aïe phone

Voici le fac-simile de la première page que délivrait en date du 07 juin 2016, le moteur de recherche GOOGLE lorsque vous lui adressiez la requête ‘’Dangers du téléphone portable’’ :

fac similé Google

J’ai poussé la conscience professionnelle jusqu’à feuilleter les 38 pages de résultats proposés. Et si j’ai trouvé des montagnes de renseignements, je n’ai pas trouvé trace de l’explication scientifique que j’étais spécialement venu chercher.

Je vous conte la chose :

L’avant-veille, à l’occasion d’une fête familiale qui me laissa le loisir de le faire, j’avais observé une adorable brindille de blé en herbe qui avait passé son temps à consulter son ‘’Global System for Mobile Communications’’, autrement dit son GSM, ou, si vous préférez, son téléphone portable.

GSMS

L’appareil, de toute dernière génération et de la meilleure marque, était aussi large que l’écartement maximal de sa menotte mais elle le maniait néanmoins avec une dextérité impressionnante !

Qu’y attendait-elle pour refuser de s’en séparer ne fut-ce qu’une seconde ?

  • Les résultats du ‘’bac’’ ? – Non, normalement c’est pour l’année prochaine.
  • Attendait-elle les résultats de quelque compétition sportive impliquant son petit ami ? – Non plus. ‘’Et puis d’abord je n’ai pas de petit ami, alors !’’ prétendit-elle pendant que son appendice nasal s’allongeait démesurément.
  • Attendait-elle alors les cours de clôture du NYSE -New York Stock Exchange- autrement dit la Bourse de New York ? – Pas davantage.
  • Alors quelle information importante était-elle sensée arriver en caractères LCD sur le petit écran de mon adorable Lolita ?

Comme j’entretiens avec la délicieuse enfant des rapports de complicité avunculaire, cela m’encouragea à lui poser la question. Elle fut tout étonnée par ma question et me répondit spontanément par la question de savoir s’il n’en était pas de même pour moi. Je lui fis remarquer qu’elle voyait bien que non.

Nokia 100

De plus, lorsque je lui montrai mon appareil, elle éclata d’un rire violent et moqueur, appelant au spectacle quelques copines présentes dont l’une, mochelette à souhait et dotée d’un nez crochu surplombant une discrète moustache brune, crut me vexer en faisant remarquer au collège des expertes que c’était le même que celui qu’elle avait donné à ‘’sa domestique’’ … 10 ans plus tôt…

  • ‘’Ben ouais, et alors ?’’, m’indignai-je …

De fait, après avoir reçu en cadeau un magnifique appareil qui ne préparait certes pas le café mais faisait presque tout le reste, je constatai rapidement que j’en étais plus embarrassé qu’autre chose. Pour pouvoir l’utiliser et profiter pleinement de toutes ses possibilités, j’aurais dû retourner à l’école, ‘’désinstaller de ma mémoire’’ Tacite, Euler, Rimbaud, Lagerkvist, Pessoa et quelques milliers d’autres, et les remplacer par des formules cabalistiques et pour moi imbéciles, élaborées dans je ne sais quel chaudron infernal. Je refusai tout net, estimant que ces trois ou quatre choses que je sais du monde sont les éléments constitutifs du citoyen mo’ et, refusant le suicide, je rendis rapidement le précieux objet à mes généreux donateurs en exigeant que l’on me restituât ma petite ‘’chose’’ à l’aspect et au gabarit de barre chocolatée, qui se contente d’être un téléphone, qui est en mesure d’envoyer des ‘’Short Message Service’’ ou SMS et qui indique l’heure … Voir photo supra.

