You are currently browsing the category archive for the ‘Fondamento’ category.

la faillite de la raison

La morale commune, si tant est qu’elle ait jamais existé et qu’elle ait été un jour universelle, est présumée née de la raison et de l’entendement. Elle semble avoir glissé subrepticement, remplacée au fur et à mesure par son contraire, l’égoïsme, dans ses champs humains les plus divers : la psychologie, la sociologie et l’économie.

Les ‘’Charlie’’ qui ont versé de pleines amphores de larmes légitimes et attristées ici, sont curieusement absents là, ou pourtant des drames bien plus importants – en volume- ont frappé l’humanité et sa conscience. Et pour peu que la couleur de la peau, le pays, le drapeau, la culture, la religion, les idées mêmes aient été différents, alors la tristesse a pu être remplacée par l’indifférence totale, la résignation face à la fatalité, voire l’agacement et même la découverte  d’une pernicieuse culpabilité de fait des victimes …

Notre morose actualité vient de battre quelques records propres à nous ôter les éventuelles illusions que nous avions pu nous faire concernant les progrès de la morale humaine.

1° La tragédie des Rohingyas

‘’ Les Rohingyas sont des musulmans sunnites originaires du sud-est du Bangladesh. Un million d’entre eux vivent dans l’État Rakhine, dans le nord-ouest de la Birmanie. Pour certains depuis des générations.

Mais ils sont apatrides, puisque les Birmans les considèrent comme des Bangladais et leur refusent la citoyenneté. La loi birmane sur la nationalité spécifie en effet que seuls les groupes ethniques pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823 peuvent obtenir la nationalité birmane.

Considérés comme des étrangers en Birmanie les Rohingyas sont victimes de multiples discriminations : travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariages injustes, confiscation des terres, accès limité à l’éducation ainsi qu’à l’ensemble des services publics.

Quelles sont les raisons de la crise actuelle ?

  • Les prémices de la crise actuelle remontent à 2012, quand de violents affrontements ont éclaté entre bouddhistes et musulmans. Bilan : 200 morts, dont une grande majorité de musulmans rohingyas.
  • Une nouvelle poussée de violences a eu lieu en octobre 2016 après l’attaque de postes-frontières par des hommes armés dans l’État Rakhine. Des dizaines de milliers de civils avaient fui, accusant les forces de sécurité de multiples exactions.
  • Le scénario se répète depuis plusieurs mois. L’armée a répondu aux attaques de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan.Résultat : des centaines de milliers de Rohingyas s’entassent dans des camps de fortune au Bangladesh pour fuir les violences entre l’armée et les rebelles.

Où fuient les Rohingyas ?

Depuis près de 40 ans, les Rohingyas se sont enfuis au Bangladesh, en Malaisie ou en Indonésie. Des centaines de milliers d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés au Bangladesh voisin, qui les considère comme des immigrés illégaux.

Mais la situation ne peut plus durer, d’un côté de la frontière comme de l’autre. Le Bangladesh conteste la version officielle de la Birmanie selon laquelle les Rohingyas sont… des Bangladais.

Le pays, qui possède l’une des densités de population les plus élevées du monde, refuse d’absorber des centaines de milliers de réfugiés dans la région de Cox Bazar.

En novembre 2017, un accord entre le Bangladesh et la Birmanie devait stopper les mouvements de populations, mais ils ont continué.

Les organisations humanitaires ne peuvent pas fournir de l’eau potable à tout le monde, les conditions d’hygiène sont effroyables. Elles craignent que des Rohingyas contractent le choléra dans les jours à venir.

10 000 à 20 000 Rohingyas épuisés, affamés et parfois blessés franchissent chaque jour la frontière. »

Si l’on ne peut nier l’intérêt sensationnaliste de la presse occidentale pour le sujet, on est sidéré par l’indifférence des simples citoyens.

