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Entre mes sœurs et moi, aucun conflit. Nous vivons-même dans une communauté d’intérêt et elles retirent de cette communauté autant que moi. Par contre, avec mes frères, il semblerait qu’il y ait plusieurs pierres d’achoppement et les comparaisons -pas toujours très délicates- des amis et des proches ne leur sont pas étrangères. Mais enfin, disons que malgré tout, nous avons intérêt à procéder à un constant épierrage de notre pré carré familial …

Cet intérêt est beaucoup plus discret avec mes cousines et mes cousins chez lesquels, même si je les aime et apprécie, je suis assez lucide pour noter nos différences, dues à la partie de l’hérédité qui nous différencie. Là encore, le fond commun est tout de même assez important pour provoquer en moi de l’empathie, et un réflexe d’union en cas de menace ou d’agression.

Je connais certains de mes voisins et même si j’avoue avoir un goût très modéré pour la grégarité, il ne me dérange pas d’échanger avec eux une ou deux fois l’an quelques banalités, à la condition qu’elles consistent en une défense ou une amélioration de l’espace que nous partageons.

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Je me rappelle le grand différend que nous eûmes avec les voisins d’en face, à propos du droit de stationnement alterné instauré par les autorités municipales et qu’ils estimèrent nous favoriser. Ils en arrivèrent à badigeonner certains de nos véhicules de chaux… Nous dûmes le salut à l’énergique intervention de la police municipale dont l’enquête suffit à ramener le calme.

Ils furent bien ingrats les ‘’impairs’’ -comme nous les appelions, puisqu’ils étaient du côté des chiffres impairs- car lorsqu’il se fut agi de décider l’itinéraire de la procession annuelle du mois de juin, et que les autorités hésitaient entre leur trottoir et celui, perpendiculaire de la rue adjacente, nous les avions vigoureusement soutenus et ce soutien fut déterminent dans le fait qu’ils emportèrent la décision !

Non pas que les gens de l’autre rue fussent de méchants bougres, loin de là et nous le leur prouvâmes à une autre occasion !

D’ailleurs grosso modo, tout notre quartier formait en fait un bloc homogène et les sages bourgeois qui y demeuraient surent en donner la preuve à mainte reprise.

Les halos d’ondes de mon intérêt personnel semblent s’aligner sagement dans l’échelle de mon intérêt, intérêt qui va mollissant à mesure que les cercles concentriques s’éloignent du centre, centre qui n’est autre que moi !

… C’était certes un jeu extrêmement malsain que nous jouions en classe de philosophie, mais nier que nous y ayons joué ne servirait à rien : nous nous demandions les uns aux autres si nous accepterions qu’une personne, que nous n’aurions jamais eu la moindre chance de connaître ni de près ni de loin, meure pour qu’en échange nous soit accordé la faveur de réaliser un de nos souhait, un de nos vœu. Le pauvre sacrifié était toujours un ‘’chinois anonyme’’ -symbole d’éloignement et d’étrangeté- selon notre expression et le jeu consistait à faire monter ces horribles enchères jusqu’à l’insoutenable. Ce jeu débile, assurément, consistait à demander :

  • Accepterais-tu qu’un chinois (?) anonyme perde la vie pour que cela te permette de gagner un million ?

Et l’enchère était lancée en en poussant les deux composantes : le nombre de ‘’chinois anonymes’’ à sacrifier et celui des ‘’millions’’ à gagner… Et nous faisions l’exercice sous l’œil sourcilleux d’un fabuleux prof qui sut nous aider à construire la morale qui est encore la nôtre. Du moins à nombre d’entre nous et bien sûr, en principe…

Et moi, et moi et moi, Jacques Dutronc

Et arriva l’époque de : …

Sept cent millions de chinois

Et moi, et moi, et moi

Avec ma vie, mon petit chez-moi

Mon mal de tête, mon point au foie

J’y pense et puis j’oublie

C’est la vie, c’est la vie…

La manie de ce jeu ne me quitta plus jamais en sa version  »solitaire » et j’eus à me déclarer tour à tour, le plus humain des hommes, puis le plus cynique d’entre eux, le plus peureux quelquefois, selon, non pas le niveau des enchères susmentionnées, bien sûr, mais des supputations et circonlocutions tarabiscotées qui ont toujours été de véritables tortures morales, destinées, bien évidemment, à me faire rendre cœur, comme on rend gorge !… Grâce au Ciel, à ce jour, je ne me suis jamais pris au piège. Mais je continue à jouer !

