manies

Je suis outré, profondément choqué par un incident vécu il y a quelques jours avec un jeune-homme, d’excellente éducation pourtant, et dont l’âge se situe entre morve et acné. Ayant obtenu un bon livret scolaire et reçu à ce titre mes félicitations et ma considération, il s’est enhardi à me proposer de me raconter une histoire ’’pour les grands’’. J’acceptai, bien évidemment, sachant pertinemment que jamais au grand jamais il n’oserait proférer devant moi des paroles graveleuses, comprises ou même simplement répétées. Il en était tout heureux et commença son récit que je transmets ci-après avec la précision d’un greffier :

  • Un jour, y’a un homme qui va voir une … euh… une femme  »pas bien », tu sais … une p…
  •  ?…
  • Mais oui, enfin, une p-u…
  • De quoi parles-tu ? Voudrais-tu dire une péripatéticienne, le fis-je maronner ?
  • Mais non, arrête de te moquer de moi, bon, allez, une p-u-t-e …
  • Cela se dit une péripatéticienne en bon français, mon jeune ami …
  • Ah ? … Bon, on s’en fout. Donc i’ va voir … une … truc-là comme tu dis, et après avoir marchandé le prix, il monte avec elle dans sa chambre. Elle se met à se déshabiller et lui ne bougeait pas. Alors elle lui dit ’’Qu’est-ce tu fais ? Tu sais que l’heure tourne, hein, tant pis pour toi…’’ Il lui répond ’’Pas de problème’’. Lorsqu’elle enlève sa culotte, il la prend, la déchire au niveau de la taille et retire l’élastique qu’il met dans sa poche avant de se sauver en courant, en lui disant : ’’Désolé, je prends l’élastique car je collectionne les tire-boulettes faites avec des ’’élas’’ de culotte de femme… Ha ha ha …
  • Et ?
  • Ben ça y est, c’est rigolo, non ? Parce que elle, la p-u, elle croyait qu’il voulait …
  • Ah, Ok !…

tire boulette

J’étais consterné, sinon par ses goûts en matière d’humour, du moins par la qualité de sa science rhétorique et décidai de garder un chien de ma chienne à son enseignant en cette matière…

collections

Au fait, comment appelle-t-on un collectionneur de tire-boulettes faites avec les  »élas » de culottes féminines ? Il y a là, assurément, matière à créer un néologisme car il est parfaitement injuste que ce noble jouet de notre enfance – de la mienne en tout cas, -je parle de la tire-boulettes – n’ai pas de nom de collection, alors que le vulgaire pot de chambre en a un – la noctévasophilie, tout autant que la boite de sardines – la clupéidophilie, ou le bouton de culotte – la fibulanophilie …

La manie de la collection n’est jamais innocente nous expliquent les médecins de nos âmes, les psychiatres. Elle nait d’une frustration et d’un besoin de se rassurer. Le soubassement en est certainement une angoisse que l’on essaie de guérir orgueilleusement par un perfectionnisme décalé… C’est assez vrai, le perfectionnisme décalé se manifestant par la compétition, la recherche têtue et les joies et les peines exagérées qui accompagnent les trouvailles et acquisitions, et les pertes et détériorations des ‘’objets’’ collectionnés…

Elizabeth II

Ladite manie n’épargne personne. L’une des plus belles, sinon la plus belle collection de timbres au monde est celle de la Reine Elizabeth II de Grande Bretagne.

One cent magenta

Ce timbre poste de Guyane Britannique serait le plus cher du monde : 10 millions de $… 

En fait, bien rares sont les humains qui n’ont, un jour ou l’autre cédé à cette envie de posséder une déclinaison généreuse d’un objet quelconque, et parmi toutes les formes, la plus rare, la plus ‘’couteuse’’, la plus ‘’enviée’’…

pipomanie

Beaucoup collectionnent les livres rares – bibliophiles, d’autres les pipes –pipomanes, et d’autres encore les pierres – gemmophiles, ou les papillons – lépidoptéristes. Doux cinglés, humains, très humains qui sont prêts à consentir d’énormes sacrifices pour posséder la pièce manquant à leurs possessions …

dents

Le Sieur Giovanni Batista Orsenigo, qui vécut au début du siècle dernier a été médecin, titulaire de la chaire de dentisterie dans un grand hôpital romain. Il se mit à collectionner les dents et l’on rapporte qu’il réussit à en ramasser … plus d’un million !…

Du moins sont-ce là des matières inertes et quasi-organiques ! Mais que penser des ’’dérangés’’ qui collectionnent les fœtus ? Tel ce médecin du Val d’Oise, en France dont le bureau était orné de 76 bocaux contenant des fœtus humains à divers stades de croissance ?

arêtes poissons

J’éprouve par contre une vraie tendresse pour Mrs Dards, cette dame anglaise qui vécut au XIXème siècle et passa le plus clair de son temps à confectionner des bouquets faits … d’arêtes et os de poissons. Aucun but commercial dans sa démarche : Elle ’’travaillait’’ en réseau avec plusieurs taverniers de sa ville, Londres, qui lui fournissaient ’’la matière première’’ dont elle avait besoin. J’y vois une démarche philosophique, comme une volonté de prouver qu’avec des déchets malodorants et dangereux, on peut faire … de l’art…

Dans le même ordre, sachez qu’il existe des collectionneurs de mèches de cheveux de personnages célèbres et même de … poils pubiens, comme il existe des moulages de toutes les parties du corps, des plus exposées aux plus intimes… !

bocaux air pur

Peut-on ne pas évoquer le collectionneur de bouffées d’air, provenant d’une infinité de lieux, emprisonnées dans des bocaux étanches de verre spécialement désinfectés ?

