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L’AIR DU TEMPS

Un ardant défenseur de la santé naturelle, Jean-Marc Dupuis, pseudonyme du rédacteur en chef de ‘’Santé Nature Innovation’’ publie nombre de chroniques et s’exprime à titre personnel dans une lettre hebdomadaire -que je reçois- et qui a une audience plus qu’honorable – 400.000 abonnés… Il est taxé de doux rêveur par certains, de simplificateur par d’autres, mais force est de reconnaître l’importance et la qualité de sa base de données, tout comme la qualité de ses raisonnements.

Sa dernière chronique n’a pas manqué de m’inquiéter car … il n’y parle nullement de médecines douces, de mises en garde contre la vaccination ou la consommation de tel ou tel produit, mais de politique générale, de peur, d’angoisse, d’incompréhension et d’avenir de l’humanité.

On lit dans sa lettre qui chante d’habitude les vertus de la badiane et du brocoli, que … ‘’Sans sommation, le président américain Donald Trump a fait bombarder une base en Syrie, provoquant la fureur de la Russie et de l’Iran.’’ Puis que … ’’Moins de quarante-huit heures plus tard, un porte-avions atomique américain faisait route vers la Corée du Nord, au risque de déclencher une guerre totale avec la Chine et la Russie, qui ont envoyé à leur tour des navires de guerre dans la zone.’’

Puis notre chroniqueur s’interroge très simplement en ces termes : ‘’Où cela va-t-il nous mener ?’’

En réponse, il livre une analyse qui pour n’être pas nouvelle, n’en est pas moins sérieuse et méthodique. Les conclusions en sont carrément anxiogènes car il a l’air d’inviter tout le monde à se sentir concerné, si loin que l’on soit du théâtre des éventuelles opérations.

Cette anxiété, il en parle précisément lorsqu’il révèle qu’ … ‘’Une étude publiée le 17 avril 2017 dans la revue médicale Psychiatric Services indique que le niveau de stress, d’anxiété et de dépression des Américains n’a jamais été aussi élevé. Les suicides augmentent, tout comme les décès par overdose.’’

van gogh

 »Au seuil de l’Eternité », Vincent van Gogh, tableau considéré comme représentant le désespoir engendré par la dépression

L’ACTUALITE

L’encre de sa plume n’avait pas encore séché qu’intervint mercredi 19 avril 2017, une fusillade en plein Champs Elysées, à Paris, laquelle a ôté la vie à deux policiers et à l’assaillant et gravement blessé d’autres, à trois jours du premier tour des élections présidentielles françaises. Ailleurs dans le monde, de ci, de là, la terreur et le crime vont bon train…

L’Afghanistan, l’Irak, le Yémen, l’Egypte, la Palestine, la Somalie, l’Erythrée, le Gabon, le Congo, le Nigéria… puis de l’autre côté de l’Océan, le Venezuela, sont autant de théâtres de l’horreur, ou d’immenses intérêts s’entrechoquent et provoquent des troubles sanglants et meurtriers.

La politique y est télécommandée comme dans un jeu vidéo…

 jeu d'échecs

LA POLITIQUE

Normalement, la politique recouvre tout ce qui a trait au gouvernement d’une communauté ou d’un Etat en vue d’atteindre un objectif préalablement fixé.

Avant l’élection de Donald Trump, lors d’un entretien avec sa porte-parole un éditorialiste de la chaine de télé HBO déclarait l’air de rien que le magnat de l’immobilier gagnait le soutien du peuple parce que « les gens sont idiots ». De même, la revue Foreign Policy publiait en juin 2016 un article au titre éloquent : ‘’Il est temps pour les élites de s’élever contre les masses ignorantes’’.

Normalement, la politique recouvre tout ce qui a trait au gouvernement d’une communauté ou d’un Etat en vue d’atteindre un objectif préalablement fixé.

Avant l’élection de Donald Trump, lors d’un entretien avec sa porte-parole un éditorialiste de la chaine de télé HBO déclarait l’air de rien que le magnat de l’immobilier gagnait le soutien du peuple parce que « les gens sont idiots ». De même, la revue Foreign Policy publiait en juin 2016 un article au titre éloquent : ‘’Il est temps pour les élites de s’élever contre les masses ignorantes’’.

LA PHILOSOPHIE POLITIQUE

Serait-on en train de malmener l’idée même de démocratie ? Le scientifique Jérémy Bertomeu a écrit un essai, l’ ‘’Echiquier des Dieux’’ , dans lequel il ose dire :

‘’… la démocratie accordée à un peuple ignorant … (a) tout de la mascarade, prompte à faire élire … les plus aptes à acheter et à impressionner leurs électeurs, majoritairement les masses rurales illettrées et désintéressées par les enjeux politiques…’’

A en croire ce constat amer, faut-il donc penser que la démocratie est un simple fantasme ?