…‘’La philosophie, pour être utile dans tous les âges et à tous les hommes, doit être franche et sincère ; celle qui n’est intelligible que pour un temps ou à quelques initiés devient une énigme inexplicable pour la postérité’’ Holbach …

Je me suis, par contre, rendu compte que les ondes concentriques ne sont pas imperméables les unes aux autres. En s’élargissant, chacune appelle la suivante et lui transmet ses imperfections, avant d’être poussée par elle vers l’effacement -apparent tout au moins- et la disparition…

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A une échelle bien plus modeste, celle de notre quotidien, nous vivons actuellement une application de cette intersection des halos d’ondes. C’est le phénomène de globalisation, popularisé sous l’appellation de mondialisation.

Même si le terme de « mondialisation » est  utilisé surtout dans le domaine économique, le phénomène touche à toutes les activités humaines : industrie, services, commerce, politique, social … Il concerne aussi la communication et les échanges entre tous les individus de la Terre et entre les différentes cultures. Il fait qu’il devient alors difficile, voire impossible, de fonctionner dans un  »marché » uniquement national.

Pour n’évoquer ici que l’aspect économique de ce phénomène, cette ‘’ouverture de toutes parts’’ (ainsi Hugo appela  »la mer » dans  »Les Travailleurs de la Mer ») , provoque chez de très nombreuses catégories de personnes, la crainte légitime de s’en retrouver les otages, par un enchaînement qui varie selon les types de pays mais qui résulte d’une logique unique :

  1. ‘’ Les grands investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, sociétés d’assurance) mettent en concurrence des entreprises, elles-mêmes mondialisées, pour qu’elles procurent le rendement le plus élevé possible.
  2. Les entreprises mettent en concurrence les différents sites de production, pour dégager le rendement le plus élevé possible en produisant au plus bas coût. – Ceci entraîne une ruée des investissements productifs vers certains pays à bas salaires. Le niveau élevé des rendements dans ces pays attire aussi les investissements de portefeuille, malgré le risque encouru.
  3. Les entreprises n’investissent dès lors plus dans les pays industriels dont les coûts de production sont trop élevés. Cela entraîne du chômage et une pression à la baisse sur les salaires.
  4. L’instabilité des capitaux à court terme provoque des crises récurrentes dans les pays émergents. – Certains pays en développement restent à l’écart de l' »économie-monde » en raison du faible niveau de qualification de leur main d’œuvre, de la mauvaise qualité de leurs infrastructures publiques, ou de troubles politiques récurrents ; et leurs ressortissants n’ont même pas la possibilité d’émigrer.’’
  5. Donc, à première vue, tout le monde y perdrait : ‘’ les pays industriels perdent des emplois, les pays émergents voient leurs économies ballottées au rythme des crises financières, les autres pays en développement perdent tout espoir d’amélioration de leurs niveaux de vie. Face à cela, les gouvernements semblent impuissants, pris dans un enchevêtrement d’institutions et d’accords internationaux dont ils n’ont pas la maîtrise.’’

Mais… ‘’Ce raisonnement est-il juste ?

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Bien évidemment non. Reprenons les points un par un :

