grignotines

 

Je n’ai découvert qu’avec mes héritiers les délices de ces mélanges de  »sucre, sirop de glucose, saccharose, extrait de beurre de cacao, lait entier en poudre, matière grasse végétale, lactose, petit lait en poudre déminéralisé, extrait de malt d’orge, sel, émulsifiant, stabilisateur, exhausteur, E N°, E N°+1 , protéine hydrolysée, arômes et  traces de cacahuètes, noisettes et amandes »

barres choco

Non, moi, dans ma jeunesse, je n’ai pas eu de barres chocolatées et le chocolat que j’ai connu, était, figurez-vous, du vrai chocolat, pur, à peine sucré, rarement au lait et présenté en tablettes très fines. La portion individuelle ne dépassait qu’exceptionnellement 4 petits carreaux que j’émiettais et dispersais dans un énorme morceau de pain pour … ’’en avoir plein’’…

carrés choco

J’ai essayé à plusieurs reprises de me constituer, en association avec ma grande sœur, une réserve de friandises que nous gardions jalousement dans ma table de nuit, plus grande que la sienne… Une espèce de tendance à l’épargne et à la spéculation… Hélas, étant naturelles, en peu de temps, elles sentaient le bois et le renfermé et le chocolat portait des marbrures blanches qui trahissaient la présence de moisissure. Mais il me suffisait de le frotter contre mon chandail pour qu’il redevînt tout noir et luisant. Alors pas grave, hein ?

Le chocolat était rare et devait se mériter : une bonne note, un acte héroïque, un geste noble ou autre action exceptionnelle… Sinon, en guise de grignotines, nous avions de tous autres produits dont je vais vous présenter une liste non exhaustive qui va vous faire pâlir de jalousie, j’en suis sûr :

Pour prévenir les ’’petits creux’’ lors de nos très longues parties de jeux de plein air, nous nous remplissions les poches de divers produits naturels crus, en principe interdits par la maman car susceptibles de provoquer un mal au ventre, ou alors cuits sommairement, soit à la maison, soit chez des marchands de bonbons ambulants et délicatement présentés dans des cônes de papier journal, la fée plastique n’ayant alors pas encore conquis la terre pour devenir la principale culture des champs péri-urbains.

fève

Je citerai en premier les fèves, grillées et salées entières, et qu’il fallait casser avant d’en déguster l’amandon au vague goût de noisette … du pauvre. Cela éprouvait rudement ma dentition et il arriva que je me retrouvasse à croquer une dent et sa racine sanguinolente avant de m’apercevoir que la quenotte avait cédé à la dureté de la légumineuse !

Certains enfants -pas très virils, eux- consommaient leurs fèves à l’égyptienne : bouillies et ramollies, chaudes ou froides, et parfumées de cumin.

Enfin, chez les amis Juifs, on les écossait, et, je ne sais par quel procédé, les attendrissait, les grillait et les salait. Un pur délice.

http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=feve_marais_gourgane_nu

pois chiche

Les pois-chiches étaient traités de la même manière, mais là, la palme du goût revient aux pois-chiches grillés sur une poêle sèche idéalement en fonte épaisse, dans un mélange de sable fin et de sel fin… Le sable cuit le produit et l’empêche de brûler et le sel aide à extraire l’eau et à le rendre croquant et friable.

Ces deux premiers produits sont des légumineuses et si l’on n’y prête attention, on peut en manger de grandes quantités qui, mal ou peu mastiquées provoquent une fermentation gastrique et la production de vents très peu conviviaux …

https://www.google.com/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=pois+chiches

tournesol

Viennent ensuite les graines de tournesol dont le goût est certes subtil, doux et agréable mais qui ont le grave défaut de présenter un rapport effort-plaisir assez modeste : il faut en éplucher et consommer une bonne poignée avant d’avoir l’impression de manger quelque chose… Malgré ses immenses vertus elles étaient donc réservées au grignotage d’après les repas…

http://sante.journaldesfemmes.com/calories/graine-de-tournesol/aliment-15011

courge

Les graines de courge sont tout de même plus ’’rentables’’ car plus grosses et donc plus aisées à décortiquer. Mais leur goût est moins subtil, même s’il est loin d’être désagréable. C’est la graine-reine des salles de cinéma et après chaque séance, le sol était jonché des petites coques des graines consommées. Le fond sonore de toutes les salles de cinéma de ma jeunesse était alors le crépitement besogneux et entomologique de ce que l’on appelait alors ’’les pépites’’…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Graine_de_courge

gland de chêne-liège

En automne, notre sac à grignotines s’enrichissait d’un produit de saison : les glands de chêne-liège, provenant notamment de la forêt de la Mamora et vendus partout dans le pays pendant cette période…

Bon, ce n’est pas du nanan, non, c’est croquant effectivement, mais le goût n’est qu’exceptionnellement sucré et bien plus généralement fadasse et légèrement amer.