Pas de banderoles proclamant ‘’Je suis Rohingya’’ …

Les seules pancartes visibles sont celles des victimes, laconiques :

…ou demandant, interloquées :

Et pendant ce temps-là …

La très médiatisée présidente Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, a assourdi le monde par son honteux silence, elle pour laquelle ce monde s’était mobilisé, du temps de sa disgrâce.

Le Pape François, une des plus hautes autorités morales de l’Occident, s’est rendu en Birmanie et au Bengladesh et a réussi le tour de force de ne jamais prononcer le mot Rohingyas !…

Mais tous deux ont prié, c’est vrai !…

2° Le marché aux esclaves en Libye

‘’ Un nombre croissant de migrants transitant par la Libye sont vendus sur des « marchés aux esclaves » avant d’être soumis au travail forcé ou à l’exploitation sexuelle, selon un rapport publié mardi 11 avril par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Des migrants originaires d’Afrique de l’Ouest interrogés par l’organisation disent avoir été achetés et revendus dans des garages et des parkings de la ville de Sabha, localité du sud de la Libye par laquelle passent de nombreux candidats à l’exil.

Ils sont vendus entre 200 et 300 dollars … et retenus deux à trois mois en moyenne…

Originaires surtout du Nigeria, du Sénégal et de Gambie, les migrants sont capturés alors qu’ils font route vers le nord de la Libye, d’où ils comptent gagner l’Europe en traversant la Méditerranée. Tout au long de ce périple, ils sont la proie de groupes armés et de réseaux de passeurs qui tentent parfois de leur extorquer de l’argent.

La plupart des migrants sont utilisés comme travailleurs journaliers dans les secteurs de la construction et de l’agriculture. Certains sont rémunérés, mais d’autres sont contraints de travailler sans percevoir de salaire. « En ce qui concerne les femmes, on nous a signalé beaucoup de mauvais traitements, de viols et des cas de prostitution forcée », rapporte Othman Belbeisi, qui dirige la mission de l’OIM en Libye…’’ (2)

Psycho morphologie : mince vengeance, assurément, mais regardez la beauté, la détermination et la noblesse naturelle des personnes du haut et comparez-la aux deux … improbables du bas…

Et les pauvres victimes de demander :

3° L’attentat dans une mosquée en Egypte

‘’Au moins 305 fidèles qui assistaient à la prière hebdomadaire dans une mosquée de l’est de l’Egypte ont été tués vendredi par des hommes armés, l’attaque la plus meurtrière dans l’histoire récente de ce pays. Cet attentat, qui n’a pas été immédiatement revendiqué, a fait 305 morts dont 27 enfants…

La mosquée al-Rawda est notamment fréquenté par des adeptes du soufisme, un courant mystique de l’islam que l’EI considère comme hérétique et appelle à combattre…

Depuis 2013 et la destitution par l’armée du président islamiste élu Mohamed Morsi, un groupe jihadiste qui est devenu la branche égyptienne de l’EI attaque régulièrement les forces de sécurité égyptiennes dans le nord du Sinaï.’’ (3)

Le 29 novembre 2017, un internaute du nom d’Ouhnaoui Mohammed a interrogé :

‘’ Où êtes-vous les « Je suis Charlie« , les « Je suis Paris« , les « Je suis Nice« , les « I am Manchester« , les « Yo soy Barcelona« , les « Ik ben Maelbeek« …?…

Où êtes-vous les humanistes, les pacifistes, les anti-terroristes ?

Je ne vois ni drapeau égyptien, ni « Je suis Bir Al Abed« , ni bougies envahir les réseaux sociaux, en guise de solidarité …!

Rien, nothing, nada!!!!

Pourquoi ce silence?

Pourquoi cette indifférence?…

… Faut-il que le sang qui coule à cause de la bêtise humaine soit occidental pour qu’il ait une valeur humaine ?

Maux passants’’

Quelle triste image de l’homme !