Gérard Pommier, dans ‘’ L’idée démocratique et la « psychologie des foules » en rajoute : ‘’La notion de démocratie fait partie des idéaux admis, et elle sert à légitimer toutes sortes de sociétés. Qui ne la respecte, ne la défend, ne souhaite ses bienfaits, que ce soit pour son voisin ou pour lui-même ! Cependant, au-delà de cette intuition première, il existe une difficulté à la définir. Si l’on se contente de parler à son propos d’un gouvernement du ‘’peuple’’, par le ‘’peuple’’, pour le ‘’peuple’’, l’imprécision du terme prête à toutes les équivoques. En effet, s’il s’agit seulement d’incarner les fictions auquel le ‘’peuple’’ s’identifie, alors une tyrannie peut exprimer une aspiration populaire profonde, comme cela a été le cas de Hitler, qui fut élu ‘’démocratiquement’’. Qui dira ce que veut le peuple sans risquer d’être contredit par les faits ?’’

http://profdeses-sciencepolitique.e-monsite.com/pages/ii-le-pouvoir-politique-l-etat-et-la-nation.html

« Le pouvoir politique a pour fonction de défendre la société contre sa tendance à l’entropie qui la menace du désordre ». (George BalandierAnthropologie politique, 1967). Pour cet anthropologue, la société est marquée par un désordre qui a naturellement tendance à augmenter. Elle a plus d’aptitude à détruire qu’à construire.

À cette exigence interne, le pouvoir politique ajoute une nécessité externe : il donne à une société les moyens de se protéger contre les dangers extérieurs, réels ou supposés.

Alors bien franchement, en réalité, la politique ne s’avère-t-elle pas n’être rien de plus que ce qu’en avait dit Voltaire ? ‘’… Le moyen pour des hommes sans principes de diriger des hommes sans mémoire’’.

D’autres penseurs voient les choses différemment. Une idée nouvelle fait actuellement grand bruit, c’est celle qui consiste à ‘’charger’’ la philosophie politique qui n’aurait pas remplie son rôle de gardienne de la morale. C’est l’avis de Céline Spector … prof de philo à la Sorbonne qui déclare :

‘’Nous sommes entrés dans cette époque où des individus qui ont profité des bénéfices de la démocratie et de la liberté d’expression sont aujourd’hui prêts à renoncer à ces bénéfices pour pouvoir exclure des gens de la société’’.

Qu’est-ce à dire ? Que d’aucuns s’amusent à ternir l’idée de démocratie et à s’en servir à des fins peu avouables. Fabien Deglise précise dans ‘’Le Devoir’’ de Montréal :

‘’Le troll qui répand son fiel sur les réseaux sociaux numériques, le politicien corrompu, le fraudeur, avec sa cravate et son paradis fiscal, tout comme le terroriste, ne sont pas seulement des perturbateurs au sein d’un système démocratique ou des insoumis cherchant à saisir la faille pour en tirer un profit personnel ou idéologique. Ils portent aussi une atteinte grave aux fondements de cette démocratie sans que celle-ci soit d’ailleurs en mesure de prendre la pleine mesure de leurs attaques.

Céline Spector, qui dit que ce ‘’mécanisme pervers’’ est animé, selon elle, par ‘’des enfants gâtés de la démocratie’’, dans des pays où les conditions sociales, politiques et culturelles ne sont pas à plaindre.

‘’Dans ce confort, certains individus estiment que leurs droits sont acquis et s’autorisent un déferlement de haine ciblant les élites, les étrangers, les femmes, les paternalistes, les mécréants, les multiculturalistes, les libertariens, les voisins, les cyclistes, les animaux de compagnie… au gré de la complexité de leurs passions et de leurs illusions.’’

‘’C’est un appel à la lucidité, en somme, sur nos aveuglements et sur la mécanique de la déraison, pour mieux faire l’éloge de la raison.’’

Nous avons parlé là de la ‘’sagesse’’ -ou la ‘’folie’’- des hommes et de leur préparation à bien se gouverner. Mais du moins ont-ils gérer la planète en bons pères de famille, économes, raisonnables et soucieux du lendemain ?

En d’autres termes a-t-on bien géré notre environnement ?

Voici la réponse de l’un de nos contemporains les plus fins et les plus compétents observateurs de la vie sur terre :

« Nous allons disparaître. Quoique nous fassions maintenant, il est trop tard » !

Ce n’est autre que Frank Fenner, professeur émérite de microbiologie à l’Université nationale australienne, qui le déclare. Bardé des meilleures références possibles, ses points de vue font autorité et ses analyses forcent le respect. Il a passé ses 95 ‘’premières’’ années à étudier l’impact des dérèglements environnementaux sur la vie humaine et ses conclusions sont d’autant plus terribles qu’elles ne considèrent pas des échéances éloignées mais le siècle en cours !

