lhomme-est-il-parfait

 

Rien en l’être humain, n’est inutile. La conception de ce tout semble absolument parfaite.

soma

 

 

 

 

 

Grâce à la génétique, science qui étudie l’hérédité et les gènes, sous-discipline de la biologie, on avait identifié, dans le noyau de chaque cellule du vivant, la présence d’un long ruban : l’ADN ou acide désoxyribonucléique  qui contient l’ensemble de l’information génétique. Du moins le croyait-on jusqu’à présent.

Puis quelqu’un eut la bonne idée d’étudier les autres constituants formels et informels des chromosomes, ces espèces de documents à formes variables ou est consigné cet ADN, le code de la vie. Le ‘’vide’’ supposé est en fait un immense fatras d’ ‘’outils’’ servant tous à la fabrication du vivant et à son adaptation permanente à son biotope.

L’épigénétique est l’étude des changements d’activité des gènes — donc des changements de caractères — qui sont transmis au fil des divisions cellulaires ou des générations sans faire appel à des mutations de l’ADN, tout simplement par l’ordre de leur agencement.

abeilles

Illustrons par l’exemple : une même larve d’abeille deviendra une reine ou une ouvrière en fonction de la façon dont elle est nourrie, et un même œuf de tortue peut éclore en mâle ou femelle en fonction de la température. Il s’agit bien de l’expression du même code génétique global, mais des facteurs environnementaux ont sélectionné une expression plutôt qu’une autre, chacune étant disponible dans la « base de données » génétique. 

 »On peut sans doute comparer la distinction entre la génétique et l’épigénétique à la différence entre l’écriture d’un livre et sa lecture : Une fois que le livre est écrit, le texte – les gènes ou l’information stockée sous forme d’ADN – sera le même dans tous les exemplaires distribués au public. Cependant, chaque lecteur d’un livre donné aura une interprétation légèrement différente de l’histoire, qui suscitera en lui des émotions et des projections personnelles au fil des chapitres. D’une manière très comparable, l’épigénétique permettrait plusieurs lectures d’une matrice fixe – le livre ou le code génétique, donnant lieu à diverses interprétations, selon les conditions dans lesquelles on interroge cette matrice. »

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En matière d’évolution, l’épigénétique permet d’expliquer comment des traits peuvent être acquis, éventuellement transmis d’une génération à l’autre ou encore perdus après avoir été hérités. La mise en lumière récente de ces moyens épigénétiques d’adaptation d’une espèce à son environnement est selon Joël de Rosnay scientifique, prospectiviste, conférencier et écrivain français : « la grande révolution de la biologie de ces 5 dernières années » car elle montre que dans certains cas, notre comportement agit sur l’expression de nos gènes. Elle explique aussi le polyphénisme, par exemple les changements de couleur en fonction des saisons – tel le renard polaire qui devient blanc en hiver.

En médecine, l’épigénétique a des applications possibles dans plusieurs champs, de la biologie du développement à l’agronomie et la nutrition en passant par la médecine, y compris la recherche sur le cancer avec des perspectives thérapeutiques nouvelles, notamment avec la création d' »épi-médicaments ».

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Non moins étonnant, le fait que chaque nuit, tous les animaux mammifères – à peu près sans exception aucune, homme compris bien sûr, rêvent durant un laps de temps – évalué dans le cas de l’homme à environ 100 minutes, soit un peu plus d’heure et demie.

On ne peut dire que l’homme ait négligé cette drôle de fonction nommé ‘’RÊVE’’, mais avouons que la façon dont il en a traité prête souvent plutôt à sourire qu’à philosopher.

La biologie, ci-devant évoquée est catégorique : le rêve est élaboré et s’exprime dans le cerveau du rêveur.

Plus sérieusement, il faut dire que le sommeil, qui jusqu’à maintenant n’était considéré que comme une seule phase, est en fait un ensemble comprenant trois phases.

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La première phase est la phase pré sommeil, la phase d’endormissement qui est le moment qui prépare le sommeil et qui apprête aussi implicitement le rêve.

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La deuxième phase est celle du sommeil lent. Ce moment est aussi appelé le sommeil à ondes lentes. C’est pendant ce sommeil à ondes lentes, qu’apparaît alors le sommeil paradoxal.

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C’est la troisième phase qui apparaît lorsque le système d’éveil ainsi que celui de l’endormissement sont totalement désactivés. Il s’agit d’une phase du sommeil pendant laquelle l’activité électrique corticale est similaire à celle de l’éveil.

Ce sommeil peut être considéré comme une reprogrammation périodique des comportements de l’espèce et des individus. Il sert à l’entretien du corps et à la préparation de la journée du lendemain, c’est-à-dire de l’avenir immédiat.

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Le rêve n’est donc pas le propre de l’homme et il est apparu au cours de l’évolution après l’extinction des dinosaures il y a 65 millions d’années. Il ne serait pas du tout réductible à une réminiscence du passé, à une reformulation du ‘’déjà-vécu’’, au contraire, il est création originale et formulation de l’avenir !

