in-memoriam

La  »Grande Faucheuse » a bien travaillé ces derniers temps. Pas plus ni moins que d’habitude ? Mais alors pourquoi ces silences font-ils un tel vacarme ?

Le 07 Novembre 2016

leonard-cohen

Leonard Cohen, est décédé à l’âge de 82 ans, pendant la nuit du 07 novembre 2016. Il laisse un immense répertoire de chansons teintées de noirceur qui ont bercé plus qu’une génération.

Bird on the wire, Leonard Cohen

Né dans une famille juive aisée, il a composé certains des hymnes les plus envoûtants des dernières décennies.

Suzanne, Leonard Cohen

« Leonard Cohen était un musicien sans égal, dont l’œuvre époustouflante et originale avait touché des générations de fans et d’artistes »

In my secret life, Leonard Cohen

« Leonard, les sentiments et les sons qui émanaient de ta poésie et de ta musique n’étaient comme ceux de nul autre artiste. Tu nous manqueras », a salué dans un vibrant hommage le Premier ministre canadien Justin Trudeau qui veut se souvenir « affectueusement de lui pour sa voix profonde, son humour teinté d’autodérision et les paroles qui ont rendu ses chansons indémodables pour de si nombreuses générations ».

So long Marianne, Leonard Cohen

Leonard Cohen était l’un des porteurs du cercueil de Pierre-Elliott Trudeau, ancien Premier ministre et père de l’actuel chef de gouvernement lors de funérailles où les anciens présidents américain Jimmy Carter et cubain Fidel Castro étaient présents.

Famous Blue Raincoat, Leonard Cohen

‘’Leonard Cohen avait disparu de la scène dans les années 1990, préférant se réfugier dans le bouddhisme, devenant même moine en 1996. Il avait fêté ses 82 ans avec un nouvel album, dans lequel, au fil de chansons toujours plus sombres, la mort planait comme un rappel d’une issue inexorable.’’

Le 12 Novembre 2016

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Malek CHEBEL nous a quittés.

‘’… Psychanalyste et anthropologue, il avait laissé la pratique clinique pour se consacrer à l’étude de l’islam et des hadiths. Il écrivait et communiquait beaucoup…

… S’appuyant sur Sénèque, il défendait l’idée que chacun se trouve chez soi là où il élit domicile. Ses travaux sur les rituels comme la circoncision font référence. Prolixe, il s’est essayé à une interprétation des Mille et Une Nuits

… Il dénonçait le fanatisme et appelait à se sentir libre. En valorisant la civilisation islamique, il s’est consacré à une lecture ouverte de l’islam, invitant à n’en retenir que les aspects positifs. Il prônait le dialogue entre religions, entre civilisations. Il croyait à leurs influences réciproques. Il a mis en exergue la question du désir au féminin, luttant contre l’exclusion de la femme et contre toute forme de machisme, en rappelant l’importance de l’amour et de la libido féminine. Il appelait les jeunes qui se sentaient exclus à connaître leur culture. Il opérait la transmission d’un héritage.

D’autres grands penseurs nous ont quittés… Abdelwahab Meddeb et Mohammed Arkoun. Par ces temps obscurs où l’islam n’est souvent pas celui des Lumières comme le souhaitait Malek Chebel, mais celui des obscurantistes et des ignorants, sa parole va nous manquer. Mais le meilleur hommage à lui rendre c’est de faire vivre sa pensée. La « critique de la raison islamique » pour reprendre la thèse de Mohammed Arkoun est en marche avec de nouveaux penseurs comme Rachid Benzine, Fethi Benslama, Ghaleb Bencheikh, Abdennour Bidar… lls ne se situent pas dans le même discours, ne parlent pas du même lieu, mais contribuent à ouvrir le débat sur l’islam aujourd’hui et sa nécessaire contextualisation’’ …

Extraits de l’hommage de Jalil Bennani http://www.lesiteinfo.com/malek-chebel-nous-a-quittes-lhommage-de-jalil-bennani/

‘’Le Coran, conservateur et propagateur de la langue arabe, comporte une dimension mystique que seuls quelques initiés arrivent à percevoir, car il faut pouvoir lire, comprendre et méditer le texte sacré dans la multiplicité de ses sens pour s’en convaincre.’’  »Islam, sagesses d’amour, sagesses soufies, Malek Chebel »

Eté – Automne 2016

pericles

La Démocratie est Morte

… ‘’Référendum britannique, après-attentat de Nice, tentative de coup d’État en Turquie, investiture de TRUMP (1) … Cet été, des jours sombres auront montré comment le gouvernement par le peuple –assailli d’un côté par des populistes illibéraux et de l’autre par des élites non démocratiques– est au bord de l’extinction.’’

