nous-allons-voter

Lors des précédentes élections législatives au Maroc, en 2011, je m’étais refusé de voir, comme la plupart des gens de mon entourage, que la victoire du PJD – parti islamiste modéré – ne pouvait être qu’une mauvaise chose. J’avais expliqué mon point de vue dans le post dont les coordonnées suivent :

et-la-lampe

Je proposai même en guise de ‘’Conclusion provisoire’’, ce paragraphe :

 »Les Marocains ne sont pas  »islamistes », ou alors s’ils le sont, c’est à leur manière. Tous sont lassés par les éternelles promesses non tenues et des excuses invoquées, par l’échec patent de tous les politiques ex porteurs de leurs espoirs. Ils ont alors décidé ‘’d’essayer’’ le PJD. Les hommes y sont neufs et la morale qui leur sert de crédo idéologique, outre le fait qu’elle soit accessible et compréhensible à tous, est, espèrent-ils, un fort barrage contre la gabegie et les finasseries politiciennes, autant qu’un impératif catégorique pour leur survie même. »

Bref, le PJD était censé apporter à la vie politique nationale une morale de rigueur et opérer un clair retour à la recherche du bien de tous, perdue de vue depuis fort longtemps, ce qui avait conduit, de façon très civilisée, tout le monde le reconnaît, à répondre à la grande remise en question que fut le ‘’Mouvement du 20 Février’’. Ce mouvement était la version marocaine de la vague de protestations et de révolutions intervenues dans d’autres pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient connue sous le nom de « Printemps arabe ».

Nous voici, 5 années après, à nouveau devant les urnes, et il va falloir dire quelle majorité nous désirons voir diriger le Pays pour la prochaine législature. C’est la démocratie.

Rappel de la carte de visite du Maroc :

royaume-du-maroc

  • Monarchie constitutionnelle
  • Situé au nord-ouest de l’Afrique du Nord.
  • Capitale administrative Rabat
  • Capitale économique Casablanca
  • 33,8 millions d’habitants au recensement de 2014

Dont :

  • 49,15% sont des hommes
  • 50,85 sont des femmes
  • 32% sont analphabètes
  • 60% sont urbains, 40% sont ruraux
  • 44,4% ont moins de 15 ans
  • 76,51 ans d’espérance de vie.

Hélas, dans le cadre de la consultation actuelle, on constate que la sérénité et la retenue semblent parties à vau-l’eau et l’ont cédé aux harangues populistes et aux propos sans retenue.

Certains ont récemment, au cours d’un meeting électoral, clairement évoqué la possibilité pour le Parti de la Lampe, de ’’sortir le grand jeu’’ en illustrant leurs propos par à des exemples historiques pour le moins douteux. Ils ont lancé, comme s’ils tenaient une grenade dégoupillée à la main :

ibn-tymiyya

’’Vous ne connaissez pas notre culture. Vous ne nous faites pas peur ni avec la prison ni avec la mort… Ibn TaymiyyaIbn Taymiyya nous a appris à dire : mon paradis est dans ma poitrine, je l’emmène avec moi partout où je vais… ma mort est un martyr. Nous n’allons pas réfuter les savants de la Oumma. Nous nous réclamons d’Ibn Taymiyya…’’

tahat-ben-jelloun

Pour mieux comprendre le problème posé par cette référence outrancière, il faut absolument lire le billet consacré à la question par le sage Tahar Ben Jelloun http://fr.le360.ma/blog/le-coup-de-gueule/ibn-taymiyya-lancetre-de-daech-88775?utm_content=bufferf72f7&utm_medium=Le360fr&utm_source=Twitter.com&utm_campaign=Publipostage

al-ghazali

Il faut ensuite chercher à en savoir un peu plus sur le personnage auquel il est fait référence, Ibn Taymiyya : C’est un théologien musulman né en Turquie en 1263. Traditionaliste influent du xiiie siècle, il tenta d’organiser le jihad contre diverses composantes de la société des Proche et Moyen-Orient qu’il accusait de mécréance. Se distinguant par son refus de toute innovation dans la pratique religieuse, rejetant tant Al-Ghazali qu’Ibn Arabî tout comme l’ensemble des philosophes, son radicalisme le fait incarcérer à plusieurs reprises par les autorités de son époque et c’est en prison qu’il trouve la mort en … 1328…

abdelouahab-meddeb

Ignorée pendant des siècles, la pensée d’Ibn Taymiyya ne prit une certaine importance qu’à partir 18e siècle, lorsqu’elle devint l’une des principales références théologiques du courant wahhabite, puis de la réforme salafiste du 19e siècle. De nos jours, de nombreux militants islamistes utilisent ses textes souvent de travers d’ailleurs, pour légitimer une ou l’autre de leurs actions violentes. Ibn Taymiyya est un des théologiens musulmans les plus cités et les plus controversés actuellement tant par le wahhabisme que par le salafisme. L’écrivain, poète, spécialiste du soufisme et animateur de radio à France Culture, Abdelwahab Meddeb, dans son livre « La maladie de l’islam », estime qu’il était « peu estimé de ses collègues érudits [et] exaltait les foules incultes ».