David et Goliath

Que penser des fêlés qui collectionnent les ‘’objets uniques’’ comme celui qui prétend posséder et pouvoir prouver que la pierre qu’il expose avec fierté dans son salon est celle qui permit à David de tuer Goliath ?

Et ces autres qui eux, collectionnent les objets apportés sur terre par des extraterrestres ? Croient-ils vraiment à leurs délirantes assertions ? Bien sûr que oui ! Et où est le problème ? Il est tellement facile de former des groupes autour des rumeurs ou prétentions les plus débiles ! On formule la chose, on en parle de façon convaincue et on enrôle des ’’adeptes’’ qui à leur tour iront porter la bonne parole et aider à la répandre … C’est exactement le même mécanisme que celui de certaines aberrations de l’art moderne.

Et le soleil s'endormit

Comment résister ici au rappel de l’histoire de l’âne Lolo ? Impossible ! Alors la voici :

Le 8 mars 1910, Roland Dorgelès – écrivain prestigieux de l’époque – emprunte son âne Lolo à un cabaretier. Puis, en présence d’un huissier de justice, il fait réaliser un tableau par l’âne à la queue duquel il a attaché un pinceau. Chaque fois qu’il donnait à l’âne une carotte celui-ci remuait frénétiquement la queue, appliquant ainsi de la peinture sur la toile.

Des critiques artistiques et de nombreux journalistes découvrent l’œuvre intitulée Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique,  »attribuée » à un jeune peintre italien dont personne n’a jamais entendu parler : Joachim-Raphaël Boronali. Les journalistes rebaptisent le tableau Coucher de soleil sur l’Adriatique.

Boronali fait connaître aux journaux que sa formule est l’Excessivisme. Les critiques d’art s’intéressent à ce tableau, qui fait l’objet de commentaires contrastés.

Dorgelès finit par révéler, par voie de presse, que le tableau est un canular, constat d’huissier à l’appui. Il révèle que le peintre est un âne dénommé Lolo, et, pour le prouver, montre une photo de l’âne à la queue duquel est fixé un pinceau qui applique des couleurs sur la fameuse toile. Dorgelès fait remarquer également que le nom Boronali est l’anagramme d’Aliboron, l’âne de Buridan lequel, hésitant entre la paille et l’eau, finit par mourir. Dorgelès explique ainsi sa motivation : ’’montrer aux niais, aux incapables et aux vaniteux qui encombrent le marché de l’art que l’œuvre d’un âne, brossée à grands coups de queue, n’est pas déplacée parmi leurs œuvres.’’

Sylla

Sylla est un homme d’État romain né en 138 et mort en 78 av. J.-C. Lui collectionnait des êtres humains bien vivants. Oui, vous lisez bien, il collectionnait des humains, pourvu qu’ils fussent fous, ou nains, ou bossus, ou infirmes ou amputés ! Ce tératophile en peupla une espèce de harem ou les disgracieux avaient le droit de se reproduire entre eux sans morale ni problème.

fontaine médicis

L’idée parut très riche à nombre de ses successeurs et c’est ainsi que les illustres Médicis firent de même ! Ils firent aménager une espèce de cirque, creusé dans leur palais et y faisaient amener des difformes, des nains, des naines et autres disgracieux qui se livraient sous les yeux des maîtres des lieux et de leurs nobles invités, à des orgies sans aucune retenue, dans le but avoué et même officiel de créer une race nouvelle, comme on crée une nouvelle race de chiens.

Philippe II

Philippe II, roi d’Espagne, poursuivit cette œuvre Ô combien humanitaire et fit également rechercher les fous et les créatures les plus difformes possibles. Il se constitua ainsi un véritable jardin zoologique au sein duquel les bouffons, les crétins, les microcéphales et les monstres de toutes sortes occupaient les postes les plus enviés à la Cour. Humour du second degré ? Preuve d’un mépris incommensurable pour les appareils de pouvoir ?Vengeance physique d’un prognathe  »desgraciado »  ? A chacun d’y lire sa conviction, à sa façon !

C’est dire si, à travers l’histoire, le délire de collection a été poussé à son paroxysme !

Et en ce domaine, il ne semble donc y avoir aucune limite à l’imagination des gens, de cet aliéné qui collectionne les râles des mourants ou cet autre acousticien qui collectionne les râles de plaisir…à celle du milliardaire américain qui s’est lancé dans une collection de collections ( ?) …

mo’

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