J’interpelai à nouveau ma Zazie et la suppliai une fois encore de me dire ce qu’elle, elle attendait de son téléphone portable. Passablement agacée par mon ignorance, elle m’invita à admettre sans trop de philosophie qu’il lui était aussi essentiel que l’un de ses cinq autres sens : vue, ouïe, odorat, goût et toucher. Je faillis m’en étrangler mais tentai de ne point l’effrayer et au contraire de l’encourager à s’expliquer : Passablement moqueuse, soufflant d’agacement, souriant de mépris, elle m’expliqua donc :

  • Ben écoute, d’abord on s’en sert comme moyen de communication simple et scolaire… Entre copines, on se tient au courant de nos emplois du temps. On se refile les cours, on commente la qualité de l’enseignement que l’on nous dispense, on s’annonce nos programmes respectifs, on échange nos impressions sur tout ce que l’on vit… Ch’ais pas, moi… tout, quoi !
  • Ça ne fait pas grand-chose tout cela… et en plus, il me semble que tu n’aies pas besoin d’appareil pour cela !
  • Ouais je sais ce que tu veux dire, mais là, c’est devenu automatique, ça va plus vite, et c’est plus cool…

Bon, je vois que la belle enfant ne veut surtout pas réfléchir et encore moins remettre en question ses certitudes. Ce n’est pas grave. Je vais me tourner vers la science traditionnelle pour comprendre, si vraiment je désire une réponse.

J’interroge la sociologie et bien m’en prend car elle, elle m’apprend que … :

‘’5,1 des 6,8 milliards de Terriens possèdent au moins un téléphone portable. C’est plus que le nombre de personnes possédant une brosse à dents ! Cet incroyable développement a certes révolutionné les communications entre humains considérés en tant que membres de groupes sociaux, mais ils a également un impact sur les comportements individuels et parmi les phénomènes dénoncés par les différentes enquêtes menées à ce sujet, l’addiction est systématiquement stigmatisée ! … http://www.rfi.fr/technologies/20131026-addiction-telephone-portable-phenomene-planetaire-smartphone

mariano choliz

…  » Les symptômes caractéristiques de la dépendance sont les suivants : utilisation excessive, qui se manifeste à la fois par un coût économique important et de nombreux messages et appels ; problèmes avec les parents, du fait de l’utilisation excessive ; interférence avec les autres activités, scolaires ou personnelles ; une montée progressive du temps d’utilisation du téléphone mobile pour obtenir un même niveau de satisfaction, ainsi que le besoin exprimé de remplacer l’appareil par le nouveau modèle apparu sur le marché ; le besoin d’utiliser un téléphone mobile fréquemment, ainsi qu’une altération émotionnelle lorsque cette utilisation est entravée’’. Mariano Choliz, psychologue spécialiste des addictions.

agence nat

‘’La disponibilité continue de l’appareil et des individus utilisateurs provoque justement l’addiction, le stress, les troubles du sommeil et la dépression’’, affirme un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire.

Seitoku Université

Cette densification de la communication numérique a aussi pour effet de réduire les compétences sociales plus basiques des utilisateurs « accrochés ». Setsuko Tamura, chercheur en psychologie appliquée à l’Université Seitoku, à Tokyo, observe ainsi que ‘’les étudiants d’aujourd’hui sont très mauvais à lire les expressions faciales’’. Pour le chercheur, lorsque vous passez plus de temps à envoyer des SMS à des gens au lieu de leur parler, « vous ne pouvez pas apprendre à lire le langage non verbal ».

Une vidéo artistique met en avant les dérives en matière de comportements asociaux qu’engendre le téléphone portable : une jeune femme, sans téléphone portable, engluée, lors de différentes scènes de la vie quotidienne, dans les comportements addictifs, grossiers, ridicules des utilisateurs de téléphone qui l’entourent. Des comportements qui semblent néfastes à la vie en société pour certains analystes qui ont même lancé un mouvement pour lutter contre. D’autres vantent les mérites de cette meilleure connexion entre chacun. Les nouveautés à venir ne feront qu’accentuer le phénomène. Inquiétant ou réjouissant ?