4° Al Qods – Jérusalem :

Donald Trump, président des Etats Unis d’Amérique élu en 2016 avec une minorité du vote populaire national, près de 2,9 millions de voix – 2,1 % des suffrages exprimés- de moins que sa rivale, Hillary Clinton, n’a cessé, depuis le début de son mandat, de prendre des décisions ubuesques dans tous les domaines, de l’écologie dont il considère les grandes menaces comme autant de canulars, aux accords internationaux dont il retire son pays à tire-larigot, en passant par la construction de murailles, les décisions d’exclusion, la stigmatisation de certaines catégories de personnes et le mépris total de tous les engagements antérieurs des USA.

Il vient de décider de reconnaître …

‘’Jérusalem comme capitale d’Israël, suscitant la colère des Palestiniens et des réactions de réprobation bien au-delà du Proche-Orient…

…Jérusalem a un statut unique. Trois fois sainte : pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, elle est au cœur du conflit israélo-palestinien, l’un des plus longs conflits de la planète.

Alors qu’Israël a toujours exclu un éventuel partage, les Palestiniens revendiquent la partie orientale de la ville pour y installer aussi la capitale d’un éventuel Etat…’’

La communauté internationale, qui ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur la totalité de la ville, a condamné unanimement la décision du président Donald Trump, à l’exception d’Israël… et encore…’’

Résumons : Un président ne représentant nullement la majorité de ses concitoyens, se permet, en violation de tous les accords dûment signés par son pays, en dépit de toute logique, au mépris de toute morale et en contrevenant à toutes les lois, de prendre une décision dont il ne fait aucun doute qu’elle sera lourde de conséquences funestes pour l’ensemble de l’humanité ! Et face à lui, à part des rodomontades et des protestations de principe, rien ni personne ne peut l’arrêter ou le sanctionner ! (4)

Qu’en penser ? Qu’en dire ?

Ecoutons le sage Tahar Ben Jelloun :

‘’Epargner Jérusalem

Donald Trump est un homme dangereux. Son ignorance de l’histoire et de la géographie, son simplisme extravagant, ses humeurs radicales et racistes le rendent encore plus dangereux pour la paix dans le monde. Ses anecdotes ne me font pas rire.

Plus personne ne se fait d’illusion sur l’équilibre mental du président américain Donald Trump. Les médias s’amusent à publier ses bêtises et à en rire comme si c’était un jeu entre délinquants. Or M. Trump est un chef d’État, un homme dont la responsabilité dépasse les frontières de son pays. Chaque mot compte et peut avoir des conséquences désastreuses. Quand on voyait Charlie Chaplin en dictateur s’amuser autour du globe, on riait, même si ces rires étaient amers, car on savait que chacun de ses gestes, chacune de ses décisions allait se traduire en massacre d’êtres humains dont le seul crime était d’être juifs. Le Dictateur était un film prémonitoire. Chaplin avait anticipé le malheur qui allait frapper notre humanité. Aujourd’hui, on ne va pas comparer Trump à Hitler. Ce serait stupide. Mais on devrait cesser de rigoler à chaque dérapage de M. Trump. Car il tient son pouvoir et sa puissance de millions d’électeurs qui pensent comme lui, nourrissent un racisme évident contre les Noirs et les étrangers surtout s’ils sont Arabes et musulmans.

En décidant d’installer l’ambassade américaine à Jérusalem, il savait qu’il allait provoquer une vague de protestations et de violence pas seulement dans le monde arabe mais bien au-delà. C’est une provocation de plus dans un dossier dont la complexité est immense. Les précédents présidents américains ont essayé, avec plus ou moins de succès, de résoudre ce conflit. Il s’agissait chaque fois de rendre justice au peuple palestinien dont une grande partie de ses territoires est occupée par Israël. Il s’agissait aussi de garantir à Israël un État où il vivrait en paix avec ses voisins palestiniens.

Jérusalem est une ville extraordinaire parce qu’elle est la mémoire du monde, la rencontre des trois monothéismes, la ville d’une haute spiritualité. Il faut la célébrer non en tant que capitale d’un État, mais en tant que lieu où l’Esprit élève les consciences vers une espérance de fraternité et de paix.