Dieu la honte que j’eus lorsqu’Hubert, le camarade fils de hauts cadres de l’Administration d’alors et qui vouvoyait ses parents, parlait pointu et en était déjà aux produits industriels emballés pour ses grignotines, m’apprit qu’en France, les glands servaient de ’’nourriture aux cochons’’. Je ne voulus le croire qu’après avoir vérifié l’information auprès de mon père, lequel me confirma, hélas, que oui, le fruit du chêne-liège était bien destiné aux porcs en certaines contrées comme la France et d’autres pays du pourtour méditerranéen. Le fait qu’en Espagne le gland serve de nourriture aux animaux exceptionnels qui donnent les jambons Serrano et Jabugo n’eut aucune influence sur ma décision : Ne tenant pas trop à être assimilé par qui que ce fut à un cochon, quel qu’il fut, je décidai de surseoir à toute consommation de cette provende.

http://www.lanutrition.fr/les-news/le-gland-fruit-du-chene-bientot-de-retour-dans-nos-assiettes.html

noix

Nous consommions aussi des noix, mais comme à l’époque elles étaient bien plus rares et bien plus chères qu’aujourd’hui, leur consommation était réduite et réservée aux occasions festives familiales. Nous en avions 4 ou 5 guère plus. Nous les dégustions de façon plus parcimonieuse et les accompagnions généralement de dattes syriennes, grosses, sombres et charnues, que les pèlerins de La Mecque rapportaient avec eux…

https://www.google.com/search?q=valeur+nutritionnelle+de+la+noix&espv=2&biw=1244&bih=707&source=lnms&sa=X&ved=0ahUKEwjv5aSgoIbLAhUFMhoKHTj4AJAQ_AUIBSgA&dpr=1

datte

Nos dattes préférées étaient cependant les dattes marocaines sèches et astringentes , les BLAH, qui ne sont pas, comme beaucoup le croient une espèce définie, mais simplement un stade de maturation. C’est l’occasion d’apprendre ce qui suit sur l’évolution physiologique de la datte :

Cette évolution se divise en cinq grands stades :

  1. Stade ’’Loulou’’ : c’est le stade de la « nouaison » qui vient juste après la pollinisation. Les dattes ont une croissance lente, une couleur vert-jaunâtre et une forme sphérique. Il dure 4 à 5 semaines après fécondation.
  2. Stade ’’Blah’’ : ce stade dure sept semaines environ, il se caractérise par une croissance rapide en poids et en volume. Les fruits ont une couleur vert-vif et un goût âpre dû aux tanins.
  3. Stade ’’Bser’’ : les sucres totaux atteignant un maximum en fin du stade. La couleur vire au jaune, au rouge et au brun, suivant les clones. La datte atteint son poids maximum, au début de ce stade qui dure en moyenne quatre semaines.
  4. Stade ’’Martouba’’: c’est le stade de la datte mure. Le poids et la teneur en eau vont diminuer à la fin. La durée de ce stade où le fruit prend une couleur brune est de 2 à 4 semaines.
  5. Stade ’’Tmar’’: c’est la phase ultime de la maturation au cours de laquelle, l’amidon de la pulpe se transforme complètement en sucres.

http://www.lesfruitsetlegumesfrais.com/fruits-legumes/fruits-exotiques-et-tropicaux/datte/nutritions-et-bienfaits

Amande

L’amande était alors, non pas rare, mais bien moins disponible qu’actuellement et donc, comme pour la noix, le prix en était comparativement plus élevé qu’aujourd’hui. Prix justifié, soit dit en passant si on compare le goût exquis et puissant des petits cabochons d’alors, à l’odeur de vergers et de fleurs, aux amandes de nos jours, parfaitement calibrées et égales, mais d’une fadeur épouvantable…

Nous en consommions quelques-unes, là encore obtenues à une occasion ou une autre et je me revois, les jours ou maman préparait des gâteaux à la pâte d’amande, jouant à la pie voleuse et dérobant à chacun de mes passages à proximité un morceau de cette pâte, sous les imprécations et menaces…

L’idéal était de les consommer grillées et légèrement salées, mais bien évidemment je les appréciais sous toutes les formes.

http://www.lesfruitsetlegumesfrais.com/fruits-legumes/fruits-a-coque/amande/nutritions-et-bienfaits#content

cacahouète

Je ne me rappelle pas avoir jamais vu dans les commerces d’alors une cacahouète hors de sa coque. Ce fruit était vendu en coque et il était grillé avec, ce qui lui conférait un parfum un peu étrange et bien agréable. Mais je n’en ai jamais été fan, quant à moi. Le goût en est trop modeste et les terribles choses que j’ai apprises à son sujet ne sont sûrement pas étrangères à cette prudence : j’ai appris très jeune que certaines moisissures y génèrent des aflatoxines extrêmement dangereuses et hautement cancérogènes. Alors prendre des risques lorsque le goût est divin, ce n’est guère intelligent mais peut-être compréhensible, mais lorsque le goût est modeste et la consommation pleine de dangers, non, merci…

J’en mettais néanmoins toujours quelques-unes, avec coques bien sûr, dans mes poches, au milieu du reste du mélange.