george orwell

Le célébrissime ‘’1984’’ de George Orwell ‘’était un roman dystopique (dystopie : utopie qui vire au cauchemar …) qui décrivait un univers semblant merveilleusement connecté, mais qui se révélait aussi merveilleusement effrayant’’…

nathan jurgenson

Que l’on se rassure, le ‘’portable’’ n’a pas que des détracteurs, tant s’en faut : Un sociologue et théoricien des médias du nom de Nathan Jurgenson a décelé dans la vidéo présentée ci-dessus une certaine ‘’mauvaise foi’’ en ce sens que ledit ‘’portable’’ permet tout de même aux gens de mieux dialoguer. Il précise que cela est établi, ‘’contrairement à la télévision ou la voiture qui représentaient, selon lui, des technologies amplifiant la solitude’’.

michael stora

Il est suivi par Michaël Stora, psychologue et fondateur-président de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (OMNSH), qui lui n’hésite pas à déclarer : ‘’Accuser le portable serait de la flemme intellectuelle. N’en faisons pas un fétiche. La question qu’il faut se poser est : à qui la faute ?’’

Mais avant de se poser cette question effectivement fondamentale, il ne serait peut-être pas inutile de savoir qu’un nouveau concept est apparu pour décrire les attitudes asociales engendrées par l’utilisation excessive du portable : c’est le phubbing, un néologisme formé de phone (téléphone) et snubbing (action de snober). On commet cette horreur lorsqu’on interagit vis-à-vis de quelqu’un avec un écran mobile en sa présence, c’est-à-dire lorsqu’on se permet d’utiliser l’un quelconque des services du portable en présence de ce quelqu’un :

  • Répondre,
  • Appeler,
  • Aller sur Google,
  • Aller sur Facebook,
  • Aller sur Instagram etc.,
  • Tweeter,
  • Chatter,
  • Draguer,
  • Echanger,
  • Jouer …

N’y a-t-il pas de quoi rire alors que non seulement bien rares sont les personnes qui respectent ce code de politesse, mais que beaucoup, et quasiment tous les jeunes, ne savent même pas que c’est impoli ?

Réunion entre amies

‘’Les nouvelles technologies sont apparues à l’homme sans notice sur le comportement. Pour s’être converti à la communication mobile sans s’interroger sur sa manière d’en user en groupe, l’humain sombre dans l’absurde antisocial.’’

le plus grand problème

Plusieurs mouvements naissent actuellement à travers le monde et prônent le retour à la raison. Tous condamnent la consultation compulsive des téléphones mobiles qui a certes été tolérée jusqu’à présent, à cause de la nouveauté et des vertiges d’informations qu’elle a provoqués, mais qu’il est temps de revenir à la mesure et à la pondération,  »si on ne veut pas s’enfermer dans un monde virtuel, abrutissant et vain. »

Alex haigh

Un militant australien anti-phubbing , du nom d’Alex Haigh va jusqu’à affirmer que ‘’Le phubbing a été déclaré par les conseillers en étiquette comme …

‘’la fin de la civilisation’’

Tout est dit.

Une douce somnolence s’empare de moi pendant que je referme les innombrables onglets ouverts pour apprendre tout cela.

Lolita elle, est en grande discussion téléphonique et quoiqu’elle parle à voix basse, je comprends à ses mimiques qu’elle est toute à son affaire, débattant et argumentant pour convaincre un(e) inconnu(e), à l’autre bout du fil.

Sa menotte saisit avec force l’appareil. Elle est tellement écartée qu’elle ressemble à une patte palmée … Tiens ! bien curieuse couleur que celle de ce téléphone !… Jamais vu un portable couleur chair… Je ne distingue même pas la séparation entre la main et l’appareil… Je ne la vois pas en tout cas… La main et le téléphone ne forment qu’un seul ensemble, l’appareil figurant la paume… Réalité ou berlue ? Je ne saurais le dire …

mo’

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