Les enseignements d’Ibn Taymiyya constituent donc une des sources d’inspiration principales des salafistes.

Hasard des calendriers ou ironie du hasard, cette même semaine, un homme venu du Nord, du nom de Jacques Huntzinger, est venu à Casablanca pour parler, dans le cadre d’un colloque international organisé par la Fondation du Roi Abdul-Aziz (!) de Casablanca, vendredi et samedi derniers, de l’enseignement de la religion et du fait religieux.

jacques-huntzinger

Ce politologue, écrivain, diplomate et ancien coordinateur du Forum culturel méditerranéen, s’est interrogé sur la situation ’’d’inculture religieuse’’ dans laquelle se trouvent, selon lui, les sociétés modernes. Et d’affirmer tout de go : ’’La France et l’Arabie saoudite sont, peut-être, les championnes de l’inculture religieuse contemporaine’’

[’’L’emprise de «l’inculture» religieuse

L’inculture religieuse se présenterait, selon J. Huntzinger, sous quatre formes :

  • La première expression est celle du tout religieux, littéraliste, fondamentaliste, ’’primaire et caricatural’’
  • La deuxième forme est celle du religieux politique, adoptant une religion d’Etat. Un modèle courant, au Nord comme au Sud (à l’exception notoire du Liban). ’’Ce religieux a l’avantage d’être contrôlé. Mais il est aussi formaté et fragilisé de l’intérieur, car ne s’adaptant pas à la modernité et à la demande de liberté des sociétés’’, explique J. Huntzinger.
  • A ces deux configurations se rajoute une troisième, celle du religieux sans culture, ou ce que l’on appelle la religion spontanée, personnalisée, voire bricolée par les individus, en fonction de leurs aspirations.
  • Enfin, en quatrième lieu, la culture sans religion, un peu à la manière de la France qui s’attache à sa culture chrétienne, tout en étant foncièrement laïcisée.Par opposition à ces modèles, la «bonne» culture religieuse combine trois ingrédients, selon l’ex-coordinateur du Forum culturel méditerranéen. «Elle reconnaît pleinement le spirituel et le religieux, admet la liberté de croyance, de recherche et de critique du religieux, et tient compte de la sécularisation et de la modernisation sociale», précise-t-il.

Seuls deux pays pourraient être considérés comme des rescapés, ou presque, de l’inculture religieuse ambiante.

  • Les Etats-Unis, Etat laïc, universités et instances libres, et société très pratiquante.
  • Et l’Allemagne, où le politique et le religieux se complètent en toute harmonie. Un Etat laïc, des institutions religieuses indépendantes et solides, et une classe politique attachée à ses croyances. «Le politique et l’économique se nourrissent du religieux en Allemagne. L’économie sociale de marché allemande est quasiment un concept religieux», estime Huntzinger.

Même dans les pays les plus croyants, l’inculture religieuse des populations est patente. Généralement, elles ignorent les principes fondamentaux de leurs religions. Elles tombent ainsi facilement dans le piège de la radicalisation.’’] par Ahlam NAZIH L’Economiste, 27/09/2016

Pour enrichir la réflexion, je voudrais produire 2 textes qui me paraissent le mieux cerner le problème de la laïcité au Maroc, rédigés par des membres actifs de la société civile marocaine.

Le premier texte est dû à Ahmed Herzenni sociologue, chercheur universitaire et Président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme et s’intitule :

pr-a-herzenni

La laïcité commence à l’école

’’La laïcité, prise dans le sens … de «séparation de la politique et de la religion», est toujours souhaitable, en pays musulman comme ailleurs. Il faut seulement réaliser qu’en pays musulman elle est à la fois plus facile et plus difficile qu’ailleurs.

Elle est plus facile car pour être précis il ne s’agit pas de séparation de la politique et de la religion : il s’agit de séparation entre les formes institutionnelles de la politique et de la religion, entre l’Etat et l’Eglise. Or en Islam, en Islam sunnite en tout cas, il n’y a pas d’Eglise. La séparation devrait donc être plus facile. Mieux : elle n’a pas d’objet, puisqu’une seule partie occupe la scène, l’Etat, qui tout au long de l’histoire et contrairement à ce qui s’est passé en Europe, a plutôt dominé la religion qu’il ne s’est laissé dominer par elle.

