Canada 2 sur 3

St Eustache

Sur le chemin de Montréal, nous nous arrêtons à St-Eustache sur la rive nord du St-Laurent dans cette banlieue où nous nous étions déjà retrouvés le soir de notre arrivée. Nous y sommes attendus pour prendre le … attendez-voir … ah oui, le souper, chez l’ami Montréalais et son épouse, avec le Québécois et son amie et l’Outaouais et son épouse. Repas somptueux qui fut une interprétation personnelle et heureuse de grands classiques de la gastronomie internationale, hélas interdite pour moi. Mais j’eus droit à un menu de compensation et je dus me ’’contenter’’ d’un délicieux homard servi avec une sauce zéphyr de la plus grande finesse. Repas ’’zéro faute’’ et succulent de bout en bout.

Quatre bons amis qui avaient travaillé dur ensemble pendant une décennie se retrouvaient pour fêter … l’amitié… Un Montréalais, un Québécois, un Outaouais et le de cujus soussigné…

L’hôtesse, tenant à remplir pleinement son nouveau rôle de mère-grand annonce qu’elle ne nous accompagnera pas pendant nos escapades touristiques. Nous le regrettons, l’assurons de notre compréhension, la comblons de compliments et de remerciements et partons pour Montréal-ville. Nous nous rendons à notre hôtel qui est peut-être le centre géométrique de la ville puisque situé rue Drummond

Hotel Europa

Hôtel de grande chaîne, remarquablement situé, bien équipé. Tout y fonctionne parfaitement et tout a été prévu pour répondre aux besoins véritables des clients ! … Sans prétention et sans chichi, mais parfaitement suffisant. C’est une véritable Tour de Babel car on y trouve, comme clients et comme employés, toutes les ethnies, toutes les origines. On dirait presque qu’ici, tout le monde est chez lui !…

L’ami Québécois, qui est un vieil homme –il est presqu’aussi vieux que moi, imaginez !… – demande l’autorisation de se retirer et c’est avec l’Outaouais que nous partons, nous le jeunes, à une première découverte de Montréal by night

Après un tour à travers le centre-ville nous sommes étourdis par l’orgie de lumières, le nombre de personnes dehors, l’intensité de la vie nocturne.

Mac Gill

Je suis tout étonné d’apprendre que la prestigieuse université Mc Gill, que je situais dans une improbable banlieue, est en fait partie intégrante de Montréal. Je reste béat lorsque j’apprends également qu’elle a été édifiée grâce à la reconnaissance de James Mc Gill, 1744-1813, marchand de fourrures écossais qui amassa une immense fortune et en légua une partie à la ville de Montréal à la condition qu’elle érigeât une université… Peut-on seulement calculer le service qu’il rendit ainsi à son pays par ce geste, plutôt que de laisser cette fortune payer les caprices d’héritiers supposément désoxyribonucléiques… ?

Puis nous grimpons sur les hauteurs de la ville pour aller l’admirer à partir d’un des belvédères qui parsèment la corniche qui la ceint.

Belvédère

raton laveur

A notre surprise, malgré l’heure tardive, l’esplanade est pleine de monde, Montréalais et touristes confondus. La licence semble y être la règle : certains y fument d’improbables plantes, d’autres se content fleurette, d’autres s’enseignent les sciences naturelles et d’autres font de la musique. Pas un n’ennuie les autres et chacun respecte tout le monde… Même les innombrables ratons-laveurs qui traînent à nos pieds sollicitent certes notre générosité alimentaire, mais semblent éduqués pour ne pas insister ou importuner les visiteurs…

Oratoire st joseph

Ensuite, nous allons sur le Mont Royal qui a donné son nom à la ville. Nous voudrions y visiter l’Oratoire Saint-Joseph, imposante église érigée au siècle dernier et qui est devenu un lieu de tourisme incontournable. Hélas, il est tard et elle est fermée la nuit, mais nous en admirons l’architecture et le site, l’escalier et le chemin de croix.