  • Non encore élu à la date de parution du présent article. L’auteur ne parle que de sa désignation à la candidature républicaine.

‘’Il … y a des semaines si chargées qu’elles semblent marquer la désintégration d’un ordre mondial apparemment immuable et en présager un autre encore inconnu…

…A première vue, une crise politique à Londres, un attentat terroriste à Nice, un putsch manqué à Ankara et un orateur verbeux … pour la présidentielle américaine ont tout l’air d’être les apogées dramatiques de scénarios très différents et quasiment indépendants les uns des autres…

Dislocation de l’Union européenne

Les Britanniques venaient de voter leur départ de l’Union européenne, un référendum aux résultats imprévus dont l’onde de choc était en train de se répandre sur l’ensemble du continent…

… La Grande-Bretagne quitterait l’Union européenne et l’ordre européen scellé au sortir de la Seconde Guerre mondiale faisait un pas de plus vers la dislocation.

Guéguerre partisane sur les cadavres de Nice

Le jeudi 14 juillet, la France célébrait sa fête nationale…

Un camion de la mort fonça sur la foule compacte de la Promenade (des Anglais). Son chauffeur zigzagua, tira sur les promeneurs, tua à l’aveugle, au plus abject. Quand le poids lourd s’immobilisa, 86 personnes étaient mortes ou en train de mourir.

Les citoyens français ‘’sont un peu plus près de céder à la tentation d’une réaction autoritaire’’…

Marine Le Pen railla François Hollande pour sa révocation bien malvenue de l’état d’urgence et accusa le gouvernement d’avoir lamentablement échoué dans sa lutte contre Daech. Une invective qui eut un écho certain… Si l’élection de Marine Le Pen au printemps prochain était encore inimaginable il y a peu, (elle) devient de plus en plus concevable…

Le «cadeau de Dieu» offert à Erdogan

(En juillet eut lieu, en Turquie) … un bon vieux coup d’État à l’ancienne contre le président Recep Tayyip Erdogan

… Contrairement à ce qu’avaient pu estimer les observateurs, l’élite laïque turque conservait encore suffisamment de pouvoir pour mener une opération de la dernière chance contre l’islamisation rampante du pays ourdie par Erdogan et, grâce à la puissance des F16 de l’armée, son entreprise semblait s’orienter vers le succès.

Puis le vent commença à tourner … A son invite, des dizaines de milliers de Turcs descendirent dans les rues pour ‘’défendre la démocratie’’, jurer allégeance à leur tribun ou réclamer leur droit d’imposer leur religion à autrui, voire les trois à la fois. Le gros de l’armée se retourna contre les conspirateurs, les partis d’opposition condamnèrent le putsch, comme le firent Angela Merkel et Barack Obama –dès qu’ils furent en mesure d’accorder au maintien au pouvoir d’Erdogan une probabilité relativement forte.

A l’aube, une dictature militaire avait été évitée. Mais la démocratie libérale n’était pas pour autant saine et sauve. De retour sans encombre à Istanbul, Erdogan qualifia le coup d’État de «cadeau de Dieu» et se fixa pour tâche de purger le pays de tout individu qu’il suspectait de déloyauté. Dans l’avalanche d’arrestations, et les milliers de juges démis de leurs fonctions, certains avaient probablement mis la main au complot, mais pour la plupart, leur crime n’était qu’en pensée, pas en acte. La Turquie venait donc d’assister à deux coups d’État en moins de 48 heures: le premier, rébellion avortée de factions de l’armée contre le régime proto-autoritaire d’Erdogan, et le second, purge réussie de tous ceux qui, un jour, auraient pu mettre en péril la position du président, que ce soit par le canon d’un fusil ou l’urne d’un bureau de vote.

