minestrone

J’ai récemment pris conscience de la difficulté de manger sain et bon le soir, car pour moi, s’il est hors de question de sauter le repas mais aussi hors de question de m’alourdir pour la nuit, il est tout aussi hors de question de réduire le dîner à une punition, genre tisane hospitalière pour vieillard cacochyme…

Idéalement, il faut que le mets dînatoire choisi soit bon, sain, non bourratif mais également qu’il ne vous incite pas à aller vous bronzer et vous gratter le nombril à la lumière du réfrigérateur pour faire l’appoint de votre nocturne fringale vers la mi- nuit !

Mister Pickwick

Bon, les pâtes en quantité raisonnable, ce n’est pas mal, mais avouons qu’on s’en lasse et que le moindre ’’rab’’ peut faire ressembler les messieurs à Mister Pickwick, le rondouillard héros de Charles Dickens, et les dames à Bonnemine, l’énergique épouse d’Abraracourcix, le vénéré chef du village dans Asterix, tous deux richement dotés de protubérances callipyges et de rondeurs ventrales.

Vos aïeux, dans leur infinie sagesse, considéraient le dîner comme la conclusion de la journée et accommodaient les restes invariablement sous forme de soupe, laquelle cuisait dans un chaudron pendu à la crémaillère de la cheminée, embaumant les logis d’un fumet plus éloquent qu’une déclaration d’impôts sur le revenu… Les restes de la veille étaient dans le chaudron et ceux des autres repas de la journée étaient ajoutés au fur et à mesure de leur disponibilité. L’on ajoutait de l’eau et des restes de vin… Si le bouillon n’était pas assez consistant, alors on l’épaississait de quelque farine ou féculent …

cheminée

La soupe, le mets- roi de ce manger, était donc cette détrempe de restes.

Etymologiquement, le mot soupe vient du bas- latin ’’suppa’’ qui désignait très précisément les tranches de pain trempée dans ce bouillon. Ce sont les ancêtres des ’’croutons’’ que l’on sert de nos jours avec certaines soupes, comme celle de poissons ou de petit-pois.

L’on était encore loin des honteux et inavouables pourcentages d’aliments jetés de nos jours… A l’époque, on ne jetait rien et les aliments avaient plusieurs vies…

Tous les peuples du monde ont une ou plusieurs versions de cette soupe. Pour ne citer que quelques exemples, rappelons :

Le Borchtch russe, bouillon de pot-au-feu, légumes et betteraves. Il est servi avec de la crème aigre-douce et des petits pâtés à la viande.

Le Gaspacho  espagnol, soupe glacée, à base de mie de pain et de jus de légumes,

La Harira marocaine, soupe consistante, traditionnellement servie pendant la période du Ramadan. Elle est à base de viandes et volailles et de féculents,

Le Hochepot flamand, solide soupe de viandes, de navets et de châtaignes,

Le Minestrone italien, grande soupe de légumes, enrichie de pâtes ou de riz et de fromage,

L’Oxtail  anglais, potage qui est un consommé de queue de bœuf.

La Soupe au Caillou française, soupe de légumes ou l’on ajoute un caillou dans la cocotte pendant la cuisson, qui sert de mortier car, remué par les bouillons, il concasse doucement les ingrédients de la soupe.

Le Waterzoï belge, potage de poulet et légumes.

Mais pour l’heure, zoomons sur le minestrone, qui m’a réservé une bien agréable surprise, lors de sa découverte…

Un peu d’étymologie tout d’abord :

  1. Minestrone en italien est littéralement une grande soupe. Le mot est composé de ’’minestra’’ qui veut dire ’’soupe’’ et est le déverbal -substantif, souvent féminin, obtenu en retirant la désinence verbale d’un verbe à l’infinitif- de ’’minestrare’’ qui signifie, lui ’’servir à table’’ du latin ministrare ’’servir en général’’ et du suffixe italien ‘’one’’ qui est un augmentatif et renforce donc le sens du nom.

Nota : Ministrare signifie – mot à mot ‘’ministrer’’ veut dire ‘’servir’’… comme ‘’ministre’’ veut dire ‘’servant’’ ou ‘’serviteur’’ et non dirigeant ! Un ministre c’est donc d’abord quelqu’un qui sert les autres et pas le contraire ! Compris ?

  1. Soupe : Du latin tardif suppa « tranche de pain trempée dans le bouillon », sens que le mot avait jusqu’au XVIe siècle et que l’on retrouve dans des expressions archaïques comme ’’trempé comme une soupe’’ que beaucoup ont prise pour une absurdité….

Vers le XIVe siècle, par métonymie, le sens dérive vers ’’potage avec des tranches de pain ou des morceaux solide’’, puis, par extension ’’tout type de potage’’ et devenir synonyme de repas.

  • zuipen, veut dire ’’boire’’ en néerlandais,
  • saufen, en allemand,
  • to sup, to sip en anglais.
  1. Potage : Dérivé de pot ’’aliments cuits au pot’’, le potage est le ’’bouillon dans lequel on fait cuire des aliments coupés menu ou passés’’.