L’esplanade arrière, par laquelle nous sommes arrivés, a été pour moi l’amphithéâtre d’une grande leçon de philosophie que vous me permettrez de taire aujourd’hui, non point que je veuille la cacher, mais au contraire parce que je veux la relater en détails dans un autre ’’post’’ plus tard…

Nous redescendons et circulons dans la cité qui, à deux heures du matin, ne montre décidément aucun signe de fatigue ou de sommeil … Notre journée fut riche, notre guide du jour et son épouse sont certainement aussi fourbus que nous, alors nous décidons d’être sages et d’aller prendre quelque repos… Nous le faisons sans peine, car dans trois jours, nous serons à nouveau ensemble, chez eux, à Gatineau, près de Montréal

J’eus à compter bien peu de moutons pour me rendre au pays des rêves…

Kirkland

Le lendemain fut consacré à la branche canadienne de la famille, car comme toute famille marocaine qui se respecte, nous comptons quelques membres qui ont eu le courage de faire le grand saut : Kirkland, petite ville au sud-ouest de Montréal. C’est une cité résidentielle assez cossue, à l’aspect quelque peu british. C’est là que réside une nièce qui, selon le schéma classique, était allée étudier au Canada et y ayant trouvé un travail valorisant et ayant acquis la nationalité canadienne décida d’y rester. Elle y trouva mari et y fonda un bien beau foyer.

Son frère est dans l’ingénierie aéronautique civile. Il a étudié, lui, aux Etats Unis et a été invité à y rester. Ainsi, leurs parents, depuis que le papa haut fonctionnaire est à la retraite, passent leur temps en aller-retours Los Angeles aux USAKirkland au Canada… Et bien sûr, les voyages formant la jeunesse mais fatigant la non-jeunesse, ils ont fini par ‘’se poser’’ près de la fifille, au point d’acheter la villa voisine de la sienne et de … devenir canadiens…

Bel exemple de regroupement familial, d’intégration, de mixage, d’osmose, de synthèse même ! Leurs petits-enfants sont splendides, leur culture s’est follement enrichie et tout le monde est heureux.

Cette splendide journée fut la parfaite illustration de ladite synthèse : Un barbecue généreux, beaucoup de prévenance, beaucoup de gentillesse et beaucoup de rires …

Vers le début de la soirée, nous quittons Kirkland après en avoir visité le port de plaisance. Mais notre journée est loin d’être achevée…

Nous retournons à Montréal, à notre hôtel. Notre chauffeur cicérone, le vieux Québécois déjà évoqué, nous demande sa soirée et nous la lui accordons. Dans le hall de l’hôtel le second canadien de la famille et sa toute jeune épouse nous attendent pour nous faire découvrir un autre aspect de Montréal by night…

plateau

Nous commençons par la visite de son coquet appartement flambant neuf, acquis grâce à un concours bancaire obtenu quasi automatiquement, après son embauche dans une start-up de services du genre de celles dont regorge le Pays et qui contribuent grandement à son incroyable vivacité économique …

Petite note en passant : les prix de l’immobilier sont bien plus bas –évidemment- que dans les pays ou sous-développés, ou en déclin ou bouchés et ce, pour une qualité que je me contenterai de qualifier sobrement, pour ne pas être désobligeant, de bien supérieure…

enfants terribles

Avant d’entreprendre notre java nocturne, le neveu préconise que nous din… pardon, soupions… Le soleil est encore là ! Il choisit un endroits que son épouse et lui semblent grandement apprécier : une brasserie de l’Avenue Bernard… Sympathique, archipleine et rassurante. Nous ne sommes pas déçus, quoique, une fois de plus, étonnés par les portions gargantuesques et la profusion de sauces et condiments proposés pour accompagner tous les plats… de l’entrée au dessert.

place J Cartier

Nous allons ensuite ’’jouer aux touristes’’ sur la Place Jacques Cartier, dans le Vieux Montréal… Elle grouille de monde et me fait penser immédiatement à Jemaa El Fna de Marrakech… Des amoureux, des marchands, des musiciens, des flâneurs et des touristes s’y meuvent sans stress ni raison particulière d’être là. D’innombrables débits de boisson et de lieux de restauration bordent la place qu’alimente en badauds la multitude d’artères qui y convergent. Comme j’aime à le faire, je m’impose un thème qui me permet d’entrer dans quasiment toutes les boutiques, les unes tenues par des hindous, d’autres par des sud-américains, quelques une par des jeunes en probable réintégration sociale… Ce thème, c’est la recherche d’un habit de trappeur pour un petit ange laissé ‘’au Pays’’ et auquel je ne cesse de penser, chaque fois que je vois quelque chose d’intéressant, c’est à dire quasiment tout le temps… Hélas, je n’ai rien trouvé – ou mal cherché, alors je ne verrai pas de si tôt mon petit bonhomme ressembler ni à Sitting Bull ou Crazy Horse, et pas davantage à Roddy pendant que je me prendrai pour Blek le Roc … ou, si je laisse la primauté à son papa, tout au moins pour le Professeur Occultis …plein de science et … de rhum …