Pour Pierre Lembeye, psychanalyste , Sigmund Freud est dans l’erreur lorsqu’il réduit le rêve ‘’à un rapport au passé’’ ou il ne serait ‘’plus que le discours symbolique d’un individu et ne compte plus que comme récit.’’ 

Freud a pensé que les rêves étaient tous une formulation imaginaire d’un désir inconscient au point de voir dans leur interprétation la ‘’voie royale vers l’inconscient’’

Dans la psychanalyse disons classique, celle de Freud puis celle de Lacan, le rêve est individuel et révélateur de l’histoire personnelle de chacun. La théorie psychanalytique, suggérait que son interprétation pouvait faire apparaître son « contenu latent », le découvrir sous son « contenu manifeste ».

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Mais Pierre Lembeye affirme un siècle plus tard, que la théorie freudienne a volé en éclats et n’a pas eu d’effets positifs : ‘’Ce mythe et ses rituels n’ont pu qu’exacerber l’individualisme et la dépression de l’homme contemporain.’’

Il n’y aurait aucune clef des songes et la vérité serait bien plus complexe. En effet,  ‘’Il y a des rêves diagnostiques, constatifs, pronostiques, thérapeutiques… » Le rêve pourrait en fait réaliser un désir, mais aussi bien mettre en scène ou en garde, conjurer, annoncer, prédire, prophétiser.

Mais, continue Pierre Lembeye, « Si des rêves travaillent à nous soigner, d’autres en revanche tendent à maintenir, à accroître nos déséquilibres. Certaines formes oniriques, coups de tonnerre dans un ciel serein, sont les premiers signes de tumeurs. » Et c’est comme cela que le rêve cesse d’être un ‘’souvenir’’ et devient un ‘’survenir’’.

Et d’illustrer le propos par des exemples :

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  • Mozart a rêvé le thème de ‘’La Flûte enchantée’’ avant de la composer,
  • Descartes a rêvé ‘’les méditations’’, avant d’en relater la teneur,
  • Et Einstein a vu en songe ‘’la théorie de la relativité’’ avant de la formuler et l’exposer !

Et Pierre Lembeye de conclure : ‘’Comme le symptôme ou le jeu, le rêve inaugure’’. Selon lui, le rêve a souffert d’être ‘’disséqué, analysé, interprété, théorisé, scannerisé’’ selon des « modalités issues de l’éveil », lesquelles ont eu pour effet de le réduire à une « peau de chagrin ». Or, « le réel onirique est tout aussi réel que le réel de la veille. »

Comme déjà affirmé plus haut, le rêve n’est pas seulement relié au passé d’un individu. « Le rêve n’est pas une voie mais un royaume. Pour sa part majeure l’inconscient n’est pas individuel. Le rêve raconte à sa façon l’époque. » Le rêve circule, s’échange, se partage. Et le psychanalyste de lancer une véritable bombe:

‘’L’ ‘’onirêtre’’» prime sur le ‘’parlêtre’’ : C’est le rêve qui dicte à la philosophie et non la philosophie qui prescrit au rêve’’

Ainsi, nos coups de génie et nos actes les plus abjectes sont aussi les enfants de nos songes. Le rêve existe donc bien avant le langage, le récit, l’écriture. Le rêve est relié à ‘’un inconscient collectif généralisé incluant une certaine complexité du vivant’’.

Et enfin, conclusion de cette étonnante proposition, la grande sagesse dans ce conseil de mesure, enrichi par le nouvel éclairage : ‘’Ne faisons pas gouverner l’éveil sur le sommeil ni le sommeil sur la veille, mais accueillons l’entrelacs des deux, la mémoire de l’un dans l’autre.  C’est dans cet entrelacs que se découvre l’unité de l’être au monde. Ne plus asservir rêve et sommeil à l’éveil, se dégager du primat de l’éveil, telle est la tâche urgente’’.

Pour étrange que cela puisse paraître, chacun de nous peut, au prix d’un petit effort de concentration, trouver dans son vécu des exemples de ‘’prémonition’’ et l’explication d’un thème onirique revenant sans cesse, d’un rêve fait de façon incessante, durant des années jusqu’au jour ou enfin il se réalise ou alors, on le comprend !

Notre psyché est bonne – et même intraitable- comptable et ne cesse la répétition sans fin de ses signaux que lorsque ces signaux deviennent caducs ou qu’on les arrête délibérément, sans jamais savoir le coût énorme de ce blocage.

Faites de beaux rêves !

mo’

Bibliographie :

  1. L’homme descend du songe, Pierre Lembeye, Buchet-Chastel, Collection Les Essais, 2005.
  2. http://www.scienceshumaines.com/l-homme-descend-du-songe_fr_14418.html
  3. http://cafaitdesordre.com/blog/2015/06/catherine-david-sur-le-psychanalyste-p-lembeye/
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