TRUMP, l’homme qui fait son business des événements dramatiques

Parce qu’il ne laisse jamais rien ni personne freiner son petit business, et ce même s’il s’agit d’événements dramatiques, Donald J. TRUMP aura célébré tous les développements et les rebondissements de Londres, Nice et Ankara. Quand les Britanniques font le choix du Brexit, il les félicite pour avoir «repris leur pays» et promet de «faire exactement la même chose le jour de l’élection présidentielle de 2016, ici aux États-Unis». Lorsqu’il apprend la nouvelle de l’attentat de Nice, ce qui lui saute aux yeux, c’est une occasion de réaffirmer son hostilité à l’immigration des musulmans. «Quand allons-nous comprendre?», tweete-t-il le jeudi soir, «la situation ne fait qu’empirer». Même le coup d’État en Turquie devient une «nouvelle démonstration des échecs d’Obama-Clinton

L’argumentaire de TRUMP est simplissime: les problèmes auxquels font face l’Amérique sont historiquement graves. Mais ils sont le résultat de l’incompétence, de la corruption ou de fausses loyautés. Et ils seront facilement résolus dès qu’un dirigeant solide, patriote et incorruptible –un gars comme TRUMP, en résumé– prendra le pouvoir. Il n’y a que lui, et personne d’autre, pour trouver la solution aux «périlleux problèmes» qui ont pu caractériser cette terrible semaine.

C’est la fusion providentielle du peuple et de son leader –la foi en une délivrance collective d’un monde obscur que seul un porteur authentiquement pur de la voix du peuple est capable d’amener– qui est à la base de son pouvoir de séduction. Et c’est son incapacité, tout à fait liée, à admettre ses erreurs, ou l’existence de conflits d’intérêts légitimes dans une démocratie, ou la nécessité d’un contrôle du pouvoir de la présidence par d’autres institutions, qui en fait un homme particulièrement dangereux…

La démocratie libérale attaquée

… Dans une république prospère et tapageuse de 300 millions d’habitants, les petites brutes en smoking et autres amateurs du caniveau ne manquent pas. La nouveauté, ce n’est pas l’existence d’un populiste disposé à se faire l’écho de sentiments bien moches, c’est qu’une masse d’électeurs soient si dégoûtés par la classe politique, et si désillusionnés par l’état dans lequel se trouvent les institutions nationales, qu’ils sont prêts à voter pour un type aussi dégueulasse…

En fin de compte, les outrances et les idées farfelues de TRUMP importent bien moins qu’il ne pourrait le croire. Il n’est rien d’autre qu’un figurant de plus dans un film d’horreur en cours –le bénéficiaire le plus visible d’un changement d’époque dont les racines remontent bien avant son entrée en politique et dont les conséquences continueront à modeler nos sociétés bien après son départ en retraite dans l’un de ses nombreux palais.

Parmi les démocraties riches et installées d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale, bon nombre ont assisté ces dernières années au fulgurant essor de personnalités politiques qui … lui ressemblent sur bien d’autres aspects: Marine Le Pen en France, Frauke Petry en Allemagne, Geert Wilders aux Pays-Bas et la plupart des chefs de file du Brexit au Royaume-Uni. Des individus qui, eux aussi, font leur beurre d’un niveau de colère rarement atteint par les démocraties libérales ces cinquante dernières années. Qui promettent aussi de parler pour le petit peuple, de débarrasser leur pays d’une élite politique corrompue et de remettre les minorités religieuses et ethniques aujourd’hui (censément) trop chouchoutées à leur vraie (et subordonnée) place. Qui, eux aussi, n’auraient aucun scrupule à envoyer valser les institutions politiques libérales que sont un système judiciaire indépendant ou la liberté de la presse si jamais elles venaient entraver la volonté du vrai peuple.

Ensemble, ils construisent un nouveau type de régime politique qui, lentement, est en train de prendre son envol: la démocratie illibérale …

… Les élites politiques sont effrayées par la vitesse avec laquelle la démocratie illibérale se répand, et on les comprend. Mais si les populistes appellent de leurs vœux un système politique équivalant à la démocratie libérale amputée d’une moitié, le fait est que les politiciens conventionnels sont de plus en plus nombreux à être tentés par un système tronquant l’autre moitié. Là où TRUMP et LE PEN veulent établir une démocratie illibérale, beaucoup de sensés centristes cherchent tranquillement leur salut dans ce que j’appellerais le «libéralisme non-démocratique». Si le peuple veut violer les droits des minorités mal-aimées, profilant l’avènement d’une démocratie sans droits, l’establishment politique ne cesse de s’isoler des demandes du peuple et d’opter pour un genre de système avec droits mais sans démocratie.