Pour lui comme pour d’autres scientifiques comme Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, la Terre est entrée dans une nouvelle époque géologique, l’Anthropocène, depuis 1800 avec la révolution industrielle et l’exploitation massive des combustibles fossiles. Cette époque correspond au moment où les Hommes ont pu rivaliser avec les forces de la nature dans la capacité à modifier l’écosystème de la Terre. Nos activités réchauffent le climat planétaire d’une ampleur aussi importante que les grands cycles naturels et nous entamons la sixième extinction massive de la biodiversité, avec une vitesse sans doute plus rapide encore que celle qui a conduit, il y a 65 millions d’années, à l’extinction des dinosaures suite à la chute d’un astéroïde…

LES RELIGIONS

Rappelons juste pour mémoire que les religions furent à l’origine établies pour moraliser le comportement humain, et réguler les rapports entre les individus et les groupes sociaux. Elles ont connu une baisse d’intérêt lorsqu’à un certain moment de l’histoire, la raison a semblé triompher. Le matérialiste historique en arriva même à la traiter d’ ‘’opium des peuples’’. Mais aujourd’hui on en observe non seulement le retour, mais le renforcement et même un certain nombre de radicalisations. En son nom, elle qui est injonction de paix intérieure autant que d’amour des autres, on divise, on guerroie et on tue. Grimée, manipulée et exploitée par la politique, elle est en effet un excellent péan, car indiscutable, puisque d’essence surnaturelle.

https://pourquedemainsoit.wordpress.com/2009/10/18/des-origines-et-de-l%E2%80%99utilite-des-religions/

LA DEMOGRAPHIE

L’extinction prochaine de la vie sur Terre est motivée par l’explosion démographique et la ‘’consommation effrénée’’…

L’ONU rappelle opportunément que la population mondiale a dépassé les 7 milliards en 2011. Et le savant de déclarer :

‘’Je pense qu’il est trop tard. J’essaie de ne pas trop le dire car il y a des gens qui essaient de faire changer les choses. Les efforts de réduction ralentissent un peu les choses, mais il y a déjà trop de monde« .

Les corollaires de l’explosion démographique, à savoir la boulimie énergétique et les frénésies productiviste et consumériste mènent l’humanité à sa perte toujours selon Frank Fenner.

L’extinction prochaine de la vie sur Terre est motivée par l’explosion démographique et la ‘’consommation effrénée’’…

L’ONU rappelle opportunément que la population mondiale a dépassé les 7 milliards en 2011. Et le savant de déclarer :

‘’Je pense qu’il est trop tard. J’essaie de ne pas trop le dire car il y a des gens qui essaient de faire changer les choses. Les efforts de réduction ralentissent un peu les choses, mais il y a déjà trop de monde« .

Les corollaires de l’explosion démographique, à savoir la boulimie énergétique et les frénésies productiviste et consumériste mènent l’humanité à sa perte toujours selon Frank Fenner.

Les chercheurs et savants, tenants du courant écologiste ‘’optimiste’’ espèrent encore une prise de conscience de l’homme des dangers qu’il court. Un de leurs représentants, Stephen Boyden croit rassurer en déclarant :

« Frank a peut-être raison, mais certains d’entre nous nourrissent encore l’espoir que la situation entraînera une prise de conscience et, par conséquent, les changements révolutionnaires nécessaires pour atteindre la durabilité écologique« .

Malheureusement, cette prise de conscience radicale, tant attendue depuis des années, ne se manifeste pas ou de manière marginale.

Alors, tempérant son propos catastrophiste, Fenner, conclut comme sans trop y croire:

« Les petits-enfants des générations actuelles vont être confrontés à un monde beaucoup plus difficile…« 

L’ECOLOGIE

  • L’état des richesses naturelles  

 

  1. On aurait pu croire les gisements géologiques inépuisables. Mais il (…) en reste … seulement pour quelques dizaines d’années.

Le terrible échéancier qui suit, pratiquement personne n’en a entendu parler – mise à part la fin du pétrole-, nous amène à nous interroger sur le fonctionnement inconscient de notre civilisation qui s’apprête à livrer aux générations futures une Terre vidée de ses richesses et de sa substance.

A ajouter bien sûr à cet échéancier la fin des ressources végétales primaires (puisque 70% des espèces d’arbres vont  par exemple disparaître avant la fin du siècle) et la fin de la biodiversité.

Il disparaît dans le monde chaque année depuis 15 ans : 80.000 km2 de forêt – solde tenant compte de la reforestation-, soit la surface de l’Autriche.