Rue St Paul

Nous nous engageons dans la Rue Saint Paul qui elle «également grouille de monde. Je me régale comme un enfant des incroyables choses que l’on trouve dans les commerces, jouets, colifichets, habits folkloriques, souvenirs les pires et les meilleurs, statuettes en bois, gravures anciennes, livres de toutes sortes… En tout cas je remercie le jeune neveu, son épouse et ma concubine de s’être follement amusé de ma séquence de gloutonnerie enfantine sans m’interrompre ni essayer de l’abréger : aucun d’entre eux ne m’a dérangé pendant ce magasinage. A la fin, j’étais vraiment triste de n’avoir trouvé ni la tenue de petit trappeur, ni celle de papoose, ou enfant indien… Rien que pour cela, faut que j’retourne au KANATA !…

promenade vieux port

C’est donc en boudant et tapant du pied que je suis mes compagnons pour une bonne marche aussi salutaire que reposante sur la Promenade du Vieux Port… Autant de monde, là que partout ailleurs … C’est beau. Les gens et les eaux du port sont si calmes. Dieu que c’est reposant …

Au bout d’un instant, je surprends le neveu écrasant discrètement un bâillement. Bien évidemment, je déclare aussitôt que mes vieux os ont eu leur quota d’exercice pour la journée et après quelques suggestions polies d’ice-cream, de visites de je ne sais quoi que je balaie sans examen, nous sommes reconduits à notre hôtel avec pour mission de tenter de réparer nos organismes en prévision des dures journées qui nous attendent… Nous embrassons le couple de tourtereaux et allons plonger sous nos draps…

Le Montréalais et le Québécois sont à la porte de l’hôtel à l’heure convenue et nous pouvons alors nous élancer à la découverte dudit Nouveau Monde, quelques années après Jacques Cartier

 Verger jodoin

Si je m’attendais, en cette splendide matinée ensoleillée à entendre des éloges sur le Maroc prononcé par un brave citoyen de Rougemont ! Dieu soit loué : Pour nous faire visiter sa cidrerie, un gentleman nous accueille à la porte de son établissement, se présente et nous demande très poliment d’où nous venons. Nous répondons et il nous apprend que quelques mois auparavant, il avait fait, avec quelques amis, un trekking dans le centre-sud du Maroc. Partout il avait rencontré gentillesse et bel accueil. Il annonça en souriant qu’il allait essayer de nous rendre la pareille. Jolie introduction. Aussi jolie que les mots de Félix Leclerc qui s’affichent dans la cave :

chaque pomme

Il nous raconte brièvement l’histoire de son entreprise : Ayant hérité d’une pommeraie et n’entendant pas se contenter de contempler le ciel avec inquiétude, il a décidé de transformer sur place son produit, en faisant l’appoint des fournitures chez ses voisins immédiats. L’équipement est flambant-neuf, la machinerie entièrement en acier inoxydable, les bâtiments comme repeints de la veille et mieux encore, les gens semblent heureux de travailler ici. Notre guide, une jolie jeune-fille très motivée, nous confie être apparentée au propriétaire et réponds avec précision à toutes nos questions, techniques et commerciales. Ensuite, elle nous fait visiter les caves avant de nous inviter à une dégustation, avec une mise en scène spéciale pour un produit nouveau, servi bien évidemment dans une bouteille aveugle ne portant qu’un sévère numéro de code au bout de la cordelette qui en pend. Elle semble un peu déçue par la tempérance de certains d’entre nous et nous devons expliquer qu’a boire du cidre à 09heures du matin, nos estomacs non habitués risquent de nous demander justice.