A n’en pas douter, le libéralisme non-démocratique conserve en général un vernis démocratique. Les salamalecs d’usage de la vie politique d’une démocratie supposée sont respectés: il y a des élections régulières, des grands discours, des campagnes acharnées et des votes parlementaires. L’appareil institutionnel censé contribuer à la traduction de la volonté du peuple en politiques publiques demeure. Et, pourtant, le but réel de ces institutions –laisser le peuple régner– est de plus en plus oublié. Pour quiconque disposé à regarder les choses avec scepticisme, l’inefficacité de ces institutions à exécuter la noble tâche qu’elles sont censées servir ne peut que crever les yeux…

Décomposition

La démocratie libérale est en train de se décomposer. Au cours des prochaines décennies, une grande partie du monde sera confrontée au choix tragique entre démocratie illibérale, ou la démocratie sans droits, et libéralisme non-démocratique, ou les droits sans démocratie.

Mais si les choses se déroulent ainsi, il est peu probable qu’il s’agisse du fin mot de l’histoire. Quand des démocrates illibéraux passent de mode, ils ne sont pas du genre à laisser tomber le pouvoir. Ce qui commence par une volonté sincère de porter la parole du peuple se transforme bien trop souvent en franche dictature. Une logique étrangement similaire pourrait s’appliquer au libéralisme non-démocratique: forcé de se défendre contre les assauts des populistes illibéraux, il pourrait recourir à des moyens de plus en plus illibéraux pour dompter ses adversaires. A long terme, le destin de la démocratie illibérale et du libéralisme non-démocratique pourrait être farouchement identique et, petit à petit, s’orienter vers la dictature totale…

Disparitions des facteurs favorables

Au regard des normes historiques, la stabilité des démocraties libérales aura été extraordinaire. Des pays pauvres ont beaucoup de difficulté à maintenir un régime démocratique. Certains pays riches, notamment ceux tirant leur richesse du pétrole, ont toujours été contrôlés par des autocrates. Mais une fois qu’un pays riche réussit sa transition démocratique, cette forme de gouvernement est verrouillée. Il s’agit sans doute d’un des faits les plus indéniables que la science politique peut nous offrir. Jamais, dans l’histoire, une démocratie riche et consolidée ne se sera effondrée. Pas une seule fois.

Avec un tel fait, facile d’attribuer la stabilité des institutions politiques occidentales à ses attributs fondamentaux: le suffrage universel, l’État de droit, l’équilibre des pouvoirs, les droits individuels. Chaque pays a son propre récit généalogique pour expliquer sa propre implantation démocratique…

Une histoire heureuse qui omet plusieurs éléments si formateurs pour notre monde politique qu’il est aussi facile d’oublier combien, eux aussi, sont extraordinaires au regard des normes historiques. Durant toute l’histoire de la stabilité démocratique, les citoyens ordinaires ont vu leurs revenus augmenter rapidement. Durant toute l’histoire de la stabilité démocratique, les démocraties ont toujours été les pays les plus puissants au monde. Et durant toute l’histoire de la stabilité démocratique, les démocraties ont été largement homogènes.

Au cours des dernières décennies, tous ces facteurs ont disparu les uns après les autres. Le niveau de vie stagne. L’essor de la Chine menace l’hégémonie américaine. Les démocraties d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale n’ont jamais été aussi diverses.

L’histoire n’est d’aucun secours pour nous dire comment les démocraties libérales s’en sortiront en de telles circonstances…

… Des tensions renaissantes sur l’immigration et l’identité

Dans la plupart des régions d’Europe, il aura fallu, pour que la démocratie s’enracine profondément, les massacres et les expulsions de la Seconde Guerre mondiale, qui auront largement homogénéisé des pays auparavant riches en minorités. Dans ces endroits, la démocratie est une création de l’État-nation et pour les étrangers, l’adhésion à ces nations a toujours été difficile et incomplète. Un Allemand, un Italien ou un Suédois était censé avoir telle apparence et telle ascendance ethnique. Si tous les Allemands ne sont pas blonds, ni le teint de tous les Italiens olivâtre, il allait sans dire qu’un noir, un asiatique ou un ressortissant du Moyen-Orient n’était ni Allemand ni Italien

… Les terroristes ont allumé une mèche mise en place par d’autres

… Malgré leur haine réciproque, les populistes et les terroristes vivent dans une étrange symbiose…

… (Ces) terroristes, comme le veut une pieuse opinion, n’auront jamais suffisamment de pouvoir pour démolir les principes de la démocratie libérale. Ce qui est vrai, aussi loin que cette notion puisse aller. Sauf qu’elle ne va pas très loin. Comme le démontrent les conséquences politiques de l’attentat de Nice –et d’Orlando, et de Bruxelles et de Wurtzbourg

… La question politique la plus pressante de notre époque actuelle est donc la suivante: comment faire pour éviter cette catastrophe? Quelles réformes sont nécessaires pour rétablir les fondations sociales et économiques de la démocratie libérale? Et comment donner aux valeurs démocratiques libérales suffisamment de pouvoir de conviction pour qu’elles remportent la bataille des idées … ?