Le problème de l’eau potable

 

http://www.usinenouvelle.com

Les Constats

– Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,4 milliards de personnes sont privées d’assainissement. – 1,8 million d’enfants meurent chaque année d’infections transmises par l’eau insalubre.  – Des millions de femmes gâchent quotidiennement plusieurs heures pour aller chercher de l’eau.  – Des millions d’habitants des bidonvilles la paient cinq à dix fois plus cher que les résidents des zones correctement urbanisées.  – Près de 450 millions de jours de scolarité sont perdus annuellement à ce titre.  – L’Afrique gaspille chaque année 5 % de son produit intérieur brut (PIB) en raison de ses carences en eau potable.

Rappel des engagements

L’ONU s’était engagé en 2000 à réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre d’humains non raccordés à ces services vitaux. Les objectifs du millénaire pour le développement ne seront pas atteints. L’eau n’est pas prioritaire dans les dépenses publiques : les Etats lui consacrent moins de 1 % de leur PIB.

Un exemple de la folie humaine : Le budget militaire du Pakistan représente près de cinquante fois celui de l’eau et de l’assainissement.

… la vraie guerre à venir est celle de l’eau …

Des solutions sont envisagées mais toutes ont des répercussions sur les voisins

Résultats

– Les besoins vitaux – tous besoins confondus- en eau sont estimés à 50 litres en moyenne par jour. – En Europe, on utilise en moyenne 200 litres et aux USA 500 litres contre 20 litres seulement pour un Africain du Sahel. – 3 millions de personnes meurent chaque année à cause d’une maladie liée à la consommation d’une eau impropre à la consommation. – D’ici 2080, il est probable que 1,1 à 3,2 milliards de personnes vont souffrir du manque d’eau. (Source : Greenpeace) – En un siècle la population s’est multipliée par trois mais la consommation d’eau a été multipliée en même temps par six. Scénario catastrophe

– Développement du stress hydrique. – Réduction des surfaces de terres agricoles. – Diminution de la production alimentaire. – L’eau étant vitale, des millions de personnes en souffrance vont se déporter vers des contrées plus accueillantes… – Déstabilisation des états du nord. – Anomie des pays Européens – Tensions sociales – Déséquilibres économiques – Faillite des institutions

L’ECONOMIE

Le point de vue d’un Prix Nobel très écouté

Thomas Piketty, Prix Nobel d’Economie, fait un sombre constat : les inégalités entre les riches et les pauvres, qui n’en finissent pas de se creuser, compromettent l’avenir du capitalisme et finiront par détruire nos sociétés.

Il est convaincu et démontre que le niveau actuel des inégalités de richesse, qui est vouée à augmenter, compromet l’avenir du capitalisme.

Piketty déploie deux siècles de données pour prouver qu’il a raison. Le capital, dit-il, est aveugle. Quand son rendement – par l’investissement dans des secteurs allant de l’immobilier à la construction automobile – dépasse la croissance réelle des salaires et de la production, les inégalités de richesse explosent.

L’explosion des investissements immobiliers

Il n’existe pratiquement pas de nouveaux entrepreneurs, hormis une ou deux start-up de la Silicon Valley, qui puissent gagner suffisamment d’argent pour concurrencer les concentrations de richesses incroyablement puissantes qui existent déjà.

Aujourd’hui, on est davantage encouragé à devenir rentier qu’à prendre des risques. Il suffit de voir l’explosion des investissements immobiliers. Nos sociétés et nos riches n’ont pas besoin de soutenir des innovations audacieuses ni même d’investir dans la production.

D’autres forces se conjuguent contre le capitalisme. Piketty note que les riches savent très bien protéger leurs richesses de l’impôt et que la proportion du fardeau fiscal supporté par les ménages à revenus moyens a progressivement augmenté.

Les sociétés s’efforcent de se protéger

De ce fait, la charge de dépenses publiques comme l’éducation, la santé et le logement incombe de plus en plus aux contribuables moyens, qui n’ont pas les ressources financières nécessaires pour les payer. Et c’est ainsi que les inégalités de richesse deviennent un facteur de dégradation des services publics et des conditions de travail.

L’enseignement que l’on peut tirer du passé est que les sociétés s’efforcent de se protéger en fermant leurs frontières ou en menant des révolutions, voire des guerres. Les solutions – comme l’augmentation de l’imposition- sont actuellement inconcevables.

Mais comme l’écrit Piketty, la tâche des économistes est de les rendre plus concevables.

D’après Will Hutton in Le Courrier International 21.04.17

***

S’il ne fallait retenir qu’une idée, une seul phrase de tout cela ce serait ce terrible signe de sénescence, d’agonie, de mort imminente d’une civilisation usée jusqu’à la corde :

Le passé dévore l’avenir”.

 

mo’

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