Nous faisons quelques pas dans le magnifique verger sur lequel est implantée l’usine et finissons par prendre congé après moult remerciements et promesses de revenir. http://www.micheljodoin.ca/

Cap sur Dunham, pour visiter le Domaine de L’Orpailleur. C’est là, dans cette région de pommiers, que fut planté en 1982 l’actuel premier vignoble du Québec, à l’initiative de viticulteurs québécois et français. Aujourd’hui un circuit touristique appelé la ’’Route des vins’’ passe par Dunham.

La ville et toute la région n’ont pas tardé à capitaliser sur son succès et sont devenues des centres importants de l’agrotourisme québécois, riches en spécialités diverses. C’est là, notamment qu’est produit le fameux ’’vin de glace’’, à partir de raisins gelés : Comme le jus sucré ne gèle qu’à basse température, dans ce raisin gelé, les cristaux de glace sont retenus dans le pressoir avec la pulpe. Le jus déjà sucré par une très longue maturation est encore concentré par la perte d’eau gelée. Le taux de sucre peut alors atteindre des valeurs très élevées. La concentration de l’acidité augmente dans des proportions similaires. Le vin de glace est donc un concentré de vendange tardive ce qui en fait un vin très liquoreux qui a fini par jouir d’une belle réputation un peu partout dans le monde.

tire-bouchon

Nous prenons, attendez voir, ah oui, le dîner dans le restaurant du lieu, simplement baptisé ’’Le Tire-bouchon’’. Sur le mur du fond, une magnifique et riche collection de tire-bouchons de tous les âges… Après le repas, nous visitons les installations et la belle cave avant de prendre la route de l’Abbaye Saint-Benoît du Lac, située à Magog. Entendant ce nom et évitant de justesse un jeu de mot oiseux qui aurait consisté à demander où se trouve Gog, j’apprends que cet étrange nom est en fait une contraction d’un nom amérindien : Memphremagog …

Je m’amuse à lire, parmi les documents exposés dans la galerie des visiteurs, les conditions pour être accepté ici comme ‘’novice’’. Je m’amuse à vérifier si j’ai la moindre chance de faire carrière cléricale. Je crois vraiment que la réponse est un ’’non’’ franc et massif ! Si Richelieu et surtout Mazarin et même Bossuet m’ont toujours fasciné par leurs côtés retors ou redoutables, l’humilité de la prêtrise ouvrière est au-dessus de mes forces.

Ce jeu idiot ne m’empêche guère d’admirer grandement et sincèrement l’excellent travail séculier accompli ici : C’est une merveilleuse entreprise agroalimentaire, présentant tous les signes de la modernité, sans oublier le soin apporté à la richesse de la gamme, à l’attrait du packaging, aux argumentaires commerciaux et au positionnement des produits. J’aurais tant aimé assister à un comité de direction de cette affaire. C’est évidemment tout à fait impossible… Nous achetons des confitures et quelques autres fabrications et décidons de laisser la ferveur et le labeur de nos hôtes à leurs œuvres.

Nous allons visiter la ville de Magog, proprette et disciplinée, puis nous allons nous promener sur les berges du lac qui a donné une partie de son nom à la cité. Tout est beau et pour moi, une fois encore, autant d’eau est synonyme de grande richesse … La marche a creusé nos appétits et nous conduit comme des automates dans un restaurant ou nous prenons le d… le souper…

Nous sommes alors vraiment sur les rotules. Retour à Saint-Eustache ou nous déposons le Montréalais et c’est alors que l’on m’informe qu’un des gendres du Québécois a gentiment mis à notre disposition un chalet à Sainte-Adèle, perdu au milieu de la forêt et, aventuriers dans l’âme, nous décidons de bouder notre chambre d’hôtel du centre de Montréal pour aller vivre une nuit palpitante parmi peut-être les grizzlis et les rennes, mais hélas, plus probablement, les maringoins ou moustiques voraces…

chalet ste adèle

La nuit est douce et câline, le silence magique et l’air VSOP. Nous nous réveillons forts comme des orignaux, prêts à affronter la dure journée d’alpinisme qui nous attend. Imaginez : nous allons affronter le terrible Mont Tremblant ! …

mo’

… à suivre …

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