voulu, souhaité et aimé. Le couple engagea une nounou d’enfer lorsqu’elle reprit le travail après son congé de maternité. Alors que le bébé avait quelques deux mois, sa maman arriva à la pause-déjeuner, se déchaussa rapidement et l’allaita, le câlina, joua un peu avec lui, avant de remettre ses chaussures et de se sauver en courant pour rejoindre son travail. Alors qu’elle s’apprêtait à sortir, le papa l’arrêta et la pria de s’asseoir et de l’écouter. Elle protesta et rappela qu’elle était déjà en retard. Il lui répondit que cela n’avait aucune importance et qu’il fallait qu’elle l’écoutât… Puis il parla :

  • Dis-moi, c’est pour ça qu’on a eu cet enfant ? Pour le confier à une tierce personne, la charger de ses soins, de ses câlins et bientôt de son éducation ?
  • Euh … non … mais, comment puis-je faire autrement ?
  • J’ai une idée fabuleuse et si tu la partages, tu pourrais l’appliquer !
  • Je veux bien, je suis toute ouïe !
  • Laisse tomber ce travail qui consiste à gérer de la paperasse strictement inutile et ce, au détriment de l’intérêt de ton fils. Moi je suis prêt à travailler plus, à me serrer la ceinture pour que cela ne nous affecte et ne l’affecte en rien…
  • … … … en vérité la tentation est grande mais … quand ?…
  • Là ! Tout de suite, sans t’attarder en réflexions inutiles, tu y vas, tu poses ta démission et avant la fin de l’après-midi tu auras ton fils dans les bras…
  • … Attention, je vais le faire !… menaça-t-elle.
  • Je t’y encourage et te soutiens sans réserve, d’autant que c’est mon idée… Go, Un pour tous et tous pour un !
  • … … … Ok ! je le fais … … … à toute !

Moins d’une heure après, elle était de retour à la maison, avec un immense sourire, les traits détendus et une palpable envie de rire et de chanter. Elle prit le bébé dans les bras et le couvrit de baisers en lui demandant pardon d’avoir failli l’abandonner …

Vingt années après, un jour, en considérant le splendide jeune homme qu’était devenu le bébé, elle lui dit :

  • Dire que j’en ai terriblement voulu à ton papa lorsqu’il m’a ’’obligé’’ à démissionner d’un poste ou je touchais tant et tant à l’époque… Dieu que j’étais peu raisonnable !…

Ladite maman a accompli pleinement son devoir, quelquefois sous le regard moqueur de crétins et surtout de crétines probablement jalouses de son détachement du matériel, puis, la scolarité secondaire des enfants achevée, elle s’est lancé avec passion dans une activité d’enseignement artistique qui lui a formidablement réussi et très largement compensé les fameux 3 sous de la compagnie d’assurance-retraite. Et le papa de la taquiner en lui suggérant de retourner à son job miteux pour continuer de caresser le doux espoir de finir sa carrière en tant que, comme dit Jacques Brel dans ’’A jeun’’, Chef du Contentieux chez M’sieur Dupneu

Est-il vraiment besoin de vous révéler l’identité de ce papa ?[

mo’

Bibliographie :

 

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