Donald Trump vient de la saccager. Il en a fait un symbole politique en totale contradiction avec son histoire et son destin. Il l’a réduite à un statut administratif dont le but est d’expulser du présent toute tentative de dialogue, tout essai de négociation pour en finir avec un conflit qui dure depuis 1948, depuis plusieurs générations. C’est le moyen qu’a trouvé le président américain pour déclarer la guerre aux Palestiniens et aussi aux Israéliens épris de paix et de justice.

Trump est un homme dangereux. Son ignorance de l’histoire et de la géographie, son simplisme extravagant, ses humeurs radicales et racistes le rendent encore plus dangereux pour la paix dans le monde. Ses anecdotes ne me font pas rire. Sa politique sans vision, sans intelligence ni du cœur ni de la raison, fait de lui l’homme dont la planète devrait se méfier.

Nous sommes hélas tous concernés par les décisions de M. Trump. C’est le seul État qui engage le monde avec lui quand il prend une décision.

Le monde avait déploré l’invasion de l’Irak  par G. W. Bush. Une intervention illégale, basée sur des mensonges. De 2003 à aujourd’hui, ce pays est devenu un lieu où le chaos a permis au terrorisme de se développer et de faire le malheur du monde. C’est en Irak que Daech est né et que le «califat» d’Al Bagdadi a été proclamé. C’est sur les débris de ce pays ravagé qu’est né «l’État islamique» qui fait lutte contre le monde civilisé.

Trump voudrait dépasser la catastrophe créée par Bush. Il a livré Jérusalem à la guerre et a rendu toute négociation impossible. Qui peut l’arrêter? Seul le peuple américain pourrait mettre fin aux provocations délirantes d’un homme capable de mettre le feu à la planète.’’ Tahar Benjelloun (5)

Mais,  essayons nous au moins, de raison garder. Selon de fins analystes, tel Alain Frachon, éditorialiste du journal Le Monde, ni les Palestiniens, ni les Israéliens ne présentent le moindre intérêt pour le président américain qui a fait là une sortie destinée à une population-clé de son électorat. Ce, avec un souverain mépris pour tout le monde. Ce n’est certes guère rassurant, mais il faut le savoir. (6)

Essayons, dans une nouvelle tentative, de prendre un peu de hauteur :

‘’… l’interprétation égoïste des conduites humaines tient une place à ce point dominante dans toutes les sphères de l’anthropologie moderne et contemporaine que l’examen des conduites altruistes mérite à peine d’être envisagé, tant elles sont considérées comme marginales; qu’on puisse même prouver qu’elles existent et procèdent de motivations réellement non égoïstes tient de la gageure…’’ (7)

Quoi qu’il en soit, assurément, le fond de l’air est nauséabond…

mo’

  1. https://www.la-croix.com/Journal/Rohingyas-pieges-entre-Birmanie-Bangladesh-2017-08-29-1100872612
  2. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/12/en-libye-des-migrants-vendus-sur-des-marches-aux-esclaves_5110019_3212.html
  3. http://www.liberation.fr/planete/2017/11/24/egypte-au-moins-305-morts-dans-l-attaque-d-une-mosquee_1612252
  4. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/12/07/ce-qu-il-faut-retenir-de-la-decision-de-donald-trump-sur-le-statut-de-jerusalem_5226111_3218.html#3miLldBwvL4ybDqB.99  
  5. http://fr.le360.ma/blog/le-coup-de-gueule/epargner-jerusalem-146211?utm_content=buffer3c72e&utm_medium=Le360fr&utm_source=Twitter.com&utm_campaign=Publipostage
  6. https://www.facebook.com/lemonde.fr/videos/10156236177522590/
  7. https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2004-1-page-312.htm

Publicités

Catégories

Bibliothèque

Contact

mosalyo@gmail.com