En pays d’Islam, la laïcité consisterait en un double combat : combat, paradoxal peut-être, pour l’autonomie de la religion par rapport à l’Etat, et en même temps combat pour que jamais ne se forme une Eglise, un monopole de l’interprétation de la religion, et pour que les citoyens gardent le droit, entre autres droits, d’être leur propre interprète de la religion.

Cela nous conduit droit à la difficulté de la question de la laïcité dans nos contrées. En bref, elle se résume dans le fait que plus qu’ailleurs c’est d’abord dans les têtes qu’elle doit se réaliser. Ce qui suppose un long processus d’apprentissage de la différence entre vérité scientifique et vérité religieuse, et entre préceptes religieux et délibération démocratique. Evidemment l’école a un rôle crucial à jouer dans ce processus. Bien entendu, partant de ce que je viens de dire, la laïcité n’est pas opposée à l’Islam. Elle peut et doit être opposée à des tentatives de monopoliser l’interprétation de l’Islam. Elle doit militer pour la distinction entre les domaines de la foi et de la science, de la piété et de la gestion collective des affaires de la cité. Mais elle n’est pas opposée à l’Islam. Au contraire je maintiens que l’Islam est foncièrement laïc, dans la mesure où il ne supporte pas d’Eglise. A mon avis rien n’interdit qu’un parti politique adopte un référentiel religieux. A condition de ne pas prétendre détenir l’interprétation unique de la religion. A condition d’admettre que la sienne n’est qu’une interprétation parmi d’autres possibles de la religion, et qu’elle engage des êtres humains, des citoyens comme les autres, non des mediums d’une Vérité incontestable. Si ces conditions sont remplies, avec toute l’humilité qu’elles impliquent, alors je ne vois pas comment on pourrait empêcher un groupe politique de se donner une référence religieuse.

Concentrons-nous plutôt sur son programme. En a-t-il un ? Est-il conforme aux exigences démocratiques ? Il ne s’agit bien entendu pas de tolérer un parti qui viserait à ériger un soi-disant Etat islamique ou excommunierait à l’avance une partie de la population. Faisons donc attention aux programmes, et bien entendu aux pratiques, qui incluent les discours. Toute enfreinte aux normes démocratiques doit être sévèrement châtiée. Mais on ne doit pas interdire aux gens de se donner les références religieuses ou philosophiques qu’ils veulent. Evidemment non. La modernité commence lorsque, pris dans la complexité de la vie moderne justement, l’individu, désormais privé du cocon de la communauté, demande à Dieu d’une manière ou d’une autre l’autorisation d’utiliser pleinement ses propres ressources cérébrales pour essayer de s’en sortir. Il ne rompt pas nécessairement avec les textes sacrés, mais ces derniers changent en quelque sorte de statut.

L’individu n’y cherche plus des recettes qui ne s’y trouvent pas mais plutôt un réconfort moral et émotionnel, une élévation spirituelle, une inspiration générale. Pour le reste, il ne peut compter que sur sa propre raison, quitte à se tromper. La modernité c’est d’ailleurs le droit de se tromper qui implique donc de s’écarter de la lettre des textes. L’individu moderne n’a pas choisi cette liberté, elle s’est imposée à lui. Après tout, la condition humaine était plus aisée avant la modernité, lorsque, la tradition réglant tout, l’individu n’avait à se soucier vraiment que de son salut dans l’au-delà. Aujourd’hui, il est évident que le salut doit être conquis d’abord ici-bas, chaque jour, et dans cette lutte les textes sacrés ne peuvent être que d’un secours moral, émotionnel, spirituel, ce qui est déjà immense, pour ceux qui peuvent trouver ce secours./’’

Le second texte est dû à Driss Moussaoui, Psychiatre & Président du Collectif ’’Démocratie et Modernité’’ . Il s’intitule :

driss-moussaoui

La laïcité et le sécularisme sont respectueux des croyances :

’’La laïcité, ou plutôt le sécularisme, est en progression dans le monde entier, même dans des pays comme l’Arabie Saoudite, aussi bizarre que cela puisse paraître. C’est une tendance lourde, aussi puissante que la mondialisation du commerce et de la technologie. Les multiples ouvertures induisent inévitablement des changements de structure mentale. L’un des plus forts changements consiste en la transformation de la pensée et la parole collectives en une pensée et une action individuelles, ce qui induit une mentalité plus critique et plus créative. La déconstruction progressive de tous les dogmes, tous les prêt-à-penser, et leur remplacement par une pensée individualisée, sur mesure, deviendront de plus en plus la règle, y compris dans le champ religieux, tous les champs religieux. Beaucoup s’angoissent de ces changements qui leur font perdre leurs repères; ils le ressentent comme une perte d’une partie essentielle d’eux-mêmes. Leur réaction est à la mesure de leur désarroi.