  1. Les grands investisseurs institutionnels ne ‘’jouent’’ pas leurs propres épargnes, mais celle des travailleurs des pays riches. Avant de se la voir confiée, ils ont dû affronter une terrible concurrence organisée par les organes de représentation de ces travailleurs qui choisissent bien évidemment les organismes qui leur promettent les revenus les plus élevés possibles. Par ce jeu, ils sont les premiers à profiter de la mondialisation.Ceux qui sont gênés dans leurs intérêts par cette concurrence, ce sont les épargnants-salariés à revenus plus modestes de ces mêmes pays riches, ce qui surligne les inégalités de revenus dans ces pays eux-mêmes. Mais il est évident que globalement les pays riches sont largement bénéficiaires de la mondialisation.
  2. Quant aux investissements des entreprises à l’étranger, souvent ressentis comme des ‘’trahisons’’, ils se font surtout à travers des fusions-acquisitions avant tout, vers d’autres pays riches dont ces entreprises ont toutes à cœur de saturer leurs marchés  »naturels » avant de s’intéresser au reste du monde.
  3. Maintenant en ce qui concerne les délocalisations -tant décriées- vers les pays en développement  qui sont, il est vrai, de plus en plus importantes, elles sont souvent motivées par la présence de vastes marchés locaux, le meilleur exemple étant évidemment la Chine. Tout le monde veut vendre en Chine, mais personne n’aimerait avoir à aller investir là-bas. Est-ce encore seulement possible ? Encore qu’il faille préciser que les ces délocalisations sont concentrées sur un petit nombre de secteurs sensibles, tels que le textile par exemple…
  4. De par ces raisons-mêmes, les pays en développement qui s’ouvre aux échanges peuvent voir disparaître des activités industrielles non protégées. L’ouverture commerciale accélère donc la croissance – et à l’inverse, les stratégies de développement « autocentré » ont toutes été des échecs-, mais uniquement si elle s’accompagne de politiques publiques visant à éviter une dynamique de spécialisation défavorable.Comment ? Au travers, notamment, de l’amélioration du niveau d’instruction de la population ou au moyen d’infrastructures publiques favorisant la compétitivité des entreprises nationales.‘’Certains vont même jusqu’à voir l’ouverture commerciale non comme un bien en soi, mais comme le moyen d’obliger les gouvernements à mener les politiques publiques adéquates, notamment les réformes microéconomiques visant à réduire le poids des formalités administratives et à favoriser la concurrence dans la transparence.
  5. Enfin, le bilan de l’ouverture financière est le plus controversé. Il faut d’emblée souligner à cet égard qu’en l’absence de mouvements internationaux de capitaux, les pays en développement seraient obligés d’équilibrer leurs échanges commerciaux, c’est-à-dire finalement de limiter leurs investissements aux montants qu’ils peuvent financer avec leur propre épargne. Il est vrai qu’aujourd’hui, une part importante des déficits extérieurs des pays en développement correspond non pas à un excès d’investissement sur l’épargne nationale, mais à des paiements d’intérêt sur une dette accumulée sur le passé. C’est l’objet des programmes de réduction de dette de remettre ces pays en situation d’attirer des capitaux pour l’investissement.’’

Largement inspiré de ‘’Faut-il craindre la mondialisation ?’’ http://www.parisschoolofeconomics.com/benassy-quere-agnes/Policy/Mondial4.pdf

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Cette année, Xi Jinping, le président de la République Populaire de Chine –le pays qui grâce à un certain Deng Xiao Ping pulvérise tous les records de développement économique- assiste à l’édition 2017 du Forum économique de Davos, qui a ouvert ses portes mardi dernier. 17 janvier.

Ce fut une occasion en or pour lui, pour défendre le libre-échange, la semaine-même de la prise de fonction de Donald Trump, nouveau président des Etats-Unis.

Le Forum a cette année pour thème “Un leadership réactif et responsable”.

Le Financial Times a ironisé ainsi sur les slogans rétrogrades et irréalistes du nouveau président américain : “Mais le contexte politique de cette réunion sera marqué par l’investiture de Donald Trump… Et M. Trump ne correspond pas vraiment à l’idée qu’un participant type au Forum se fait d’un leader responsable”.

Pis, poursuit le quotidien britannique, pour Donald Trump, fervent protectionniste, Davos incarne le ‘globalisme’ qu’il a promis de détruire.

Selon le South China Morning Post, ce n’est donc “pas une coïncidence si Xi Jinping a choisi ce moment précis pour se rendre en visite d’État en Suisse et faire un détour par le Forum économique mondial”.

Xi Jinping, qui est le premier président chinois à faire ce déplacement, a prononcé le discours inaugural du Forum, devant quelque 3 000 dirigeants économiques et politiques.

Il y a notamment déclaré :

Cela ne sert à rien de blâmer la mondialisationToute tentative de stopper les échanges de capitaux, de technologies et de produits entre pays […] est impossible et à rebours de l’Histoire.”

Le Financial Times commente :

‘’En l’absence physique et spirituelle du nouveau président américain, Xi Jinping a peut-être décidé de prétendre au rôle de leader réactif et responsable du système économique mondial.”

Et le Global Times, quotidien chinois officiel anglophone, de conclure en explication :

“La Chine ne veut pas défier les États-Unis ni renverser l’ordre mondial. La Chine veut contribuer au libre-échange et à la mondialisation.”

Mais alors devant ces réactions simples saines et naturelles, comment expliquer cette peur de la mondialisation ?

La seule explication est la conjonction de populations apeurées par le changement et l’incertitude pouvant en découler et les agissements démagogiques de politiciens populistes et sans scrupules qui y ont trouvé le meilleur péan possible pour s’attirer, comme aux Etats-Unis récemment et quelques temps avant en Grande-Bretagne les votes de ces foules apeurées.

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Alors que faire, dois-je fuir les arènes sanglantes de la mondialisation et choisir ‘’Plus mon petit Liré, que le mont Palatin’’ et ‘’la douce et rassurante compagnie de mes sœurettes chéries’’ ?

mo’

 

 

 

 

 

 

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