Contrairement à la majorité de mes amis, je déteste cette pâte peu ragoûtante nommée peanuts-butter et qui pour moi ressemble à une matière organique que l’on trouve dans … les abcès …

https://www.google.com/webhp?sourceid=chrome-instant&ion=1&espv=2&ie=UTF-8#q=cacahu%C3%A8tes

noisette

Vendue à l’époque dans de rares boutiques de ’’comestibles de luxe’’, la noisette était évidemment un mets de choix, réservé aux visites d’invités de marque. Nous y avions alors droit, mais en quantité bien modeste… Dans mon sac à gouter dans lequel régnaient les très prolétaires fèves et pois-chiches, la noisette dénotait singulièrement et narguait les autres de sa perfection sphérique et de sa belle couleur miel, luisante et finement striée.

Impensable alors qu’elle fut vendue sans coque. Il fallait en mériter la grosse graine, bien généreuse et parfumée, en cassant délicatement la carapace protectrice. Et ce n’est qu’alors qu’elle apparaissait, enveloppée dans une robe d’intérieur arachnéenne, de couleur sombre,  que l’on ôtait par caresse, avant qu’elle ne se livrât enfin, nue, dans son appétissante et ronde blondeur.

http://www.lesfruitsetlegumesfrais.com/fruits-legumes/fruits-sauvages/noisette/nutritions-et-bienfaits#content

figue

Ô la figue ! Symbole de mon monde dont elle est un pilier également, avec l’olivier …

https://mosalyo.wordpress.com/2008/07/14/la-mediterranee-est-enfin-a-lhonneur/

Son fruit délicieux regorge des sucs les plus savoureux et une fois séchée, elle devient, comme son arbre d’origine, d’une modestie confondante, toute rabougrie. Au fond de mes poches boursoufflées par mes provisions quotidiennes de grignotines, elle n’a jamais provoqué la moindre tâche, sèche et vraiment sèche, n’offrant plus ses délices et ne lâchant plus ses sucs que dans la bouche gourmande… Sa générosité me faisait limiter son nombre à trois ou quatre pièces et c’est elle, je le jure, que je sortais en premier lorsqu’un petit creux de vraie faim me chatouillait le ventre… Je saisissais son pédoncule tout sec et dévorais sa chair, la mastiquant avec application, ma langue s’amusant et roulant en tous sens ses petits grains.

J’ai toujours aimé ses confitures et les différentes friandises auxquelles elle participe : ces biscuits anglais parfumés de cannelle, ces gâteaux orientaux fourrés de sa pulpe …

http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=figue_nu

***

Je n’aborde ici que les grignotines qui emplissaient mes poches et m’accompagnaient dans mes jeux et dans mes promenades. Mais il est évident que nous consommions beaucoup d’autres choses, nous les campagnards urbanisés …

Qui croira que nous étions très friands de mille et une plantes, que nous consommions crues et aussitôt arrachées : Sans parler des fruits cueillis sur l’arbre, des pèches à la tentation indécente, des abricots ne demandant qu’à éclater en bouche, des mûres emmiellées, des figues fraîches fendues de désir, toutes ces délices plus jamais regoutées depuis, je veux parler ici des modestes plantes sauvages qu’il fallait un peu connaître pour s’en régaler :

  • La base des tiges d’anis sauvage, (ASLOUJ),
  • La base des feuilles de doum, (JOUMMAKH),
  • Le bulbes de diverses plantes plaquées au sol (Quelle âme charitable pourra me dire ce qu’est ce que nous nommions de son nom amazighi : TIFEROUA et dont nous nous régalions ?),
  • Les graines de blé sauvage encore tendre,
  • Les tiges de certains artichauts sauvages, soigneusement nettoyées,
  • Les jujubes de certains épineux, que nous nommions NBEG,
  • Etc…

Maintenant, pour finir cette évocation par un sourire, ironique et peut-être même cruel, je vous invite à faire la somme de tous les bienfaits de tous ces produits et à les comparer aux infâmes listes de produits chimiques que sont les grignotines actuelles …

mo’

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