L’intégrisme est signe de souffrance, et dans une société fragile, peut générer des déflagrations meurtrières.

Le tout est d’accompagner cette transformation inévitable de la société à tous les niveaux, et surtout à l’école et dans la famille. Quand un adolescent ou un jeune adulte, assoiffé d’absolu, ne trouve de réponse nulle part à ses multiples questions, il ne faut pas s’étonner qu’il soit happé par les certitudes agressives.

nietzsche

«Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou» disait Nietzsche.

Est-ce que ce mouvement universel est bon pour le Maroc ? La question à poser est plutôt : le Maroc ne pouvant y échapper, comment s’y préparer au mieux ? Il faut bien dire que toute déconstruction s’accompagne de destruction, et donc d’angoisses, d’où des résistances, une inertie bien compréhensibles. La seule voie est didactique, d’accompagnement des jeunes et des moins jeunes, de dialogue ouvert et sans tabou.

ibn-khaldoun

La gestion de la cité qu’est la politique a, tout au long de l’Histoire du Maroc et des pays arabes et musulmans, été contaminée par des interprétations religieuses rétrogrades. La position à l’égard de la femme est instructive. Ibn Rochd expliquait il y a déjà 8 siècles qu’une des grandes raisons du retard au développement de nos pays était dû à ce qu’Ibn Khaldoun appelait par la suite la guerre des sexes, et qu’Ibn Rochd a qualifié d’écrasement de la moitié de la population par l’autre moitié. Ibn Rochd affirmait qu’une femme bien éduquée pouvait devenir hakim (médecin-philosophe) ou vizir. Pas étonnant qu’avec des idées comme celle-ci, ses livres aient été brûlés sur la place publique avant d’être renvoyé exilé dans son Andalousie natale. Faisant écho à cette position, le chef du groupe parlementaire intégriste du Koweït ; s’exprimant dans un anglais impeccable sur la BBC il y a quelques mois, expliquait que la religion musulmane interdisait le vote des femmes.

Les historiens savent qu’une partie non négligeable de la responsabilité du sous-développement dans lequel nous sommes est due à une mauvaise utilisation des concepts de halal (licite, ndr) et de haram (illicite, ndr). Le nombre de fetwa (avis juridique donné par un spécialiste de la loi islamique sur une question particulière – ndr) qui ont desservi notre pays sont légion dans son Histoire. Faut-il rappeler à cet égard l’anathème jeté sur la quarantaine comme unique instrument existant à partir des 16 e – 17 e siècles pour lutter contre les multiples épidémies de peste, de choléra et autres ? Faut-il rappeler les fetwa interdisant l’usage du téléphone, de l’appareil photographique et l’énorme difficulté que l’imprimerie a eu à se faire une petite place dans nos pays ? Au nom d’une religion mal comprise, que de crimes sociaux, culturels et scientifiques ont été commis, qui pour certains ont abouti à la mort de l’intelligence et donc des hommes et femmes qui l’ont perdue.