Je me délecte avec l’étymologie. Et vous ?

Bon, allez, attaquons voir ce minestrone ! De quoi est-il constitué ?

Ingrédients Minestrone

Ingrédients

  • 2 pommes de terre
  • 1 aubergine
  • 2 petites courgettes
  • 100 gr de chou vert
  • 25 gr de petits pois
  • 100 g de haricots verts
  • 40 gr d’ haricots blancs, trempés depuis la veille
  • 200 gr de blettes
  • 2 cuillères à soupe d’huile d’olive
  • 1 gousse d’ail
  • 300 g de petites pâtes – farfalle ou ditalini
  • parmesan râpé – selon votre goût
  • 1 verre de pesto à la génoise à faire soi-même
  • Sel et poivre

Préparation

  1. Nettoyer et laver tous les légumes soigneusement. Cuisez les haricots blancs et ajouter de l’eau en fin de cuisson.
  2. Ajouter les légumes hachés avec 2 cuillères à soupe d’huile d’olive, sel et poivre selon votre goût.
  3. Cuisez pendant environ 45 minutes et après ce temps, ajouter les pâtes.
  4. Veillez à ce que le bouillon de légumes ne soit ni trop liquide ni trop épais : il vaut mieux ajouter un peu d’eau si nécessaire. En fin de cuisson, ajoutez du pesto selon votre goût et mélangez.
  5. Au moment de servir, mettez à part du parmesan râpé dans chaque assiette.

Pesto à la génoise

pesto

Ingrédients

  • 300 gr de feuilles de basilic
  • 100 gr de persil
  • 4 gousses d’ail
  • 100 gr de pignons de pin
  • 100 gr de pecorino râpé (à défaut parmesan)
  • 50 gr de parmesan râpé
  • 25 cl d’huile d’olive

Préparation

  1. Mettez tous les ingrédients dans un mixer sauf l’huile.
  2. Mixez le tout.
  3. Versez ensuite l’huile d’olive petit à petit sans cesser de remuer jusqu’à ce que la sauce devienne crémeuse.
  4. Salez et poivrez légèrement, si nécessaire.

Nota : le pesto – et même le pistou, se conserve très bien au réfrigérateur.

Pourquoi donc ce solide potage paysan m’a-t-il séduit à la première cuillerée ? Serais-je un bon garçon qui n’aimerait que les plats sains et diététiques ? Assurément non, et cela, je l’ai compris dès que j’ai compris que Dame Nature m’avait doté d’un super-tarin, https://mosalyo.wordpress.com/2011/01/31/une-tendance-a-la-hos/ capable de déceler, identifier, apprécier ou déplorer les mélanges et combinaisons fussent-elles infinitésimales. Lorsque j’ai goûté la première fois le minestrone génois, dans un modeste restaurant tenu par un italien à la moustache règlementaire et ou c’est sa ‘’mamma’’ qui faisait la cuisine, je ne me suis pas fait confiance et ai attribué ma flatteuse appréciation à ce cliché de la bonne grosse maman offrant les délices de sa panse en soupière… c’était bon, rassurant, nourrissant et simple. J’en ai repris à Gênes, dans un restaurant typique des hauteurs. A nouveau la magie opéra et là, je me précipitai dans mon ‘’laboratoire sensoriel’’ pour comprendre pourquoi…

J’ai compris que le principe du minestrone – et de la bonne cuisine, peut—être ?- est de s’arranger pour que … ‘’les parfums, les saveurs et les couleurs se répondent’’… Mais pour se répondre elles doivent parler le même langage et éviter l’insulte, correspondre comme dirait le poète… Alors oui, là a lieu le miracle du plaisir palatal et de tous ses subordonnés…

Minestrone de la mer

Il faut donc être assez versé dans l’art culinaire pour faire un bon minestrone et non pas mettre les produits que l’on a sous la main, lesquels ne feront jamais qu’un bouillon de légumes. Je me gausse de ceux qui y mettent la doucereuse courge rouge, l’impudique cannelle ou l’arrogant consommé de volaille… Ils n’ont rien compris et en tout cas pas le principe du minestrone qui est de déclencher une réaction en chaîne entre les saveurs d’ingrédients bien précis car tous ces ingrédients sont de bien paisibles produits bien sages et aucun d’entre eux n’arrache, comme disent nos jeunes gens. Une fois encore, le plaisir résulte de la réaction en chaîne provoquée par la correspondance entre eux.

minestrone fruits frais

Ce solide plat paysan est devenu une véritable méthode culinaire et l’on ne compte plus ses déclinaisons salées et sucrées, chaudes et froides, voire glacées. Faire un minestrone ou traiter en minestrone, c’est essayer de provoquer la fameuse réaction en chaîne qui, en vérité, se déclenche bien rarement car il est certain qu’il faut connaître bigrement bien les produits pour avoir la prétention de le faire.

cappo

mo’

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