coqueluche

La célèbre Horloge de l’Apocalypse a avancé de trente secondes, jeudi 26 janvier, pour s’arrêter à 23h57 et trente secondes. Dans ce mécanisme du magazine américain The Bulletin of the Atomic Scientists, minuit symbolise le cataclysme planétaire, plus connu sous le nom populaire de ‘’fin du monde’’. Il a été créé en 1947, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

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Chaque année, ces scientifiques réfléchissent donc à avancer ou reculer l’heure de cet apocalypse. Et, pour décider du sens du mouvement, ils prennent en considération plusieurs facteurs : les menaces nucléaires, le réchauffement climatique, la biosécurité, le terrorisme biologique et les autres menaces. Cette année, l’horloge a été avancée à cause de l’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique.

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Pour ces experts, Trump a montré « une tendance troublante à ignorer ou à rejeter les conseils d’experts sur la sécurité internationale ». Par ailleurs, les scientifiques s’inquiètent « du réchauffement climatique » et de « l’ignorance grandissante de l’expertise scientifique ».

Cette horloge est avancée et reculée au gré des évènements politiques ou climatiques d’importance ? Sachons donc raison garder et même si en 2016 minuit s’est rapprochée, il ne faut pas perdre espoir pour 2017.

Je suis lassé par ces jeux surréalistes d’une actualité cahotante dont la compréhension échappe à la quasi-totalité des êtres humains, tout comme je suis lassé que l’on fasse de moi, sans me demander mon avis, le fantassin de guerres imbéciles, le héraut d’idées qui ne sont pas les miennes ou que je trouve chétives, la voix anonyme que je ne fus guère préparé à être.

J’ai eu, dans ma vie, quelques un de ces problèmes planétaires et les ai vécus à mon humaine échelle, à mon individuel titre ou dans le cadre d’un microcosme compréhensible et maîtrisable. J’ai par exemple connu le froid : je suis né et j’ai vécu à la campagne et j’ai appris à m’en défendre. Cette semaine précisément, j’ai beaucoup pensé à ma jeunesse et à la façon dont, à la ‘’Ferme du Bonheur’’, la maison sur les Hauts Plateaux des environs de Fès où je suis né et où j’ai grandi, nous luttions contre ce froid. Le climat continental forçait les températures et malgré les infinies précautions maternelles, les maladies infectieuses arrivaient de temps à autre à pénétrer chez nous et à affecter l’un ou l’autre des enfants.

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La coqueluche, maladie respiratoire due à une bactérie,  bacillus pertussis, faisait en ce temps-là d’énormes ravages. Le microbe responsable n’a été identifié qu’en 1908 et ce n’est que dans les années 60 que la vaccination préventive est devenue obligatoire. Sa déclaration a cessé d’être obligatoire seulement 1986. Elle se transmet très facilement, par voie aérienne. Elle est responsable de quintes de toux fréquentes et prolongées. C’est une maladie grave lorsqu’elle frappe les nourrissons et les personnes fragiles.

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Eh bien le nourrisson que je fus au milieu du siècle dernier eut un jour la bonne idée de l’attraper, cette maudite coqueluche. Garçon, troisième de la lignée, après un garçon et une fille, il parait que l’on tenait à moi, d’autant que, dit-on, j’étais arrivé les bras chargés de bons augures.

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Coqueluche ? Quel drôle de nom !… Bien malin qui en donnera l’étymologie ! L’hypothèse qui me convainc le plus est celle émise par Gilles Ménage, 1613 -1692, grammairien, historien et écrivain français pour lequel le mot ‘’coqueluche’’ est dérivé de cuculuccia, dérivé de cucullus, sorte de capuchon. Il précise que le nom de coqueluche fut donné, au XVe siècle, à une sorte de grippe pour laquelle les malades se couvraient la tête d’une coqueluche ou capuchon.