Rêver de mettre le Maroc d’aujourd’hui sous cloche de verre, isolé de l’Europe et du reste du monde, relève du fantasme infantile. A l’heure où il y a un Marocain sur dix qui vit à l’étranger, à l’heure où il y a 3 milliards d’êtres humains qui prennent l’avion chaque année, à l’heure d’internet, à l’heure où le plus reculé des villages dans notre pays peut recevoir des dizaines de chaînes télévisées étrangères, le Maroc est déjà ouvert aux quatre vents à toutes les influences extérieures, et c’est tant mieux. La perception par certains politiciens traditionalistes et à référence religieuse que le Marocain est une sorte de grand enfant qu’il faut protéger contre ces influences extérieures forcément toutes néfastes, est une insulte à l’intelligence adoptive de nos concitoyens. Les idées se combattent par des idées, pas par des interdits multipliés à l’infini. La laïcité et le sécularisme, dans leur essence, sont respectueux des croyances des citoyens, y compris au niveau religieux. La liberté de culte ainsi que la liberté de non-culte, sont assurées à tous. En fait, ce contre quoi les sécularistes luttent, c’est l’interprétation agressive et rétrograde du fait religieux. La religion pratiquée dans l’ouverture et la tolérance de la différence est toujours la bienvenue pour les sécularistes, parce qu’elle fait partie de la diversité nécessaire dans toute société. Ce qui est inacceptable, c’est l’embrigadement dans une uniformité de pensée et de comportement qui appauvrit l’individu et la communauté. C’est l’unanimisme uniformiste qui a été à l’origine de notre sous-développement scientifique, technologique, et donc militaire, et qui a été la source de notre colonisation par les Européens. Les tenants d’un islam rigidement interprété, en ce faisant, affaiblissent en fait ce qu’ils veulent renforcer : l’Islam et les Musulmans. Tout d’abord, je ne vois personnellement aucun inconvénient à voir des hommes et des femmes politiques se revendiquer d’un référentiel religieux. C’est leur liberté, comme c’est la liberté des autres de se revendiquer d’une politique qui ne fait référence à aucun élément religieux. Le principal point d’achoppement est celui de la prééminence du religieux sur le temporel : ce que certains décrètent selon leur lecture comme étant la loi divine est une interprétation parmi d’autres, et ce sont tous les citoyens … qui doivent se prononcer en cas de divergence d’opinion selon la méthode démocratique. Un «islamiste-démocrate» ou un «musulman-démocrate» est le bienvenu dans notre paysage politique s’il accepte pleinement les règles du vote libre et l’alternance du pouvoir. Bien entendu, les valeurs que défendent les modernistes et les démocrates sont à l’opposé de celles défendues par les «néo-conservateurs» de tous bords, comme c’est le cas dans le monde entier. La discussion sur l’enseignement de l’évolutionnisme et du créationnisme dans les écoles des USA, voire même en Hollande, est à cet égard édifiante.

Par ailleurs, l’expérience a montré que dans un pays comme l’Iran, où la religion a été totalement mélangée à la gestion de la cité, que la politique avec ses multiples dérapages, a en fait sali l’image de la religion. Beaucoup de mollahs en Iran se sont élevés pour demander une séparation entre la religion et l’Etat dans le plus grand intérêt de la religion. Ils ne demandent rien d’autre en fait que l’introduction du sécularisme, voire de la laïcité dans leur pays.

En tant que psychiatre, je sais combien la religion est un facteur de stabilité et de sérénité personnelles, quand elle est pratiquée de manière équilibrée et positive. Il est évident aussi qu’elle peut détruire l’individu et la communauté quand elle est instrument d’exclusion et de confrontation, à travers des identités exacerbées. La religion, dans son essence comme dans sa pratique, s’adresse au champ privé. La politique, c’est-à-dire la gestion de la cité, relève du domaine public, du rapport des forces en présence à travers des programmes présentés aux électeurs, et devrait se faire sans appropriation abusive de religion ou de patriotisme.

ibn-rochd

Nous avons déjà eu des gouvernements intégristes dans l’Histoire du Maroc. Le début de la dynastie Almohade a été à cet égard un modèle d’intolérance ; Ibn Rochd et Maimonide en savaient quelque chose. Même durant le Moyen Age, c’était une position intenable, parce que la religion basée sur des dogmes rigides fait appel à l’absolu, alors que l’action politique, pour être efficace, se doit de pratiquer la relativité et la souplesse. Cette différence d’essence et de méthode fait que cette mixture est impossible à réaliser. Comme l’eau avec l’huile, tant qu’on agite l’ustensile qui les contient, on a l’impression qu’ils forment un seul liquide. Dès qu’on repose l’ustensile en paix, les deux liquides se séparent.’’

Paroles de sagesse assurément, qui devraient être écoutées et assimilées par tous, et particulièrement par celles et ceux qui s’effraient de l’inexorable avancée de la modernité et y voit une menace pour leur lecture (en fait) étriquée et pauvre du religieux.

Telle attitude est au mieux révélatrice d’une arriération inquiétante, d’une ignorance coupable, ou pire, tout simplement d’une malhonnêteté  intellectuelle flagrante !

Ne prêtons aucune attention donc à tous les bonimenteurs et autres vendeurs de solutions toutes faites, aux brocanteurs de la pensée qui n’ont jamais rien prouvé que leur capacité de nuisance, leur logorrhée et leur nullité aveugles.

Que chacun d’entre nous vote pour le candidat qui à ses yeux est le plus à même de fournir aux 33,8 millions de citoyennes et de citoyens marocains, les conditions d’un épanouissement et d’un progrès réaliste, moderne et apaisé…

mo’

 

 

 

 

 

é

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