… Au regard des cruelles normes historiques, les dernières décennies ont été extraordinairement sereines. De jour en jour, l’hypothèse que nous puissions dire la même chose des décennies à venir devient de moins en moins probable. Il semble que des changements radicaux nous attendent au tournant. La question, ce n’est plus de savoir si nous pouvons préserver notre ordre politique dans sa forme actuelle – nous ne le pouvons probablement pas. Mais de réfléchir aux réformes nécessaires pour assurer que cette combinaison, fragile et précieuse, de libéralisme et de démocratie n’en vienne pas à disparaître complètement de la face de la terre. Si le centre est à tenir –s’il nous faut sauver le meilleur de notre ordre politique imparfait–, alors il y a énormément de choses à changer.’’

http://www.slate.fr/story/122365/mort-democratie

Yascha Mounk, Enseignant chercheur à Harvard-University.

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 Point de vue

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L’aurais-je suffisamment cité tout au long de ma vie, l’historien britannique Arnold Joseph Toynbee, 1889-1975, auteur d’une magistrale ‘’Etude de l’Histoire’’, qui est une  synthèse de l’histoire mondiale, basée sur les rythmes universels de la croissance, de l’épanouissement et du déclin des civilisations?

Si son œuvre est inclassable, son approche peut être comparée à celle d’Oswald Spengler dans Déclin de l’Occident. Il n’adhère pas cependant à la théorie déterministe dudit Spengler selon laquelle les civilisations croissent et meurent selon un cycle naturel.

Toynbee présente l’histoire de chacune d’entre elles en termes de défis et de réponses. Les civilisations surgissent en réponse à certains défis d’une extrême difficulté et alors que les « minorités créatrices » conçoivent des solutions pour réorienter la société entière. Défis et réponses peuvent être physiques. Ils peuvent être sociaux. Quand une civilisation arrive à relever des défis, elle croît. Sinon elle décline.

« Les civilisations meurent par suicide, non par meurtre. »

L’étude de Yascha MOUNK est à lire intégralement et en ayant à l’esprit qu’elle a été publiée avant l’élection de Donal TRUMP. Elle constitue en tout cas ce qu’on peut lire de plus sérieux sur la sombre situation actuelle du monde.

Il ne faut pas non plus détacher l’élection de Donald TRUMP des autres signes de repli dans l’ensemble du reste du monde, sous peine de n’y rien comprendre.

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On ajoutera néanmoins utilement cette lecture d’un texte ou le psychiatre Boris Cyrulnik et la spécialiste de l’Allemagne, Isabelle Davion décryptent l’élection américaine et établissent un parallèle avec les années 30. http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/15/lhistoire-et-la-psychiatrie-peuvent-expliquer-lelection-de-don/

« il ne s’agit pas du même phénomène que le nazisme, mais cette élection comme l’accession au pouvoir d’Hitler, de Pétain, d’Erdogan ou de Morsi démontre l’existence d’une défaillance culturelle ». En effet, selon lui, le clivage dans la population de nombreux pays comme les Etats-Unis se creuse désormais selon un critère principal, l’accès ou non à la culture.

L’Histoire a montré que pour ces exemples cités précédemment tout était une question d’humiliation. « Les Allemands ont été humiliés par le traité de Versailles, poursuit Boris Cyrulnik, les Français par la déroute de 40, le succès d’Israël provoque aussi un sentiment d’humiliation dans les pays arabes. Aux États-Unis, seuls les plus riches peuvent faire des études, les autres sont exclus, humiliés par cette différence. Et c’est en cela qu’il existe une défaillance culturelle comme au Congo, au Liban ou au Royaume-Uni. »

En attendant, face à cette « défaillance culturelle », la solution tient en trois mots selon lui, « l’éducation, l’art et le sport, soit, la culture dans son ensemble ». « La démocratie sans culture fait élire des dictateurs », assène Boris Cyrulnik. Elle seule peut nous permettre de garder la tête froide face à ces idées séduisantes.’’

Et je referme le dossier par cette phrase du même Boris Cyrulnik qui coule comme du petit lait au fond de ma gorge :

« Ne laissons aucun quartier, aucune ville, aucune personne sans culture ». Boris Cyrulnik.

 

mo’

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