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Toujours est-il que pour soigner ma très grave infection, l’on fit venir à mon chevet -puisque j’étais intransportable, un grand médecin de la ville… sosie du Dr Schweitzer , y compris l’imposante moustache et les sourcils fournis comme ceux des méchants des films de Charlot. Le bon docteur me palpa en tous sens, prit ma température et s’inquiéta de sa hauteur… Il rédigea une ordonnance aussi longue que le Pacte d’Algésiras en expliquant à mon père comment bien m’administrer les médicaments. L’auteur de mes jours était nerveux et buvait ses paroles, pendant que ma mère, ne comprenant que le fait que j’étais en danger, pleurait sans arrêt.

L’on raconte qu’il marmonna en direction de mon père, avant de prendre congé, cette phrase qui provoqua chez mes parents un immense désarroi et une terreur inouïe :

  • Dommage, ç’aurait été un beau garçon !

Imaginez ce que put ressentir ma pauvre maman …

Mais ni elle ni mon père n’étaient du genre à se laisser submerger par l’adversité et à baisser les bras.

Ils me soignèrent et m’aimèrent tant qu’ils ont, je pense, passé le plus clair de leur temps à ne faire que cela pendant tout le temps nécessaire. Le docteur fut prié de venir me voir tous les deux jours. Donc, deux jours plus tard, il revint et laissa espérer que je survivrais peut-être, si toutefois l’on continuait à me soigner avec autant de sérieux. Il déplora que je ne pusse profiter du bon air de la montagne, qui, assura-t-il, m’eut fait le plus grand bien.

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Qu’à cela ne tint ! Mon père se mit à la recherche d’une maison en montagne et en trouva rapidement une à Imouzzer du Kandar, à 36 kilomètres de Fès et à 1450 mètres de hauteur, réputée pour la qualité de ses eaux thermales et son climat très vif et très sain. Mon père l’acquit et la petite famille y logea, le temps que Messire mo’ reconstitua sa santé et ses forces. Maman dut se conformer aux instructions paternelles qui étaient un mix de soins infirmiers et de prévenances de nurse. Le  »Docteur Schweitzer »  fit quelques déplacements là-haut sur notre montagne et constata avec satisfaction que j’échappai peu à peu, grâce à lui et à sa médecine, aux griffes du peu sympathique bacille ci-dessus nommé. Et l’opération réussit ! Maman vécut cela comme une victoire personnelle et elle ne cessait de dire – ce qui est sans doute vrai- que c’est grâce à son amour que j’avais échappé à la grande faucheuse.

oreillons

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Pour moi, il résulta un bénéfice net de cette douloureuse expérience : une petite préférence, disons plutôt un petit supplément de tendresse de la part de ma mère et de mon père… leur vie durant. Oh mais attention, n’allez surtout pas croire que je bénéficiais de privilèges qui eussent pu me soustraire à une discipline ou à des devoirs, certainement pas. Simplement, m’ayant sorti des griffes de cette méchante maladie, ils gardèrent l’habitude de me prêter un supplément d’attention, comme si je n’en avais jamais guéri.

Ainsi lorsque ‘’j’attrapai’’ les oreillons comme tous les enfants de mon âge à l’époque, j’eus droit à un traitement VIP dont on retrouvera le récit, fait il y a une décennie, à l’adresse ci-dessus précisée …

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Heureusement pour moi, je ne connus pas que la maladie du phénomène de la coqueluche… Après l’avoir conjugué avec l’auxiliaire de la possession, j’essayai celui de la caractérisation. Ce fut à l’époque de ma seconde naissance : l’adolescence. Je découvris avec un total et sincère étonnement, je le jure, que je provoquais dans mon sillage une sympathie féminine et une antipathie masculine très marquées.

C’est donc bien malgré moi que je devins, pour un certain temps, une coqueluche … mais j’avoue tout aussi sincèrement que ce rôle-là, pas plus que la maladie, ne m’a facilité la vie, tant s’en faut… mais c’est là une autre affaire…

mo’

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